[Actu] Le Mil Mi-14 ne veut pas mourir!

C’est le journal Izvestia qui a annoncé la chose; la Russie va remettre en état de vol et moderniser des hélicoptères Mil Mi-14 (nom de code OTAN: « Haze« ).

Cette annonce qui peut paraître d’une banalité affligeante cache en fait une information intéressante; surtout quand on sait que le dernier Mil Mi-14PL a été officiellement rayé du parc de la Marine Russe en date du… 25 juin 1996!

Plus de 22 ans après son retrait du parc, ce dernier se prépare donc à y faire son grand retour.

Attardons-nous un peu sur la question parce qu’elle soulève des éléments intéressants.

Le Mil Mi-14, historique

Le Mil Mi-14 fait suite à une demande émanant du comité central du Parti Communiste datée du 30 avril 1965 pour un hélicoptère de lutte anti sous-marine capable de remplacer le Mil Mi-4. Basé sur le célèbre Mil Mi-8 avec lequel il partage ses principales caractéristiques techniques; cette version marine capable d’amerrir effectue son premier vol en date du 1er août 1967.

Suite à de gros problèmes de mise au point, il faudra attendre le 24 janvier 1974 pour voir le premier appareil de série sortir de l’usine chargée de sa production située à Kazan. C’est en septembre 1975 que les premiers Mil Mi-14PL (dénomination de la version standard de lutte anti sous-marine) sont livrés au 745ème régiment de lutte anti sous-marine basé à Donskoye près de Kaliningrad (Flotte de la Baltique). Il faudra attendre le 11 mai 1976 pour voir le Mil Mi-14PL être déclaré apte au service.

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Mil Mi-14PL « 68 Bleu » de la Marine Soviétique. Photo@Russianplanes.net

Plusieurs variantes du Mil Mi-14PL seront développées; certaines se limiteront à un appareil de test d’autres seront produites en plus grandes quantités. Les deux versions principales étant les Mil Mi-14PL(M) de lutte anti sous-marine et le Mil Mi-14PS de recherche et secours en mer.

La production de cet hélicoptère s’acheva en 1986 après la sortie de 273 exemplaires dont 111 ont été exportés. Parmi les clients de ce dernier on trouve notamment la Bulgarie (12), Cuba (14), la RDA (14), la Libye (30), la Pologne (16), la Syrie (20) et enfin la Yougoslavie (4). Par la suite d’autres appareils furent réexportés notamment en Ethiopie, au Pakistan et au Yémen.

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Mil Mi-14 Libyen codé LC1416. Photo@Russianplanes.net

Vu la baisse des budgets disponibles et l’inutilité des appareils dans le contexte de l’époque: les VMF décident de réformer les derniers Mil Mi-14PL en date du 25 juin 1996. Soit 20 ans presque jour pour jour après leur déclaration d’aptitude au service. Cette réforme n’étant en réalité que la mise par écrit d’un état de fait: la majorité des appareils étant déjà occupés à rouiller sur leurs bases et ce depuis plusieurs années. Les Mil Mi-14PL ne furent pas détruits pour autant mais simplement abandonnés sur place.

Certains Mil Mi-14PL firent déjà de la résistance à l’époque puisqu’ils restèrent en service sur la base de Kacha en Crimée où ils servaient aux entraînements des pilotes étrangers.

Un peu de technique

D’un point de vue technique, le Mil Mi-14PL est un hélicoptère amphibie disposant d’un équipage composé de 4 membres (pilote, co-pilote, technicien navigant et un navigateur/opérateur du système d’armes).

Le Mil Mi-14PL dispose d’un rotor principal et d’un rotor de queue, il est de conception classique par opposition aux productions Kamov. Le fuselage qui se subdivise en trois parties (cockpit, cabine, queue) a une longueur de 18,376m, cette longueur « augmentant » à 25,315m lorsque le rotor tourne. La hauteur maximale est de 6,936m et il dispose d’un train d’atterrissage rétractable disposant de deux pneus sur chaque atterrisseur principal et d’un seul pneu sur chaque roulette frontale.

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Ce Mil Mi-14PL Bulgare codé « 809 Rouge » nous permet de mieux voir la configuration du train d’atterrissage. Photo@Russianplanes.net

L’appareil dispose de deux moteurs Klimov TV3-117M (le -M indiquant qu’il s’agit d’une variante conçue pour travailler en milieu marin) d’une puissance respective de 1.454 Kw ainsi que d’un APU AI-9V qui, via une transmission VR-14 à trois étages font tourner un rotor à 5 pales d’un diamètre de 21,294m. Le Mil Mi-14PL dispose de 6 réservoirs à carburant montés sous le plancher de la cabine d’une contenance totale de 3.795 litres ce qui lui octroie une autonomie normale de 800 Km et une autonomie maximale étant de 1.135 Km. L’endurance maximale est quant à elle de 6 heures.

La vitesse maximale autorisée est de 250 Km/h et le Mil Mi-14PS peut embarquer une charge utile de 3 tonnes. La masse maximale au décollage étant de 14 tonnes. Sur l’eau, l’appareil peut se déplacer à 70 Km/h.

D’un point de vue de la charge offensive, le Mil Mi-14PL peut emporter 36 bouées RGB-NM-1 ou 12 bouées RGB-N (configuration de recherche) tandis qu’il peut embarquer 1 torpille AT-1(M) ou 8 grenades anti sous-marine PLAB-250-120 ou 12 grenades anti sous-marine PLAB-50-65 ou encore 1 charge nucléaire anti sous-marine SK-1 Skalp (configuration d’attaque).

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Aperçu du cockpit d’un Mil Mi-14, les ingénieurs Soviétiques ont fait au plus simple. Photo@Russianplanes.net

L’armement c’est bien, mais encore faut-il pouvoir l’employer. Pour ce faire, le Mil Mi-14PL dispose d’un système de recherche et d’attaque Kalmar constitué d’un ordinateur analogique Landysh, d’un radar Initsiativa-2M (à l’instar du Ka-27) et d’un sonar mouillé VGS-2 Oka-2. Pour la navigation, le Mil Mi-14PL emploie un radar Doppler DISS-15.

L’appareil dispose également d’un système de transmission des informations PK-025 qui lui permet de travailler en collaboration avec d’autres hélicoptères ou bateaux et enfin, signalons la présence d’une perche de détection d’anomalies magnétiques APM-60 (ou APM-73 sur les derniers appareils produits) ainsi que d’un récepteur A-100 Pakhra pour emploi avec les bouées.

Signalons également que le Mil Mi-14PL est doté de flotteurs montés sur les flancs de la cabine en vue de lui assurer une meilleure tenue sur l’eau.

Le retour du Mil Mi-14

Les deux derniers opérateurs européens du Mil Mi-14 sont la Marine Polonaise et la Marine Ukrainienne.

La Marine Polonaise a reçu 12 Mil Mi-14PL et 4 Mil Mi-14PS; si les Mil Mi-14PS sont réformés depuis 2010; il reste encore 8 Mil Mi-14PL en service. Ces derniers ayant reçus une modernisation à l’aube des années 2000 consistant en un remplacement partiel des senseurs embarqués et ajoutant la capacité de tirer la torpille de conception italienne A244/S.

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Le Mil Mi-14PL « 1001 » de la Marine Polonaise présente une décoration des plus attractives. Photo@Wikipédia

La Marine Ukrainienne dispose quant à elle de deux Mil Mi-24PL, d’autres appareils étant stockés et inemployés. L’Ukraine a annoncé dans le courant de janvier 2017 procéder à la modernisation des appareils au sein de l’usine Aviakon.

Mais l’annonce la plus étonnante vient de la Russie. En effet, en juin 2015 la société « Russian Helicopters » a fait savoir au MoD Russe qu’il était prêt à relancer la production du Mil Mi-14 avec un plan en deux étapes;

  • La première étape consistant en la récupération des cellules de Mil Mi-14 réformés mais conservés sur différentes bases Russes en leur offrant ensuite une révision générale et une modernisation légère.
  • La deuxième étape consistant en la relance pure et simple de la production du Mil Mi-14 dans une version – bien entendu- modernisée. Dixit Vadim Ligay, directeur de l’usine de Kazan chargée de la production: il faudrait entre 3 et 4 ans pour mettre en place l’équipement de la chaîne de montage. Le Mil Mi-14 bénéficierait des systèmes et équipements inclus dans les variantes les plus modernes du Mil Mi-8; moteurs VK-2500, APU TA-14, nouvelle avionique, etc…

Cette annonce surprenante et inattendue a reçu un écho positif auprès du MoD Russe puisqu’en septembre 2015 Yuri Borisov a fait savoir que l’état Russe était intéressé par l’appareil notamment pour pouvoir l’employer en Arctique dans des missions de secours. Sa capacité amphibie et son long rayon d’action étant des plus utiles pour ce genre de missions où un Ka-27PS ne suffirait pas. Et preuve que les choses vont vite: la remise en état – après évaluation de l’état général – d’une dizaine de Mi-14 est acté dans le budget de la défense en 2015.

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Le « 45 Jaune » bientôt de retour au sein de la Marine Russe? Photo@Russianplanes.net

Cependant, en Russie tout est toujours lié de près ou de loin à la politique; il a été indiqué plus haut que certains Mil Mi-14 avaient poursuivis leur carrière sur la base de Sacha en Crimée après la disparition de l’appareil des effectifs des VMF. Le choix de cette base n’était pas anodin, Saka est situé près du centre « Sevastopol Aircraft Plant » qui est spécialisé dans les révisions générales et réparations d’hélicoptères maritimes et par conséquent du Mi-14.

Ce centre travaillait pour l’armée Ukrainienne jusqu’en 2014, mais suite à l’annexion de la Crimée par la Russie: ce dernier se retrouve sans travail ou avec une charge de travail réduite puisque la Russie n’exploite plus le Mi-14 et que l’Ukraine ne va bien évidemment plus aller entretenir l’appareil là-bas. La remise en service du Mil Mi-14 au sein des VMF serait tout bénéfice pour ce centre d’entretien…

L’article d’Izvestia n’est donc pas une nouveauté à proprement parler; si l’information est une confirmation de ce qui a été annoncé en 2015; elle est néanmoins intéressante car elle apporte des précisions.

Ce sont trois Mi-14PS stockés sur la base de Yeysk qui seraient concernés en premier par la remise en service. Ces trois hélicoptères seraient envoyés au centre 570 ARZ qui est basé à… Yeysk également; cependant si l’évaluation de l’état général des appareils est négative, ils ne seront pas modernisés et il y a de fortes chances pour qu’ils soient passés au pilon ensuite.

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Même si les techniciens Russes font souvent des miracles; il est probablement trop tard pour ce Mil Mi-14… Photo@Russianplanes.net

D’autres Mil Mi-14 sont encore présents sur certaines bases de la Marine Russe donc il y a fort à parier que si les trois exemplaires de Yeysk ne sont pas considérés aptes pour le service d’autres pourront prendre leur place.

On le voit, le retour du Mil Mi-14 n’est pas anodin et il répond à un besoin technique (disposer d’un appareil amphibie à long rayon d’action pour l’Arctique) et à un besoin politique (donner du travail à certains centres de réparations). Reste à voir ce qu’il en ressortira concrètement.

Ceci dit, la remise en service envisagée du Mil Mi-14 plus de 30 ans après la fin de sa production initiale est un bel hommage rendu aux concepteurs de l’appareil…

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