[Actu] Le renouvellement de la défense anti-aérienne des forces terrestres

Lorsque l’on parle des systèmes anti-aériens russes, quelques matériels sont particulièrement mis sur le devant de la scène: S-400, S-300 et Pantsir-S notamment (et dans une moindre mesure le système Buk, pour des raisons plus tragiques…).

En effet, ces trois systèmes font partie intégrante des « bulles » de couverture anti-aérienne, elles mêmes intégrées à un réseau défensif de secteur plus large (appelé A2/AD, pour Anti-Access/Area Denial, concept devenu particulièrement présent depuis ces dernières années) et devant protéger un/des site(s) stratégique(s), tel la base aérienne de Khmeimim en Syrie, et surtout réduire la marge de manœuvre des belligérants dans un espace donné.

Toutefois, la défense anti-aérienne russe concerne également les matériels destinés aux forces terrestres et dont l’objectif est d’assurer la couverture aérienne des formations de combat et des centres de commandements, comprenant aussi bien des matériels anti-aériens de très courte portée tel les MANPADS 9K38 Igla et le plus récent 9K333 Verba ainsi que des systèmes à très longue portée comme le S-300V4.

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Un opérateur de 9K333 Verba. Photo@KBM.ru.

D’après un article d’Izvestia en date du 3 juillet, un vaste chantier de renouvellement de la défense anti-aérienne terrestre vient d’être lancé. Les maître mots de ce programme sont standardisation et unification, ce qui explique le nom de code de ce programme, désigné « Стандарт » (Standart). Ce projet vise trois objectifs majeurs:

  • Remplacer le matériel ancien et/ou obsolète par une gamme d’engins de nouvelle génération plus à même de répondre aux menaces actuelles et futures,
  • Standardiser les nouveaux matériels de manière à réduire les coûts de développements et simplifier la logistique,
  • Intégrer ces matériels dans un système unifié pour améliorer l’efficacité globale de la défense anti-aérienne.

Pour le premier point, il s’agit donc de remplacer en priorité les matériels les plus anciens, comprenant notamment les systèmes suivants:

  • 9K35 Strela-10,
  • 9K33 Osa,
  • ZSU-23-4 Shilka,
  • 9K22 Tunguska,

Et les variantes modernisées de ces derniers.

Produits sous l’URSS et ayant connus des programmes de modernisations plus ou moins importants au sein de la Fédération de Russie (le 9K35 s’en sortant mieux que ses comparses avec une version modernisée, désignée 9K35M4 Strela-10M4, dont les premiers exemplaires ont été reçus par les VDV en 2014), ces systèmes ne répondent plus aux besoins actuels des SV (les forces terrestres) vis-à-vis des menaces pouvant potentiellement être rencontrées.

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Image de synthèse montrant un 9K35M4 Strela-10M4. Image@kbtochmash.com.

Toutefois, le programme semble plus ambitieux et devra également mettre à la retraite les systèmes anti-aériens de moyenne portée 9K37 Buk, y compris le 9K317 Buk-M2, de même que les systèmes de courte portée 9K330 Tor (les versions devant être retirées du service n’ont pas été précisées) et les premières versions du système de longue portée S-300V.

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Un 9K317 Buk-M2 lors d’une répétition pour le défilé militaire de la Victoire du 9 mai 2017. Photo@Vitaly.V.Kuzmin.

Les équipements actuels les plus récents seront conservés, tel les 9K317M Buk-M3 et S-300V4, dont l’entrée en service respective date de 2016 et 2014; toutefois, ils se verront fortement modernisés pour répondre aux exigences du programme. Par ailleurs, il est probable que le 9K332 Tor-M2, entré en service parallèlement avec le Buk-M3, soit également gardé en service actif au sein des unités.

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Un 9K317M Buk-M3. Photo@Research Instrument Design Institute.

Ces systèmes laisseront place à une gamme de matériel de dernière génération plus efficients. Bien que les caractéristiques de ces futurs équipements ne sont pas connues, le projet n’en n’étant qu’à ses balbutiements, on peut supposer qu’ils soient plus à même de lutter contre les menaces modernes (drones, missiles de croisières, munitions guidées, etc…) et d’offrir de meilleures chances de coup au but (avec des missiles plus résistants face aux contres-mesures de la cible), tout en étant moins vulnérables aux capacités de guerre électronique de l’adversaire.

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Des S-300V4 exposés au salon ARMY-2016. Photo@ArmyRecognition.

Par ailleurs, il n’est pas exclu d’envisager que les plates-formes blindées de nouvelles générations; on pensera notamment à celles du Kurganets-25 et du Bumerang, puissent servir de base pour les futurs systèmes anti-aériens de courte portée au vu de leur probable date de mise en service.

Le deuxième objectif du programme est donc de standardiser aux maximum ces nouveaux matériels. Comme indiqué plus haut, le but affiché est de diminuer les coûts et le temps de développement des nouveaux matériels tout en simplifiant la logistique des armées, les engins devant posséder un certain nombre de composants et de pièces en commun. Cette volonté de standardisation est d’ailleurs présente dans la plupart des programmes récents concernant les matériels terrestres et aéroportés.

En premier lieu, cet objectif peut expliquer la disparition prochaine des « anciennes » variantes des systèmes plus récents: limiter le nombre de celles-ci témoigne d’un premier effort de standardisation en ne se concentrant que sur les dernières variantes, à l’image des Buk-M3 et S-300V4 (et donc probablement aussi du Tor-M2).

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Un des lots de 9K332 Tor-M2 livré l’année dernière. Photo@yeisk.info.

D’autre part, cela devrait également permettre d’éviter d’aligner trop de systèmes redondants et comparables: par exemple, actuellement l’armée russe possède près de 5 systèmes anti-aériens de courte portée différents (Strela-10, Osa, Tunguska, Tor et Shilka), et-ce, sans même parler de leurs différentes variantes…

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Un ZSU-23-4M4 Shilka-M4 lors du salon ARMY-2017. Photo@Vitaly.V.Kuzmin.

En outre, en ce qui concerne les futurs systèmes, la standardisation devrait se manifester par l’utilisation de composants similaires; notamment une partie des systèmes électroniques embarqués et les systèmes radios. Il est aussi fait mention de missiles compatibles entre les différents systèmes, bien que ce dernier point nécessite quelques précisions: un seul système pourrait-il être en mesure de couvrir différentes couches? (courte/moyenne portée, etc…), ou chaque domaine de couverture sera « géré » par quelques engins différents, qui pourront employer des missiles en commun?

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Un 9K22M1 Tunguska-M1. Image@kbptula.ru.

Enfin, le troisième et dernier objectif de ce programme est d’intégrer tous ces systèmes (aussi bien ceux déjà en service que les futurs) au sein d’un système de gestion unifié. En effet, à l’heure actuelle, chaque système anti-aérien semble opérer de manière plus ou moins indépendante, sans coordination entre-eux.

C’est pourquoi le programme Standart va également porter sur le développement de radars et de systèmes de gestions automatisés modernes intégrants des composantes d’intelligence artificielle permettant d’obtenir et de visualiser les informations en temps réel. Ainsi, les systèmes de gestions peuvent plus rapidement analyser la situation et donc de répondre de la manière la plus efficace possible à la menace.

Le résultat de cette intégration plus poussée des différents systèmes est l’obtention d’une « bulle » anti-aérienne multi-couches, du MANPADS au systèmes de longue portée, et totalement intégrée permettant une couverture des troupes terrestres plus poussée.

Ce projet en est donc actuellement à ses débuts: il s’agit à l’heure actuelle de commencer les étapes de recherches et de développements, financées à hauteur de 422 millions de roubles, soit près de 6,7 millions de dollars, avec un premier jet du programme devant être réalisé pour 2020, tandis que le programme définitif devra être mis au point en 2022.

Une fois le projet clairement mis au point à partir de cette date, la deuxième étape consistera à réaliser les prototypes des nouveaux matériels et de les mettre en condition de tests. Il ne faudra donc pas attendre avant le milieu  de la prochaine décennie, voire 2030, pour voir l’aboutissement de ce programme important, puisque selon l’article, la défense anti-aérienne des forces terrestres ne possède qu’un peu plus de 35% d’équipements modernes.

Ainsi, nous aurons largement l’occasion de revenir sur les informations concernant ce programme, et plus généralement sur les matériels de défense anti-aérienne à destination des SV.

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