[Dossier] Le T-72B3, l’ultime modernisation du T-72?

Entré en service en 2012, le T-72B3 est une modernisation conçue sur la base éprouvée et fiable qu’est le T-72B destinée à doter l’arme blindée russe d’un char relativement moderne, à moindre coût. Ceci en attendant la nouvelle génération de blindée devant commencer à apparaître à la fin de la décennie.

En effet, le parc blindé russe est certes très important d’un point de vue numérique mais il est qualitativement vieillissant. Avec un nombre important de blindés n’ayant pas reçu de modernisation depuis la chute de l’URSS et peu de nouveaux chars produits depuis (550-750 T-90/T-90A): inutile de préciser que l’on est loin du « state of the art ».

Les programmes de développement de nouveaux véhicules blindés ayant connus différents échecs, l’armée russe à du opter pour la modernisation des chars en service, notamment le T-72B, véhicule majoritaire au sein des forces armées russe.

Cependant, le programme de modernisation des T-72B va connaître un chemin long et complexe avant d’arriver au standard T-72B3. L’objectif de cet article parlera aussi bien du T-72B et de ses variantes de modernisation ainsi que de la manière dont le T-72B3 va voir le jour.

Le T-72B, analyse:

Le T-72B est une profonde modernisation du T-72 dont le but est de prendre la relève du T-72A, qui a commencé à être produit en 1979.

Mais revenons un peu en arrière : le T-72 est un MBT conçu par UralVagonZavod qui trouve son origine dans un projet de 1967 visant à doter l’Armée Soviétique d’un char performant comportant certaines innovations issues du T-64 dont notamment le chargeur automatique et le canon de 125mm.

En outre, ce nouveau MBT se devait d’être simple et peu coûteux : le char étant amené à équiper massivement les divisions mécanisées soviétiques, à l’inverse du T-64 en dotation au sein des divisions blindées de la Garde.

Le développement du T-72B va durer trois ans et se dérouler entre 1981 et 1984, avec une entrée en production en 1985.

Penchons plus en avant sur les caractéristiques techniques du véhicule;

Agencement général

Le T-72B est dirigé par un équipage de 3 hommes : le chef de char et le tireur installés dans la tourelle qui est placée au centre du char, et le conducteur qui se trouve à l’avant du châssis, au centre.

Le chargeur « humain » est remplacé par un chargeur automatique de type carrousel, installé dans le puits de la tourelle, avec les munitions placées à l’horizontale, contrairement au T-64 et au T-80, où les munitions sont disposées à la verticale. Cette disposition sera à la base d’une des principales faiblesses de ce MBT.

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Chargeur automatique de T-72B. Photo@thesovietarmourblog

Le chargeur automatique permet de réduire la taille du blindé, qui est de 6,7m de long (9,5m avec le canon), 3,5m avec les protection latérales, et 2,1m de haut. Ces dimensions lui confèrent plusieurs avantages, de plus la masse de l’engin est restreinte à 44,1 tonnes ce qui facilite son transport et lui permet de s’affranchir plus facilement des terrains peu porteur.

La surface à protéger étant réduite, il ressort donc que plus de blindage peut être appliqué sans pour autant faire « exploser » la masse du véhicule, enfin, en situation de combat les dimensions réduites du T-72B augmentent sa discrétion et sa facilité à se camoufler. Ceci lui permettant d’être plus difficilement accroché par les tireurs adverses.

Les suspensions sont du type barres de torsion avec un train de roulement composé de 6 galets de grandes dimensions placés à intervalles réguliers: cette caractéristique est d’ailleurs le moyen le plus sûr pour différencier un T-72 d’un T-64 (6 galets de petites dimensions espacés de manière régulière) ou d’un T-80 (6 galets de grandes dimensions installés par paire de deux espacées entres elles).

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T-72B3 de flanc, où l’on distingue bien les 6 grands galets de roulement espacés de manière régulière. Photo@Vitaly Kuzmin

Enfin, le compartiment moteur est installé à l’arrière du char.

Armement

L’armement du T-72B se compose d’un canon 2A46M de 125mm, ce dernier étant monté également sur les T-64B et T-80. Ce canon possède une cadence de tir de 7 à 8 coups par minutes grâce à un chargeur automatique de type carrousel monté dans le puits de la tourelle. Il permet de tirer plus de coups avant de devoir être changé que les canons 2A26 (équipant le T-72 « Ural ») et 2A46 (installé sur le T-72A) grâce à un revêtement en chrome plus efficace. Le canon est couplée à une conduite de tir 1A40, comprenant le système de visé TPD-K1.

Pour permettre une certaine efficacité des tirs en mouvements, le T-72B est équipé d’un nouveau stabilisateur 2E42-2.

Le canon peut tirer une gamme de projectile comportant des obus-flèches pour vaincre les MBT, des obus à charges creuses pouvant traiter la plupart des cibles, notamment les fortifications et les blindés léger, et des obus explosifs pour lutter contre les cibles molles. La dotation maximale est de 44 munitions au maximum, dont 22 se trouvent directement dans le chargeur automatique.

Par ailleurs, avec l’ajout du système 1K13-49, le T-72B peut utiliser le système de missiles anti-char guidés 9K120 Svir employant la munition 3UBK14. Ce système peut percer environ 700mm de blindage à une distance de 4000 mètres. Le 1K13-49 n’est pas monté sur le T-72B1, version simplifiée du T-72B.

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1K13-49.Photo@thesovietarmourblog

Enfin, pour le tir nocturne, le T-72B est équipé d’un viseur TKN-3mk, couplé à un projecteur infrarouge L-4 situé à la droite du canon.

L’armement est complété par une mitrailleuse coaxiale PKT de 7,62mm pour la défense rapprochée et une mitrailleuse lourde NSVT de 12,7mm est installée en configuration anti-aérienne. Cependant, le chef de char doit s’exposer pour pouvoir l’utiliser,  le rendant alors vulnérable aux aléas du champ de bataille.

Propulsion

La motorisation comprend un moteur V-84-1 de 840 chevaux, soit un gain de 60 chevaux par rapport au moteur V-46 de 780 chevaux équipant les T-72 Ural et T-72A. Cette nouvelle motorisation permet de compenser l’augmentation de la masse, cette dernière passant de 41,5 tonnes pour un T-72A à 44,1 tonnes pour le T-72B.

De fait, le rapport chevaux/tonnes est identique se situant à 19 chevaux/tonnes.

Protection

La protection peut différer entre les variantes mais globalement la protection du glacis avant du T-72B est composé de plaques de blindage homogène laminé espacées entre elles.

En ce qui concerne la tourelle, en plus de sa protection de base, un sur-blindage fonctionnant à la manière d’un NERA (Non Explosive Reactive Armour, soit blindage réactif non explosif) est appliqué sur la partie frontale, donnant à cette dernière une forme caractéristique propre au T-72B.

Cette protection, si elle semble moins complexe que le blindage composite appliqué sur les T-64 et T-80, lui permet pourtant théoriquement de résister aux canons de 105mm équipant les chars de l’OTAN et même les premiers obus de 120mm équipant le Léopard 2 et le M1A1.

Le T-72B de série peut aussi être doté d’un kit de blindage réactif Kontakt-1, permettant d’annuler les effets d’une munition de type charge creuse, comme les missile TOW doté d’une seule charge creuse ( les versions tardives dotées d’une charge en tandem peuvent neutraliser les effets du blindage réactif si celui-ci est un ancien modèle, comme le Kontakt-1).

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T-72B avec Kontakt-1. Photo@Vitaly Kuzmin

Ce blindage réactif n’est en revanche pas en mesure de mettre en échec un obus APFSDS (Armour Piercing Fine Stabilized Discarding Sabot, soit obus-flèche à  sabot détachable¹)avant que celui-ci ne touche le blindage.

Le T-72B obr. 1989 voit l’apparition du blindage réactif Kontakt-5, monté aussi sur le T-80U, efficace à la fois contre les munitions HEAT (High Explosive Anti Tank, acronyme anglais de la charge creuse) et désormais contre les munitions APFSDS.  Ainsi protégé,  le T-72B obr. 1989 est supposé pouvoir résister à la plupart des munitions OTAN existantes du moment (l’obus APFSDS DM53 allemand et M829A1 américain entre autre) sur les zones couverte par ce blindage réactif.

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T-72B obr.1989. Photo@Vitaly Kuzmin

Cette protection semble d’ailleurs garder une certaine efficacité aujourd’hui, comme le montre une vidéo en Syrie prise en novembre 2016 durant la bataille d’Alep et montrant un tir de missile TOW censé être doté d’une charge en tandem toucher un T-72B obr. 1989 sans le détruire: le missile ayant touché le blindage frontal couvert par du Kontakt-5 et l’engin a pu se retirer derrière une butte de terre.

Pour se dissimuler de l’ennemi le T-72B est capable de créer des écrans de fumée, soit avec ses lances-pots fumigènes 902B Tucha comportant 8 lanceurs pouvant tirer des fumigènes classique ou des modèles brouillant les optiques infrarouge soit directement avec le moteur en injectant une certaine quantité de carburant dans le moteur pour créer un écran fumigène important.

Les T-72 et les T-72B sont également dotés d’une lame de déblayage se rétractant sur le bas de caisse, permettant au char de pouvoir aménager en toute autonomie une position défensive.

Les tentatives de modernisation du T-72B

Avec la chute de l’URSS, le parc blindé russe connaît une profonde crise du fait de la diminution drastique du budget. De nombreux blindés vont être au mieux mis en réserve et au pire abandonné à ciel ouvert ou ferraillé. Peu de nouveaux chars vont être fabriqués, la seule exception notable étant une commande portant sur une centaine de T-90 obr. 1992.

La situation n’est donc pas des plus reluisante, et les deux Guerres de Tchétchénie ne vont rien arranger : mauvaises tactiques, ennemi déterminé et expérimenté ainsi qu’un environnement peu adapté au déploiement des chars vont montrer une vulnérabilité importante de ceux-ci lors des opérations urbaines.

Les opérations vont mettre en lumière un manque de protection sur les flancs et le toit des chars et l’impossibilité de contrecarrer les roquettes antichars tirées dans les angles morts des blindés. Ces conflits soulignent donc la nécessité de concevoir un nouveau char de combat avec une protection multi-couche couvrant tous les angles pour mettre en échec la plupart des menaces.

Mais les projets lancés durant cette période et ce jusqu’à la fin des années 2000 vont être annulés à cause du manque de moyens financiers et du fait qu’une nouvelle gamme de blindés est en développement.

Cependant, en attendant que cette nouvelle génération de blindé voit le jour, il est nécessaire pour les forces armées russe de moderniser leurs chars en service. Les T-72B majoritaires dans l’armée russe seront modernisés et sont préférés aux T-80 car ces derniers – bien que plus modernes – sont plus coûteux à l’entretien et plus gourmand en carburant.

Le T-72BA est le premier programme de modernisation du T-72B dans la Fédération de Russie. Ce programme dont la fabrication en série débute 1999 se terminera en 2005 après avoir concerné environ 750 chars.

Le standard T-72BA, une première modernisation

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T-72BA. Photo@Vitaly Kumin

Armement

Si l’arme principale reste identique, les systèmes embarqués du T-72BA vont connaître certains ajouts et modifications. En effet, le T-72BA voit l’installation d’un mât météorologique DVE-BS, permettant de donner des indications au nouveau calculateur balistique tel que la vitesse du vent et la température réduisant donc le temps de visée et la précision. L’arme reçoit également un nouveau stabilisateur, le 2E42-4, permettant une rotation plus rapide de la tourelle.

Le T-72BA peut également employer un nouveau système de missiles anti-char, le 9K119 Refleks, qui voit la portée maximale monter à 5000 m contre 4000 m pour le 9K120 Svir, et pouvant perforer près de 900 mm de blindage (ou 850mm après être entré en contact avec du blindage réactif ) grâce à l’emploi de la munition 3UBK20M Invar-M.

 

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Missile 9K119 avec la munition 3UBK20M. Photo@btvt.narod.ru

 

Enfin, la mitrailleuse anti-aérienne NSVT de 12,7mm est remplacée par une arme similaire mais plus récente et totalement produite en Russie, la 6P49 Kord.

Mobilité

La mobilité ne connaît pas de changement important, si ce n’est la motorisation, avec l’installation du V-84MS, de même puissance que le V-84 équipant le T-72B, mais standardisé avec celui du T-90 obr. 1992 ainsi que la pose de chenilles plus récentes augmentant la motricité et la mobilité. Ceci ne concernant que les T-72BA de fin de production.

Protection

L’amélioration du blindage sur le T-72BA va concerner la partie ventrale du blindé, de manière à augmenter la résistance et diminuer les risques face aux mines anti-chars. Pour le blindage réactif, les premiers modèles sont dotés de Kontakt-1, et les modèles tardifs voient l’ajout de Kontakt-5.

Cette modernisation, si elle permet de faire passer le T-72B à l’ère numérique, reste insuffisante et relève plus de la mise à jour pour rester dans le temps que d’une véritable modernisation visant à améliorer fortement les capacités du char.

En 2006,  une modernisation bien plus ambitieuse va être dévoilée : le T-72B2 Rogatka.

Le standard T-72B2, une deuxième tentative de modernisation

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T-72B2 Rogatka. Photo@?

Système de tir

Cette version, tout en reprenant les innovations du T-72BA, va connaître d’importante modification dans la puissance de feu, à commencer par la pose du canon 2A46M-5: la version la plus moderne du 2A46M également installé sur le T-90A.

Ce canon est plus précis de près de 15 à 20% par rapport aux anciennes versions et la pression interne du canon est plus importante (près de 600MPa); couplé avec un chargeur automatique issu du T-90A et permettant l’emploi de munition plus modernes et de taille supérieure: la capacité anti-char du T-72B2 est améliorée. Ceci lui permettant, théoriquement, de tenir la dragée haute aux chars les plus modernes.

Cet armement est par ailleurs optimisé avec l’ajout d’un viseur thermique Sosna-U.

Mobilité

La mobilité du T-72B2 est également revue à la hausse avec le moteur V-92S2 de 1000 chevaux, ce dernier étant partagé avec le T-90A. Cette motorisation permet de faire passer le rapport chevaux/tonnes de 19 pour le T-72B à environ 21 pour le T-72B2, soit à un niveau identique à celui du T-90A.

La mobilité bien que n’augmentant pas de manière très importante est en hausse, ceci permettant d’améliorer l’accélération et la réactivité du char.

Protection

Enfin, le point où le T-72B2 connaît la plus grande amélioration se situe au niveau de la protection: le véhicule reçoit un blindage réactif Relikt sur l’avant du véhicule, ce dernier étant plus moderne que le Kontakt-5, offrant une efficacité importante aussi bien face aux munitions à charge creuse en tandem que face aux projectiles perforant les plus modernes du moment. Le Relikt est complété par un blindage-cage protégeant les flancs du véhicule face aux lance-roquettes anti-char portatifs. Le modèle présenté était aussi équipé d’un filet de camouflage Nakidka visant à réduire la signature thermique du char.

Cette version aurait alors permis à l’armée russe de se doter d’un char moderne, de même niveau sinon supérieur au T-90A, en attendant l’arrivée d’une nouvelle génération de blindés.

Cependant, cette modernisation bien qu’améliorant considérablement le potentiel du T-72B, notamment en ce qui concerne la protection, va être victime de son coût, jugé trop élevé. La Fédération de Russie devra donc attendre encore 7 ans avant de pouvoir enfin mettre en service une version revalorisée produite en série du T-72B.

Cependant, certaines des améliorations développées pour le T-72B2 vont être intégrés dans le standard de modernisation suivant: le T-72B3.

Le T-72B3;  la modernisation longuement attendue.

Le développement du T-72B3 a commencé en 2005. L’objectif poursuivi est de mettre en service un char doté de composants modernes et peu coûteux en utilisant une base disponible en masse pour disposer d’un nombre maximum de char.

Son développement va être achevé en 2012 et la même année la modernisation en série est lancée et le char est admis au service: les premiers exemplaires sortant des chaînes de montage en 2013.

Le T-72B3 garde les mêmes caractéristiques techniques générales que les versions antérieures. Il pèse 46 tonnes, soit approximativement le poids d’un T-90A. Le coût unitaire est de 52 millions de roubles par char, dont 30 millions sont destinés à la rénovation globale du véhicule.

Il y aurait actuellement environ un millier de T-72B3 dans l’armée russe, dont une soixantaine en dotation dans les forces aéroportées.

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T-72B3. Photo@Vitaly Kuzmin

Armement

Les principales améliorations du T-72B3 par rapport aux anciens modèles concernent la puissance de feu et la conduite de tir, améliorations qui étaient prévues sur le T-72B2.

En effet, la conduite de tir se voit adjoindre un viseur thermique Sosna-U. Ce viseur, conçu par la firme biélorusse Peleng et produit en Russie par la firme VOMZ permet théoriquement de voir une cible à 5000 mètres de jour et 3500 mètres de nuit. Il est également doté d’un télémètre laser ainsi que d’un système pour guider les missiles anti-chars guidés.

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Viseur thermique Sosna-U. Photo@Vitaly Kuzmin

Ce système est intégré avec un mât météorologique et un  calculateur balistique numérique moderne doté d’une capacité d’anticipation de la cible. Par ailleurs, le chef de char a désormais la possibilité de mettre en œuvre le canon.

De plus, le canon 2A46M d’origine est remplacé par le 2A46M-5, qui est environ 15 % plus précis, avec une pression de la chambre de 600MPa dans le tube, contre 500MPa pour le 2A46M.

Doté d’un chargeur automatique plus récent, le véhicule a la possibilité de tirer de nouveaux projectiles légèrement plus longs. Le canon dispose d’un stabilisateur 2E42-4, plus léger, et permettant d’augmenter la rotation de la tourelle à 40°/seconde, contre 24°/seconde auparavant.

Ces modifications améliorent la capacité du T-72B3 à engager et à détruire les cibles adverses, et notamment les MBT.

Mobilité

Pour la mobilité, le seul changement significatif est l’installation de chenilles plus récentes issues des exemplaires tardifs du T-72BA, améliorant la motricité et la mobilité du char du char.

Le char conserve le moteur V-84 de 840 chevaux qui a bien du mal  face au 46 tonnes du char; le rapport chevaux/tonnes s’établissant à 18,3 ch/t. La mobilité du T-72B3 est nettement en retrait face à certains chars contemporain (un M1A2 américain, pesant plus de 60 tonnes, a un rapport ch/t de 24 ).

Protection

En ce qui concerne la protection, il n’y a pas d’amélioration notable.

En effet, le blindage est similaire au T-72B obr. 1989, avec seulement la pose de brique de Kontakt-5 à la place du projecteur infrarouge. Cette protection, bien que semblant encore d’actualité contre les missiles anti-chars dans les zones couvertes par le Kontakt-5, comme avec l’exemple du T-72B obr. 1989, semble douteuse face aux obus perforant les plus modernes.

Engagement

Le T-72B3 va connaître son baptême du feu assez rapidement compte tenu de sa mise en service.

En effet, son premier engagement a lieu en Ukraine et ce de manière officieuse, durant le conflit à l’Est du pays. De fait, peu, voir pas du tout d’informations sur leur engagement est disponible, si ce n’est la perte d’un petit nombre de véhicules.

Un RETEX de l’armée française sur le conflit ukrainien parlerait d’un ratio de perte de 3 pour 1 en faveur du T-72B3 face à des chars type T-64BV, mais sans avoir plus d’information. En revanche, on peut supposer que le canon modernisé, couplé avec un viseur thermique moderne, permet effectivement d’avoir une efficacité largement accrue face à un char, il est vrai, particulièrement ancien.

Par ailleurs, le T-72B3 a été récemment engagé en Syrie contre Daech. Certains exemplaires ont été observé sur le front de Homs Est, puis un certain nombre de véhicules ont participé à une offensive sur le front Hama Est début juillet, où l’un d’entre eux a fait l’usage d’un missile anti-char.

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T-72B3 en Syrie, durant l’offensive de Hama Est. Image tirée d’une vidéo@?

Exportation

Cette version ne semble pas avoir attiré de client à l’export, qui semblent préférer se doter d’une flotte de char neuf de type T-90S (et variantes). Cette absence d’exportations est aussi due au fait que ce standard de modernisation concerne les T-72B.

Il n’est en effet pas connu, ni sûr si le standard T-72B3 puisse être appliqué sur un engin plus anciens, de type T-72A ou T-72M, du fait des changements très (trop?) important.

Le standard T-72B3M.

Le T-72B3M est une version spécialement dédiée pour les Jeux Militaires Internationaux, se déroulant sur le terrain d’Alabino, observé pour la première fois à l’édition 2014 du Biathlon de Char.

Il se distingue du T-72B3 par son moteur V-92S2F de 1130 chevaux, augmentant alors la mobilité de manière conséquente, avec un rapport chevaux/tonnes de 24ch/t. Par ailleurs, un nouveau viseur panoramique pour le chef de char est installé sur le toit de la tourelle.

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T-72B3M lors du Biathlon de char édition 2016. Photo@Vitaly Kuzmin

Si le char est destiné à des activités non militaires, certaines de ses modifications vont être reprises dans une version plus poussée du T-72B3 : Le T-72B3 obr.2016.

Le T-72B3 obr. 2016, dernier standard de modernisation ?

Le T-72B3 permet de remettre au goût du jour une partie importante du parc de T-72B, cependant cette version possède de grosses lacunes : en effet, la modernisation porte principalement sur la puissance de feu, avec l’installation d’un canon modernisé et l’ajout de système de visé moderne, mais aucune améliorations n’a été apportée en ce qui concerne la mobilité ( avec un rapport ch/t d’environ 18, le char est nettement moins réactif et accélère moins bien que les chars contemporains ) et la protection, qui est similaire à celle du T-72B obr. 1989, produit plus de 20 ans auparavant !

C’est ainsi qu’à la fin 2016, des informations apparaissent sur une commande d’une revalorisation plus poussée du T-72B3 devant corriger toutes les lacunes que rencontre le T-72B3. Fait intéressant, cette modernisation est réalisée par la firme Omsktransmash, qui, durant la Guerre Froide, produisait les T-80 et ses variantes ; aujourd’hui, l’entreprise est devenue une filiale de UVZ.

Fin mars, une vidéo filtre sur le web, montrant les premières images de T-72B3 obr. 2016, lors d’un déploiement sur la frontière avec l’Ukraine, à proximité de Rostov-sur-Le Don.. Cette version va être officialisée lors du traditionnel défilé militaire de la Victoire du 9 mai.

Environ 32 exemplaires du T-72B3 obr. 2016 aurait été reçu fin 2016, et pour 2017, ce serait 154 chars supplémentaires qui devraient être livrés. Cette nouvelle modernisation corrige donc les défauts de la première version du T-72B3, et améliore de manière assez conséquente les capacités du char.

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T-72B3 obr.2016. Photo@Vitaly Kuzmin

Attardons-nous un peu plus sur cette version;

Armement

La puissance de feu est améliorée avec l’installation du canon 2A46M-5-01, sans savoir toutefois réellement les améliorations vis-à-vis du 2A46M-5. Pour le reste, les caractéristiques sont similaires au T-72B3 original.

Cependant, le viseur panoramique du chef de char, installé sur le T-72B3M, n’as pas été monté sur cette version

Mobilité

Ensuite, la mobilité est accrue avec l’installation du moteur V-92S2F de 1130 chevaux équipant le T-72B3M ( et aussi le T-90MS ), faisant monter le rapport chevaux/tonnes à  environ 24ch/t, conférant alors au T-72B3 obr. 2016 une mobilité satisfaisante, par rapport au T-72B3 original, et le plaçant enfin au niveau des MBT occidentaux.

Protection

Le blindage est nettement amélioré sur cette version, notamment la protection latérale, lourdement renforcée, avec la pose d’un blindage réactif Relikt sur les deux-tiers avant des flancs du châssis, et la pose de bloc de Relikt sur les flancs de la tourelle, immunisant le char face à la plupart des roquettes anti-chars et des missiles anti-char guidé.

Par ailleurs, sur les flancs arrière et l’arrière de l’engin, un blindage-cage est installé, de manière à mettre en échec les ogives à charges creuse tirées par les lances roquettes anti-char et les modèles anciens de missiles anti-char guidé.

En ce qui concerne le blindage frontal, hormis la pose d’une brique de blindage réactif sur le côté gauche du mantelet, jusque là non protégé, il ne semble pas y avoir de changement, le Kontakt-5 serait donc encore présent.

En outre, signalons que début juin 2017 la Biélorussie a reçu un lot de 4 T-72B3 obr. 2016, avec ce qui semble être une protection latérale supplémentaire installée dans de grandes « sacoches », identique à celle que l’on retrouvera sur le BMPT Terminator envoyé en Syrie quelques semaines plus tard.

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T-72B3 obr.2016 biélorusse. Photo@Belta.by

Bien qu’aucun contrat n’ait été annoncé: on peut supposer, vu le petit nombre d’exemplaires obtenus, que d’autres lots de chars soient livrés dans un futur proche.

En conclusion;

Le T-72B3 permet au parc blindé russe de se doter d’un engin relativement moderne, en nombre assez conséquent, pour un coût réduit par rapport à l’achat d’un engin neuf (entre autre, d’un T-90A).

Cependant, la première version du T-72B3 ne répondait que partiellement au besoin de disposer d’un engin crédible, notamment sur le plan de la protection et de la mobilité. L’arrivée du T-72B3 obr. 2016 permet donc de disposer d’une modernisation corrigeant les principaux défauts du T-72B et les imperfections des autres standards de modernisation « intermédiaires ». Avec ce dernier (?) standard, l’armée russe va enfin disposer d’un char performant qui formera, avec les éventuelles modernisations des T-90A et T-80BV, la pointe de l’arme blindée russe dans les années à venir et ce en attendant que la nouvelle génération de blindé incarnée par le T-14 Armata ne prenne progressivement la relève.

 

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¹ Il s’agit d’un obus dont le projectile est une tige faite en uranium appauvri ou en tungstène et équipé d’un sabot se détachant après que le projectile soit sortit du canon. L’objectif étant d’utiliser la vitesse importante et l’énergie du projectile pour perforer le blindage d’un char ou véhicules blindé

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