[Actu] Deuxième batterie de S-400 en Syrie

C’est la revue anglaise Jane’s Defence Weekly qui a annoncé en date du 29 septembre la présence d’une deuxième batterie de S-400 sur le sol Syrien. Cette annonce faite sur base de photo satellite permet d’enfin confirmer cette présence déjà annoncée mais jamais vérifiée.

Le déploiement militaire de l’armée russe en Syrie s’est accompagné par un renforcement progressif mais conséquent des capacités d’interdiction A2/AD (anti accès / interdiction de zone) déployé par l’armée russe en vue de lui permettre de mener ses opérations aériennes en toute quiétude sous la couverture des systèmes basés au sol.

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Carte du site de déploiement de la 2ème batterie de S-400 en Syrie. Photo@CNES/IHS

Alors qu’initialement les Russes disposaient du système S-300 autour de la base de Khmeimim, ce dernier venant compléter les capacités anti-aériennes syriennes composées de systèmes soviétiques et russes, la perte d’un Su-24M Russe abattu par un F-16 Turc en date du 24 novembre 2015 va changer la donne.

Très peu de temps après, la Russie décida de renforcer ses capacités anti-aériennes sur place avec le déploiement d’une batterie de S-400 sur la base de Khmeimim (près de Lattaquié). Ce système plus moderne dispose d’une efficacité et d’un rayon d’action beaucoup plus étendu que son prédécesseur.

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Carte légendée illustrant la base de Khmeimim et l’installation du S-400. Photo@?

L’efficacité du système S-400 repose sur sa capacité à employer différents types de missiles; l’approche des Russes en matière de système de défense anti-aérienne repose sur des systèmes intégrés et multicouches pouvant employer plusieurs types de missiles aux caractéristiques différentes. Le système est donc capable d’atteindre des cibles situées dans plusieurs gammes d’altitudes et de distances.

Le développement d’une variante moderne du système S-300 a été lancé en 1986 sous le nom de S-300PM3 et c’est Almaz-Antey qui fut chargé de la mise au point du système. La chute de l’URSS ralentira fortement le développement du système et il faudra attendre le 12 février 1999 pour assister au premier tir de test du S-400 (nouveau nom en remplacement du S-300PM3). Ce dernier porte le nom de Triumf (Триумф).

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Véhicule TEL 5P90S du système S-400. Photo@Sputniknews

Les premiers résultats n’étant pas satisfaisants au niveau des performances, il faudra encore attendre 8 ans pour voir le système entrer en service au sein des forces armées russes en date du 28 avril 2007.

A l’instar de son prédécesseur, le système S-400 est composé de plusieurs véhicules qui forment un ensemble à trois composants de base;

  • Le système de gestion du champ de bataille 30K6E qui est composé du poste de commande 55K6 et du radar d’acquisition des cibles 91N6E
  • Maximum 6 unités de tir 98Zh6E qui comprennent un radar de suivi des cibles et de guidage des missiles 92N6E, jusqu’à 12 TEL (Tracteur Erecteur Lanceur) 5P85T2 / 5P85SM2 / 5P90S pouvant embarquer 4 missiles (placés en containers) chacun
  • Le système de support logistique 30Ts6E composé d’une batterie d’équipements de tests ainsi que des véhicules permettant de recharger en missiles les lanceurs

Ces équipements peuvent être complétés avec le radar optimisé pour le suivi des cibles en haute altitude: le 96L6(E).

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Système radar 96L6(E) du système S-400. Photo@Wikipedia.com

L’ensemble des équipements sont montés sur des véhicules tout terrain montés sur roues avec des châssis 8×8 et 6×6 BAZ ou MZKT disponibles permettant au système de se déplacer à une vitesse maximale de 60 Km/h (sur route) et de 25 Km/h (en tout terrain).

Comme indiqué auparavant, les capacités du système dépendent en bonne partie des missiles employés. Passons-les en revue:

  • 40N6: missile à longue portée pouvant atteindre des cibles jusqu’à 400 Km et avec comme but principal de frapper les cibles à haute valeur tels que les bombardiers stratégiques, les citernes volantes, les avions radars et les avions de reconnaissance.
  • 48N6DM/E3: missile pouvant atteindre des cibles jusqu’à 250 Km
  • 48N6E2: missile pouvant atteindre des cibles jusqu’à 200 Km (employé par le S-300 également)
  • 9M96E: missile pouvant atteindre des cibles jusqu’à 40 Km
  • 9M96E2: missile pouvant atteindre des cibles jusqu’à 120 Km

Les missiles en question disposent de différents types de guidage et d’altitude maximale et minimale d’engagement mais la question ne sera pas abordé dans ce sujet.

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Illustration permettant de se faire une meilleure idée des composants d’une batterie de S-400. Photo@?

L’installation d’une première batterie à Khmeimim permettait déjà à la Russie de créer une bulle A2/AD couvrant une zone s’étendant du sud de la Turquie au nord d’Israël. La deuxième batterie installée est située à environ 13 Km au nord-ouest de Masyaf sur un ancien site de S-200VE de l’armée syrienne.

Cette installation semble répondre à un double but: renforcer la batterie installée à Khmeimim notamment grâce aux radars supplémentaires qui permettent de contrer l’impact de la topographie locale défavorable sur la capacité de détection et de renforcer la capacité d’interception. Il s’agit probablement d’un message envoyé à Israël et qui fait suite au raid mené par l’armée de l’air le 7 septembre ciblant un site de l’armée syrienne.

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Véhicule radar 91N6E de détection avancée. Photo@Wikipedia.com

En outre, il est intéressant de constater sur les photos publiées que les Russes n’ont pas déployés un nombre important de lanceurs: seulement 4 TEL 5P85TE2 sont présents sur le site mais ils sont accompagnés par le radar 92N6 et surtout le 96L6(E). Ceci confirmerait donc la théorie que la couverture radar est plus importante que la capacité de tir réelle (même si elle n’est pas à négliger, bien entendu).

A ajouter également, la présence du système Pantsir-S1 venant appuyer le déploiement de la batterie de S-400 en assurant la protection anti-aérienne rapprochée de celle-ci. Chose intéressante, les Russes ont profité de leur déploiement en Syrie pour intégrer le réseau de défense anti-aérienne syrien au sein d’un seul réseau qui travaille en collaboration avec les systèmes au sol déployés par la Russie. Le but recherché étant de parvenir à une couverture totale et complète du pays des « menaces » extérieures et/ou envisagées comme telles.

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Système Pantsir-S1 assurant la protection anti-aérienne rapprochée. Photo@?

Peu importe le but recherché, il est évident que le déploiement de cette batterie ne fait que renforcer un peu plus la protection offerte aux appareils russes qui remplissent leur mission dans le ciel syrien.

Nous reviendrons beaucoup plus en détails sur le S-400 dans un futur dossier.

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