[Actu] Les SNLE Izd 955(A) Boreï

Sous-marins nucléaires lanceurs d’engins (SNLE) dits de « 4ème génération », les Izd.955 Boreï (Борей) ont été conçus pour prendre la relève des Izd.667B/BD/BDR/BDRM (aussi connus sous les noms de Delta I à Delta IV) ainsi que des Izd.941 Akula. Le développement des Boreï a débuté au milieu des années 80 sous l’égide du bureau TsKB MT Rubin(de Saint-Pétersbourg) avec Vladimir Zdornov en tant qu’ingénieur en chef du projet.

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Le SNLE TK-208, dernier Izd 941 Akula en service. Photo@Krasnaya Zvezda

Ayant connu un développement et une mise au point chaotique ainsi que fortement retardé, les Boreï sont en passe de renouveler un parc de SNLE russes à bout de souffle et qui a largement dépassé et/ou approche dangereusement de l’âge de la retraite. Après le lancement du Knyaz Vladimir en novembre 2017, l’actualité relative à ces bâtiments vient de connaître de recevoir des coups d’accélérateur intéressants.

Passons-la en revue.

Abandon de l’Izd.955 Boreï-B

Lors du lancement du Knyaz Vladimir, la Marine Russe ainsi que le constructeur avaient fait savoir que la Russie allait lancer les travaux liés à une nouvelle variante « modernisée » de l’Izd.955: le Boreï-B. Cette variante se caractérisant notamment par une propulsion plus silencieuse (emploi d’hydrojets) ainsi que par des équipements embarqués modifiés. Le 7 novembre 2017, le général russe Valery Gerasimov confirmait dans un article publié au sein du journal Tass que la mise au point des Boreï-B avait débuté.

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Les trois SNLE du type Izd.955 ont un massif aux formes atypiques et donc caractéristiques. Photo@Defence Blog

Les premiers projets tablaient sur une entrée en production des Boreï-B après la sortie de construction du dernier Boreï-A soit à l’horizon 2023 avec une cible de quatre unités de ce type à acquérir pour une entrée en service entre 2026 et 2029; la construction de ces unités étant planifiée dans le GPV 2018-2027.

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Le SNLE Yuri Dolgorukiy. Photo@?

En date du 21 mai, il a été rendu public le fait que le projet de Boreï-B serait abandonné au profit de l’acquisition de Boreï-A supplémentaires; la création de ce nouveau modèle ne résisterait pas à l’analyse coût/efficacité. En outre, la mise au point d’une variante supplémentaire entraînerait plusieurs contraintes diminuant d’autant son intérêt;

  • Une contrainte logistique supplémentaire (avec trois variantes de Boreï existantes)
  • Des retards plus que probables vu le temps nécessaire pour mettre au point la nouvelle configuration et les nouveaux équipements
  • Un coût à l’unité plus élevé
  • Qui dit coût à l’unité plus élevé implique l’acquisition d’un nombre moins important de bâtiments

Bref, la Russie semble avoir suivi – pour une fois – la logique et le bon sens (budgétaire) en optant pour augmenter le parc de Boreï-A; ce seront donc pas moins de 6 bâtiments supplémentaires qui seront acquis dans le cadre du GPV 2018-2027, le lancement de la construction se faisant dès 2023 dans la suite des SNA Izd.885 Yasen au sein du chantier naval Sevmash.

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Une fois que la production s’achèvera (on table sur un horizon 2027); ce seront donc pas moins de 14 Izd.955(A) Boreï(-A) qui seront en service au sein de la Marine Russe, avec 3 Izd.955 et 11 Izd.955A.

Tir de missiles Bulava

La Marine Russe a effectué une véritable démonstration de force en procédant au tir successif de pas moins de 4 missiles Bulava au départ du SNLE Yuri Dolgorukiy en date du 22 mai. Dans une vidéo largement relayée sur tous les réseaux sociaux; la Marine Russe a illustré ce tir – réussi – dont la cible était le zone de tests de Kura au Kamtchatka.

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Infographie de RIA Novosti indiquant les dimensions principales du Yuri Dolgorukiy

Egalement connu sous le nom de 3K30 ou de RSM-56, le Bulava est un SLBM (Submarine Launched Ballistic Missile) entièrement neuf qui – contrairement à une idée largement répandue – n’est pas une version marine de l’ICBM Topol-M. Le Bulava a été développé par Yuri Solomonov et son équipe du Moscow Institute of Thermal Technology, ce dernier étant produit au sein de l’usine Votkinsk.

Le missile présente les caractéristiques suivantes:

  • Masse: 36,8 tonnes
  • Longueur: 11,5 m (12,1 m dans son container de lancement)
  • Diamètre: 2 m
  • Autonomie maximale: 9.300 Km
  • Composé de trois étages dont deux à carburant solide et un à carburant liquide

De plus, le Bulava est un missile « mirvé »; ceci signifiant qu’un missile dispose de plusieurs têtes fonctionnant de manière indépendantes. Dans le cas d’espèce, il s’agit de 6 ogives nucléaires de 150 Kilotonnes pouvant frapper des cibles multiples.

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Image extraite de la vidéo de lancement de la salve de missiles Bulava. Image@ Russia MoD

Le missile a connu un développement complexe et parsemé d’échecs; ces derniers étant dû majoritairement à des défauts de fabrication et de mauvais qualité des sous-systèmes employés et non à la conception même du missile. Vu l’importance de ce dernier pour la triade nucléaire russe (il s’agit ni plus ni moins de l’armement principal de la branche navale de la dissuasion russe), le programme a été poursuivi malgré les échecs rencontrés.

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On le voit dans le tableau ci-dessus, les débuts du missile furent laborieux et les années passant la fiabilité de ce dernier a mis longtemps avant de s’améliorer significativement. La démonstration du 22 mai fait suite à un hiatus de presque un an depuis le dernier tir (réussi) enregistré et il s’agit d’une démonstration des plus impressionnante, la Marine Russe opérant par la même occasion une opération de communication pour montrer qu’elle est à même d’assurer son rôle de dissuasion avec des équipements modernes.

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Sur cet extrait de la vidéo mentionnée ci-dessus, on peut voir le départ de trois des quatre missiles Bulava. Image@Russia MoD

Trois choses peuvent être déduites de cette vidéo;

  • Le missile est suffisamment fiabilisé que pour effectuer une salve de tir rapide et nombreuse
  • Le temps entre chaque tir est court; si la vidéo n’a pas été modifiée, entre 6 et 9 secondes s’écoulent entre chaque départ de missiles
  • La Marine affiche clairement que le couple vecteur et missile sont opérationnels et prêts pour le combat

Chacun des trois SNLE Izd.955 en dotation au sein de la Marine et considérés « bon pour le service » peut emporter 16 missiles Bulava contenant chacun 6 têtes; ce sont donc pas moins de 96 têtes nucléaires répartis sur les trois SNLE qui sont à disposition. Inutile de préciser que chacun de ces navires constitue donc un élément important de la force de dissuasion russe.

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Un missile Bulava de test est vu ici à la sortie de son tube à bord du TK-208. Photo@Sputnik

Le lancement du Knyaz Vladimir et les premiers tests de ce dernier auxquels viendront s’ajouter normalement deux Izd.955A supplémentaires en 2019 ainsi que deux de plus à l’horizon 2020 font que l’on va assister à un renouvellement important et une montée en puissance rapide de cette classe de bâtiments ainsi que du missile Bulava.

En conclusion

L’abandon du projet Izd.955 Boreï-B n’est au final certainement pas une mauvaise chose; en plus de limiter les coûts d’acquisition et donc d’augmenter la cible finale et au lieu de disposer à terme de 3 Izd.955, 5 Izd.955A et enfin 4 Izd.955B soit pas moins de trois sous-séries pour un total de 12 bâtiments, la Russie se retrouvera à l’horizon 2027 avec une flotte fortement standardisée de 14 Izd.955 dont 3 Izd.955 et 11 Izd.955A: l’ensemble étant répartis entre la Flotte du Nord et la Flotte du Pacifique.

Cependant, l’abandon du Boreï-B n’empêche aucunement les ingénieurs russes de procéder à des modifications (pas fondamentales) sur les navires en cours de construction de manière à obtenir un accroissement progressif des capacités offertes par ces navires (notamment en travaillant au niveau des senseurs et capteurs embarqués).

Le tir d’une salve aussi « importante » de missiles est à la fois un coup médiatique et une démonstration qu’après autant d’années d’efforts et d’échecs; la Marine et les ingénieurs russes ont enfin réussi à mettre au point et parfaire le Bulava ainsi que son vecteur. Et dans la plus pure tradition Russe contemporaine: on en a mis plein la vue tout en contrôlant l’information et sa diffusion en ne publiant la vidéo qu’après l’exercice… ceci pour éviter toute publicité potentiellement contre-productive en cas d’échec (même partiel) du tir.

Enfin, l’emploi d’une plate-forme moderne et standardisée permet à la Russie de disposer des navires dont elle a besoin dans un temps relativement court (tout est relatif quand on parle de construction navale en Russie) et libère donc du temps pour mettre au point le nouveau sous-marin de 5ème génération: le projet Husky qui est un projet polyvalent  amené à prendre la relève de plusieurs types de sous-marins.

Mais nous y reviendrons dans un autre article.

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