[Dossier] Le Tupolev Izd.80 PAK DA

PAK DA; c’est sous cet acronyme légèrement barbare que se cache en réalité le programme de création d’un nouveau bombardier stratégique destiné à remplacer en priorité les Tu-95MS et Tu-22M3 tout en venant compléter les Tu-160M(2).

Le projet PAK DA (перспективный авиационный комплекс дальней авиации) fait partie de la galaxie des « PAK » Russes; ces derniers étant un ensemble de projets destinés à renouveler les principaux appareils employés au sein des forces aériennes Russes. Le PAK FA (devenu Sukhoï Su-57) étant bien évidemment le plus connu puisqu’il est amené à assurer la relève des Su-27 et variantes.

Initialement lancé dans le but de disposer d’un appareil unique en vue de remplacer l’intégralité de la flotte de bombardement stratégique russe, le PAK DA (Dal’ney Aviatsii = aviation à long rayon d’action), le projet a évolué avec le temps et les changements militaires et économiques russes ont entraîné une réévaluation du programme, de son implémentation ainsi que du calendrier de sa mise au point. Contrairement à ce qui fut parfois annoncé, le projet n’est aucunement mis de côté: il semble que la Russie a été clairement trop optimiste dans les délais nécessaires à la mise au point d’un tel appareil et le projet Tu-160M2 permet à la Russie de « s’acheter du temps » pendant qu’elle avance sur le PAK DA.

Ceci étant, le « glissement vers la droite » du calendrier prévisionnel n’empêche aucunement le projet de progresser à son rythme avec plusieurs étapes intéressantes qui viennent d’être franchies; notamment avec des annonces très récentes sur la finalisation du design de l’appareil.

Il est donc temps de se pencher plus en détails sur ce projet important pour la Russie puisqu’il consiste à créer le futur outil qu’emploiera une des branches de la triade nucléaire russe sur laquelle repose la force de dissuasion locale.

PAK DA, rétroactes

En 1984 l’OKB Sukhoï lança les premières études portant sur un nouveau bombardier moyen supersonique amener à remplacer le Tu-22M3. Ce projet, portant le code T-60S, envisageait un appareil à géométrie variable capable d’emporter, au choix: 6 missiles de croisière Kh-101/102, 6 missiles Kh-15/Kh-55, des bombes conventionnelles ou enfin des charges nucléaires.

Le projet fut abandonné peu après la chute de l’URSS mais certaines technologies développées ont été réemployées pour d’autres appareils (le radar V004 pour le Su-34 notamment). En 1999, des études préliminaires sont lancées pour définir ce que devrait être le futur bombardier stratégique lourd Russe mais vu le contexte financier de l’époque, elles ne furent pas suivies d’effets.

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Schéma illustrant le design général du projet Sukhoï T-60S. Illustration@Wikipedia.com

Durant les années 90, la flotte de bombardement stratégique russe reposait sur un triptyque assez lourd d’un point de vue logistique: Tu-160, Tu-95MS et Tu-22M3. Si les appareils n’étaient pas spécialement vieux, ils n’ont pas été mis à jour et modernisés ce qui a eu pour effet de créer un déficit technologique immense comparativement aux évolutions des autres forces aériennes.

De plus, les aléas de l’histoire font que certains appareils n’étaient disponibles qu’en quantités marginales; le Tu-160 en étant un exemple flagrant. La production en série du Tu-160 fut lancée en 1984 et un ensemble de 100 appareils étaient prévus pour équiper la force aérienne soviétique. Cependant lors de la chute de l’URSS, une partie des 33 appareils produits se retrouvèrent répartis entre la Russie et l’Ukraine. Sans rentrer dans les détails signalons que les appareils ukrainiens (qui n’étaient d’aucune utilité au pays) seront détruits grâce à des financements occidentaux et la Russie se retrouva avec une flotte réduite et une production interrompue dès 1992.

Vu l’importance de l’arme nucléaire et le poids de l’aviation en tant que vecteur de cet arme, il devenait urgent pour la Russie de prendre des décisions en ce qui concerne l’avenir de sa flotte de bombardement et des appareils amenés à la constituer. Si une première solution intérimaire fut d’achever les Tu-160 « les plus avancés » sur la chaîne de montage permettant ainsi à la flotte russe de monter à 16 Tu-160 disponibles, ce n’était pas une solution pérenne.

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Un Tu-160 en plein vol… On peut penser ce que l’on veut, mais les ingénieurs Russes savent comment dessiner un bel avion! Photo@Russianplanes.net

Une première demande d’informations fut envoyée à différents bureaux de design en avril 2007 avant de déboucher en décembre 2007 sur la publication par les forces armées russes d’un ensemble de prérequis techniques et tactiques sur ce que devrait être leur prochain bombardier stratégique. C’est à partir de ce moment que le projet reçu le nom de PAK DA, ce nom étant annoncé par le commandant des forces aériennes Russes; Alexander Zelin.

Le but de ce nouveau programme étant de pourvoir au remplacement, progressif, des Tu-160, Tu-95MS et Tu-22M3: soit trois types de bombardiers aux caractéristiques très différentes. Il paraissait donc évident que la nouvelle plate-forme serait constituée d’un ensemble de compromis vu qu’elle ne pourrait pas offrir les mêmes performances que les trois plate-formes à remplacer.

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Le seul et unique Ours Russe: le Tu-95MS « Bear« . Photo@theaviationist.com

Un appel d’offres pour la mise au point de l’appareil fut lancé et après avoir reçu des réponses de Tupolev, Sukhoï, Ilyushin et Myasishchev; c’est l’OKB Tupolev qui fut sélectionné en 2009 pour créer et mettre au point le PAK DA tandis que l’usine KAPO (Kazan) est sélectionnée pour construire l’appareil.

Le projet reçoit le numéro de code Izd.80 (le Tu-160 est l’Izd.70) et reçoit les premiers budgets pour le début du développement de l’appareil. En date du 23/12/2009, le président de l’OKB Tupolev, Aleksandr Bobrishev, annonce que les recherches initiales seront achevées en 2012 et que l’ensemble des recherches fondamentales de l’appareil seront achevées en 2017.

L’institut VNIIRA est chargé en 2011 d’assurer le développement et l’intégration préliminaire de l’avionique, cette dernière étant développée par KRET sur base de celle équipant le PAK FA.

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« Ceci n’est pas un PAK DA » mais bien la création d’un AvGeek.

En février 2012, l’OKB Tupolev annonce avoir achevé le développement préliminaire de l’appareil et c’est à ce moment qu’a été annoncé que Mikhaïl Aseev est l’ingénieur responsable du programme.

Après avoir hésité entre un appareil supersonique et un appareil subsonique; c’est en date du 06/08/2013 que le commandant en chef des forces aériennes Russes confirma que le PAK DA serait une aile volante subsonique. Cette décision étant actée par le MoD en septembre 2013.

Les études préliminaires étant achevées et le design sélectionné; le ingénieurs sont passés à l’étape suivante du programme au début 2014 après signature du contrat finançant le développement du design définitif de l’appareil en décembre 2013. C’est cette phase qui vient de s’achever en 2017. Faisant suite à l’achèvement de cette phase, l’état russe a signé un contrat avec l’OKB Tupolev en date du 13 avril pour la construction du premier prototype de PAK DA ainsi que la réalisation de la documentation technique de l’appareil.

Alors que le vol d’un premier prototype était initialement prévu pour 2019 (et certains – dont Bondarev –  annonçaient même la possibilité de le voir en 2018), il se confirme maintenant que le premier prototype devrait sortir en 2023 avec un premier vol à l’horizon 2025, les premiers appareils de série rejoignant les unités en 2027-2028.

Il est raisonnable de penser que l’appareil rejoindra les unités opérationnelles en 2030 (les retards dans ce type de programmes sont quasiment systématiques, la Russie ne faisant pas exception) ce qui correspondrait avec la fin de vie prévue des bombardiers actuels.

PAK DA, description technique

Bien que l’avion en soit encore au stade de développement et que les infos relatives à ce dernier soient encore parcellaires; il y a déjà des éléments qui sont confirmés.

Deux remarques s’imposent et sont fondamentales avant de poursuivre la lecture de ce dossier:

  • Il s’agit encore d’un projet et pour partie de supputations: les caractéristiques, détails et performances abordées dans cet article seront bien évidemment amenés à être peaufinés et/ou amendés
  • Contrairement à beaucoup d’informations qui circulent sur Internet; il n’existe actuellement AUCUNE représentation du PAK DA qui est liée de près ou de loin à la « réalité » du projet. Toutes les illustrations du projet ne sont que des reprises du projet de bombardier T-4MS ou des créations de férus d’aviation qui n’ont rien à voir avec le design final

Il faudra donc faire preuve de patience avant de pouvoir commenter plus en détails et jauger l’appareil sur pièce pour mieux appréhender ses capacités définitives; toutes les informations qui suivent sont donc susceptibles d’être modifiées au fur et à mesure de l’avancement du projet.

Présentation générale

Repris sous le nom de projet Izd.80, le PAK DA sera un bombardier stratégique subsonique du type aile volante; cette configuration ayant été retenue parce que l’appareil sera amené à  remplir le rôle de camion à bombes/missiles au sein d’environnements non-permissifs fortement défendus par des systèmes de défense anti-aérienne.

En outre la Russie réfléchit à l’éventualité d’employer le PAK DA pour des missions de bombardement tactique ainsi qu’éventuellement en tant qu’appareil de lutte anti-sous-marine, cependant ces missions ne sont aucunement prioritaires et il s’agit plus d’hypothèses à moyen/long-terme que d’options prioritaires.

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« Ceci n’est pas un PAK DA » mais une illustration du concept d’aile volante développé par la NASA et Northrop Grumman. Ce dessin est souvent employée pour illustrer le PAK DA. Quelle belle ironie…

Les ingénieurs Russes avaient envisagés au départ un appareil supersonique mais en juin 2013; c’est le concept de l’aile volante subsonique qui a été retenu. Ce choix n’est guère étonnant puisque Tupolev et le TsAGI ont travaillés en étroite collaboration sur ce projet et plusieurs concepts d’ailes volantes ont été étudiés dans ce cadre depuis 2011.

Les options explorées par le TsAGi ont concernés différentes formules d’ailes volantes avec différents placements des moteurs et la présence ou non de dérives. Le TsAGI n’est pas novice en matière d’ailes volantes puisque l’institut travaille depuis presque 25 ans sur le concept pour des appareils civils. Il n’est donc guère étonnant que cette formule soit retenue pour le PAK DA.

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Un des concepts d’aile volante civile exploré par le TsAGI. Photo@militaryrussia.ru

La formule d’aile volante dispose de deux avantages fondamentaux;

  • Elle offre à l’appareil une surface équivalente radar (SER) fortement réduite donc une plus grande capacité de survie dans les espaces aériens contestés et/ou très défendus
  • Elle est d’un point de vue aérodynamique plus efficiente (traînée réduite et efforts structurels réduits)

Bien entendu, outre la forme de l’appareil qui lui offre une furtivité « passive », la structure de l’appareil intégrera des matériaux composites (en vue de l’alléger et de réduire sa signature radar) et l’extérieur de l’appareil sera traité de manière à le rendre le « plus discret » possible.

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Illustration d’un design potentiel pour le PAK DA. A comparer avec les images ci-dessous. Illustration@Air & Cosmos / Piotr Butowski

A titre d’anecdote, signalons qu’un des design potentiel de l’appareil présenté dans un article de la revue française « Air et Cosmos » et illustré par Piotr Butowski fait fortement penser au projet – abandonné – créé par Tupolev dans le courant des années 1980-1990 et repris sous le nom de Tupolev Tu-202 (?), ce dernier étant une aile volante avec des réacteurs intégrés au sein de la structure.

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Différentes vue de la maquette d’une configuration d’aile volante étudiée dans le cadre du projet Tupolev Tu-202 (?). Photo@?

Dimensions générales

On ne dispose bien évidemment d’aucun détail sur les dimensions générales de l’appareil mais certains chiffres sont régulièrement cités et relativement crédibles:

  • Masse de l’appareil: 70 tonnes
  • Charge offensive: 30 tonnes
  • Capacité en carburant: 50 tonnes
  • Masse maximale au décollage: environ 150 tonnes

Comparativement au Tu-160M2, le PAK DA présenterait donc une masse au décollage plus faible (150 tonnes vs 275 tonnes): ceci s’expliquant notamment par le fait qu’un des moyens les plus simple de réduire la capacité à être détecté d’un appareil dépend notamment de sa taille.

Chose intéressante; la charge offensive des deux appareils n’est pas réduit d’un facteur 1/2 à l’instar de ce que l’on pourrait croire sur base de la différence entre les masses maximales au décollage: le PAK DA sera apte à emporter 30 tonnes là où un Tu-160M en emporte 40 tonnes.

Il est clair que les prérequis techniques des deux appareils ne sont pas les mêmes et les solutions employées pour atteindre les prérequis sont différents, inutile donc de comparer plus en avant les deux appareils.

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Interprétation de ce que pourrait être le PAK DA. Image@Paralay.ru

Par contre, on peut déjà se faire une première idée sur certaines dimensions que présentera le PAK DA; la question est abordée plus loin mais l’appareil disposera de soutes internes qui seront à même d’emporter les mêmes armements que le Tu-160(M).

Sachant que la soute à armements d’un Tu-160(M) présente les dimensions suivantes:

  • Longueur: 11,28 m
  • Largeur: 1,92 m
  • Hauteur: 2,4 m

On peut logiquement en déduire que le PAK DA sera construit autour de ces soutes et les dimensions de ces dernières permettent de se faire une idée (certes, imprécise) de la taille définitive de l’appareil.

Motorisation

D’un point de vue de la motorisation, les Russes ont décidés de repartir sur un moteur connu avec le Kuznetsov NK-32 comme base. Ce dernier équipant déjà le Tu-160 et à terme le Tu-160M2 est décliné en une version modernisée: le NK-32-02 (Izd.R).

Repris sous le nom de projet Izd. RF, un contrat a été signé avec Kuznetsov en décembre 2014 portant sur la création d’un moteur destiné à équiper le PAK DA et d’une poussée estimée à 23 tonnes. Reprenant comme base le NK-32-02 dont la partie post-combustion sera enlevée (inutile sur un appareil subsonique) et le moteur sera modifié en vue d’améliorer son rendement. Le nouveau moteur serait repris sous le nom de NK-65.

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Moteur Kuznetsov NK-32. Photo@leteckemotory.cz

Plusieurs configurations ont été envisagées au niveau du nombre de moteurs, mais sur base de la poussée attendue et de la masse de l’appareil, l’option à deux moteurs (qui n’est pas encore confirmée) semble être la plus crédible.

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Ce qui serait le prototype (ou le démonstrateur technologique) du futur moteur du PAK DA. Photo@?

Cependant, il sera intéressant de voir comment les moteurs vont être intégrés dans la structure de l’appareil parce que ces derniers bien que relativement compact ont un diamètre assez important (1,46m).

Performances

Comme indiqué auparavant, le PAK DA sera un appareil subsonique. Alors que l’option de la catégorie de vitesse (supersonique/subsonique) n’a été tranché que tardivement la Russie a finalement fait le choix de la gamme de vitesse subsonique. La mise au point d’une aile volante supersonique est du domaine du techniquement réalisable mais financièrement très onéreux et entraînant des contraintes d’exploitation fortes qui feraient littéralement exploser le coût de l’heure de vol pour un gain opérationnel nul (ou presque). Les Russes ont préférés jouer la carte de la prudence avec la mise en avant des capacités d’emport et de « discrétion » au détriment de performances de vitesses.

On ne dispose pas encore des données précises relatives aux performances de l’appareil, mais certaines informations reviennent régulièrement:

  • Vitesse maximale: Mach 0,88 (soit environ 1.086 Km/h)
  • Autonomie estimée: 15.000 Km
  • Rayon d’action à pleine charge: entre 6.000 et 9.000 Km (avec ou sans ravitaillements en vol)

Le PAK DA pourra bien évidemment être ravitaillé en vol, la Russie restant fidèle au système « panier et tuyau » et aucun travail sur un emploi futur de la perche n’ayant été entrepris: l’appareil disposera donc d’une perche rétractable.

Equipage et système de vol

En ce qui concerne l’équipage, si il ne fait aucun doute que l’appareil disposera d’un pilote et d’un co-pilote; il n’y a encore aucune information sur le nombre de personnes embarquées. L’appareil sera beaucoup plus automatisé que ses prédécesseurs; la présence d’un troisième homme pour gérer les systèmes d’armes et la batterie de capteurs embarqués n’est pas nécessairement une évidence.

Vu la taille réduite de l’appareil par rapport à ses prédécesseurs et vu la forte automatisation des systèmes embarqués; il n’est aucunement illusoire de voir un équipage limité à deux hommes. A l’instar de ce qui se fait déjà sur le B-2 Spirit.

Le cockpit, développé par KRET, sera fortement similaire à celui développé pour le Tu-160M2. Il s’agit d’un cockpit « tout écrans » (Glass Cockpit) composé de 5 écrans LCD multifonctions auxquels s’ajoutent quelques instruments fondamentaux servant de back up en cas de panne affectant les écrans LCD. C’est l’institut GosNIIAS de Moscou qui est chargé d’assurer l’intégration des composants et de mettre au point l’ergonomie idéale du cockpit.

Bien évidemment, la disposition présentée actuellement est toujours susceptible d’évoluer et/ou de s’adapter en fonction des missions qu’auront à remplir les Tu-160M2 et PAK DA.

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Cockpit du futur Tu-160M2, ce dernier donnant une idée de ce qui sera celui du PAK DA. Photo@Izvestia.ru

Il semble que la Russie ait fait le choix d’une certaine standardisation en vue d’assurer une transition « facile » (tout est relatif, bien entendu) d’un appareil à l’autre pour les équipages. On ne peut pas oublier l’aspect économique, la mise au point d’un cockpit standardisé permettant de limiter les frais de développement.

Le système de navigation inertielle sera certainement basé sur le système BINS-SP2M développé pour le PAK FA et conçu sur base d’accéléromètres à quartz et de gyrolasers qui permet à l’appareil de gérer automatiquement les informations de navigation et les paramètres de vol, tout en pouvant déterminer la position de l’avion en l’absence de navigation satellite. En outre, le système est capable de fonctionner avec le système GPS ainsi que, bien évidemment, le système GLONASS. Le BINS-SP2M est issu d’une collaboration entre le  Moscow Institute of Electromechanics and Automatics (MIEA) et Ramenskoye Design Company(RPKB) qui font tous les deux parties du consortium KRET.

Radar et contremesures

D’un point de vue des équipements électroniques embarqués; il y a plusieurs éléments qui se confirment.

La suite électronique embarquée sera dérivée de la suite Sh121 mise au point pour le PAK FA. Cette suite comprend deux éléments principaux:

  • Le radar AESA N036 « Byelka«  développé par NIIP Tikhomirov et
  • Le système de contre-mesures électroniques L402 « Himalaya« 

Les ingénieurs de KRET, chargés de développer les équipements embarqués, reprennent donc les équipements développés pour le PAK FA; ces derniers étant déjà conçus pour un appareil à faible signature radar dont l’intégration des différents composants constitutifs est déjà réalisé.

A l’instar du PAK FA, l’implantation d’antennes supplémentaires (couvrant des fréquences complémentaires par rapport au radar principal) réparties sur l’ensemble de l’appareil est à prévoir vu les besoins de détection requis par l’appareil.

Le radar AESA N036 est un ensemble composé non pas d’un radar mais de pas moins de cinq radars qui ont chacun des fonctions bien spécifiques. Ces différents radars se répartissent de la manière suivante:

  • Le radar principal AESA en bande X (10 gHz) N036 Byelka (Белка)
  • Les deux radars AESA en bande X (10 gHz) N036B
  • Les deux radars AESA en bande L (1,4 à 1,5 gHz) N036L

Premier et principal radar, le N036 Byelka est un radar AESA (AFAR en Russe) implanté dans le nez de l’appareil et il dispose d’une antenne principale de 700 x 900 mm composée de 1.552 modules T/R et inclinée de 15° vers le haut.

Implantés latéralement, on retrouve deux radars AESA fonctionnant en bande X du type N036B. Ils sont composés de 358 modules T/R et leur installation permet d’accroître les angles de couvertures radar dans l’arc frontal.

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Radar N036B. Photo@?

En outre, on retrouve deux radars AESA fonctionnant en bande L du type N036L qui sont employés notamment par le système IFF (Identification Amis-Ennemis) ainsi que pour la détection de cibles aériennes, les appareils furtifs étant les premiers ciblés par les radars en bande L.

Certes la configuration exposée ci-dessus est celle du Su-57 mais c’est sur cette base que travailleront les ingénieurs russes qui l’adapteront et l’optimiseront pour des missions air-sol, celles-ci étant la priorité du PAK DA. En outre, au vu de l’emport envisagé d’armements air-mer, l’ensemble N036 sera également adapté pour effectuer des missions de suivi et de ciblage de navires de surface.

On doit bien évidemment s’attendre à un radar plus puissant vu la taille de l’appareil et sa capacité plus importante de production d’électricité ainsi que sa capacité de refroidissement. De part les missions envisagées la suite électronique et les moyens de protections (et donc d’augmentation de la survie en milieu hostile) du PAK DA devront être les plus efficaces possibles et rendues aptes à traiter un maximum de menaces.

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Radar N036 « Byelka » du PAK FA. Photo@?

Le système L402 Himalaya est un système de contre-mesures disposant d’une antenne principale également couplé au radar N036 en vue de renforcer son efficacité. Le L402 a pour but de détecter, brouiller et contrer les émissions radar tout en travaillant sur plusieurs plages de fréquences. La grande force du système est son interaction avec le N036; lorsque le L402 et le N036 fonctionnent sur la même gamme de fréquences; les antennes du dernier sont employées par le L402 augmentant donc sa capacité de brouillage et sa zone d’action.

Reste la question du ciblage, trois options s’offrent à la Russie:

  • Réemploi du module électro-optique Platan employé par le Su-34
  • Réemploi du pod de ciblage 101KS-N employé par le Su-57
  • Mise au point d’un nouveau système

Le plus logique dans ces trois options serait le réemploi du 101KS-N employé par le Su-57 et intégré au sein de la structure du PAK DA. Ceci étant, la Russie travaille sur une version modernisée du Platan pour équiper le Su-34M; à voir quelle route les ingénieurs se décideront à suivre.

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Le pod de ciblage 101KS-N. Photo@Vladislav Perminov

Le montage de lance-leurres thermiques (des UV-50?) est bien évidemment une certitude, ainsi qu’un système de détection d’approche de missiles (MAWS) et enfin un système de brouillage infrarouge dirigé (DIRCM). Est-ce que ces équipements seront dérivés de la suite 101KS Atoll du PAK FA et adapté aux besoins du bombardier? C’est fort probable, mais rien ne permet de le dire avec certitude pour l’instant.

Armements

L’armement embarqué à bord du PAK DA sera contenu dans deux soutes implantées en parallèle sous le ventre de l’appareil qui disposeront de lanceurs rotatifs, à l’instar de ce qui se fait sur le Tu-160. Ces lanceurs seront plus que probablement les mêmes lanceurs rotatifs MKU6-5U (Classification GRAU: 9A829K3) que le Tu-160(M), ceci est logique vu l’emploi des mêmes armements entre les deux appareils.

D’un point de vue de l’armement potentiel, le PAK DA disposera donc des mêmes emports que le Tu-160M(2), c-à-d:

  • Kh-101
  • Kh-102
  • Kh-55SM
  • Kh-555

Auxquels viendront s’ajouter le futur missile de croisière Kh-BD dont le développement vient de débuter et qui sera dérivé du Kh-101, la principale différence entre les deux résidant dans l’autonomie portée à 3.000 Km (il s’agit d’une estimation) pour le nouveau missile.

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Dessin représentant le missile « furtif » Kh-101. Dessin@Militaryrussia.ru

Outre le futur Kh-BD, la Russie développe actuellement un nouveau missile de croisière à rayon d’action intermédiaire sous le nom de projet Kh-SD (Izd.715 ?) et dérivé du Kh-101 également.

Repris sous le nom de Kh-50, le missile d’une longueur d’environ 6 m est conçu pour une autonomie de 1.500 Km avec une vitesse de croisière de 700 Km/h, une vitesse maximale de 950 Km/h et il est dessiné pour être embarqué en soute sur les Tu-22M3, Tu-95MS et Tu-160M2. Son emport par le PAK DA coule donc également de source.

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Illustration (définitive?) du futur Kh-50. Illustration@Piotr Butowski

De plus, il est question d’une nouvelle génération d’armes hypersoniques qui viendront équiper – à terme – le PAK DA. Aucune information n’est disponible sur ces nouvelles armes tant qu’à présent. A noter que le nouveau missile Kinzhal dont l’existence a été révélée en mars 2018 sera également amené à faire partie de la dotation du PAK DA, il s’agirait donc de la première arme hypersonique embarquée à bord du nouveau bombardier.

Un autre projet de missile hypersonique qui se profile pour le PAK DA et les autres bombardiers russes; c’est le missile GZUR. Il s’agirait d’un missile apte à une vitesse de Mach 6, d’une autonomie de 1.500 Km, d’une longueur d’environ 6 m et d’une masse tournant autour de 1,5 tonne. La mission principale de ce missile serait les frappes anti-navires. Son entrée en production est envisagée à l’horizon 2020.

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Missile Kinzhal vu ici emporté par un MiG-31K. Reste à voir combien de missiles de ce type le PAK DA pourra emporter. Photo@?

Grande nouveauté pour les bombardiers russes, l’option d’équiper l’appareil de missiles air-air (également montés en soute) en vue d’assurer son auto-défense est confirmée. Vu que le PAK DA sera amené à travailler en solitaire au sein d’environnements fortement défendu, l’idée est loin d’être mauvaise. Il sera intéressant de voir si l’option retenue sur le PAK FA (des petites soutes latérales pour des missiles air-air) sera retenue en vue de dégager de la place dans les soutes principales pour les charges offensives air-sol.

Il est par contre improbable de voir le PAK DA, contrairement au PAK FA, disposer de points d’emports externes pour des charges lourdes. Celles-ci obéreraient les capacités de furtivité recherchées dans le design de l’appareil.

Enfin, il faut garder en tête le fait que l’arsenal du PAK DA évoluera durant sa carrière avec la mise au point de nouvelles armes adaptées pour ce dernier. Ceci n’est donc qu’un premier aperçu des capacités potentielles de l’appareil.

Production

C’est l’usine Gorbunov de Kazan (KAPO), le spécialiste des bombardiers stratégiques russes (et accessoirement la plus grande usine aéronautique russe au niveau de la superficie de production) qui sera chargée de la construction du PAK DA. L’usine est actuellement en cours de rééquipement et de modernisation dans le cadre de la mise en place du programme Tu-160M2; la production du PAK DA bénéficiera donc des équipements et installations construites dans ce cadre.

Le Tu-160M2 et le PAK DA partageant en partie des systèmes communs et peut-être certaines pièces de structure, l’usine sera déjà prête à produire les deux appareils ce qui permettra de réduire les coûts et d’employer un main d’oeuvre déjà entraînée. En outre, en créant une sorte de « champion du bombardier stratégique« ; la Russie continue sa politique – initiée il y a quelques années – de concentration des moyens de production et de rationalisation de sa structure héritée de l’URSS avec des bureaux de design séparés des usines et des productions étalées aux quatre coins du pays.

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Vue aérienne de l’usine Gorbunov. Pour se faire une idée de sa taille, il y a un Tu-160 en haut à droite sur l’image. Photo@GoogleMaps

L’un des principaux problèmes auquel fait face la Russie est le manque de main d’oeuvre qualifiée; ce faisant, en concentrant les moyens de production au sein de grosses usines qui disposent en plus de centres de réparations intégrés au sein de leur structure: la Russie concentre donc son personnel qualifié au même endroit, réduit les coûts et améliore ses processus industriels.

En investissant de la sorte dans ses centres de production et en concentrant les moyens disponibles, la Russie disposera à terme avec l’usine Gorbunov d’équipements modernes aptes à produire les Tu-160M2, PAK DA et de préparer l’avenir – peu importe la forme que ce dernier adoptera – on constate que la même situation se déroule avec l’usine KnAAZ qui a en charge la production du Su-35S et à terme du Su-57.

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Sortie du « prototype » Tu-160M2 de l’usine Gorbunov. Photo@UAC Russia

Certes on pourra rétorquer que l’investissement pour en arriver là est conséquent mais il s’agit d’un bon indicateur de la direction que prend la Russie (en partie contrainte par le contexte économique actuel) et de la prise de conscience du retard accumulé dans le domaine de la concentration industrielle du pays. Reste à voir encore une fois si les projets initiaux aboutiront aux résultats espérés, vu les montants en jeu et l’importance des programmes de bombardiers stratégiques pour la Russie.

Le PAK DA, pour faire quoi?

Une question qui revient régulièrement lorsqu’on aborde le sujet du PAK DA est son articulation avec le programme Tu-160M2. Si il est évident que la première mission du PAK DA est de remplacer en priorité les Tu-22M3 (bombardier de théâtre) et Tu-95MS (bombardier stratégique) qui atteindront l’âge respectable des 40 ans à l’horizon 2030; la question du remplacement des Tu-160M (bombardier stratégique) à l’horizon 2030-2040 devait initialement être traitée par le PAK DA également.

Cependant, la question du Tu-160M et de son remplacement est moins simple qu’on ne pourrait le croire: ce dernier est un bombardier lourd supersonique qui bien que disposant d’un équipement embarqué vieillissant offre des performances toujours pertinentes en 2018 cependant la Russie n’en dispose qu’en nombre limité (16 appareils) ce qui obère donc la disponibilité de sa flotte et lui confère un vieillissement rapide.

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Tu-22M3 avec deux missiles Kh-32 en emport. Ces missions seront reprises par le PAK DA à terme. Photo@Russianplanes.net

Au lieu de poursuivre avec l’option initiale de remplacement des trois modèles de bombardiers (Tu-22M3/Tu-95MS/Tu-160M) avec standardisation de la flotte sur le PAK DA: la Russie a préféré prendre l’option d’une flotte mixte avec la relance de la production du Tu-160 sous une forme modernisée, le Tu-160M2, tout en se ménageant du temps pour développer le PAK DA.

Les deux avantages inhérents au Tu-160M2 sont sa vitesse et sa charge offensive: l’appareil sera à même de livrer des charges importantes loin et vite. Mais en contre-partie il s’agit d’un appareil massif et peu discret aux radars; il ne pourra pas être engagé dans des missions se déroulant dans des espaces aériens fortement défendus. Bien évidemment il est en mesure de tirer ses armements à distance de sécurité pour l’appareil mais il lui manque la possibilité de rester sur zone discrètement pendant longtemps pour traiter plusieurs cibles. Pour employer une comparaison sportive: le Tu-160M2 est un sprinter tandis que le PAK DA sera le coureur de fond.

Le remplacement des Tu-22M3 sera au final beaucoup plus pertinent; en effet, le PAK DA apportera une endurance beaucoup plus importante, une grande diversité de l’arsenal employé, une charge offensive supérieure et reprendra les missions de lutte anti-navires de surface assurée par le Backfire. Le PAK DA sera donc un appareil plus « polyvalent » que le Tu-160M2 puisqu’il devra assurer des missions air-sol, air mer et dans une faible mesure être capable de se défendre face à des menaces aériennes.

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Le « prototype » Tu-160M2 lors d’un de ses premiers vols. Photo@Marina Lystseva

Fort logiquement, les deux modèles qu’emploieront la Russie à moyen-terme seront complémentaires; chacun aura sa fenêtre de pertinence en fonction des missions à assurer et un des buts poursuivis (qui n’est pas négligeable) est de disposer de l’appareil qu’il est « le plus économique » à exploiter en fonction de la mission à remplir.

Avec pas moins de 60 Tu-22M3 et 60 Tu-95MS à remplacer soit environ 120 appareils qui seront remplacés par un mix de Tu-160M2 (la cible annoncée parle de 50 appareils avec déjà 10 Tu-160M2 commandés) et de PAK DA, inutile de préciser qu’il n’est pas illusoire de voir à long-terme entre 50 et 100 PAK DA produits et ce sur une échelle de temps débutant au début 2030 et se prolongeant dans les années 2040. En toute logique, au fur et à mesure de l’avancement des deux programmes, la répartition des appareils à construire sera réévaluée selon les besoins opérationnels et les moyens disponibles.

En conclusion

Le PAK DA suit un schéma de développement qui est certes long et parfois tortueux à suivre mais le programme suit son cap en franchissant une à une les étapes de sa mise au point. Alors que l’arrivée du Tu-160M2 semble rebattre les cartes des priorités au sein des DA, on voit que les Russes ont pris conscience que ce type de programme novateur est ambitieux et nécessite du temps. Non pas qu’ils n’aient pas les compétences et capacités techniques de mener ce projet mais les technologies et leur intégration sont des processus longs et complexes et ce même avec l’emploi de briques technologiques préexistantes et adaptées.

Cependant, la flotte de bombardiers lourds ne rajeunissant pas: il était nécessaire de prendre des décisions à même de palier aux retards du PAK DA; l’option Tu-160M2 se révèle être la plus pertinente en matière de finances et de timing pour permettre aux russes d’éviter un trou capacitaire au niveau de leur force de dissuasion atomique. Le calendrier initial de mise au point du PAK DA semble avoir été beaucoup trop optimiste à tous les niveaux. Les Russes ont donc pris le parti de faire « bien naître » le PAK DA, le Tu-160M2 leur permettant « d’acheter du temps » tout en leur permettant de disposer de capacités intéressantes venant compléter les capacités qu’offriront à terme le PAK DA.

A l’inverse des autres pays disposant d’une force de bombardement stratégique, la Russie fait donc le pari d’avoir une future flotte basée sur deux modèles d’appareils différents même si ces derniers disposeront d’une standardisation (toute relative) au niveau de certains composants et des emports. Dans le contexte économique actuel russe, on est en droit de se poser la question de la pertinence de ce choix, néanmoins il est intéressant de voir que de tous temps l’URSS puis la Russie ont maintenu une flotte de bombardement stratégique basée sur deux modèles de bombardiers lourds.

Contrairement à ce que l’on pourrait croire, le lancement du programme Tu-160M2 aura un impact bénéfique sur le projet PAK DA. Il est clair que le glissement de ce dernier « vers la droite » (par rapport au calendrier initial) est un fait qu’il est impossible de nier et ce glissement traduit des difficultés techniques et économiques dans la mise au point de cet appareil. Ceci étant, la mise en place de « l’écosystème » du Tu-160M2 (rééquipement de l’usine, remise en état de l’outil de production, création de la chaîne logistique, formation du personnel) bénéficiera directement au PAK DA et permettra donc de limiter l’impact financier de ce projet sur le budget russe.

En outre, grâce à l’emploi (dans une forme adaptée et modifiée) sur le PAK DA de briques technologiques développées pour d’autres programmes (PAK FA et Tu-160M2 notamment), la Russie emploie au mieux l’argent déjà investi dans les autres programmes tout en faisant usage de technologies de pointe et ce tout en réduisant également l’impact (qui sera quand même non-négligeable) sur le budget russe. On le voit donc, les deux projets de bombardiers stratégiques sont intrinsèquement liés et ce que ce soit pour des raisons techniques, opérationnelles ou budgétaires.

Il reste à voir maintenant si les « promesses » et les « bénéfices » attendus seront à la hauteur des espoirs placés dans ces projets; nous aurons encore largement l’occasion de revenir sur l’Izd.80 PAK DA et ses actualités dans un proche avenir.

Et, selon la formule consacrée sur ce blog, nous aurons largement l’occasion de revenir sur l’avancement du projet dont les développements à venir seront intégrés dans ce dossier au fur et à mesure des annonces.

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Bibliographie;

http://militaryrussia.ru/blog/topic-270.html
https://bmpd.livejournal.com/tag/%D0%9F%D0%90%D0%9A%20%D0%94%D0%90
http://paralay.iboards.ru/viewtopic.php?f=5&t=88&st=0&sk=t&sd=a

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