[Actu] Mise sur cale de deux navires porte-hélicoptères

Le 20 juillet 2020 est très certainement une journée exceptionnelle dans l’histoire de la marine russe (VMF) contemporaine, en effet ce sont pas moins que l’équivalent de 88.400 tonnes de navires militaires qui ont été mis sur cale au cours de la même journée; les six navires concernés étant tous des navires dits de premier rang dans la classification russe. Plus précisément, il s’agit de:

  • Deux navires d’assaut amphibies (UDK) de la classe Ivan Rogov (Izd.23900): l’Ivan Rogov et le Mitrofan Moskalenko
  • Deux sous-marin nucléaire lanceur de missiles de croisière de la classe Yasen-M (Izd.885M): le Vladivostok et le Voronezh
  • Deux frégates de la classe Admiral Gorshkov (Izd.22350) équipées de 24 cellules verticales UKSK: l’Admiral Yumashev et l’Admiral Spiridonov

Dans le cas des sous-marins Yasen-M et des frégates Admiral Gorshkov, il s’agit de la poursuite de la construction en série de ces deux classes de navires; la seule modification importante étant le passage à 24 cellules verticales UKSK sur les frégates Admiral Gorshkov. Si cette « concentration » des mises sur cales sur une journée n’est pas une première, le même procédé ayant été suivi l’année dernière avec la mise sur cales simultanée de deux frégates Admiral Gorshkov (Izd.22350) et deux BDK Ivan Gren (Izd.11711) le 23 avril 2019, la version 2020 tranche par rapport à la version antérieure au niveau du nombre de navires, du type de navires et surtout avec la mise sur cale d’une toute nouvelle série de navires au sein de la Marine Russe: les UDK, des navires spécialisés dans le transport de troupes et d’hélicoptères.

Vu que les frégates de la classe Admiral Gorshkov (Izd.22350) ainsi que les SSGN de la classe Yasen-M (Izd.885M/08851) ont déjà été largement abordés sur le blog; nous ne reviendrons pas dessus dans le cadre de cet article.

La flotte de transport et de débarquement russe: un bref aperçu historique

La mise sur cale en date du 20 juillet au sein du chantier naval SSZ Zaliv (Судостроительный завод Залив) de Kerch (Crimée) des deux premiers bâtiments du type navires de débarquement universels (UDKУниверсальный десантный корабль) repris sous le code de projet Izd.23900 marque une première dans l’histoire de la marine soviéto-russe.

En effet, alors que l’URSS avait travaillé sur un projet de navire porte-hélicoptères l’Izd.11780 (basé sur la coque des Izd.1143 Krechet) et devant répondre à l’arrivée de la classe USS Tarawa au sein de l’US Navy, ce type de navires ne fut finalement jamais mis sur cales par l’URSS, principalement pour des raisons d’organisation industrielle. Le chantier naval de Mykolaiv (actuelle Ukraine) où étaient produits les croiseurs lourds porte-aéronefs soviétiques (Izd.1143 Krechet puis Izd.1143.5 Kuznetsov) étaient les seuls aptes à produire des navires de cette taille: par conséquent, la capacité de production fut réservée prioritairement au programme de porte-avions soviétiques et les Izd.11780 mis aux oubliettes.

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Maquette du projet jamais réalisé d’Izd.11780. Image@?

Le renouvellement de la flotte de transport et débarquement n’a pas été immédiatement une priorité pour la Marine Russe, cette dernière se reposant exclusivement sur la flotte de BDK (Большие десантные корабли / Grands navires de débarquement) héritée de l’époque soviétique avec les classes Izd.775 (Ropucha) et Izd.1171 (Tapir) formant le gros du parc et dans une moindre mesure sur les problématiques Izd.1174 Nosorog/Ivan Rogov. Les trois navires de la classe Nosorog vont être rapidement retirés du service, le dernier étant placé en réserve en 2002, la flotte de BDK se réduisant aux vieillissants Ropucha et Tapir qui dépassent largement les trente ans de carrière pour la majorité d’entre-eux. Une nouvelle classe de BDK va être mise sur cale en 2004 pour débuter le renouvellement de la flotte de transport et débarquement: l’Izd.11711 Ivan Gren. Cependant, pour diverses raisons technico-financières: l’entrée en service d’un premier navire n’eut lieu qu’en 2018, soit quatorze ans après la mise sur cale (!), un deuxième navire doit arriver dans quelques mois et deux autres unités dans un format agrandi sont en cours de construction au chantier naval Yantar de Kaliningrad. Il faudra donc encore attendre de longues années avant de voir les Ropucha et Tapir tirer leur révérence.

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L’Ivan Gren, tête de série de la classe éponyme et premier BDK produit en Russie. Image@?

L’intervention russe en Géorgie et à sa suite l’intervention russe en Syrie ont mis en lumière le manque cruel de capacité de transport disponible au sein de la Marine Russe (surtout avec la perte des deux navires de la classe Mistral), le « Syrian Express » faisant usage d’une armada de navires de transport provenant de tous horizons pour assurer le transport de ses troupes. Même si le besoin avait déjà été identifié auparavant, il semble que c’est à l’occasion de l’intervention en Syrie que l’état-major russe a pris conscience du besoin de prioriser la construction d’une flotte de transport et de débarquement moderne pour répondre à ses besoins. La première réponse apportée va être la mise sur cale d’un variante agrandie et restructurée des Ivan Gren dont deux unités sont attendues en 2025 et 2026, d’autres navires étant envisagés à la suite.

Les navires de la classe Mistral et la Marine Russe

En 2009, les responsables russes identifient le besoin pour la Marine de disposer d’un (ou deux) navires de commandement et transport (BPC) ceci faisant suite notamment à l’intervention russe en Ossétie du Sud où l’absence d’une capacité de transport navale importante s’est fait fortement ressentir.

Ayant assez vite compris que l’état dans lequel se trouvait la construction navale russe ne lui permettrait pas de fournir rapidement de tels bâtiments, le pays s’orienta vers la recherche d’un partenaire étranger pouvant fournir et prêt à offrir un transfert de technologie qui permettrait à la Russie de rattraper son retard en la matière. Finalement, c’est vers la France que va se tourner la Russie avec la signature en date du 25 janvier 2011 d’une lettre d’intention portant sur la production de quatre navires de la classe Mistral, cette dernière débouchant sur une commande ferme de deux unités (assortie d’une option pour deux navires supplémentaires) datée du 17 juin 2011 et d’une valeur de 1,7 milliard d’€. En outre, la construction des navires devait être répartie entre le chantier naval STX de Saint-Nazaire (poupe des navires) et le chantier naval de la Baltique (proue des navires) ; l’assemblage final se déroulant à Saint-Nazaire avant livraisons à la Russie prévues pour 2014 et 2015 respectivement.

Présentant un déplacement à pleine charge de 21.300 tonnes, les navires Mistral destinés à la Marine Russe étaient étroitement dérivés de leurs cousins en service au sein de la Marine Française si ce n’est au niveau de la hauteur accrue des hangars à hélicoptères appelés à abriter les Ka-27 et Ka-52K dont la formule avec double rotors coaxiaux nécessite un hangar plus haut que ses équivalents occidentaux. Portant les noms de baptêmes Vladivostok et Sebastopol, les deux navires sont mis sur cales le 1er février 2012 et le 18 juin 2013 respectivement. La construction des navires progressa rapidement mais des événements politiques vont interférer dans la suite du projet et plus précisément l’intervention russe en Ukraine.

Suite à l’annexion de la Crimée (mars 2014) et le début de la guerre dans le Donbass, le président français de l’époque – François Hollande – sous la pression de certains pays Occidentaux décida que les conditions requises pour livrer les Mistral à la Russie n’étaient plus remplies. Un accord relatif à l’annulation de la livraison ainsi que les compensations financières liées (d’un montant proche de 950 millions d’€) sera annoncé le 5 août 2015. Les deux navires seront par la suite revendus à la Marine Egyptienne.

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Le futur ex-Sebastopol vu à Saint-Nazaire. Image@Ludovic Péron

Dans le courant des années 2010, la Russie travailla sur deux projets de navires d’assaut et débarquement: le Priboy dessiné par le bureau de design Nevskoye PKB et le Lavina dessiné par le centre de recherches étatiques Krylov. L’un se caractérisant par un déplacement plus important que l’autre; environ 24.000 tonnes à vide pour le Lavina et 15.000 tonnes à vide pour le Priboy.

Finalement et alors que le sujet semblait avoir été mis de côté, c’est la publication d’un article en date du 11 septembre 2019 par le journal Tass qui va remettre le sujet sur le devant de la scène: la Russie souhaitant mettre sur cale deux navires UDK au sein du chantier naval Zaliv, ceci étant détaillé le 23 septembre 2019. De fil en aiguille, de retards en déplacements de dates, le contrat portant sur les deux premiers navires est signé en date du 22 mai 2020, ce dernier étant d’une valeur estimée à 100 milliards de Roubles. Environ à la même période, une première affiche officielle indiquant les principales caractéristiques techniques de cette classe a été photographiée lors d’une présentation faite au président russe. Finalement alors que plusieurs dates antérieures avaient été annoncées (et à chaque fois « décalées vers la droite » selon l’expression consacrée) c’est le 20 juillet 2020 que seront mis sur cales les deux premiers UDK russes.

Les UDK de la classe Ivan Rogov, un peu de technique

Les deux UDK (Izd.23900) mis sur cales répondent aux noms d’Ivan Rogov (Иван Рогов) et de Mitrofan Moskalenko (Митрофан Москаленко), pour l’anecdote on peut signaler que les noms de baptême sont des réemplois de noms employés sur deux des trois navires de la classe Nosorog (Izd.1174).

Dessiné par le bureau d’études ZPKB (Zelenodolsk) contrôlé par le holding financier AK Bars (basé au Tatarstan) via sa filliale JSC « Shipbuilding Corporation AK BARS », les navires sont mis sur cales au sein du chantier naval SSC Zaliv de Kerch (Crimée). La présence d’une grande cale sèche au sein du chantier naval Zaliv (360m x 60m x 13,2m) étant particulièrement adaptée pour la construction de ce type de navires.

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De manière amusante, l’illustration employée ici pour la classe 23900 est une version « miroir » de l’illustration correcte du navire. Image@RT

D’un point de vue de l’architecture générale du navire, les UDK ont un design évoquant de loin celui des navires de la classe Mistral. On peut voir la présence d’un pont plat continu, offrant six points de décollage pour hélicoptères, flanqué d’une superstructure unique décalée à tribord: cette superstructure, sur laquelle sont implantés deux mâts radars séparés, dispose d’une passerelle haute à la proue et une deuxième (fort probablement pour la gestion des hélicoptères) à la poupe. Un « balcon » est installé latéralement à hauteur de la ligne de flottaison, permettant notamment de déployer des embarcations légères ou des radeaux pour le secours en mer.  Enfin, une grue est installée sur le pont, latéralement devant la passerelle.

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Une image de synthèse « correcte » de la classe d’UDK; tant qu’à présent il s’agit de la seule image de « qualité » disponible de ces derniers. Image@Zelenodolsk Design Bureau

Bien que toutes les données techniques précises relatives à cette classe ne soient pas encore disponibles, on bénéficie déjà d’un premier aperçu (donc susceptible d’évoluer) des dimensions des navires. Ces données sont bien évidemment à prendre avec toutes les réserves qui s’imposent;

  • Déplacement à vide: environ 25.000 tonnes
  • Longueur: entre 204 et 220 m (les sources varient)
  • Largeur maximale: 47/28 m
  • Tirant d’eau: 7,5 m
  • Vitesse: ?
  • Distance franchissable: ?
  • Endurance: ?
  • Capacité de transport: 1.000 personnes
  • Armements: Palash/Pantsir-M (?)
  • Capacité d’emport: jusqu’à 16/20 hélicoptères / 75 véhicules
  • Présence d’un radier

Au niveau de la capacité de transport, plusieurs éléments sont déjà connus bien que certains doivent encore être affinés: la présence d’un radier à bord est confirmé, permettant notamment d’embarquer six plate-formes de débarquement, soixante-quinze véhicules peuvent également être embarqués ou jusqu’à 1.000 soldats et enfin seize hélicoptères viennent compléter la dotation, à noter que certaines sources parlent de vingt hélicoptères. Point de vue des hélicoptères, les modèles suivants sont prévus: Ka-27 (et variantes), Ka-52K et à terme Ka-65 (?) Minoga (devant remplacer le Ka-27).

L’auto-défense du navire sera assurée soit par des modules Palash (moins probable) ou Pantsir-M (beaucoup plus probable), l’image de synthèse présentée montre des échancrures typiques dans les bords du pont permettant de loger des systèmes de protection rapprochée dont on peut en dénombrer au-moins deux à la proue et en deviner à la poupe également mais sans détails sur leur nombre. Les illustrations publiées laissent à penser qu’un système SAM sous silos est implanté le long de la coque mais ceci ne peut pas être confirmé tant qu’à présent. Enfin, il semble que le système Paket-NK anti-torpilles soit également installé à la poupe du navire.

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L’image – de piètre qualité – illustrant le projet d’UDK lorsqu’il fut présenté au président russe. On remarque que le design de la superstructure a évolué. Image@?

La grande inconnue en ce concerne les UDK porte sur la chaîne cinématique: certaines sources évoquent une architecture récupérée sur les frégates Admiral Gorshkov construite sur base de turbines à gaz tandis que d’autres sources parlent d’une architecture construite sur des moteurs diesel (à l’instar de la classe Ivan Gren). En l’état actuel des choses: rien n’est confirmé. Cependant, le navire dispose de deux cheminées (à l’inverse des Mistral) et la solution classique des hélices couplées à des lignes d’arbre est favorisée par rapport à l’usage d’azipods.

Cette mise sur cale doit en théorie être suivie du lancement de la tête de série en décembre 2025 avant une admission au service en 2027; le deuxième navire serait lancé en décembre 2026 avant d’être admis au service en 2028, ce calendrier sera bien évidemment à réévaluer en fonction de l’avancement et des éventuels retards encourus. Bien que ceci ne soit pas encore confirmé, il est fort probable que les deux UDK seront affectés à la Flotte de la Mer Noire: leur capacité de transport et de débarquement étant bien évidemment mise à profit pour ravitailler les installations russes en Syrie, cette arrivée indique également que la Flotte de la Mer Noire poursuit sa croissance capacitaire découlant en partie de l’annexion de la Crimée.

En conclusion

La mise sur cale de navires de ce type est donc une double première pour la Russie; outre le fait qu’il s’agisse de la première classe de navires porte-hélicoptères dédiés (les Izd.1123 Moskva bien que similaires ne remplissaient pas les mêmes missions) mis sur cales en Russie, il s’agit également de la première série de grands navires mis sur cales en dehors du holding OSK. Le choix de travailler hors du holding a bien évidemment initialement fait grincer des dents au sein de celle-ci mais la politique a prévalu: cette dernière souhaitant à la fois exploiter les capacités disponibles chez Zaliv tout en donnant du travail en Crimée.

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Le croiseur anti-sous-marin Leningrad (Izd.1123 Moskva) était l’ancêtre du porte-hélicoptère contemporain. Image@?

L’arrivée des deux UDK va en outre permettre à la Russie d’acquérir des compétences dont elle ne dispose pas actuellement: la gestion d’un porte-hélicoptères, d’une escorte adaptée à ce dernier ainsi que les importantes capacités de déploiement offertes par ce type de navires. Certes, ceci peut paraître anecdotique mais Moscou n’ayant jamais disposé de navires de ce type, tout est à apprendre. Gageons que les entraînements effectués à l’époque dans le cadre du projet Mistral seront mis à profit (en partie tout du moins) pour les équipages amenés à travailler à bord des UDK.

Et après? Il est très peu probable que la flotte russe se limite à deux navires de cette classe; la mise sur cales d’unités supplémentaires de ce design ou d’un design dérivé (comme sous-entendu par le président russe) ne fait guère de doutes à l’avenir, les besoins de la Marine russe en la matière étant important et pas uniquement pour la Syrie. On peut notamment penser à la militarisation croissante de la région Arctique et du besoin de pouvoir déployer rapidement des hommes ou de l’équipement sur zone.

Cependant, il est une autre information passée relativement inaperçue qui n’est pas anodine surtout en ce qui concerne les UDK: lors d’une interview récente, I.Kozhin, le grand patron de l’aéronavale russe faisait état de travaux en cours sur un programme d’avion VTOL (Vertical take-off and landing / Avion à décollage et atterrissage vertical). Vu que ce type d’appareils ne se justifie pas sur l’Admiral Kuznetsov (Izd.1143.5) au vu de la dotation actuelle de ce dernier, il n’est pas du tout improbable que la Russie suive l’exemple de la classe de destroyers (ce ne sont donc pas des UDK ni des LHD à proprement parler) japonais Izumo (22DDH) ajoutant à terme une capacité aérienne à voilure fixe sur les UDK ou dérivant de ces derniers une version dédiée à des appareils VTOL. Bien évidemment ceci doit se concevoir dans une perspective à long terme et il reste à voir si cette éventualité a été prise en compte dans le design des navires (possibilité d’implanter un ascenseur de plus grande taille notamment) mais au vu des dimensions générales annoncées; il semble que ce soit du domaine du possible. La capacité VTOL à bord des UDK venant compléter la capacité embarquée (MiG-29K(UB)R et Su-33) offerte par l’actuel Admiral Kuznetsov et à plus long terme par un hypothétique remplaçant de ce dernier.

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La classe des Izume (22DDH) de la marine japonaise, un exemple à suivre pour la Russie? Image@mod.go.jp

Ces évolutions potentielles sont bien évidemment à envisager sous l’angle du principal problème russe: les questions budgétaires ainsi que dans une moindre mesure les capacités industrielles. Dis autrement, il faudra que les budgets suivent si la Marine Russe veut atteindre ces capacités à moyen-terme: au vu du besoin en renouvellement de la flotte de premier rang, il sera également nécessaire d’investir dans des navires aptes à escorter les UDK (les corvettes ne peuvent pas remplir tous les types de missions) sinon ces derniers risquent fortement de devenir des cibles de choix même pour des marines disposant de moyens limités.

On le voit donc dans ces quelques lignes, la mise sur cale des UDK destinés à la Marine Russe constitue en soi un événement historique pour cette dernière en lui apportant un potentiel de développement important au sein du dispositif naval russe tout en mettant en avant indirectement certaines problématiques qui nécessiteront encore beaucoup de temps et d’argent que pour bénéficier d’une réponse définitive.