[Dossier] La lutte aérienne anti-sous-marine en Russie

Disposant de 37.653 Km de côtes et bordée par plusieurs mers et océans, la Russie est un pays qui dispose de vastes espaces maritimes d’une importance capitale pour son économie et son armée. Si la flotte militaire est actuellement à la croisée des chemins dans le cadre de son renouvellement, l’existence de zones maritimes disputées avec d’autres pays font que la Russie se doit de disposer de moyens aéronautiques capables d’assurer la lutte anti sous-marine (ASW en anglais) ainsi que les patrouilles maritimes.

Bien qu’étant doctrinalement un pays dont les principales forces sont aérienne et terrestre, la Russie maintient quand même une flotte aérienne – restreinte – capable d’assurer la détection, le suivi et l’attaque des navires et sous-marins qui s’approcheraient des côtes et/ou de la ZEE (Zone Economique Exclusive) russes.

Un article publié dans le journal Tass daté du 18 décembre est l’occasion idéale pour passer en revue la flotte aérienne chargée de la lutte ASW et de la patrouille maritime en Russie.

La lutte ASW et la patrouille maritime; état des lieux

Très logiquement, la lutte anti sous-marine et les patrouilles maritimes sont des missions qui relèvent de la compétence exclusive de la Marine Russe (VMF). Héritière de la vaste Marine Soviétique dont les missions principales étaient l’engagement et la destruction des groupes aéronavals américains, la protection des bastions où étaient basés les SNLE (Sous-marins Nucléaires Lanceurs d’Engins) soviétiques ainsi que la surveillance des côtes, la Marine Russe a récupéré tous les moyens à disposition de la Marine Soviétique en 1991 à la chute de l’URSS.

Etant passée par une importante cure d’amincissement imposée découlant du contexte budgétaire ainsi que de la perte des missions principales; les VMF ont ainsi vu disparaître le gros de leurs moyens disponibles ainsi que les compétences liées. Il faudra attendre le début de la décennie 2010 pour voir l’aéronavale récupérer des budgets conséquents lui permettant d’assumer ses missions de bases.

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Un F-14A Tomcat et un IL-38 May, quoi de plus classique durant la guerre froide? Photo@?

Si l’aviation navale russe compte 16 bases couvrant les principales zones côtières russes, il n’y a qu’une partie d’entre-elles qui disposent d’appareils capables de surveiller les côtes russes et d’assurer la lutte ASW. En outre comme déjà abordé dans un dossier précédent, l’aéronavale Russe est découpée en plusieurs unités:

  • La Flotte du Nord
  • La Flotte du Pacifique
  • La Flotte de la Mer Noire
  • La Flotte de la Baltique
  • La Flottille de la Caspienne

La Flottille de la Caspienne ne disposant pas d’une aéronavale rattachée, elle n’est citée qu’à titre indicatif. En outre, il existe également des unités qui relèvent directement du commandement central de la Marine; c’est notamment le cas de l’unité chargée de l’instruction et de la transformation des pilotes.

Les bases disposant d’appareils spécialisés dans la lutte anti sous-marine sont les suivantes:

  • Yeisk (859 TsBPiPLS) => Relève du commandement central
  • Severomorsk-1 (7050 Air Base) => Flotte du Nord
  • Kipelovo (7050 Air Base) => Flotte du Nord
  • Yelizovo (7060 Air Base) => Flotte du Pacifique
  • Nikolaevka (7062 Air Base) => Flotte du Pacifique
  • Kamenniy Ruchey (7062 Air Base) => Flotte du Pacifique
  • Donskoye (72 AvB) => Flotte de la Baltique
  • Kacha (318 SAP) => Flotte de la Mer Noire

En vue d’assurer les missions de lutte ASW et de patrouille maritime, les VMF disposent de trois modes d’actions:

  • Emploi d’hélicoptères de détection avancée et de lutte ASW embarqués à bord de navires de guerre, c’est le cas des Kamov Ka-27PL et Ka-31R
  • Emploi d’avions spécialisés basés à terre: ce sont les Ilyushin IL-38(N) et Tupolev Tu-142MK/MZ
  • De manière plus anecdotique, emploi de Beriev Be-12N et à terme (?) de Mil Mi-14PL

Ces appareils ne sont pas de première jeunesse et sont malheureusement disponibles en quantités limitées. Cependant, en vue de leur garder une certaine efficacité en l’attente d’une (?) plate-forme pouvant les épauler et à terme les remplacer, des programmes de modernisation ont été lancés.

Voyons plus en détails la situation de chacun de ces appareils.

Ilyushin IL-38(N) May

C’est en date du 18 juin 1960 qu’est lancé le programme Tunyets (Thon) ayant pour but de créer un appareil de lutte anti sous-marine basé à terre capable de patrouiller pendant 3 heures dans un rayon de 2200 Km autour de sa base d’attache et devant équiper les VMF. Le but recherché étant de disposer d’un premier prototype pour le second quadrimestre de 1962.

En vue de gagner du temps dans la réalisation du programme, les ingénieurs soviétiques se basèrent sur une cellule existante. C’est l’Ilyushin IL-18 (nom de code OTAN: Coot) , un quadrimoteur civil à ailes basses motorisé par 4 turbopropulseurs qui servira de base au nouvel appareil.

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L’Ilyushin IL-18 à partir duquel fut extrapolé l’Ilyushin IL-38. Photo@?

Les ingénieurs reprirent la cellule existante de l’IL-18 qui fut modifiée en vue d’installer deux soutes à armements. L’installation des soutes impliqua le déplacement des ailes (positionnées plus en avant) en vue de rétablir le centre de gravité de l’appareil. Un «bulbe» caractéristique, contenant le radar de recherche et d’attaque Berkut , apparu en-dessous de l’appareil juste en aval du train avant, de plus une perche de détection d’anomalies magnétiques (MAD) fut installée à l’arrière de l’appareil.

C’est le 28 septembre 1961 que le prototype de l’IL-38 décolla pour la première fois, il faudra encore patienter plusieurs années avant de voir la production en série débuter suite aux difficultés rencontrées dans la mise au point de l’appareil. Le premier appareil de série quittera l’usine Znamya Truda en date du 23 décembre 1967, la production s’achevant le 22 février 1972 avec la sortie du 65ème et dernier appareil.

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L’IL-38 « 12 Rouge ». Photo@Artem Hachaturov

Il est assez intéressant de voir que la production de l’appareil, malgré les besoins énormes induits par la taille du territoire soviétique, fut assez restreinte. Les plans initiaux envisageaient la production de 250 IL-38, mais une fois que le projet du futur Tu-142 Bear fut lancé; les autorités soviétiques firent le choix de favoriser la plate-forme à long rayon d’action au détriment de l’IL-38 dont la production fut stoppée prématurément. Deux variantes de l’IL-38M furent étudiées; l’Ilyushin IL-38M avec suite électronique modernisée sur base du radar Korshun M et une version pouvant être ravitaillée en vol, l’Ilyushin IL-38MZ. Malgré la création d’un prototype IL-38MZ, ces deux versions ne virent pas le jour.

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Le prototype d’IL-38MZ… qui n’eut pas de descendance. Photo@Andrey Trymbal

Au niveau des performances de l’appareil, l’IL-38 présente les caractéristiques suivantes:

  • Longueur: 40,13 m
  • Hauteur: 10,17 m
  • Envergure: 37,42 m
  • Motorisation: 4 turbopropulseurs Ivchenko AI-20M (4.225 Cv)
  • Carburant: 26,65 tonnes
  • Masse à vide: 34,63 tonnes
  • Masse maximale au décollage: 66 tonnes
  • Rayon d’action: 2.200 Km
  • Distance franchissable: 9.500 Km
  • Vitesse maximale: 650 Km/h (à 6.000 m)
  • Vitesse de croisière: 530 Km/h
  • Equipage: 8 personnes (5 pour le pilotage, 3 pour les missions tactiques)
  • Charge offensive: 5,43 tonnes (normale) et 8,4 tonnes (maximale)
  • Armements: bouées, torpilles, charges de profondeur, mines

Lors de la chute de l’URSS, la Marine Russe récupéra les IL-38 survivants à raison d’une trentaine d’appareils. Les besoins de la Marine Russe n’étant aucunement comparables à ceux de la Marine Soviétique, une partie des appareils restèrent purement et simplement cloués au sol. Dans le courant des années 1990 et au début des années 2000, les équipages affectés sur IL-38 volaient moins de 30 heures par années!

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L’IL-38 codé « 01 Rouge » semble avoir désespérément besoin d’un coup de peinture. Photo@Dmitry Pichugin

Le retour des budgets dans le courant de la décennie 2000 permit de faire passer les appareils dans deux programmes; un programme de révisions générales permettant de rendre du potentiel aux cellules et aux équipements ainsi qu’un programme de modernisation. Nous y reviendrons.

Les 28 IL-38 survivants sont présents sur les bases suivantes:

  • Yeysk (Unité d’entraînement et de transformation de la Marine)
  • Severomorsk-1 (Flotte du Nord)
  • Yelizovo (Flotte du Pacifique)
  • Nikolaevka (Flotte du Pacifique)

La grande force de l’IL-38 (et la principale raison de son non-remplacement tant qu’à présent) réside dans son très faible coût d’exploitation, cependant son électronique embarquée date des années 60 et est loin d’être encore au « sommet de l’art ». C’est pourquoi en 1992, les Russes lancèrent un programme de modernisation de l’appareil ayant pour but de remplacer une grosse partie des systèmes embarqués.

Les crédits alloués aux forces aériennes russes étant quasiment inexistants à cette époque, la Marine Indienne qui disposait de 5 IL-38 en dotation sera la première à passer commande en septembre 2001 d’une modernisation de ses appareils. Répondant au nom de Sea Dragon, les 5 appareils Indiens modernisés passèrent au nouveau standard IL-38SD.

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L’IL-38SD codé IN301 de l’IAF. Photo@Benjamin Igniatievitch

Ce nouveau standard voyait le montage d’un nouveau radar de recherche en remplacement du Berkut, le montage d’une boule électro-optique NV5-0101 sous le nez de l’appareil, l’installation d’une suite ESM sur le dessus du fuselage au-dessus du cockpit et enfin une modernisation des consoles de commandes des systèmes (écrans LCD). En outre, l’Inde fit installer deux pylônes APU-38 permettant l’emport de missiles Kh-35E, ce dernier étant bien évidemment intégré dans le système d’armes de l’IL-38SD.

La Marine Russe pleinement consciente que l’avion nécessitait de toute urgence une modernisation signa avec Ilyushin le 25 mai 2012 un premier contrat portant sur la modernisation de 5 IL-38.

En suivant ce processus de modernisation, les IL-38 passent au nouveau standard IL-38N, le -N provenant du principal système embarqué, le Novella P38. Le programme de modernisation est divisé en deux étapes; l’appareil part chez 20 ARZ à Pushkin (près de Saint-Pétersbourg) pour subir une révision générale de la cellule et une réparation complète des zones endommagée. Ensuite, la modernisation à proprement parler se fait chez Myasishchev à Zhukovski (près de Moscou).

L’électronique de l’IL-38N est revue de fond en comble; le radar Berkut cède sa place au système Novella (disposant de caractéristiques identiques à celle du Sea Dragon indien auxquelles on a ajoutés des capacités accrues demandées par la Marine Russe), une boule électro-optique prend place sous le nez de l’appareil, une suite de Mesures de Soutien Electronique (ESM) NV9 prend prend place au-dessus du cockpit dans un spoiler peu discret.

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L’IL-38N codé « 78 Jaune ». Photo@Wikipedia

En outre, l’ensemble Novella P38 dispose d’un centre opérationnel informatisé qui gère l’ensemble des capteurs répartis sur l’avion. Les opérateurs, au nombre de deux et complété d’un chef de mission, disposent maintenant d’écrans LCD leur affichant la situation tactique via les informations récoltées par les équipements embarqués et les bouées employées. La principale différence réside dans le fait que les opérateurs disposent maintenant d’un système qui intègre tous les senseurs et réduit donc leur charge de travail.

Cependant, plusieurs points importants semblent avoir été négligés dans le cadre de cette modernisation: aucun travail n’a été réalisé sur le cockpit et la motorisation, laissant les pilotes travailler avec un appareil qui présente encore les caractéristiques fondamentales d’un avion de 1961. Les Russes ont également fait l’impasse sur les pylônes APU-38 permettant l’emport de missiles Kh-35. De plus, l’IL-38N ne dispose toujours pas de contre-mesures (à l’inverse des appareils indiens) aptes à les protéger d’une éventuelle attaque. Ce type d’équipement est pourtant devenu standard sur des appareils ayant une telle valeur opérationnelle et amenés à être engagés dans des cieux disputés… Si cette absence devait trouver sa raison d’être dans des raisons économiques, elle aurait de quoi laisser plus que perplexe.

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L’IL-38N codé « 27 Jaune ». Photo@Aleksey

La Marine Russe dispose actuellement de 8 IL-38N répartis entre les différentes bases équipées d’IL-38 (les deux types d’appareils sont exploités en banalisation) et il se confirme que les projets en la matière tablent sur la modernisation de 20 appareils supplémentaires à l’horizon 2020. Ce qui est plus que douteux vu le délai restant pour compléter ce projet. Si la cible est crédible, le délai ne l’est aucunement: il serait plus cohérent d’envisager l’horizon 2025 pour assister à l’achèvement de la modernisation des IL-38.

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Tupolev Tu-142MK/Tu-142MZ

Cette version maritime du célèbre bombardier stratégique Tupolev Tu-95 (nom de code OTAN: Bear) est l’appareil de lutte anti sous-marine et de patrouille maritime à long rayon d’action russe par excellence.

A la fin des années 1950, l’US Navy lance le programme de missile balistique UGM-27 Polaris pouvant être tiré à partir d’un sous-marin. Ce dernier ayant la capacité de frapper à 1.800 Km du point de tir, l’URSS était très inquiète de cette arrivée et décida donc de lancer un programme permettant de contrer cette menace. Le programme devint opérationnel en date du 15 novembre 1960.

En réaction, le gouvernement Soviétique demanda aux différents bureaux d’études de se lancer dans la mise au point d’un appareil spécialisé en lutte anti sous-marine. Tupolev travailla sur une variante maritime du Tu-95: le Tupolev Tu-95PLO (Protivolodochnaya Oborona) qui devait disposer d’une charge offensive de 9 tonnes avec une endurance maximale de 10,5 heures. Le projet est cependant abandonné alors que l’appareil était encore sur la planche à dessins.

Cependant, en date du 28 février 1963; le Conseil des Ministres d’URSS publia une directive dans laquelle il chargeait l’OKB Tupolev de développer un appareil de lutte anti sous-marine à long rayon d’action.

L’OKB Tupolev est donc reparti – à nouveau – sur base du Tu-95; mais cette fois-ci le projet était beaucoup plus complet et ambitieux que dans le cas du Tu-95PLO. Le nouvel appareil étant repris sous le nom de Tupolev Tu-142 (Izd. VP). Le nom de code OTAN étant Bear F.

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Un des premiers prototypes de Tu-142. Photo@Yefim Gordon

Bien que reprenant les grandes lignes et les caractéristiques techniques du Tu-95, le Tu-142 diffère sur plusieurs points: enlèvement des tourelles dorsales et ventrales, installation d’un système d’imagerie thermique, modification du profil de l’aile et des volets pour augmenter sa superficie à 290 m², de nouveaux réservoirs à carburant sont installés ainsi qu’un atterrisseur principal à 6 roues en remplacement de celui à 4 roues hérité du Tu-95.

Le premier prototype de Tu-142 sort de l’usine de production située à Kuibyshev (actuellement Samara) en 1968 et il effectue son premier vol en date du 18 juin de la même année. Rapidement il apparut que le fuselage n’était pas assez grand que pour abriter l’ensemble des équipements nécessaires pour assurer les missions anti sous-marine.

Le deuxième prototype sortit d’usine le 3 septembre 1968 et il bénéficia d’un allongement du fuselage de 1,7 m qui sera standardisé sur tous les Tu-142. Un troisième prototype disposant de l’intégralité des systèmes offensifs rejoignit le programme de développement le 31 octobre 1969. En mai 1970, la Marine Soviétique reçut les premiers Tu-142 de série en vue d’effectuer les essais opérationnels.

Entre 1968 et 1972, 18 Tu-142 seront produits à Kuibyshev; les appareils disposent du radar Berkut-95 qui remplit les fonctions de recherche et de ciblage sur 360°; ce dernier étant une variante du radar installé sur l’IL-38. Le système de navigation de l’appareil fut intégré au sein du Berkut-95 ce qui permettait à l’appareil d’assurer un suivi automatique des cibles.

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Le moins que l’on puisse dire c’est que le Tu-142M est loin d’être un « petit » appareil. Photo@US DoD

En 1971, la décision fut prise de déplacer la production du Tu-142 de Kuibyshev à Taganrog près de la Mer Noire. Cette décision surprenante nécessita le rééquipement complet de l’usine de Taganrog, la construction de nouveaux halls de production, la formation du personnel et enfin la construction d’une base aérienne pour permettre aux avions produits de… décoller!

C’est en date du 4 novembre 1975 que le premier Tu-142 produit à Taganrog effectua son premier vol. Cet appareil disposant de plusieurs modifications (dont notamment un nouvel allongement de 30 cm du fuselage, un nouveau cockpit plus spacieux et un train d’atterrissage modifié) reçut la dénomination de Tupolev Tu-142M (Izd. VPM). Le nom de code OTAN étant Bear-F mod.1.

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Premier prototype de Tu-142M. Photo@Tupolev

Le Tu-142M devait de plus emporter un nouveau système de lutte anti sous-marine en remplacement du Berkut-95. Cependant, ce nouveau système dénommé Korshun-K eut une mise au point longue et difficile; par conséquent les premiers Tu-142M produits reçurent encore l’ancien système Berkut-95.

Les premiers Tu-142M produits avec le système Korshun-K reçurent une nouvelle dénomination: le Tupolev Tu-142MK (Izd. VPMK) était né. Son nom de code OTAN étant Bear-F mod.2. Ce nouvel appareil était identifiable de loin: une perche de détection d’anomalies magnétiques (MAD) du type MMS-106 (produite par Ladoga) était montée en haut de la dérive ne permettant aucun doute sur son identité.

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Le Tu-142MK codé « 51 Noir ». Photo@Maxim Khusainov

Tout ne se passa pas sans difficultés et les tests étatiques d’homologation de l’appareil mirent en lumière le manque de fiabilité du système Korshun-K. Cependant, au vu de l’importance de l’appareil; il fut quand même déclaré apte au service en date du 19 novembre 1980 alors que les maladies de jeunesse du système n’étaient pas encore éliminées. Au total, il y eu une grosse quarantaine de Tu-142M(K) produits.

Le Tupolev Tu-142MZ (Izd. VPMK-3) est l’ultime variante du Tu-142, doté d’un équipement revu et complété par rapport au Tu-142MK ; le Tu-142MZ sera produit au compte-gouttes entre 1985 et 1994 à moins de 20 exemplaires. Les principales différences avec la version antérieure concernent le montage du système Korshun-N (variante plus évoluée du Korshun-K) couplé au système de gestion des bouées Zarechye (qui a donné le suffixe -Z dans la dénomination) qui dispose de bouées plus performantes en matière de détection des nouvelles générations plus silencieuses de sous-marins. Le Tu-142MZ a reçu le nom de code OTAN Bear-F mod.3.

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Premier prototype du Tu-142MZ. Photo@Tupolev

En outre, la suite d’auto-défense de l’appareil est modernisée et dotée de lance-leurres APP-50, d’un brouilleur actif Geran, d’un système alerte missiles L-083 Mak-UT, d’un système d’alerte radar L-006 Beryoza et enfin d’un système de contre-mesures Sayany-M.

La production de Tu-142 (toutes versions confondues) s’achèvera en 1994 après une centaine d’appareils produits, signalons à titre anecdotique qu’il s’agit de l’ultime version du Bear à avoir été produite. Les Tu-142 seront tous employés par la Marine Soviétique avant d’être repris par la Marine Russe en 1991. Les changements politiques et la perte des budgets ont poussés la Marine Russe à retirer du service les variantes les plus anciennes de Tu-142 et à ne conserver que les appareils les plus récents et ceux en meilleur état.

D’un point de vue technique, le Tu-142MZ présente les caractéristiques générales suivantes :

  • Longueur : 53,2 m (avec perche de ravitaillement incluse)
  • Hauteur : 14,47 m
  • Envergure : 50,04 m
  • Motorisation : 4 turbopropulseurs Kuznetsov NK-12MP (14.795 Cv) avec hélices contrarotatives quadripales AV-60N
  • Carburant: 83,9 tonnes
  • Masse à vide : 91,8 tonnes
  • Masse maximale au décollage : 185 tonnes
  • Rayon d’action: 4.000 Km
  • Distance franchissable : 10.050 Km
  • Vitesse maximale : 800 Km/h
  • Vitesse de croisière : 705 Km/h
  • Équipage : 10 personnes (4 pour le pilotage, 5 pour les missions tactiques et 1 mitrailleur de queue)
  • Charge offensive : jusqu’à 8,845 tonnes transportés en soutes
  • Armements : torpilles, bombes, charges de profondeur, bouées et canon GSh-23L de 23 mm implanté dans la tourelle arrière

On dénombre actuellement – et selon les sources – 27 Tu-142MK/MZ en service en Russie, ces derniers sont en service au sein des bases de:

  • Kipelovo (Flotte du Nord)
  • Kamenniy Ruchey (Flotte du Pacifique)

Les prévisions les plus pessimistes tablent sur un retrait du service des Tu-142MK/MZ d’ici à la fin de 2020. Cependant, ceci part du principe que les avions ne connaîtront pas de remise à niveau. Or il existe depuis le début des années 2000 un projet de modernisation de l’intégralité de la flotte de Tu-142MK/MZ est en cours d’élaboration. Si peu de détails ne filtrent à son sujet, il semble qu’elle permettra de traiter les principales obsolescences rencontrées par l’appareil ainsi que d’y adjoindre des capacités d’attaque de navires de surface via l’emploi de missiles. L’installation de la suite Novella P38 tel qu’installée sur l’IL-38N était invoquée initialement mais selon certaines sources, c’est la suite Kasatka qui serait employé au final.

Les appareils ainsi modernisés passeraient au standard Tupolev Tu-142MN et on parle parfois de 2022 pour la sortie d’un premier appareil. Cependant, cette date est à envisager avec la plus grande prudence en l’absence de déclarations récentes allant en ce sens.

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Le Tu-142MZ codé « 63 Noir ». Photo@Bonsai

L’idée d’une modernisation si elle est en soi bonne, permettant pour un coût réduit de disposer d’une flotte encore crédible une bonne dizaine d’années supplémentaires ne corrigera pas le défaut fondamental du Tu-142MK/MZ ; son coût d’exploitation. Les quatre turbines qui sont caractéristiques du Bear et de ses variantes sont techniquement complexes et coûteuses à exploiter. De plus, le Tu-142MK/MZ est un appareil lourd et massif qui nécessite des bases adaptées pour son déploiement, ce qui limite sa souplesse d’exploitation.

A l’inverse, le Bear-F dispose d’un rayon d’action imposant qui font de lui le candidat idéal pour assurer la surveillance des vastes étendues de l’océan Pacifique ou de l’Arctique ; les Russes ne s’y sont pas trompés en répartissant les appareils toujours actifs sur deux bases permettant de couvrir les zones susmentionnées.

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Beriev Be-12N

Appareil presque anecdotique au sein de la flotte aérienne de la Marine Russe: le Beriev Be-12N est un hydravion qui semble ne pas vouloir tirer sa révérence. Toujours actif en nombre réduit au sein de la flotte de la Mer Noire, les 5 appareils restants sont employés pour des missions de lutte anti sous-marine, de surveillance et de secours en mer.

C’est le 18 octobre 1960 que le premier prototype Beriev M-12 prit l’air, l’appareil évolua pour devenir le Beriev Be-12 qui sera présenté en juillet 1961. La production en série se déroula entre décembre 1963 et juin 1973 avec la sortie d’environ 140 appareils, principalement en version de lutte anti sous-marine: le Beriev Be-12N. Le nom de code OTAN est Mail.

Le Be-12 est un hydravion à ailes hautes propulsé par deux moteurs Ivchenko AI-20D pouvant emporter une charge offensive de 1,5 tonnes; il lui est possible de monter à 3 tonnes de charge offensive mais au détriment de son emport en carburant.

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Le Beriev Be-12N codé « 18 Jaune ». Photo@?

Lors de la chute de l’URSS, environ 55 appareils étaient encore en service et passèrent dans la dotation de la Marine Russe; vu l’âge avancé des appareils et la diminution des besoins: le Beriev Be-12 fut retiré officiellement du service dès 1992. Cependant, ce retrait ne fut que de façade puisque certains appareils furent maintenus en service.

En 2012, la Russie décida d’envoyer quelques appareils en révision générale en vue de prolonger leur vie active. Suite à l’annexion de la Crimée par la Russie, les Be-12 survivants ont été mutés sur la base de Kacha près de Sevastopol. Plusieurs appareils de ce type sont stockés sur les bases de Kacha, Taganrog et Yelizovo et seraient susceptibles d’être remis en service. Il reste à voir ce qu’il en sera et si la Russie décidera d’enfin (!) se séparer des Be-12 ou de continuer à exploiter l’appareil quelques années.

Kamov Ka-27PL et Kamov Ka-31R

Hélicoptère embarqué le plus prolifique et le plus connu en Russie, le Kamov Ka-27 et sa variante de lutte anti sous-marine dénommée Kamov Ka-27PL est un hélicoptère léger embarqué conçu pour remplacer le Ka-25 . Il porte le code OTAN Helix.

Reprenant la formule chère à Kamov de rotors coaxiaux contrarotatifs, le Ka-27PL a été mis en service le 14 avril 1981 et construit a raison de 280 exemplaires entre 1979 et 1991 avant de passer en production réduite dédiée à l’export. La Marine Russe a hérité de 51 Ka-27PL et 16 Ka-27PS (la variante de sauvetage en mer) qu’elle déploie aussi bien à terre qu’en mer.

Les Ka-27PL en service au sein de la Marine Russe sont affectés aux bases suivantes:

  • Severomorsk-1 (Flotte du Nord)
  • Yelizovo (Flotte du Pacifique)
  • Nikolaevka (Flotte du Pacifique)
  • Donskoye (Flotte de la Baltique)
  • Kacha (Flotte de la Mer Noire)

Assurant la couverture avancée, la détection, le suivi et la traque des sous-marins ; le Ka-27PL est équipé d’une suite Osminog mis au point par Kvant en Ukraine. La suite est composée du radar Initsiativa-2KM montée dans un radôme sous le nez de l’appareil, d’un sonar mouillé VGS-3 Ros-V implanté sous l’arrière du fuselage, d’un écran donnant les informations à l’opérateur et d’un calculateur/ordinateur pour assurer le traitement de l’information.

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Le Ka-27PL codé « 27 Jaune ». Photo@Wikipedia

Le sonar VGS-3 Ros-V est constitué d’une antenne d’environ 100 Kg qui est plongée à une profondeur maximale de 150 mètres et ce dernier est capable de détecter un sous-marin à 20 Km.

Un détecteur d’anomalies magnétiques (MAD) du type APM-73V est monté en-dessous de la queue de l’hélicoptère et lorsque déployé ce dernier est traîné au bout d’un câble de 85 mètres. Cependant, il est nécessaire d’enlever le sonar (problème d’encombrement entre les systèmes) lorsque l’APM-73V est monté.

De plus, le Ka-27 dispose d’un système de bouées qui est composé d’un récepteur radio-acoustique A-100 Pakhra et de bouées RGB-NM-1; ce système n’est pas intégré au sein de la suite Osminog.

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Le Ka-27PL codé « 17 Jaune » déploie ici son sonar mouillé. Photo@Jos Schoofs

Et enfin du point de vue de l’armement embarqué; le Ka-27PL peut embarquer dans sa soute située sous le plancher entre 600 Kg (charge normale) à 1 tonne (charge maximale) d’armements répartis comme tel:

  • Une torpille AT-1MV ou UMGT-1
  • Une torpille APR-2
  • Six à huit charges creuses PLAB-250-120
  • Six à huit charges creuses guidées Zagon/Zagon-2
  • Une charge de profondeur à tête nucléaire
  • Jusqu’à trente-six bouées RGB-NM-1

En ce qui concerne le Ka-27PL, son avenir semble assuré pour l’instant. En effet, faisant suite à un projet lancé en 2013 et maintes fois retardé ; la modernisation du prolifique hélicoptère embarqué est enfin en cours de concrétisation. C’est la société KuAMPP de Kumertau qui est chargée du projet et après avoir sorti 8 appareils de « présérie » en 2016 (nous en avions parlé ici) la modernisation de série est lancée depuis septembre 2017. Avec pas moins de 48 appareils prévus pour passer en modernisation à court-terme ; inutile de préciser que la mise au point d’un successeur au Ka-27PL est moins urgente qu’en ce qui concerne les appareils à voilures fixes.

Le passage au standard Ka-27M s’accompagne du montage d’un nouveau radar AESA Kopie-A de détection et de suivi des cibles en remplacement de l’Initsiativa-2KM offrant une capacité de détection accrue par rapport au Ka-27PL. La suite Osminog qui constituait le coeur des capacités du Ka-27PL fait place à la suite Bumerang qui inclut notamment le nouveau radar et une nouvelle perche MAD.

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Prototype de Ka-27M codé « 0909 Noir ». Photo@?

Le Ka-27M dispose d’une nouvelle console tactique avec écrans LCD permettant un suivi plus efficace des cibles et des bouées déployées. Les emports offensifs restent identiques à ceux déployés avant la modernisation. Enfin, les Ka-27M subissent une révision générale et un recâblage permettant ainsi de prolonger la durée de vie des Ka-27 d’une dizaine d’années.

Il reste une variante du Ka-27 à présenter: le Kamov Ka-31R. Cette version récente du Ka-27 est un hélicoptère de détection avancée (AWACS) pouvant être embarqué ou basé à terre. Prévu pour assurer la surveillance d’une zone précise grâce à un imposant radar repliable installé sous son fuselage: il effectua son premier vol en 1987 et fut envisagé pour assurer la couverture radar du Tbilissi, futur Admiral Kuznetsov.

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Le Kamov Ka-31R prototype codé « 032 Bleu ». Photo@Wikipedia.com

La Russie disposerait actuellement de deux prototypes de ce modèle avec l’intention d’en acheter 12 à terme sans pour autant que la moindre commande en ce sens n’ait été signée.

Mil Mi-14PL

L’appareil n’étant pas en service actuellement au sein de la Marine Russe et son retour n’étant pas encore confirmé, je ne m’attarderais pas dessus et je vous renvoie vers cet article relatif au Mil Mi-14.

La lutte anti sous-marine et la patrouille maritime: quel avenir? Quels équipements?

A l’instar d’autres branches de l’armée russe, la modernisation envisagée des équipements disponibles a été interrompue avec la chute de l’URSS. Un premier projet de remplacement des Beriev Be-12 et Ilyushin IL-38 a d’abord été envisagé sur base d’un hydravion à réaction. Ce projet dont l’origine se trouve dans une résolution gouvernementale soviétique datée du 12 mai 1982 répond au nom de Beriev A-40 (Izd. V, code OTAN: Albatros) et a pour objectif la création d’un hydravion de grande taille capable d’assurer les missions de patrouille maritime et lutte anti sous-marine.

Le premier prototype effectua son premier vol le 8 décembre 1986, il sera rejoint par un deuxième et dernier prototype peu de temps après. Capable d’emporter 6 tonnes de charge offensive consistant en mines, torpilles et bouées transportées en soute, il devait en outre pouvoir emporter des missiles Kh-35 sous voilure. La version définitive aurait du porter la dénomination A-40P; cependant la fin de l’URSS aura raison du projet et bien qu’un des deux prototypes a été présenté à plusieurs reprises dans le courant des années 1990, au final le prototype est maintenant cloué au sol.

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Le deuxième prototype A-40 codé « 20 Rouge » à l’époque où il volait encore. Photo@wikipedia.com

Mais cet abandon n’a rien de définitif, en effet à plusieurs reprises depuis 2012 des annonces ont été faites indiquant une commande potentielle de quelques appareils pour équiper la Marine Russe. Si ces annonces n’ont pas eu de concrétisation, le 3 mars 2016 le commandant en chef de la flotte de la Mer Noire indiquait encore sa volonté de remplacer les derniers Be-12 en service par des A-40 neufs à l’horizon 2020. La variante envisagée serait le Beriev A-42P, version modernisée disposant notamment de moteurs PS-90A-42 en remplacement des Aviadvigatel D-30KPV et d’une suite électronique Kasatka-SB produite par Radar MMS en remplacement de la suite Sova d’origine.

Cette annonce a de quoi laisser quand même perplexe au vu du fait que Beriev parvient difficilement à produire des Be-200 ceci découlant de ses difficultés financières récurrentes. Il reste à voir si cette société sera en mesure de produire un appareil dont il n’existe que deux prototypes cloués au sol, dont la production en série n’a jamais été réalisée, dont les systèmes embarqués nécessitent une modernisation complète et ce dans le but de produire les appareils en petite quantité. Economiquement parlant, ceci relève du non-sens absolu….

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Beriev Be-200. Photo@?

Par contre, l’option de l’emploi du Be-200 comme base est beaucoup plus plausible cohérente. Cette variante de lutte ASW et de patrouille maritime a été étudiée et envisagée sous le nom de Beriev Be-200MP (ou Be-220). L’appareil pourrait être doté au choix de la suite Kasatka mise au point par Radar MMS ou de la suite Novella développée par Leninets. L’appareil serait doté de soutes internes ainsi que de 6 pylônes sous la voilure.

Autre appareil envisagé pour assurer le remplacement à la fois de l’IL-38 et du Tu-142: le Tupolev Tu-204P. Basé sur le Tupolev Tu-204, appareil moyen-courrier biréacteur moderne conçu pour assurer le remplacement des Tupolev Tu-154 et Tu-134, dont le premier vol eut lieu le 2 janvier 1989, cette version dédiée à la lutte ASW a vu son développement être lancé à l’époque soviétique peu après celui du Beriev A-40.

Doté d’une suite électronique Novella constituée d’un radar de recherche installé dans un nouveau radôme bulbeux implanté à l’avant de l’appareil, le Tu-204P devait disposer de deux soutes pouvant contenir la dotation classique de torpilles, mines et bouées, de plus des missiles Kh-35 pouvaient être emportés sous voilure à raison de deux pylônes sous chaque aile. Enfin, l’appareil pouvait être ravitaillé en vol, une perche étant implantée sur le nez de l’appareil devant le cockpit. En 1996, le gouvernement russe arrêta les travaux sur le Beriev A-40 avec priorité accordée au développement du Tu-204P. Ce projet n’alla pas plus loin que la définition du design préliminaire.

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Premier prototype de Tupolev Tu-204. Photo@?

L’histoire ne s’arrête pas là pour autant, en effet, en 2012 la Marine Russe a lancé les études en vue du remplacement de sa flotte dédiée à la patrouille maritime et lutte ASW. Si cette décision peut paraître surprenante à première vue, elle reste logique. Avec une flotte d’IL-38(N) en cours de modernisation ayant déjà 40 ans de vie active au compteur et dont le potentiel résiduel peut être estimé à 15 ans ainsi qu’une flotte de Tu-142MK/MZ approchant des 30 ans de vie active et une modernisation dans les cartons et sans cesse repoussée ; la situation de la flotte est donc pour le moins tendue.

Connu sous le nom de projet APK, le projet de renouvellement de la flotte envisageait initialement une sélection rapide de l’appareil sélectionné avec la mise au point d’un prototype pour 2015 et la mise en service au sein des unités en 2018. Cependant, à l’instar de tous les projets russes: il est retardé et on parle maintenant d’une sélection à « l’horizon 2020« . Ce délai, semble réaliste compte tenu des déclarations lors du salon MAKS 2017 du patron de l’aéronavale russe qui parle du « développement prochain » d’un nouvel appareil devant remplacer la flotte d’appareils.

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Maquette du Tu-204P tel qu’envisagé. Photo@militaryrussia.ru

Les projets de remplacement tels qu’envisagés depuis 2012 voyaient deux propositions s’opposer :

  • Le Beriev A-42: ce dernier ayant le grand avantage d’être un hydravion, il offre une plus grande flexibilité d’emploi.
  • Le Tupolev Tu-214P (basé sur le Tu-214 et non plus le Tu-204): moins flexible que l’A-42, il présente cependant des capacités offensives accrues et une endurance sur zone plus importante. En outre, l’appareil étant déjà employé au sein de l’armée : il est connu et maîtrisé au niveau opérationnel et logistique.

Un troisième larron inattendu va entrer dans la danse : l’Ilyushin IL-114. Ce moyen-courrier régional doté de deux turbopropulseurs va être l’invité surprise dans le renouvellement de la flotte existante. Cet appareil dont le développement fut initié en 1986 dans le but de remplacer l’Antonov An-24 effectua son premier vol le le 29 mars 1990. Initialement produit au sein de l’usine TAPO (Tashkent, Ouzbékistan), il à vu sa production s’achever prématurément et ce après seulement 20 appareils produits entre 1992 et 2013. La Russie ayant besoin d’un appareil régional apte à remplacer les appareils occidentaux importés a décidé de relancer sa production au sein de l’usine Sokol (Nijni Novgorod) avec la signature d’une LoI (Letter of Interest – Lettre d’intention) portant sur l’acquisition de 50 IL-114.

Repris sous la dénomination IL-114-300, cette version modernisée de l’IL-114 d’origine, devrait donner naissance à une variante spécialisée de patrouille maritime et lutte ASW: l’IL-114(M)P. C’est la société Radar MMS qui a créé un laboratoire volant permettant d’évaluer la configuration définitive requise ainsi que les capacités offensives potentielles de cette variante. Il s’agit de l’IL-114LL qui effectua son premier vol en avril 2005, ce laboratoire volant embarque le système Kasatka dont il teste les principaux composants.

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IL-114LL codé 91003. Photo@Petr Navratil

Bien qu’étant la variante la plus « avancée » au niveau de son développement (avec un prototype réalisé et une production de la version civile en cours de mise en place), l’usage de l’IL-114-300 comme base à de quoi laisser perplexe. L’appareil offre certes des performances intéressantes cependant son rayon d’action limité et sa charge offensive restreinte (absence de soutes internes) ne font pas de lui le candidat idéal surtout au vu de la superficie à couvrir. L’emploi d’un appareil à turbopropulseurs permet de disposer d’une vitesse moins élevée ce qui est un avantage non-négligeable lorsqu’il s’agit d’assurer de longues recherches sur une zone mais d’un autre côté il ne dispose que de peu de place pour loger des équipements et des armements en suffisance.

Toujours est-il que la Russie n’a tant qu’à présent toujours pas arrêté son choix sur un remplaçant pour ses appareils. Or avec une flotte vieillissante (bien qu’en cours de modernisation) et disposant d’un nombre limité d’appareils : il devient urgent de prendre une ou des décisions.

Le choix final va donc devoir se faire entre trois appareils ;

  • Le Beriev A-42 (et/ou une variante basée sur le Be-200)
  • L’Ilyushin IL-114(M)P
  • Le Tupolev Tu-214P

Il n’est pas impossible de voir à nouveau un panachage entre appareils, permettant de disposer d’un appareil à moyen rayon d’action pour la lutte/surveillance rapprochée et un autre à long rayon d’action pouvant couvrir des zones plus lointaines. Cette option est certes plus onéreuse mais permet une plus grande souplesse d’emploi.

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Tu-142MZ en approche finale. Photo@?

Si il se confirme que la Russie envisage toujours l’acquisition d’appareils neufs dans le cadre du GPV 2018-2025, la modernisation des IL-38N ainsi que le lancement de la modernisation des Tu-142MK/MZ semblent actés (les déclarations en ce qui concerne les Tu-142 sont moins précises que celles relatives à l’IL-38N). On devrait dans un premier temps assister à l’arrivée d’un nouvel appareil venant épauler la flotte existante avant de procéder à son remplacement.

Reste la question du remplacement des Kamov Ka-27 et dans une moindre mesure des Mi-14. La question des Mi-14 ayant déjà été abordée sur ce blog auparavant ainsi que la remise en état et la relance de sa production étant sérieusement envisagés; la question de son remplacement n’est pas pertinente dans le cadre de ce dossier.

En ce qui concerne le Ka-27, nous l’avons vu auparavant: sa modernisation en cours au standard Ka-27M fait que la question de son remplacement n’est absolument pas prioritaire, néanmoins a lancé les premières études en collaboration avec Kamov sur la mise au point d’un nouveau design d’hélicoptère pouvant être embarqué et répondant au nom de MPVK Minoga.

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Design potentiel du futur Kamov Minoga? Illustration@?

Les estimations actuelles tablent sur une entrée en service au sein des unités d’ici à 10 ans avec comme objectif de remplacer les Ka-27 (et variantes) ainsi que les Mi-14. Ce nouvel hélicoptère reprendra la configuration Kamov « classique » soit avec deux rotors coaxiaux contrarotatifs et devrait embarquer – dans sa version de lutte anti sous-marine – une suite Kasatka-VB. Bien qu’aucun détail précis ne soit disponible, le but recherché est de disposer d’un hélicoptère du même gabarit général que le Ka-27 permettant ainsi de le déployer dans le hangar des navires existants.

Un premier prototype du Minoga n’est pas attendu avant minimum trois à quatre ans.

En conclusion

Autant la situation actuelle de l’aéronavale dédiée à la lutte ASW et la patrouille maritime est claire et simple à appréhender autant son renouvellement semble relever du casse-tête chinois.

Entre les indécisions sur le(s) projet(s) à adopter ainsi que sur les retards dans les décisions de renouvellement ainsi que dans les projets de modernisation : on voit donc que la situation n’est pas vraiment glorieuse.

Pourtant de part les intérêts en jeu et les problématiques à venir ; la Russie va se retrouver confrontée avec le besoin de disposer d’une force aérienne capable de protéger ses côtes, ses routes maritimes et ses SNLE qui sont partie intégrante de sa force de dissuasion stratégique.

Certes la chute de l’URSS et la disparition concomitante des budgets liés à la défense ne sont pas étrangers à ce vieillissement de la flotte et à son obsolescence cependant il est quand même curieux de voir que plusieurs projets ont été lancés durant la période la plus difficile de l’histoire Russe contemporaine sans pour autant déboucher sur des résultats concrets.

En outre, malgré la présence de budgets et la reconnaissance de l’importance de l’aéronavale : la Russie se comporte en dilettante en retardant sans cesse les décisions importantes et en réactivant des appareils arrêtés depuis 20 ans (cas du Mil Mi-14PL) ou en rénovant des appareils dont l’obsolescence technique est telle que peu d’éléments plaident encore pour leur maintien en service (cas du Beriev Be-12).

Il est indiscutable que la réduction des budgets alloués aux militaires ne fait pas bon ménage avec le coût élevé des programmes d’armement, néanmoins en l’absence d’un programme clair et cohérent à brève échéance : la Russie pourrait se retrouver à terme avec une flotte clouée au sol et/ou inutilisable dans un contexte technique qui évolue assez rapidement.

Et au vu des cadences de production « coutumière » russes; avec un minimum de 60 appareils à remplacer (scénario minimaliste) d’ici une bonne dizaine d’années, c’est un doux euphémisme d’écrire que le temps presse. Reste à voir également la question de la plate-forme sélectionnée ; les candidats potentiels ont des profils tellement antagoniques que la Russie va se retrouver face au dilemme d’exploiter soit une flotte standardisée sur un seul appareil soit une flotte spécialisée avec deux appareils complémentaires.

La question des hélicoptères et de leur remplacement ne semble à contrario ne pas soulever autant de questions vu le choix de moderniser les Ka-27PL au standard Ka-27M avant la mise au point d’ici 10 ans du nouvel appareil embarqué Kamov qui assurera la relève de l’Helix et ses nombreuses variantes.

Et selon la formule consacrée ; nous aurons donc largement l’occasion de revenir sur la question.

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