[Actu] Livraison de Su-30SM2 à la Biélorussie
Après l’aéronavale Russe (MA-VMF), puis les forces aériennes Russes (VKS), c’est au tour de la force aérienne Biélorusse (VPS i VSPA / VVS i VPVO) de devenir le troisième opérateur en date (et le premier opérateur à l’export) pour la variante modernisée du Sukhoï Su-30SM: le Su-30SM2. La réception, en date du 27 mai 2025, de deux Su-30SM2 codés respectivement 09 Rouge et 10 Rouge et réceptionnés à Baranavitchi (BIE: Баранавічы, RU: Барановичи) marque donc la poursuite du renouvellement de la composante de chasse biélorusse, ce début de modernisation de la composante de chasse Biélorusse ayant débuté le 13 novembre 2019 avec la livraison de deux premiers Su-30SM sur un total de douze appareils commandés.

C’est en 2017 que la Biélorussie entame des discussions préliminaires avec la Russie prévoyant l’établissement d’un contrat-cadre concernant l’acquisition de Sukhoï Su-30SM avec pour objectif de débuter le renouvellement de sa composante de chasse. Cette dernière reposant exclusivement depuis décembre 2012 sur un flotte réduite composée d’environ trente MiG-29 (toutes variantes confondues) hérités de l’époque soviétique et dont seulement une grosse vingtaine d’unités seraient encore actives. A côté de ces MiG-29 (certains appareils ont été modernisés localement dès 2015 aux standards MiG-29BM et MiG-29UBM chez 558 ARZ), la Biélorussie dispose également d’un reliquat composé d’une vingtaine de Sukhoï Su-27P/Su-27UBM1 (les Su-27UB ont été modernisés localement au standard Su-27UBM1) qui furent retirés du service en décembre 2012 et stockés en bon état à Baranavitchi. Les raisons invoquées à l’époque pour justifier leur retrait de service furent la nécessité de faire passer les appareils en révision ainsi que la consommation élevée des Su-27 en comparaison avec les MiG-29. In fine, les coûts de révision, d’exploitation et de maintien en service des Flankers vont se révéler trop onéreux pour les Biélorusses.

L’accord-cadre entre la Russie et la Biélorussie, d’une valeur estimée (mais non-confirmée officiellement) à 600 millions d’USD, est parachevé en mai 2019 durant le salon MILEX-2019 (se tenant à Minsk), un premier contrat portant sur la livraison de quatre Su-30SM étant signé dans la foulée. L’objectif affiché étant de disposer à terme d’un ensemble de douze Su-30SM permettant de constituer une escadrille complète. Les Su-30SM à livrer aux biélorusses étant à un standard technique identique à celui des appareils russes (ainsi que kazakhs et arméniens), les premières livraisons vont intervenir rapidement: les appareils étant directement prélevés sur la chaîne de production de l’usine IAZ (Irkoutsk).

A peine six mois après le parachèvement de l’accord entre la Russie et la Biélorussie, les deux premiers Su-30SM codés respectivement 01 Rouge (10MK5 1607) et 02 Rouge (10MK5 1608) sont livrés le 13 novembre 2019 à Baranavitchi où ils rejoignent les effectifs du 61 ЗАБ (61 ИАБ) (61-я Знішчальная Авіяцыйная База / 61-я Истребительная Авиационная База). Les avions livrés en Biélorussie arborent une livrée qui est fortement inspirée de la livrée des VKS mais à base de nuances de bleu plus prononcées et plus foncées, un grand drapeau biélorusse (vert, rouge et blanc) prend place sur la partie haute des deux dérives tandis que les numéros de Bort sont repris près du cockpit ainsi qu’en haut des dérives (au dessus des marquages nationaux).

La livraison suivante se déroule dans la foulée puisque c’est le 20 novembre 2019 que la Biélorussie réceptionne deux Su-30SM codés fort logiquement 03 Rouge (10MK5 1609) et 04 Rouge (10MK5 1610): les deux avions étant également livrés au 61 ЗАБ (61 ИАБ) et stationnés à Baranavitchi. Ces livraisons rapides permettent notamment d’assurer les formations des pilotes ainsi que la mise en place d’une capacité opérationnelle initiale limitée. Elément intéressant et concomitant à la réception des Su-30SM: la Biélorussie a réactivé (au-moins) un Su-27UB(M1) après passage en révision chez 558 ARZ.

D’un point de vue des armements, rien de surprenant, les Biélorusses ont recours aux classiques de la missilerie air-air russe: R-27, R-73 et R-74. Il n’y a pas (encore?) de documents illustrant l’emport du missile air-air R-77 (RVV-AE) par les appareils biélorusses. Cette absence apparente n’indique pas pour autant que les Su-30SM des VVS i VPVO ne sont pas en mesure d’emporter ce dernier: vu qu’ils sont au même standard technique que les avions russes, la capacité à tirer ce missile est une certitude. De plus, la modernisation de certains MiG-29(UB) Biélorusses au standard -BM, a vu les appareils traités de la sorte recevoir la capacité d’emport du missile R-77: ce missile est donc déjà maîtrisé et connu localement. En ce qui concerne les munitions air-sol, on retrouve la même logique: les appareils biélorusses documentés tant qu’à présent n’ont été vus qu’avec des munitions air-air, ce qui indiquerait dans un premier temps que les appareils sont destinés à assurer des munitions de police du ciel, et ce même si les Biélorusses maîtrisent et ont accès aux munitions air-sol russes les plus récentes.
Alors que les premières livraisons sont intervenues rapidement après la signature des accords entre les deux pays, et malgré l’annonce d’un suivi rapide des livraisons suivantes (attendues à l’origine pour 2021): un long laps de temps va s’écouler avant d’assister à l’arrivée du lot suivant de Su-30SM en Biélorussie. Et c’est d’ailleurs là que l’Histoire se complique (un peu) car il faudra attendre 2024 pour assister à la mise en service des Su-30SM codés 05 Rouge, 06 Rouge, 07 Rouge et 08 Rouge. Ces derniers, livrés après un hiatus apparent dans les livraisons de plus de quatre ans, se distinguent par le fait qu’ils arborent un camouflage différent du camouflage des premiers appareils livrés à la Biélorussie. Certaines rumeurs (non-confirmées) font état du fait que tout (ou partie) des appareils en question seraient d’anciens appareils issus de la dotation des forces aériennes russes (VKS) et qui auraient été transférés vers la Biélorussie.

Fondées ou non, il est peu probable que l’on obtienne le fin mot de l’histoire en ce qui concerne la véracité ou non de ces rumeurs. Néanmoins, il apparaît clairement que les avions concernés portent un camouflage différent de celui porté par les quatre premiers avions livrés préalablement en Biélorussie et qui ressemble à s’y méprendre avec le camouflage en usage (trois tons de bleus clairs) au sein des forces aériennes russes (VKS). Elément curieux avec le camouflage arboré, ce dernier apparaît pour le moins « fatigué », ce qui ne colle pas avec l’âge des appareils (livrés en 2024) et viendrait indirectement confirmer l’option d’avion de deuxième main transférés de la Russie vers la Biélorussie. Soit, en l’absence des numéros de construction à portée de main: cette question de l’origine des quatre appareils en question restera en suspens jusqu’à nouvel ordre.

Annoncée en juin 2024 suite à une visite de l’usine IAZ (Irkoutsk) par le président Biélorusse, A.G. Loukachenko (Аляксaндр Рыгoравіч Лукашэнка); c’est à cette occasion qu’il a été confirmé que la Biélorussie deviendrait le premier opérateur à l’exportation du Su-30SM2. Deux appareils visibles sur les chaînes de montage (dont un portant le numéro de lot 11-17) étant annoncés pour rejoindre la Biélorussie mais sans préciser les délais de livraison au client. Finalement, la livraison à Baranavitchi des deux Su-30SM2 codés 09 Rouge et 10 Rouge le 27 mai 2025 qui viennent renforcer les effectifs de la 61 ЗАБ, confirme que Minsk est effectivement le premier client à l’export pour la variante modernisée du Su-30SM.

En vue de boucler cette commande, il reste deux appareils à livrer aux Biélorusses en vue de disposer d’une escadrille complète. Ces derniers, au standard Su-30SM2, sont attendus d’ici la fin de l’année 2025: leur arrivée mettant un terme (provisoire?) à la première étape de renouvellement de la VVS i VPVO. Néanmoins, avec quatre appareils au standard Su-30SM2 et huit au standard Su-30SM: il est des plus probable que l’ensemble sera porté au même standard d’équipement lors d’un passage en révision générale chez IAZ (Irkoutsk). Point qui sera intéressant à voir, c’est la suite que les Biélorusses donneront à cet effort de renouvellement: l’arrivée d’un escadron de Su-30SM(-2) représente un effort budgétaire conséquent pour un pays qui a (très) largement bénéficié des largesses russes en matière de rééquipement de ses forces armées (Iskander-M, S-400, Su-30SM, etc..) ces dernières années. A noter que cet effort de rééquipement est (en partie tout du moins) une forme de remerciement pour le rôle de base arrière à proximité immédiate de l’Ukraine joué par la Biélorussie et largement mis à profit par les forces armées russes.
Petite parenthèse en rapport direct avec la Biélorussie, l’annonce du déploiement depuis la mi-2023 d’armements nucléaires tactiques russes sur le sol local. Cette annonce fait suite à la tenue d’un référendum daté du 27 février 2022 (soit quelques heures seulement après le lancement de l’attaque russe sur l’Ukraine), ce référendum supprimant l’article 18 ainsi que modifiant la constitution biélorusse: ces changements enlevant le statut de neutralité ainsi que l’interdiction de déploiement des armes nucléaires sur son territoire. Une fois ces modifications législatives effectives, les Russes vont avancer leurs pions en signant un accord avec les Biélorusses le 25 mai 2023: cet accord porte sur les modalités de stockage et le contrôle (qui reste aux mains des Russes) des armements nucléaires tactiques présents en Biélorussie.

Bien que les modèles d’armements nucléaires tactiques en question n’aient pas été détaillés, les Biélorusses ont déjà fait savoir que ces derniers seront déployés par le système 9K720 Iskander-M dont Minsk disposerait d’au-moins quatre TEL exploités par la 465 rbr / 465-я ракетная брыгада ainsi que par les Su-25 en dotation dans la VVS i VPVO. Chose pour le moins surprenante, l’emploi d’un appareil dédié aux missions d’appui-feu rapproché qui est pour le moins lent comme vecteur d’armements nucléaires tactiques: autant dire que l’emploi du Su-25 pour ce type de missions signifie une condamnation à mort d’office du pilote qui n’aura certainement pas le temps de se mettre à distance de sécurité des effets de l’onde de choc après avoir tiré la munition. Mais bon, ce type de considérations deviennent accessoires une fois qu’un conflit en arrive à de tels extrêmes… Néanmoins, et même si il est nécessaire d’aborder le côté « déclaratoire » du signalement nucléaire (Biélo)-Russe avec les réserves de rigueur: il est un fait qu’en cas de besoin les Su-30SM(-2) Biélorusses seront en mesure de servir de vecteurs pour des armements nucléaires tactiques.

La mise en service du Su-30SM(2) en Biélorussie est, in fine, un choix pour le moins paradoxal en soi; surtout si l’on prend en considération les déclarations antérieures relatives à l’aspect onéreux du Su-27 qui ont servi d’argument pour justifier le retrait de service des derniers Flankers Biélorusses en 2012. On peut donc se questionner sur la pertinence pour ce pays de repartir sur un appareil « lourd » en vue de renouveler ses effectifs alors que MiG pouvait parfaitement fournir des MiG-35, qui se seraient avérés plus en phase avec les besoins et les compétences locales. Vu le désamour évident des décideurs russes pour les productions MiG ainsi que la présence d’un nombre élevé de Su-30SM en service dans les dotations des VKS et des MA-VMF tout en étant, en outre, un modèle pleinement maîtrisé et mature qui ne constitue pas pour autant un risque technologique majeur dans sa prise en mains pour un nouvel opérateur: la sélection d’un même appareil « standardisé » entre les deux forces aériennes a très probablement été l’argument déterminant dans le choix biélorusse. Et puis, force est de constater que depuis le lancement de la guerre en Ukraine, la VVS i VPVO ne se cache plus réellement du fait qu’elle est devenue un « prolongement naturel » des VKS (financée avec l’aide des Russes); le transfert (toujours supposé) d’appareils provenant des VKS vers les VVS i VPVO s’inscrivant donc pleinement dans cet ordre d’idée.

Restera maintenant à voir quelles seront les suites, une fois les deux derniers Su-30SM(2) livrés en Biélorussie? Les Su-25 ainsi que les MiG-29 ne rajeunissant pas: assistera-t-on à d’autres commandes de Su-30SM(2) ou est-ce que les Biélorusses devront se contenter de ce dont ils disposent pour l’instant?
Impossible d’y répondre dans l’état actuel des choses.


