[Actu] MiG-35, où en est-on?

Il y a un un peu moins de deux ans que le constructeur MiG présentait le dernier (pour l’instant) né de sa prolifique famille de chasseurs légers MiG-29 Fulcrum; en l’occurrence, il s’agit du MiG-35 et plus spécifiquement des variantes MiG-35S (variante à un siège) et MiG-35UB (variante à deux sièges) adaptées aux exigences des forces armées russes.

Après la signature d’une commande (des plus modeste) portant sur 6 appareils pour les VKS et avec la sortie annoncée sous peu des premiers appareils de l’usine MiG de Lukhovitsy (Луховицы); il est temps de se pencher un peu sur le MiG-35 et voir comment la situation autour de cet appareil a évolué depuis sa présentation.

Vu que le MiG-35 a déjà été abordé dans un dossier au sein du blog, nous ne reviendrons pas in extenso sur les aspects historiques détaillés relatifs à celui-ci.

Le MiG-35 à l’aube de 2019

Commençons par le début; alors que les prévisions lors de la présentation des deux variantes tablaient sur une commande rapide de 30 appareils, certains acteurs officiels parlant de la possibilité de monter jusqu’à 170 appareils (rien que ça!), il n’en est tant qu’à présent rien puisque les VKS n’ont signé qu’un bon de commande en date du 22 août 2018 portant sur… six appareils (!) qui seront employés pour rééquiper la patrouille acrobatique Strizhy (Стрижи). Cette patrouille exploite actuellement des MiG-29/MiG-29UB qui sont loin d’être de première jeunesse et après le passage de l’autre patrouille russe, les Russkye Vityaz (Русские Витязи) sur Su-30SM, le renouvellement des Strizhy s’imposait doucement. Hors cette première commande, on ne peut pas vraiment dire que les forces aériennes russes soient transies d’enthousiasme face au MiG-35S/UB; les débuts d’un nouvel appareil sont toujours un peu lent à démarrer mais vu le silence quasi-absolu ayant entouré cet appareil ces derniers mois, on est même en droit de se demander si les Russes ne veulent pas simplement lui octroyer un enterrement de première classe.

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MiG-29UB codé 07 Bleu des Strizhi. Photo@wikipedia.com

Néanmoins, les décideurs locaux tablent toujours sur l’acquisition de 24 MiG-35S/UB supplémentaires soit de quoi former deux escadrilles (et une réserve) qui remplaceront des MiG-29 « vanilla » (c-à-d: en version d’origine). Il semble que le peu d’enthousiasme lié à l’acquisition du MiG-35S/UB découle en bonne partie dans l’absence de radar AESA pour l’équiper. En effet, la question du radar déjà soulevée auparavant n’est pas encore solutionnée: les appareils en construction sortiront toujours avec le « loin d’être moderne » radar classique Zhuk M(E) équipant déjà le MiG-29SMT. Bien que ce radar ne soit pas ce qu’il y a de plus moderne en la matière, il ne démérite pas pour autant cependant les forces aériennes russes semblent vouloir disposer d’un MiG-35 « achevé » (c-à-d: équipé d’un radar AESA intégré et testé) avant de passer des commandes plus importantes pour ce dernier.

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MiG-29SMT codé 23 Rouge. Image@Andrey Zinchuk

Le constructeur RSK MiG a déjà fait savoir qu’il était prêt à fournir rapidement des MiG-35 équipés avec un radar Zhuk AM (FGA-50), la version export étant le Zhuk AME. Mis au point par NIIR Phazotron (groupement KRET), ce radar succède au Zhuk-AE qui avait été développé pour le premier prototype MiG-35(D) qui avait participé à l’appel d’offres indiens MMRCA en 2007. Bien que le constructeur ait fait connaître sa capacité à fournir rapidement un appareil doté du nouveau radar AESA, ceci est contradictoire avec le fait que le prototype du radar est en production et ne devrait pas être monté avant le début 2019. Le processus de tests et développement porte sur la création de quatre prototypes de radars qui nécessiteront environ deux ans de tests avant de passer à la production en série de MiG-35 ainsi équipés; selon le constructeur, un MiG-35 équipé de la sorte serait capable d’assurer le suivi de trente cibles, évidemment ceci devra être confirmé par la suite.

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Prototype du radar Zhuk AME. Image@?

On le voit donc, si l’on se base sur les informations disponibles: la campagne de tests du radar AESA sur le MiG-35 nécessitera au bas mot encore deux ans (et ceci sans compter d’éventuels retards) par conséquent la Russie se retrouve avec deux choix:

  • L’acquisition de petits lots de MiG-35 avec radar Zhuk M d’ici à 2021 pour garder la ligne de production ouverte avec rééquipement a posteriori en radar Zhuk AM
  • La mise en attente d’éventuelles commandes supplémentaires d’ici à 2021 ce qui aurait un impact non-négligeable sur l’usine Lukhovitsy

Ce choix n’étant pas encore tranché, il reste à voir quel chemin suivra la Russie et le peu d’enthousiasme manifesté par les militaires russes n’est certainement pas étranger aux options qui se posent à elle; l’envoi des premiers appareils au sein d’une patrouille d’entraînement corroborerait cette option de l’attente d’un appareil « achevé » pour l’armée. En effet, la question du modèle de radar employé est moins crucial pour une unité acrobatique que pour une unité d’active.

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Les deux prototypes MiG-35 (702 et 712 Bleu). Image@TV Zvezda

Outre cette question du radar, un autre élément doit également être soulevé; il n’est pas un mystère que les forces aériennes russes ont vu leur flotte largement renouvelée ces dernières années notamment sur base d’appareils lourds du constructeur Sukhoï. Ces derniers répondaient d’ailleurs très bien à la règle communément admise au niveau des besoins russes de “3.000 Km sans ravitaillements”, la question se pose donc de l’utilité du MiG-35 dans ce cadre. Le chasseur léger présente un rayon d’action de 1.000 Km et son emploi dans le cadre de missions à long distance nécessitera l’emport de réservoirs externes qui grèveront d’autant sa charge offensive et ses performances, ce qui par truchement limite d’autant son intérêt opérationnel. 

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Le MiG-35UB codé 712 Bleu. Image@Saïd Aminov

De plus, il faut se poser la question du remplacement sur base des besoins; si on se penche plus en avant sur la force aérienne russe, il ne reste plus beaucoup de MiG-29 d’origine à remplacer; une partie de ces derniers ont soit été placés en réserve soit déjà remplacés par des Su-30SM. Bref, à moins de vouloir augmenter la flotte à disposition: l’acquisition de MiG-35 en grande quantité semble plus que douteuse surtout pour remplacer des appareils d’un gabarit supérieur. Sur base des chiffres disponibles, bien qu’une partie de ceux-ci puissent être soumis à discussions, la Russie disposerait actuellement des MiG-29 (et dérivés) suivants: 

  • 19 MiG-29KR et 4 MiG-29KUBR au sein des MA-VMF
  • 44 MiG-29SMT et 8 MiG-29UBM
  • 70 MiG-29 et 30 MiG-29UB

Sachant que les MiG-29K(UB)R ne sont pas concernés par un remplacement dans l’immédiat et que les MiG-29SMT ne nécessitent pas encore d’être retirés du service; la Russie se retrouve donc avec environ une centaine de MiG-29 d’origine (et encore ceci est une option maximale ne tenant pas compte des appareils stockés hors-service). Vu les commandes en cours et les prévisions d’acquisitions, le MiG-35 trouve difficilement sa place dans l’équation, ou alors en quantités réduites. Une option qui n’est pas à exclure d’office serait la résultante d’une volonté russe de réouvrir à terme des bases fermées durant les années de disette en les équipant de MiG-35; c’est plausible mais aucune déclaration officielle ne va en ce sens pour l’instant.

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Cette photo du prototype MiG-35S codé 702 Bleu permet de le voir avec deux bidons externes en emport: ce qui obère d’autant sa capacité offensive. Image@?

Mais, chose intéressante: la capacité de production annuelle annoncée de 36 appareils / année peut être utile à la Russie. Outre la production pour ses propres besoins, elle offrirait une capacité de production importante pour satisfaire d’éventuels clients à l’export. Ceci étant, il faudra trouver d’abord des clients à l’export… et en la matière on ne peut pas dire que ça se presse aux portillons. Malgré la présence de plus d’une trentaine de pays invités lors de la présentation des appareils en 2017; il n’y a toujours aucun contrat à l’exportation signé pour le MiG-35. Certes, plusieurs prospects intéressants sont sur les rangs dont notamment le Kazakhstan et l’Algérie mais il semble que l’acquisition de MiG-35 ne soit pas une priorité pour l’instant. 

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Le prototype MiG-35S codé 702 Bleu. Image@?

Il est fort probable que les prospects potentiels les plus sérieux attendent deux choses avant de se lancer:

  1. Une commande par l’armée russe qui permet donc d’offrir des garanties sur le futur et le maintien de la chaîne logistique de l’appareil
  2. Le montage du radar AESA qui permettra à l’appareil d’offrir ses performances définitives

Cependant le timing entourant l’arrivée du MiG-35 est pour le moins mauvais surtout face au PAC JF-17(M) (Chengdu FC-1) qui est un produit dont le développement est achevé, présentant des solutions techniques pertinentes et peu onéreuses tout en pouvant intégrer des munitions occidentales. L’emploi de la formule monomoteur (avec réacteur RD-93 dérivé du RD-33(MK) équipant le MiG-35) offre un avantage non-négligeable aux forces aériennes n’ayant pas un budget infini pas plus que n’ayant le besoin d’un appareil lourd (et donc onéreux en entretien et en support logistique). Le cas du Myanmar est intéressant à plus d’un titre: disposant déjà de MiG-29, ils ont fait l’acquisition de 16 JF-17M et de 6 Su-30SME, le MiG-35 aurait eu tout son sens pour assurer le renouvellement de la flotte locale surtout au vu de la présence de Yak-130 et à terme de Su-30SME mais le MiG-35 est arrivé “trop tard” (commande birmane signée en 2015); l’appareil n’était pas encore au point. Idem en ce qui concerne le Kazakhstan, la force aérienne locale qui est correctement financée a déjà jeté son dévolu sur le Su-30SM pour entamer le renouvellement de sa flotte de chasse et même si elle a marqué son intérêt pour le MiG-35, elle ne semble pas décidée à franchir le cap. Vu la superficie du territoire Kazakh, il ne serait pas étonnant que le renouvellement se poursuive sur base de Flanker et non de Fulcrum. Resterait alors l’Algérie qui a marqué son intérêt pour l’appareil également, tout comme elle l’a déjà montré pour le Su-32 ainsi que le Su-35 sans pour autant avoir acté de commandes connues à ce jour.

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Un JF-17M destiné à l’armée birmane. Image@ZRB

Bref, le potentiel à l’export est toujours des plus incertain tout comme le sont les chances de l’appareil en Inde dans le cadre du contrat MMRCA 2.0 (« Medium Multi-Role Combat Aircraft« ) tablant sur l’acquisition potentielle de 110 appareils destinés à renouveler le parc de MiG-21/MiG-27 indiens qui approchent dangereusement de la retraite. Le MiG-35 a déjà été recalé une première fois dans le cadre du MMRCA donc vu le peu d’évolution entre les deux plate-formes (MiG-35 et MiG-35S), une victoire de l’appareil russe semble très hypothétique, même les russes semblent ne pas y croire vu la tentative de proposer le Su-35 en lieu et place (ce qui cadre mal avec le concept du « Medium ») du MiG-35.

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Le MiG-35(D) prototype qui fut présenté en Inde dans le cadre de l’appel d’offres MMRCA. Image@?

D’autres pays, actuels opérateurs du MiG-29 pourraient être sur les rangs pour faire l’acquisition de MiG-35, cependant il restera à voir si le prix estimé de ce dernier (environ 35 millions d’USD – prix soumis aux réserves de rigueur! – ) qui est un puissant argument de vente en sa faveur face à la concurrence permettra à l’appareil d’être plus intéressant à acquérir que des F-16A/B MLU d’occasion dont pas mal de pays émergents semblent friands ces derniers mois. Il est vrai qu’outre l’argument du poids politique d’une telle acquisition (l’achat d’un avion de chasse est tout autant une question politique que de capacité militaire), l’argument des sanctions potentielles dans le cadre du CAATSA (Countering America’s Adversaries Through Sanctions Act) risque de refroidir plus d’un acquéreur du MiG-35, et ce au grand dam des russes.

Et demain?

Au vu des éléments abordés ci-dessus, doit-on en conclure pour autant que c’est « Game Over » pour le MiG-35? Peut-être pas mais le potentiel de l’appareil se réduit au fur et à mesure de l’écoulement du temps: l’attente induite par l’arrivée d’un radar AESA adapté à l’appareil fait perdre des possibilités de ventes à l’appareil et plus le temps passe plus le risque de voir un appareil de Génération 5 tel que le Shenyang FC-31 chinois (si il vient à être autorisé à l’exportation) rafler des marchés est grand. Et la Chine prépare déjà le terrain; les pays qui ont acquis le JF-17 seront certainement plus enclin à continuer sur un appareil de la même origine (facilité d’approvisionnement au niveau de la chaîne logistique) au lieu de mélanger les fournisseurs. 

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Premier prototype du Shenyang FC-31. Image@?

Bref, la Russie se retrouve avec un appareil qui correspond aux besoins de certains de ses clients « historiques » mais qui arrive entre 5 et 10 ans trop tard: le marché ayant été repris – pour partie – par les productions Sukhoï (Su-30 et variantes en tête) ainsi que par les productions chinoises. Ne parlons même pas des productions occidentales qui tentent (avec un certain succès) de mettre la main sur des pays où ils étaient de fait persona non grata à une époque.

Au final, le salut du MiG-35 passera par deux éléments:

  • Les commandes passées par l’armée russe
  • Les commandes passées par les pays proches de la Russie et bénéficiant de tarifs avantageux tout en faisant fi des sanctions américaines dans le cadre du CAATSA

Ce sont les deux seuls éléments qui peuvent assurer un futur plausible au MiG-35 jusqu’à la fin de la décennie 2020, au-delà de cette période, les russes parlent toujours d’un hypothétique chasseur léger de Génération 5 qui viendrait compléter le Su-57. Mais en l’attente de plus de détails sur cette question il est inutile de s’attarder dessus pour l’instant. On le voit donc, le futur du MiG-35 est fortement soumis au bon vouloir de l’armée russe et de son manque flagrant d’enthousiasme, néanmoins certaines technologies développées pour le MiG-35 pourront trouver leur chemin dans les MiG-29K(UB)R déjà employés par la Marine Russe; c’est le cas notamment du radar AESA (encore lui) ainsi que de la suite de guerre électronique. Ce faisant, ce serait un moyen logique de rentabiliser l’investissement consenti au sein du projet ainsi qu’il permettrait à la Russie d’offrir une variante navale du MiG-35 pour certains pays (ou pour elle-même) qui disposent de ce type de bâtiments et/ou en ont en projet.

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Le prototype MiG-35UB codé 712 Bleu. Image@?

Elément passé sous silence mais loin d’être négligeable, le maintien de certaines compétences chez RSK MiG: ce dernier bureau d’études a été très clairement le parent pauvre de la grosse manne financière ayant arrosé le secteur militaro-industriel russe ces 15 dernières années (surtout face à l’OKB Sukhoï), alors que l’intégration de MiG au sein de Sukhoï se profilait à l’horizon il semble que la Russie veut éviter une situation monopolistique absolue avec Sukhoï qui dominerait seul le marché des avions à hautes performances; le maintien de RSK MiG via des commandes étatiques (notamment de MiG-35) étant l’option la plus simple tout en permettant au constructeur de travailler sur le potentiel remplaçant du MiG-31 (projet PAK DP) ainsi que sur un hypothétique chasseur léger de Génération 5 qui découlerait indirectement du MiG-35. En conclusion, ce sont les choix politiques (comme toujours) qui guideront le futur de l’appareil dont question et même si l’armée russe ne semble guère pressée d’admettre le MiG-35 en service, elle sera contrainte de faire ce que le politique lui dictera de faire; l’appareil ne manquant pas de qualités bien que ne cadrant que très moyennement avec la doctrine locale qui est axée sur les appareils « lourds ».

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