[Actu] Nouveau tir de missile Bulava

La dissuasion nucléaire russe est composée d’une triade disposant d’une composante air, d’une composante terre et d’une composante mer. La composante mer est constituée de sous-marins nucléaires lanceurs d’engins nucléaires (SNLE).

Dans le courant des années 80, la Marine Soviétique disposait du couple sous-marins Izd.941 Akula et missiles balistique R-39 Rif (RSM-52) pour assurer le rôle de la dissuasion nucléaire « marine ». Les premières études relatives au R-39 débutèrent en 1971 avant un lancement du projet en 1973 débouchant sur une mise en service du missile en 1983. Le R-39 fut conçu et pensé pour être embarqué par la nouvelle classe de SNLE (Sous-Marins Nucléaires Lanceurs d’Engins) de la classe Akula (Izd.941).

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Missile R-39 Rif dans son container. Photo@Pinterest

Ces sous-marins gigantesques (170 m de long, 16,5 m de haut et jusqu’à 48.000 tonnes de déplacement en plongée!) pouvaient emporter pas moins de 20 missiles R-39 dans des silos verticaux implantés en amont du massif. Ces missiles à trois étages et carburant liquide sont du type « mirvés », ce qui signifie qu’ils disposent de plusieurs têtes pouvant frapper des cibles différentes; dans le cas d’espèce chaque missile emporte 10 têtes; par conséquent un Akula en situation offensive emporte pas moins de 200 têtes nucléaires.

La chute de l’URSS et les traités START 1 et 2 de réduction des arsenaux nucléaires offensives en dotation ont eu en partie raison des Akula et par truchement des R-39.

Les budgets de la Marine Russe (ainsi que les missions et ambitions de celle-ci…) étant sans commune mesure avec ceux de la Marine Soviétique, la rénovation un temps envisagée des Akula fut purement et simplement abandonnée en mars 2012 au vu du coût prohibitif de celle-ci et au vu du fait que pour le cout d’une rénovation, la Russie pouvait se payer deux nouveaux sous-marins.

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Un Akula dans un dock à sec. On peut mieux appréhender la taille de ce SNLE… Photo@Pinterest

À la fin des années 80, l’URSS et puis la Russie travaillèrent à la mise au point d’un successeur au R-39. Ce nouveau projet portant le nom de R-39UTTH Bark fut miné par les problèmes de mise au point et après trois tirs infructueux : il fut purement et simplement abandonné au mois de décembre 1998.

Les Akula vont donc être progressivement retirés du service dans le courant des années 90 et le retrait de service des R-39 en 2012 marquera la fin des Akula. Sauf un.

Nous y reviendrons.

C’est dans le milieu des années 80 que l’URSS lance les études relatives à un nouveau SNLE amené à prendre la relève des submersibles existants. Ces études aboutiront au lancement de la construction d’un premier sous-marin en 1996 : l’Izd.955 Boreï (Борей) était né. D’un gabarit sensiblement plus petit que les Akula, il devait emporter le nouveau missile R-39UTTH.

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L’Aleksandr Nevskiy, deuxième SNLE de la classe Boreï. Photo@wikipedia

Les décideurs Russes se retrouvèrent donc avec un nouveau modèle de SNLE en construction sans armement principal pour l’équiper. Le développement d’une arme entièrement nouvelle fut décidé et approuvé à la fin des années 90 : le projet Bulava (Булава) est né.

Aussi connu sous le nom de 3K30 ou de RSM-56, le Bulava est un SLBM (Submarine Launched Ballistic Missile) entièrement neuf qui – contrairement à une idée largement répandue – n’est pas une version marine du Topol-M. C’est Yuri Solomonov et son équipe du Moscow Institute of Thermal Technology qui met au point le missile, ce dernier étant produit par l’usine Votkinsk.

Le nouveau missile d’un poids de 36,8 tonnes, d’une longueur de 11,5 m, d’un diamètre de 2 m et d’une autonomie maximale de 9.300 Km est doté de trois étages dont deux à carburant solide (une première en Russie) et un à carburant liquide. En outre, il dispose de 10 têtes nucléaires capables de frapper des cibles différentes bien entendu. La CEP (Erreur Circulaire Probable) est de 350 mètres.

Les SNLE de la classe Boreï (Izd.955) peuvent emporter 16 missiles Bulava tandis que les Boreï-II (Izd.955A) pourront en emporter 20.

En vue de déployer le missile durant les tests et en attendant la sortie de construction du premier Boreï (le navire ne sera lancé qu’en février 2008, soit 12 an après sa mise sur cale!), l’Akula TK-208 Dmitriy Donskoï est modifié entre 1990 et 2002 (rien que ça…) pour pouvoir emporter le nouveau missile. Cet emploi lui permettant d’être le dernier Akula toujours actif en 2017.

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Chargement d’un Bulava (en container) à bord du TK-208. Photo@?

Le premier tir d’un missile Bulava a eu lieu en 2004 et actuellement on dénombre 26 essais de tirs effectués pour un total de 28 missiles lancés. La mise au point du missile va être longue et très laborieuse : en effet près de 40% des tirs d’essais du missile vont déboucher sur des échecs !

C’est le TK-208 Dmitriy Donskoï qui va prendre en charge les 14 premiers tirs de missiles couvrant la période 2004-2010, à partir du 15ème tir c’est le Yuriy Dolgorukiy (premier SNLE de la classe Boreï) qui prendra la relève dans la campagne d’essais réalisant son premier tir le 28 juin 2011.

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Le Yuriy Dolgorukiy, premier SNLE de la classe Boreï. Photo@02Varvara

Depuis lors, on dénombre 11 tirs supplémentaires (consistant en 14 missiles, vu la réalisation de tirs en salve) étalés sur la période 2010-2017, le dernier en date ayant eu lieu le 26 juin 2017. Ce tir concerne donc le 28ème missile Bulava et a été effectué par le Yuriy Dolgorukiy au départ d’une position dans la mer de Barents avec comme objectif le terrain de tir de Kura au Kamtchatka, soit une distance estimée de 5.300 Km.

Les échecs répétés durant les essais du Bulava ont provoqué une certaine polémique en Russie entraînant une suspension des tests en décembre 2009 et une démission de son designer peu de temps après. Cependant, si le design du missile n’a pas été remis fondamentalement en cause, les critiques récurrentes portèrent sur l’incapacité Russe à respecter des standards de production élevés, la mauvaise qualité des matériaux employés et l’absence de fiabilité des composants employés ont été mis plusieurs fois en avant comme cause des échecs du missile.

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Missile Bulava à sa sortie de l’eau… Photo@Pentapostagma.gr

La campagne de tests a également mis en avant le fait que le missile a été testé sans passer par un pas de tir en mer comme il se faisait à l’époque soviétique mais directement testé à bord d’un navire; il est quand même évident qu’attribuer les échecs d’un armement à ce dernier alors que la campagne de tests est menée en dépit du bon sens est d’une logique implacable…

Sans titre

Chose assez amusante, le développement du Bulava ne sera pas interrompu après seulement trois tirs, à l’inverse du R-39UTTH. Ce qui en dit long sur l’importance du missile pour les autorités russes et qui explique aussi pourquoi ce programme est réputé être un des plus onéreux de la décennie. Même si une solution transitoire fut envisagée en cas d’échec définitif du programme (le R-29RMU), les ingénieurs et militaires se sont accrochés pour fiabiliser le programme.

La production en série du missile est lancée le 28 juin 2011 et la cible d’acquisition est de 150-170 missiles (124 pour équiper les 8 Boreï envisagés et le solde pour l’entraînement). Le missile est déclaré apte au service en date du 27 décembre 2011 et déclaré opérationnel en octobre 2015 sur les Boreï. Il est prévu de conserver le Bulava en service jusqu’à l’horizon 2040 et ce dernier pourra également être embarqué à bord du futur train lanceur de missiles BZhRK.

Nous y reviendrons plus en détails sous peu avec un dossier sur les SNLE Boreï.

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