[Actu] Les Sukhoï Su-34E algériens
Faisant suite à la livraison début 2025 de Sukhoï Su-35, et après de nombreuses années parsemées de rumeurs sans suites concrètes, c’est maintenant chose faite: les Forces aériennes algériennes (القُوَّاتُ الجَوِّيَّةُ الجَزَائِرِيَّةُ) ont réceptionné leur(s) premier(s) Sukhoï Su-34E dans le courant du premier semestre de l’année 2026. Même si aucune des deux parties concernées (comme de coutume) n’a officialisé cette arrivée pas plus que cette commande, les images satellites disponibles prises en Russie à proximité immédiate de l’usine NAZ de Novosibirsk, à Moscou Zhukovsky ainsi qu’en Algérie sont pour le moins explicites et ne laissent guère de doute sur la question. L’Algérie est devenue le deuxième pays à exploiter le Su-34 (après la Russie) et ce après de très longues années ponctuées d’annonces (non officielles) et de rumeurs tenaces. Ainsi, douze ans après son acceptation officielle au service en Russie (le 21 mars 2014) et trente-six ans (le 13 avril 1990) après le premier vol du prototype T-10V-1 (qui donnera naissance au Su-27IB et à sa suite au Su-34 de série): le bombardier tactique de l’OKB Sukhoï trouve – enfin! – un débouché à l’exportation.

L’apparition des premières photos à la mi-mai 2025 d’une variante de Su-34 (ne portant qu’une peinture primer et non son camouflage définitif) disposant à première vue d’un standard d’équipements différent des appareils en service, lors d’un vol d’essais à proximité de Novosibirsk a constitué la première preuve tangible qu’un nouvel opérateur pour le Su-34 se profilait à l’horizon. Il ne faudra pas attendre longtemps pour voir le (les?) premier(s) appareil(s) photographié(s) avec le camouflage définitif; ce dernier, de type désertique, ne laisse guère de doute sur l’opérateur final des appareils qui est l’Algérie. De manière pour le moins significative; outre le fait qu’il s’agit du premier client à l’export pour le Su-34, cette livraison marque également la poursuite du programme de renouvellement des forces armées algériennes qui, après avoir réceptionnés leurs premiers Su-35 durant le premier quadrimestre de 2025 permettant de rajeunir leur composante de chasse, s’attaquent maintenant à leur composante de frappe au sol avec la mise en service des premiers Su-34E commandés qui viendront d’abord épauler avant de remplacer sur le plus long terme les Su-24MK2 (ces derniers, acquis d’occasion ont été modernisés en Russie dans le courant des années 2000).
Client fidèle des productions soviéto-russes depuis de très longues années, l’Algérie confirme donc la poursuite de sa politique d’acquisition de matériels militaires russes et ce malgré un contexte international (très) largement défavorable à la Russie sur le marché mondial des armements, même si le salon Dubai Airshow 2025 (17-21/11/2025) semble consacrer une tentative de retour en force progressif des Russes, tendance qui se poursuit depuis avec plusieurs salons d’armements internationaux où les Russes sont (à nouveau) présents en force après une absence (pour d’évidentes raisons) de plusieurs années. Ces arrivées successives de sang neuf (sans même parler de l’arrivée des premiers Sukhoï Su-57E – variante export du Sukhoï Su-57 – dans le courant du deuxième semestre de l’année 2025) au sein des effectifs locaux vont permettre de renouveler en profondeur et d’accroître significativement les capacités opérationnelles de l’armée de l’air algérienne.
- Premier contrat à l’export pour le Su-34
Entré en production de série au sein de l’usine NAZ (Новосибирский авиационный завод имени В.П. Чкалова) située à Novosibirsk pour les forces aériennes russes dès 2005, le bombardier tactique Sukhoï Su-34 (code bureau d’étude: T-10V / code OTAN: Fullback) semblait être condamné à ne devoir être exploité que par la Russie au sein de ses forces aériennes (VKS). Présenté à de nombreuses reprises dans les salons dédiés à l’armement depuis le début des années 2010, le Su-34 n’avait jamais réussi à réellement trouver sa place sur le marché à l’exportation. Il est un fait que l’hyperspécialisation de cette variante spécialisée dans les missions air-sol dérivée du Sukhoï Su-27 Flanker ainsi que l’existence d’autres modèles d’avions russes capables de remplir des profils de missions fortement similaires voire identiques (cas des Sukhoï Su-30SM/-2 et Sukhoï Su-35S) qui disposent de la capacité supplémentaire d’effectuer des missions de chasse et d’interception (ce qui n’est pas le cas du Su-34) font que l’attrait à l’export du Fullback se révéla être pour le moins limité. L’adage « qui peut le plus peut le moins » illustre parfaitement ce qui semble constituer la nouvelle norme en matière de forces aériennes: les appareils spécialisés devenant l’exception tandis que les appareils polyvalents (même si ces derniers présentent des limitations) se généralisent. Cette situation explique, en bonne partie, le nombre élevé de commandes pour le Su-30MK (et variantes) ainsi que les nombreuses marques d’intérêt pour le Su-35 (même si les exportations de ce dernier ont été impactées par le CAATSA) et l’absence de commandes à l’export – jusqu’il y a peu – pour le Su-34 alors que plusieurs clients potentiels exploitant des flottes vieillissantes de Su-24M(K) cherchent à remplacer ces derniers.

Il semble que la situation se soit débloquée aux alentours de 2019 (après plusieurs années de discussions et d’atermoiements) avec la commande (jamais officialisée) par l’Algérie de quatorze Su-34 adaptés aux exigences locales. Comme de coutume avec les commandes militaires signées par l’Algérie, aucun détail n’a filtré sur le contenu ainsi que les délais de livraison; de plus, la consultation des contrats officiels russes ne permet pas de trouver d’informations sur ces derniers. Certaines rumeurs locales font état que les avions auraient déjà été commandés en 2016 (!) mais rien ne permet d’affirmer/infirmer une telle rumeur, cependant voir s’écouler huit années entre la signature supposée et le début de formation des pilotes semble étonnement long comme délai… et peu crédible. Bien que pas impossible non plus.
Une fuite de documents (pour le moins opportune) provenant de hackers ayant publié des fichiers issus du groupe ROSTEC permet néanmoins d’en apprendre plus sur les appareils algériens ainsi que les équipements commandés par ces derniers, de plus les documents en question permettent d’en apprendre un peu plus sur le calendrier de la commande ainsi que des livraisons. Même si les fichiers en question sont à aborder pour ce qu’ils sont (une fuite sur Internet) et donc à prendre avec toutes les réserves de rigueur: leur contenu, lorsqu’il est mis en corrélation avec d’autres annonces antérieures fait qu’ils sont à envisager comme étant des sources globalement crédibles. Outre les détails techniques et certains délais abordés un peu plus loin: on peut apprendre que les Algériens ont payé une avance de 15% (montant d’environ 26,35 millions d’USD) permettant de faire entrer en vigueur le contrat avec les Russes.

D’un point de vue industriel, cette commande nous en apprend un peu plus sur l’usine NAZ: celle-ci travaille sur la production de Su-34 avec NVO neufs pour les VKS (forces aériennes russes) tout en assurant en parallèle les révisions d’appareils en service ainsi que les réparations d’appareils endommagés et elle ajoute en plus la production d’avions dédiés à l’exportation. En ce qui concerne la production de l’année 2025, il y a deux Su-34E documentés (les 703 et 704 Blanc) venant s’ajouter aux huit lots de Su-34 avec NVO de la cuvée 2025 pour les VKS: on voit donc que l’usine accroît progressivement sa capacité de production (six lots de Su-34 avec NVO livrés en 2024), et ce bien qu’une partie des moyens à disposition soient affectés aux révisions et réparations.
A posteriori, il est également possible de voir (nous y reviendrons plus loin) qu’au vu du nombre d’appareils présents sur le sol russe et sur le sol algérien début 2026 (donc produits dans le courant de l’année 2025): l’usine NAZ a sorti un nombre total de Su-34 (toutes variantes confondues) en 2025 surclassant les volumes produits par le passé. Même si il va de soi qu’il est difficile d’évaluer avec précision la capacité annuelle de l’usine NAZ vu le flou savamment entretenu par les Russes en ce qui concerne les livraisons ainsi que la montée en cadence, néanmoins la tendance nette qui se dégage va vers un accroissement des livraisons annuelles que ce soit pour les besoins intérieurs (prioritaires) ou pour l’export. Reste à voir si cette tendance va se maintenir sur le long terme.
- Sukhoï Su-34E (?), quelles différences?
D’un point de vue technique, les Su-34 algériens sont repris sous le standard Sukhoï Su-34E (certaines sources font état de Su-34ME, mais le standard Su-34M n’existant pas – encore ? – une variante export de ce dernier est peu probable); le suffixe -E étant logique et en phase avec les habitudes russes pour des appareils dédiés à l’export. Bien qu’aucun détail technique n’ait été communiqué officiellement au sujet des équipements embarqués par les Su-34E, les images disponibles permettent néanmoins de voir que les avions bénéficient d’un standard d’équipement différent et de prime abord plus pointu que les Su-34 avec NVO actuellement livrés aux forces aériennes russes (VKS). De manière pour le moins ironique, surtout en comparaison avec les usages du passé, un avion de facture russe destiné à l’exportation présente donc un standard d’équipement supérieur à celui de ses équivalents livrés en Russie! Indirectement, et comme on le verra par la suite, ceci en dit long sur la « pingrerie » du MoD russe (qui ne relève pas que de la légende urbaine) ainsi que sur la lenteur d’adaptation de ces derniers face aux menaces actuelles. Mais soit, c’est un autre sujet.

L’application par les Algériens d’une politique stricte d’absence complète de communications sur leurs acquisitions militaires, politique qui est scrupuleusement respectée par les Russes (qui n’ont pas toujours été très « prudents » en ce domaine) fait qu’en règle générale les détails techniques ainsi que le contenu des contrats passés entre les deux pays sont inaccessibles sur base de sources ouvertes. Toute règle finissant un jour par connaître des exceptions, un des documents issu de la fuite abordée un peu plus haut détaille de manière pour le moins précise les équipements commandés ainsi que le prix de ces derniers. Il est donc possible d’apprendre que l’Algérie (référencée en tant que client 012 dans la nomenclature industrielle russe) a passé une commande portant sur quatorze Sukhoï Su-34E (les plus observateurs remarqueront que le suffixe -E n’est pas repris dans le tableau publié) tandis que le délai de réalisation de cette commande couvre la période allant du quatrième trimestre de 2023 à 2026. A noter que, fort logiquement, vu la livraison des premiers appareils dans le courant de l’année 2025: les formations des premiers pilotes Algériens ont dû débuter dès la toute fin de 2023 et le début de 2024, ce qui explique donc la période de temps « 4 кв 2023 – 2026 гг » indiquée dans le document.

Outre le nombre d’appareils concernés ainsi que certains montants relatifs à cette acquisition, l’intérêt de ce tableau réside dans la liste d’équipements commandés en même temps que les appareils et appelés à équiper ces dernier. On retrouve entre autre:
- Quatorze L-265VE: variante export du L-265V Khibiny-M
- Quatre L-175VSh: nacelle employée pour le brouillage et la couverture des groupes d’avions
- Quatre L-175VU: nacelle employée pour le brouillage des radars d’alerte avancés (au sol ou en l’air)
Petite explication technique: le Su-34 (toutes variantes confondues) dispose de base de la suite d’autodéfense L-175V Khibiny-10V (le suffixe -10V provenant du code projet T-10V du Su-34), une variante améliorée de celle-ci existe, le L-265V Khibiny-M. Vu que les Su-34 livrés en Algérie sont des appareils dans une variante dédiée à l’export, ils disposent donc du L-265VE Khibiny-M commandé à raison de quatorze exemplaires (un ensemble L-265VE est composé de deux nacelles équipant un seul appareil). Bref, rien d’étonnant si cet ensemble est mentionné dans le tableau. Néanmoins, il n’en va pas de même pour les nacelles L-175VSh et L-175VU commandées à raison de quatre exemplaires chacune. Prenant place sur le point ventral n°1 positionné entre les réacteurs, ces nacelles viennent s’ajouter aux capacités de brouillage de base du système L-265V(E) Khibiny-M permettant de transformer le Su-34 en appareil de brouillage d’escorte pour les groupes de bombardement/attaque au sol qu’il vient donc protéger.
Les nacelles L175VSh et L175VU malgré leurs similitudes ne remplissent pas tout à fait les mêmes fonctions; les deux modèles prennent place sur un pylône dédié monté sur le point ventral n°1 (voir illustration ci-dessus) du Su-34: ce point étant un de ceux pouvant accepter les charges les plus lourdes de l’avion. Vu le positionnement entre les entrées d’air, le pylône a une forme spécifique qui permet à la nacelle – dont les dimensions sont conséquentes – d’être placée en position basse, libérant de la sorte le champ de vue du module de ciblage Platan. La nacelle L175VU est un système de brouillage (passif) qui vient compléter et renforcer le L175V/L265V embarqué: fonctionnant en bande C, X et Ku, la nacelle L175VU permet au Su-34 de devenir un brouilleur d’escorte apte à couvrir simultanément plusieurs appareils. A l’inverse, la nacelle L175VSh n’a pas pour fonction de couvrir un groupe d’appareils mais sert de système de brouillage (actif et passif) ciblant les systèmes d’alerte radar avancé (aérien ou terrestre): le système fonctionne sur les bandes S et L (fréquences allant de 1,2 à 4 GHz).

Cet ensemble pleinement modulable de nacelles qui permettent d’accroître les capacités et missions du Su-34(-E) a d’abord été employé de manière marginale par les VKS depuis 2015, cependant son utilisation, documentée durant la guerre en Ukraine, tend à être de plus en plus fréquente et devrait à terme se généraliser. L’Algérie a fait le choix de suivre la même approche en procédant à l’acquisition des nacelles en question qui vont théoriquement permettre de monter des groupes d’attaque au sol composés de Su-34E en configuration de bombardement accompagnés par un Su-34E configuré pour les missions d’escorte: vu la présence de systèmes SAM et SHORADS à proximité immédiate de l’Algérie autant dire que cette configuration prend tout son sens. A l’inverse et en l’état actuel des choses, l’Algérie ne semble (encore?) pas avoir jeté son dévolu sur les nacelles de reconnaissance et de guerre électronique issues du programme de recherche Sych: les UKR-RL/-RT/-OE. Ces dernières sont de plus en plus fréquemment employées sur les Su-34 russes, donc il ne serait pas improbable que sur le plus long terme, l’Algérie en commande également… sachant que les forces aériennes algériennes disposent de Su-24MRK qui ne rajeunissent pas non plus.

D’autres modifications sont visibles sur les futurs appareils algériens, les images disponibles illustrent la présence de ce qui s’apparente à un système d’alerte missile (MAWS, Missile Approach Warning System) composé de deux ensembles positionnés à la fois sur le dessus ainsi que le dessous de l’appareil à proximité du cockpit. Sur base des images publiées tant qu’à présent, il apparaît que les équipements ajoutés sont probablement une reprise d’une partie des composants du système SOER présent dans la suite d’autodéfense employée par le Sukhoï Su-35S. Les capteurs présents sont au nombre de trois avec un agencement qui est inversé selon la position des deux ensembles: l’ensemble en partie supérieure, de forme triangulaire, dispose d’un capteur pointant vers l’avant et de deux vers l’arrière tandis que l’ensemble en partie inférieure, de forme arrondie, dispose de deux capteurs pointant vers l’avant et un vers l’arrière. De manière surprenante, on ne distingue pas – sur les images publiées – de capteurs positionnés sur la partie arrière de l’appareil notamment au niveau du cône de queue, impossibilité technique (suite à la présence de la sortie d’air de l’unité auxiliaire de puissance? Ou d’une trop grande proximité des tuyères des réacteurs?) ou choix délibéré? Il est impossible de répondre à cette question en l’état actuel des choses.

Autre élément soumis à questionnement sans pour autant disposer d’éléments de réponse: le type de radar embarqué ainsi que la capacité (ou non) à emporter le missile air-air RVV-AE. Disposant pour son autoprotection de la capacité d’emporter les missiles air-air R-27 et R-73, le radar Leninets V004 (PESA) du Su-34 ne permet pas de tirer la nouvelle génération de missile air-air le RVV-AE (R-77). Vu la généralisation du recours aux missiles air-air R-77 (et variantes) depuis le lancement de la guerre en Ukraine, il sera intéressant de voir si les appareils employés par l’Algérie ont été modifiés en conséquence que pour disposer de la capacité de tir de ce missile. Le missile R-77 étant déjà présent dans la dotation algérienne, l’ajout de ce dernier (déjà envisagé à la base du projet, comme l’indique la liste des emports théoriques, ci-dessus) serait pour le moins pertinent… il est d’ailleurs surprenant que ce ne soit pas déjà le cas sur les Su-34 (avec ou sans NVO) russes. Mais soit, il sera nécessaire de scruter les futures photos des appareils pour en apprendre plus sur ce point technique. En filigrane, on peut aussi se questionner sur le modèle de radar employé: le Leninets V004, bien qu’optimisé pour des fonctions air-sol est un radar dont le développement remonte au début des années 1990. Malgré ses qualités, il s’agit d’un modèle loin d’être de première jeunesse: un nouveau calculateur a bien été développé pour équiper les Su-34 avec NVO russes, néanmoins l’architecture de base (l’antenne) est toujours celle d’origine. Reste donc à voir (impossible de le déterminer en l’état) si les militaires algériens ont demandé un nouveau radar sur leurs Su-34E ou si il s’agit d’une variante modifiée du radar V004.

Comparaison n’est pas raison comme le veut le dicton, surtout qu’en l’absence d’une vue technique détaillée du Su-34E: certains points sont soumis à questionnement (le radar et ses éventuelles modifications notamment). Néanmoins les points actuellement vérifiables sur les appareils algériens ont fait bondir pas mal d’observateurs militaires russes qui estiment (à juste titre) que les Su-34E sont d’un standard d’équipements nettement plus pointu que les Su-34 avec NVO actuellement réceptionnés par la force aérienne russe (VKS). La présence notamment d’un système d’auto-défense revu et significativement amélioré est le point de crispation principal: l’absence de système MAWS sur les Su-34 russes est une des faiblesses principales identifiées sur l’avion et explique (pour partie) l’ampleur des pertes en Ukraine. Plus curieusement encore, alors que la variante « modernisée » Su-34 avec NVO est toujours dépourvue d’un tel système, leurs homologues algériens en est bel et bien équipé… ce qui fait grincer pas mal de dents chez les observateurs Russes.
En l’état actuel des choses, deux Su-34E destinés à l’Algérie ont été clairement identifiés sur photographies: portant les numéros de Bort 703 Blanc et 704 Blanc (immatriculations temporaires employées par les Russes, les avions passeront ensuite au système algérien structuré sous la forme XX-yy avec les X qui sont des lettres et les y des chiffres, lors de leur livraison), ils portent un camouflage (du plus bel effet!) de deux tons de sable sur l’extrados et bleu clair sur l’intrados tandis que le radôme est peint en blanc. Cependant, alors que les deux premiers appareils visibles portent un camouflage à base de deux tons de sable, les images publiées dans le courant du mois de juin 2026, permettent de voir que les avions algériens reçoivent un nouveau camouflage à base de nuance de bleus (clair et foncé) sur l’extrados, avec un radôme blanc, l’intrados n’étant pas visible bien que l’on devine qu’il soit également dans une nuance de bleu clair.

Elément intéressant dans cette histoire de camouflage: des images satellites de la base de Laghouat datant de mars 2026 indiquent la présence de quatre Su-34E en camouflage bleu, ce qui permet de confirmer deux éléments. Premièrement que l’Algérie dispose déjà – a minima – de quatre Su-34E et deuxièmement que le camouflage bleu est la variante « finale » retenue par l’armée de l’air algérienne. Un peu à l’instar de ce qui s’était passé auparavant avec les Su-30MKA dont quatre exemplaires portaient un camouflage différent, ce qui avait poussé certains observateurs à y voir une variante spécialisée de cet appareil. Il n’en fut finalement rien. Reste donc, évidemment, à se demander ce qu’il adviendra des deux appareils en camouflage désertique? Remise au type ou livraison en l’état? En l’état actuel des choses, au moment de rédiger ces lignes les deux avions « oranges » sont toujours en Russie (à Akhtoubinsk notamment) en compagnie d’autres exemplaires « bleus ».

En croisant les images satellites et les photos disponibles, on constate qu’au moins sept Su-34E sont déjà « connus », soit la moitié de la commande totale d’avions pour l’Algérie. Dans cet ensemble, on dénombre les deux appareils « oranges » (703 Blanc et 704 Blanc) qui sont toujours en Russie (pour la formation des pilotes et techniciens algériens), un appareil « bleu » à Akhtoubinsk (même rôle que les 703 et 704 Blanc) et enfin quatre appareils « bleus » présents en Algérie à Laghouat. On peut donc légitimement en conclure que l’ensemble de la commande devrait être réceptionné par le client avant la fin de l’année 2026.
Au niveau de l’affectation des appareils, la base de Laghouat qui abrite également les Su-24MK(2) constitue un choix idéal: les infrastructures sont vastes et modernes avec la présence de deux pistes ainsi que de hangars renforcés et bien dispersés, tandis que les escadrons spécialisés dans les missions d’attaques au sol/bombardement y sont stationnés. D’un point de vue géographique, la base se situe à environ 400 Km de la frontière marocaine, 300 km de la mer Méditerranée, et 400 Km de la Tunisie: il s’agit donc d’une position centrale dans la géographie locale qui offre des temps de réaction et de déploiements réduits tout en n’étant pas à portée immédiate des menaces potentielles. Même si les Algériens n’ont pas communiqué sur l’emploi futur des Su-34E, il est un fait que le recours à un camouflage (définitif) composé de nuances de bleus indique que ces derniers sont envisagés pour être engagés (notamment) au-dessus de zones maritimes. Vu la longueur des côtes algériennes et les modifications apportées en avril 2018 aux limites de ses eaux territoriales (générant des tensions avec l’Italie et l’Espagne notamment), l’ajout d’une capacité dédiée de frappe en mer prend tout son sens.
- Les Sukhoï Su-24MK(2) algériens: la retraite est en vue?
L’entrée en production de série dès 1979 du bombardier tactique Sukhoï Su-24M (code bureau d’études: T-6M/ code usine: Izd.44 / code OTAN: Fencer-D) va rapidement attiser les appétits de certains pays proches de Moscou: dès la fin des années 1970, la Libye (avec une cible originale de quinze appareils) ainsi que l’Irak vont manifester un intérêt pour le bombardier tactique soviétique, sans déboucher sur la moindre commande pour autant. Il semble que la menace constituée par de futurs Fencer-D libyens vis-à-vis de la Sixième Flotte de l’US Navy en Méditerranée ainsi que la capacité de frapper Israël au départ de l’Irak avec les conséquences possibles de tels actes aient rapidement calmé les velléités à l’exportation. Il est vrai qu’avec ses fortes capacités de frappes au sol et à la mer combiné à une vaste dotation en armements modernes, un groupe de Su-24(M) – une fois dans les mains de pilotes correctement entraînés – représentait une menace non négligeable pour des navires en mer ou des cibles au sol. Finalement, plus pour des raisons d’ordre économiques que doctrinales, l’URSS octroie l’autorisation d’exportation du Su-24M vers des pays tiers en 1987, ouvrant ainsi très rapidement les portes aux premières commandes à l’exportation pour ce dernier. Selon les us et coutumes en vigueur à l’époque: les Soviétiques développent une variante spécifique pour l’export, celle-ci étant cataloguée sous le type Sukhoï Su-24MK (code bureau d’études: T-6MK / code usine: Izd.45 / code OTAN: Fencer-D mod.). Les principales différences avec la version soviétique résident dans l’avionique embarquée: enlèvement de la capacité nucléaire tactique, IFF modifié, informatique embarquée modifiée. Les Su-24MK produits vont l’être de deux façons: soit par conversion de Su-24M soviétiques existants soit par construction neuve en usine chez NAZ (à Novosibirsk).

A la fin des années 1980, les forces aériennes algériennes disposaient dans leur ordre de bataille d’une quarantaine de MiG-23BN employés pour les missions d’attaque et de bombardement: ces derniers, entrés en service entre 1976 et 1978 (affectation au 27 et 28ème escadrons d’attaque/bombardier), venant prendre la relève de Sukhoï Su-7BMK ainsi que d’un reliquat d’Iliouchine IL-28 toujours actifs. L’octroi de la licence d’autorisation d’exportation va permettre à l’Algérie de passer une commande de dix Su-24MK qui sont livrés en 1989 soit peu de temps avant la fin de l’URSS. Le contexte géopolitique à la fin des années 1980 va s’avérer pour le moins défavorable à l’Algérie avec deux éléments qui vont impacter durablement le pays: une guerre civile qui éclate et secoue tout le pays entre 1992 et 2002 (on parle également de « Décennie noire » pour qualifier cette période), celle-ci verra l’état algérien se battre contre divers mouvements islamistes dont l’un des plus médiatisé est le FIS (Front Islamique du Salut). De plus, la disparition de l’URSS va avoir comme conséquence immédiate le retour au pays des conseillers et techniciens soviétiques présents sur place et employés pour les formations ainsi que l’assistance technique auprès des forces armées algériennes. Conséquence directe des ces deux éléments, le programme de modernisation des forces armées algériennes va connaître un sérieux coup d’arrêt: les priorités (du moment) étant très clairement ailleurs.

Cependant, vu le vieillissement des appareils en dotation, des performances limitées ainsi que la possibilité d’acquérir à bas prix des appareils provenant des stocks de l’ex-URSS font que les responsables algériens vont – une fois que la situation politique locale sera stabilisée au début des années 2000 – se tourner (à nouveau) vers la Russie (et les anciennes républiques soviétiques devenues indépendantes) pour renouveler leur composante de frappe au sol et de bombardement tactique: le Sukhoï Su-24MK, déjà présent dans la dotation locale se révélant être l’appareil de choix pour compléter les effectifs. De plus, la Russie et les anciennes républiques soviétiques se retrouvaient à la tête de flottes pléthoriques d’avions neufs (ou presque) dont elles n’avaient ni l’utilité ni les moyens (humains et financiers) de conserver: une partie des appareils en question furent donc très rapidement proposées à la vente au plus offrant, les prix étant généralement cassés vu le besoin de faire rentrer rapidement des moyens financiers dans les caisses particulièrement vides des états concernés.
Ainsi en 2000, l’Algérie signe l’acquisition d’un contrat d’une valeur de 120 millions d’USD et comprenant un lot supplémentaire de vingt-deux Su-24MK, avec cette différence significative par rapport aux appareils acquis en 1989 qu’il s’agit cette fois-ci de conversions de Su-24M existants (lots de production 10 et 12 notamment) issus de l’inventaire des VVS et transformés par l’usine NAZ (Novosibirsk) en Su-24MK. Les avions vont être livrés, via Antonov An-124, en Algérie (dix appareils en 2001 et douze en 2002) où ils vont venir renforcer l’effectif existant de Su-24MK et permettre par la même occasion de rééquiper deux unités supplémentaires. Les forces aériennes algériennes vont être en mesure de constituer trois escadrons en Su-24MK, ces derniers formant le cœur de la capacité de frappe au sol et de bombardement algérienne après le retrait de service des derniers MiG-23BN en 2004.

La deuxième acquisition de Su-24MK par l’Algérie va également avoir ceci de significatif qu’elle comprendra un lot de Su-24MR. Variante de reconnaissance dédiée basée sur le Su-24M, le Sukhoï Su-24MR (code bureau d’études: T-6MR / code usine: Izd.48 / code OTAN: Fencer-E) est un appareil dont la mission principale est d’assurer la reconnaissance tactique tous temps jusqu’à des distances de 400 Km à l’intérieur des lignes ennemies. Reprenant comme base technique le Su-24M avec lequel il ne diffère que très peu, les principales modifications portent sur l’enlèvement des armements et des systèmes d’attaque sol (notamment le radar Orion-A et le système de ciblage Kayra-24) ainsi que leur remplacement par un complexe d’équipements de reconnaissance connu sous le nom de BKR-001 (Izd.M100) qui permet à l’avion de remplir des missions ELINT (ELectronic INTelligence) et SIGINT (SIgnal INTelligence). Quatre Sukhoï Su-24MRK rejoignent les effectifs du 525 ERGE basé à Aïn Ouessara au début des années 2000.

Outre l’acquisition d’appareils supplémentaires, les Algériens vont également signer plusieurs contrats avec l’usine NAZ (Novosibirsk) visant à assurer les révisions générales des appareils: sur base de ces derniers, il est possible d’apprendre que l’usine a travaillé de manière ininterrompue sur des appareils algériens jusqu’au milieu des années 2010. Les travaux vont porter sur plusieurs aspects en parallèle avec le passage en révision et mise au standard Su-24MK/Su-24MRK des avions fraîchement acquis ainsi que le passage en révision générale des Su-24MK acquis en 1989: ceci permettant de disposer d’une flotte standardisée (bien que de légères différences techniques subsistent entre les appareils selon leur provenance) et disposant d’un potentiel permettant d’envisager l’avenir sereinement.
Cependant, il existe un aspect qui mérite d’être abordé dans cette acquisition: le nombre total d’appareils finalement acquis par l’Algérie est soumis à questionnement. Outre les dix Su-24MK neufs de la première commande (1989), les vingt-deux Su-24MK d’occasion de la deuxième commande (2000), un reliquat d’appareils supplémentaires (~ dix exemplaires) acquis vers la même période serait venu compléter les effectifs locaux: ces derniers provenant des stocks ukrainiens et russes avant d’être convertis en Su-24MK. Sur base des données disponibles (on le verra plus loin), il existe une petite quarantaine de Su-24MK/MKR algériens identifiés, l’Histoire de ces derniers présente quelques trous qui nécessitent encore d’être comblés.

A côté des révisions générales, les Algériens vont également faire passer les Su-24MK et Su-24MRK en modernisation en Russie: les travaux étant réalisés par l’usine NAZ. Cette modernisation reprend les travaux effectués effectués par GEFEST avec son système SVP-24 pour les forces aériennes russes, voit les appareils traités passer au standard Sukhoï Su-24MK2 et Su-24MRK2. De manière simplifiée, l’objectif du SVP-24 est d’améliorer la précision des munitions lisses employées ainsi que d’augmenter la gamme de munitions guidées déployables: les modifications les plus visibles étant l’installation d’un nouvel afficheur tête haute (HUD) KAI-24P pour le pilote et de deux écrans multifonctions pour l’officier du système d’armes. Certaines sources font état du fait que les appareils Algériens sont à un standard techniquement équivalent au Sukhoï Su-24M2 (développé par l’OKB Sukhoï pour les VKS), sur base des images disponibles des cockpits: cette affirmation est impossible à vérifier, à l’inverse du SVP-24 dont la présence est vérifiable. A côté des Su-24MK et de leurs armements, les Algériens ont également obtenus des nacelles de ravitaillement en vol UPAZ-1: ce qui permet de transformer le Su-24MK2 en ravitailleur en vol pour d’autres appareils du même type.
Même si les informations relatives aux appareils Algériens sont souvent contradictoires et/ou lacunaires sur certains aspects (pour d’évidentes raisons), il est possible d’avoir une vue plus ou moins précise du déroulé de carrière (et de la ligne du temps) des Su-24MK et Su-24MRK algériens. Premier lot acquis en 1989, deuxième lot acquis en 2000, reliquat acquis à la même période, modernisation aux standards Su-24MK2 et Su-24MRK2 dans la foulée (début des années 2000), cycles de révisions générales sur la période 2007-2012, cycles de révisions générales sur la période 2017-2022. Enfin, au cours de leur carrière, les dix premiers Su-24MK ont arboré un camouflage composé d’un fuselage et d’un intrados en turquoise clair tandis que l’extrados était en trois tons de bruns foncés et verts avant qu’un camouflage désertique s’impose lors du passage en révision générale avec deux tons de sable sur l’extrados et un fuselage et un intrados turquoise clair. Lors de leur dernier passage en révision (période 2020), les appareils traités ont vu leur fuselage et intrados être repeints dan une nuance de turquoise plus foncée et les nuances de sable inversées sur l’extrados.

Les premiers Su-24MK réceptionnés ont d’abord été stationnés au 274 EAP initialement basé à Aïn Ouessara: cet escadron sera ensuite complété et renforcé au fur et à mesure de l’accroissement de la flotte avec le rééquipement des 284 EAP et 294 EAP rattachés à la 4ème escadre d’appui et de pénétration. Les trois escadrons seront ensuite transférés vers la base de Laghouat où l’ensemble de la flotte de Su-24MK2 actifs stationne toujours actuellement. A l’inverse, les Su-24MRK2 sont affectés au 525 ERGE qui est rattaché à la 5ème escadre de reconnaissance et de guerre électronique, l’ensemble des appareils sont stationnés à Aïn Ouessara. Pour résumer, la force de Fencer-D et Fencer-E algériens se structure de la manière suivante:
- 4ème Escadre d’Appui et de Pénétration
- 274 Escadron Appui et de Pénétration (EAP): Su-24MK2
- 284 Escadron Appui et de Pénétration (EAP): Su-24MK2
- 294 Escadron Appui et de Pénétration (EAP): Su-24MK2
- 5éme Escadre de Reconnaissance et de Guerre Électronique
- 525 Escadron Reconnaissance et de Guerre Electronique (ERGE): Su-24MRK2
Les estimations les plus crédibles indiquent que les forces aériennes algériennes alignent en 2026 une force composée d’une trentaine d’appareils actifs (d’autres appareils acquis en occasion ont été arrêtés à la fin de leurs heures disponibles et servent de banque d’organes) répartis sur deux bases principales (Laghouat et Aïn Ouessara) avec des détachements selon les besoins, les menaces et les exercices dans les autres bases à disposition. En matière de classification des Su-24MK (et variantes), les Algériens utilisent une méthodologie assez simple qui est généralisé à l’intégralité de leurs forces aériennes, l’ensemble se subdivisant en deux lettres qui sont attribuées pour chaque modèle (les lettres sont toujours les mêmes pour chaque modèle) et suivis de deux chiffres « xx » qui sont une valeur algébrique changeant sur chaque appareil. A noter que pour les amateurs de détails pointus: les numéros de construction de vingt-huit Su-24MK2 sont connus, ce qui permet d’avoir une vue plus précise sur la composition de la flotte locale ainsi que de son origine (appareils produits neufs ou conversions de Su-24M). Ainsi, en recoupant les méthodologies (photos, camouflages employés et numéros de construction disponibles), il est possible d’identifier un total de:
- Trente-huit Su-24MK2 codés en KX-xx
- Quatre Su-24MRK2 codés en KG-xx
Subtilité qui a tout son importance, les valeurs algébriques ne suivent pas une logique de progression régulière: il y a des « trous » dans la numérotation (par exemple, on passe du Su-24MK codé KX-12 au KX-15), et ceci en vue de faire « croire » (manière de dire) à l’observateur que la flotte est plus conséquente qu’elle ne l’est en réalité.

Ouvrons une petite parenthèse, une version de guerre électronique du Su-24M a été développée au début des années 1980: répondant au nom de Su-24MP (code bureau d’études: T-6MP / code usine: Izd.46 / code OTAN: Fencer-F). Cette variante, dont le développement n’a jamais été intégralement finalisé vu les nombreuses difficultés techniques rencontrées durant le développement de ses équipements ne sera jamais admis officiellement au service. Dix appareils (deux lots de cinq appareils) sortent des chaînes entre 1983 et 1985: récupérés par l’Ukraine et la Russie, certaines sources font état du fait que deux de ces appareils auraient été acquis par l’Algérie, ces derniers étant classifié sous le type KY-xx et un des appareils porterait le numéro KY-51. Vu l’absence d’images et de documents permettant d’attester l’existence de ces avions ainsi qu’au vu du développement inachevé de cette variante du Su-24M, il est pour ainsi dire impossible de déterminer si l’Algérie a (ou non) disposé de Su-24M(K)P dans sa flotte, néanmoins les chances que ce soit effectivement sont (très!) faibles.

La flotte algérienne de Su-24M (et variantes) dépasse déjà les quarante ans d’âge moyen, tout en étant réputée complexe à entretenir (la lourde architecture liée aux ailes à géométrie variable ainsi qu’une électronique embarquée vieillissante n’étant pas étrangères à cette complexité), les appareils sont à des standards techniques légèrement différents (car provenant de plusieurs lots de production ainsi que de sources différentes) et délicats à piloter (le Fencer-D ne pardonne guère les erreurs des débutants). Ces éléments font que le remplacement des Su-24M (et variantes) s’impose donc à moyen terme. Néanmoins, malgré les contraintes existantes, les techniciens algériens sont aux petits soins avec leurs avions: l’entretien courant est du ressort des Algériens tandis que la maintenance lourde et les cycles de révisions générales (avions et moteurs) se font en Russie (chez 514 ARZ de Rzhev) à intervalles réguliers. La fin de carrière des Su-24M au sein des VKS qui se profile doucement à l’horizon va indirectement avoir un impact sur la capacité de l’outil industriel russe d’encore être en mesure d’assurer le maintien en conditions opérationnelles (MCO) à moyen terme des derniers Su-24M(K) toujours actifs de part le monde.
A noter que les forces aériennes algériennes ont perdu deux Su-24MK/Su-24MRK2 suite à des accidents: le premier s’est déroulé le 13 octobre 2014 (avec perte de l’équipage) et concerne un Su-24MK tandis que le deuxième a eu lieu le 20 février 2019 (avec perte de l’équipage également) durant un vol de nuit et concerne le KG-93, un Su-24MRK2.
- Une montée en compétences qui s’accélère?
Ce serait un doux euphémisme de venir écrire que la première commande à l’export pour le Su-34 a été pour le moins (très) longuement attendue. Annoncée à intervalles plus ou moins réguliers depuis le milieu des années 2010, la concrétisation de cette vente relevait de l’arlésienne: sachant que les rumeurs provenant d’Algérie ont toujours été à prendre avec de très grosses réserves vu la propension locale à annoncer beaucoup de choses sans jamais rien laisser filtrer d’officiel. De plus, l’hyperspécialisation du Su-34 à l’heure où les avions multirôles deviennent la norme semblait condamner le Fullback à végéter sur la scène internationale marquant le pas face aux productions occidentales ainsi qu’à d’autres productions russes et ne devant se limiter qu’à des commandes en vue de rééquiper les forces aériennes russes (VKS).

Engagés depuis les premières heures de l’attaque sur l’Ukraine, les Su-34 ont enregistré de lourdes pertes (environ une trentaine d’appareils perdus et/ou endommagés) découlant notamment d’une doctrine d’emploi pour le moins inadaptée par rapport au champs de bataille eu égard aux menaces présentes et la sous-estimation de celles-ci (les SHORADS notamment). Ces pertes, bien que compensées par les livraisons d’appareils neufs depuis 2022, ont terni l’image du Su-34: les observateurs militaires russes ne se privant d’ailleurs pas de critiquer vertement l’appareil et ses performances tout en s’interrogant sur l’utilité de ce dernier à l’heure de la généralisation des avions multirôles. Il est vrai qu’au vu des évolutions technologiques de ces dernières années: on peut légitimement s’interroger sur la finalité expliquant le recours à un appareil aussi spécialisé et dont la conception remonte à la fin des années 1980, ces interrogations ne variant que peu ou prou en fonction du standard d’équipement (Su-34, Su-34 avec NVO ou Su-34E). Néanmoins, même si ces interrogations sont légitimes, le catalogue des équipements commandés par les algériens donne une idée d’une utilisation future des Su-34E par le pays: les appareils – outre les missions air-sol – seront en mesure de remplir également le rôle de brouilleurs d’escorte pour les groupes de bombardement, un peu à l’image de ce que fait l’US Navy avec les E/A-18G Growler.
Après la réception des premiers Su-35 au début de l’année 2025, suivi par la réception des premiers Su-57E fin de l’année 2025, la mise en service des premiers Su-34E fin 2025 vient donc compléter le programme de renouvellement des forces aériennes algériennes, celles-ci concrétisant à la fois une montée en gamme quantitative et qualitative. Elément à garder à l’esprit, le volume de quatorze Su-34E en cours de livraison ne permet pas de remplacer l’entièreté de la flotte de Su-24MK (et variantes): on peut légitimer s’attendre à ce qu’Alger poursuive ses acquisitions, certaines rumeurs provenant de sources locales faisant état de commandes supplémentaires à terme avec pour objectif de constituer trois escadrilles de quatorze appareils. Même si les rumeurs sont à envisager pour ce qu’elles sont, elles sont globalement cohérentes avec les besoins eu égard à la flotte en service actuellement. L’arrivée des Su-34E dans la dotation locale va voir les algériens disposer d’appareils modernes, très bien équipés et ayant à disposition une vaste gamme d’armements air-sol venant en outre ajouter des capacités de guerre électronique modernes qui seront les bienvenues dans l’ORBAT local.

Seul bémol (manière de dire), on peut qu’être surpris par la forte diversité dans les acquisitions algériennes: si il est un fait que les Su-34/Su-35/Su-57 ne remplissent pas les mêmes fonctions, chaque appareil étant optimisé pour certaines missions, l’existence d’une flotte aussi hétéroclite et présentant des capacités similaires (sous certains aspects) augmente inutilement les contraintes en matière de MCO (Maintien en Conditions Opérationnelles) en comparaison avec une flotte comprenant moins de modèles différents dans sa composition. Malgré les excellentes relations entretenues par Alger et Moscou, la tâche des techniciens algériens ne sera pas toujours aisée, néanmoins ces derniers connaissent et maîtrisent de longue date les productions russes: gageons que ces derniers sauront s’adapter à une flotte aussi diversifiée tout en la maintenant à un niveau opérationnel optimal.

