[Dossier] 700 chasseurs en 2025?

Dans un article publié en date du 15 décembre, le journal lenta.ru relate que les VKS planifient de disposer d’environ 700 chasseurs à l’horizon 2025. Si on se base sur diverses sources, le nombre de chasseurs actuellement en dotation au sein des VKS tourne aux environs de 500 appareils, ce qui impliquerait – à première vue – une accroissement non-négligeable.

Est-ce réaliste au regard des capacités de production? Est-ce réalisable d’un point de vue économique? Et dans quel intérêt? Analyse.

Les VKS en 2016. Portrait

Autant mettre en garde de suite, cet article ne parlera que des chasseurs et intercepteurs des VKS; le transport (VTA), le bombardement (DA) et l’appui-rapproché ne seront pas abordé dans le cadre de cet article. Ils seront repris par la suite dans un autre article.

La flotte d’intercepteurs et de chasseurs peut se diviser en deux catégories: les appareils « historiques » et les appareils « nouveaux ».

A. La flotte « historique »

Cette flotte héritée de l’URSS et composée à l’époque d’appareils modernes contient trois principaux types d’appareils; les MiG-29, MiG-31, Su-27 et Su-33.

Bien que ces appareils soient encore fort capables globalement, ils pêchent tous du même défaut affectant les appareils russes: une suite électronique faible et/ou obsolète comparativement à leurs homologues occidentaux. Ces appareils ont pour la plupart été conçus pour des besoins spécifiques qui les limitent dans des tâches qui ne sont plus adaptées aux besoins d’aujourd’hui. Les forces armées soviétiques tablaient plus sur le nombre que la qualité pour faire la différence, ce qui leur était possible en 1991 ne l’est plus en 2016 vu que la quantité n’y est plus. De plus les programmes de modernisation sont venus beaucoup plus tardivement qu’initialement prévus.

Attardons-nous un peu sur les chiffres;

On compte actuellement environ 180 Su-27P/S/SM/SM3/UB actifs au sein des VKS, ce nombre doit bien évidemment s’envisager avec les réserves d’usage. Cependant, même avec une bonne partie de la flotte disponible: l’appareil reste – et de loin – le plus nombreux dans les escadrons de chasse des VKS.

Le Flanker est une excellente plate-forme, mais c’est un appareil qui nécessite d’être modernisé si il veut rester dans les unités de première ligne pendant encore une dizaine d’années. En effet si l’aérodynamique, le rayon d’action et la capacité d’emport de l’appareil ne peuvent guère être critiqués, l’équipement électronique est clairement inadaptée à un appareil moderne.

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Su-27P « 91 Rouge ». Photo@Russianplanes.net

Les Russes en sont conscients et ils ont déjà modernisés environ 70 appareils au standard Su-27SM, avec notamment nouveau « glass cockpit » disposant de 3 écrans LCD multi-fonctions, d’un radar porté au standard N-001V offrant une portée utile plus grande et ajoutant un mode air-sol plus poussé et d’un système de tir plus performant (SUV-P-R) permettant de tirer une gamme de missiles plus large.

Ils sont ensuite passés au standard de modernisation Su-27SM3, les 12 premiers appareils reçus ont été commandés en 2009 et livrés en 2011. Il s’agit d’appareils neufs construits sur base de kits préalablement construits par KnAAPO pour l’export mais dont la vente ne s’est jamais concrétisée. Les 36 appareils suivants sont des Su-27 modernisés et non plus des appareils neufs.

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Su-27SM « 07 Bleu ». Photo@Russianplanes.net

Le standard Su-27SM3 pousse plus loin la modernisation avec un radar amélioré au standard N001VP, un cockpit réaménagé avec 4 écrans LCD multi-fonctions, et une panoplie d’armement encore plus étendue. L’appareil devient une sorte de Su-30M2 avec un seul pilote. A terme les VKS disposeront donc de 48 appareils (12+36) portés à ce standard, il n’est pas impossible que les appareils actuellement au standard Su-27SM soient portés à ce standard également. L’avenir nous le dira.

Toujours dans la famille Flanker, on compte actuellement 20 Su-33 en service, ce chiffre étant à prendre avec les réserves d’usage vu qu’une partie des appareils sont stockés hors service à Severemorsk-3 en attente d’une révision générale chez 20 ARZ. Concrètement, il doit y avoir de quoi composer un escadron (12 appareils) avec un ou deux appareils supplémentaires pour l’entraînement.

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Su-33 « 88 Rouge ». Photo@Russianplanes.net

D’un point de vue des modernisations, un programme de modernisation « légère » couplé à une révision générale de la cellule a été entrepris permettant de doter les appareils du système SVP-24. Vu que les cellules ne rajeunissent pas, il est fort probable que les appareils ne recevront pas d’autres modernisations et l’appareil restera principalement un intercepteur jusqu’à son retrait définitif d’unité.

Souvent oubliés mais pourtant toujours bien présents: le MiG-29 et sa variante d’entraînement le MiG-29UB. Sur base de différentes sources, on peut estimer qu’il reste environ 120 MiG-29/UB actifs au sein des VKS. Ces appareils qui sont restés dans leur « état d’origine » n’ont bénéficiés d’aucune modernisation et sont actuellement les appareils prioritaires sur la liste des retraits de service des VKS.

De plus, défaut quasi rédhibitoire aux yeux des VKS le MiG-29 dispose d’une autonomie beaucoup trop faible pour les besoins opérationnels russes. Conçu dans comme un sorte de chasseur jetable et léger pour le théâtre d’opération européen dans le cas d’un conflit généralisé avec l’OTAN: le MiG-29 ne disposait pas du rayon d’action suffisant demandé aux chasseurs de la nouvelle armée de l’air russe pour assurer la couverture du pays sans recourir massivement au ravitaillement en vol.

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MiG-29 « 08 Bleu ». Photo@Russianplanes.net

En fait, le MiG-29 et son constructeur sont les grands perdants de la fin de l’URSS et ce pour des raisons à la fois techniques (le Su-27 fut plus facilement exportable) et politiques (sans rentrer dans les détails, disons que certains directeurs d’usines de production étaient proches du pouvoir).

Lorsque les forces armées russes virent leurs budgets augmenter au début des années 2000: les Su-30MKI, Su-27SM et le futur Su-35S étaient disponibles (ou rapidement disponibles) grâce aux technologies acquises et maturées sur le marché de l’exportation. RSK MiG ne pouvait malheureusement pas se targuer d’une telle expérience. Cependant, le gouvernement russe souhaitant ne pas dépendre un seul « constructeur national » plaça quelques commandes ciblées (MiG-29KR/KUBR) et finança un programme de modernisation du MiG-29: le MiG-29M/35. Nous y reviendrons plus loin.

Dernier appareil et non des moindre dans le parc des VKS (et dans une très petite mesure des VMF): le MiG-31. L’historique et le développement de cet appareil ayant déjà été abordé in extenso dans un article de ce blog; je serais concis à son sujet.

Comportant environ 150 appareils actifs, le MiG-31 est le dernier « intercepteur pur » des VKS/VMF. Cet appareil massif capable de voler à 3.000 Km/h (Mach 2.83) a pour mission première d’assurer la couverture des vastes espaces désertiques sibériens, du front Pacifique ainsi que du Nord du pays. Si la machine a encore un bon potentiel de vie en elle, son électronique de bord est complètement obsolète.

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MiG-31BM « 99 Bleu ». Photo@Russianplanes.net

Les Russes ont commencés à remédier à ce problème dans un programme de modernisation qui porte l’appareil au standard MiG-31BM. Si ce programme est déjà un bon début, il reste encore pas mal de « défauts » à corriger sur l’appareil; ainsi une deuxième étape de modernisation (en test sur un appareil actuellement) est prévue et elle devrait combler les derniers « défauts » de la machine. Le passage au standard MiG-31BM est couplé avec une révision générale de la cellule qui permettent de prolonger sa vie active d’au moins 10 ans (en fonction des profils d’emploi de l’appareil, bien entendu).

Actuellement on dénombre 97 appareils et à terme les VKS disposeront de 125 MiG-31BM.

B. La flotte « moderne »

Commençons par les VMF (la Marine Russe), les Su-33 ont souvent été critiqués pour leur manque polyvalence, ce qui est logique vu leur doctrine d’emploi initiale. Les VMF souhaitant disposer d’un appareil avec plus de polyvalence pour équiper l’Admiral Kuznetsov et MiG ayant eu la possibilité de développer et de peaufiner le MiG-29K(UB) grâce à la commande indienne; c’est en date du 25 février 2012 que les VMF firent l’acquisition de 20 MiG-29KR et de 4 MiG-29KUBR.

Livrés entre 2013 et 2014, les appareils ont d’abord été déployés à Zhukovsky pour effectuer des tests de mise au point avant de partir en septembre 2015 à Yeysk au centre de tests de la Marine Russe pour débuter l’entraînement des pilotes. Les MiG-29K(UB)R vont d’abord être employés pour compléter la dotation de Su-33 sur le porte-aéronefs (tel qu’on peut le voir actuellement lors du déploiement de celui-ci vers la Syrie) avant de finir par les remplacer définitivement une fois que le bateau passera dans sa prochaine révision générale.

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MiG-29KR « 31 Bleu ». Photo@Russianplanes.net

Les MiG-29K(UB)R forment une des variantes les plus modernes du MiG-29 et même si ils partagent un design visuellement proche; les deux appareils sont sensiblement différent. Le MiG-29K(UB)R dispose d’une aile plus grande, de volets de plus grande taille, de commandes de vol électriques quadruplexées et chose intéressante sur cette version du MiG-29: la version à un siège et la version à deux sièges partagent la même configuration et la même verrière. Sur la version à un siège: l’espace libéré permet de stocker de l’équipement électronique supplémentaire.

Le MiG-29K(UB)R est motorisé par deux Klimov RD-33MK (88.3kN) et dispose dune capacité en carburant accrue de 45% (!) par rapport à un MiG-29. Il dispose du radar Zhuk ME, d’un cockpit ultra-moderne avec écrans LCD pour le pilote (3) et l’officier du système d’armes (4), d’une large gamme de munitions employables, d’un système de guerre électronique pointu et en bonus de la possibilité de transformer l’appareil en tanker ou en plate-forme de guerre électronique.

Malheureusement, les perspectives de commandes supplémentaires sont actuellement proches de zéro. Les VMF ne risquant pas de mettre en service avant 10 à 15 ans un autre porte-avions (projet Shtorm, Izd. 23000E); le MiG-29K(UB)R sera proche de sa fin de vie et c’est une future et toujours hypothétique version du PAK FA navalisée qui serait employée pour le groupe aérien.

Toujours chez MiG, on ne peut pas passer à côté du MiG-29SMT. Cette version modernisée du MiG-29 a d’abord été commandée à 28 exemplaires (Izd.9.19) ainsi que 6 appareils d’entraînement pour l’Algérie (Izd.9.53A). Les Algériens étant mécontents du fait que certains des appareils n’étaient pas neufs (ce qui n’a jamais été prouvé, ceci dit); les VKS ont récupérés les appareils pour les mettre en service dans sa flotte ainsi ce sont 28 MiG-29SMT (Izd.9.19) et 6 MiG-29UB (Izd.9.53R).

Le MiG-29SMT est une variante modernisée du MiG-29 qui dispose d’un nouveau système de tir avec radar Zuk ME, cockpit revu avec deux grands écrans LCD multi-fonctions, la possibilité de travailler en air-air et en air-sol avec des munitions guidées. L’avion est reconnaissable de loin grâce à un réservoir supplémentaire de 950 litres monté dans un nouveau carénage monté sur le dos de l’avion dans le prolongement du cockpit… ce dernier cassant les lignes élégantes de l’appareil d’origine.

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MiG-29SMT « 23 Bleu ». Photo@Russianplanes.net

Les Russes sont manifestement satisfaits de leurs appareils puisqu’une commande supplémentaire pour 16 appareils (légèrement modifiés) a été placée en date du 14 avril 2014. Celle-ci comporte 2 appareils d’entraînement qui ont été adaptés aux exigences des VKS (Izd.9.53R). Les livraisons sont actuellement en cours, cependant, avec l’arrivée prévue du MiG-35 et l’existence du MiG-29M2: il est peu probable que cette commande, placée en partie pour des raisons politiques, soit suivie d’autres.

Venons-en au MiG-35S, cet appareil dont l’origine se trouve dans le concours indien dit du MMRCA (portant sur l’acquisition de 126 appareils, ce concours se terminera sur un flop magistral) cet appareil dispose de la même cellule que le MiG-29K mais il dispose d’une suite électronique encre plus poussée et est doté du radar Zhuk AE: premier radar AESA monté de série sur un chasseur russe.

Après avoir produit plusieurs prototypes, dont certains ont ensuite été reconvertis en MiG-29KUB, le vol du premier prototype adapté pour les exigences des VKS a eu lieu en date du 12 décembre. Cet appareil, codé 702 Bleu, présente la configuration souhaitée par les VKS; cependant le « gros » avantage de l’appareil que constituait le radar AESA n’est pas présent sur l’appareil. En effet, suite à des difficultés techniques et de production: le MiG-35S sera dans un premier temps équipé du radar Zhuk ME, même si à terme le montage du radar AESA est prévu.

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Le premier prototype du MiG-35S codé « 702 Bleu ». Photo@Russianplanes.net

Les VKS envisagent depuis plusieurs années de placer une commande de 36 MiG-35S (on parle parfois de 37); l’arrivée du premier des deux prototypes devrait accélérer les choses et une commande est annoncée pour 2017. Si l’appareil satisfait aux besoins, des commandes supplémentaires ne sont pas à exclure vu le nombre de MiG-29 à remplacer.

Voilà qui clôt la partie sur les appareils du bureau RSK MiG.

En ce qui concerne l’OKB Sukhoï, le premier appareil abordé sera le Su-30M2. Cet appareil, variante modernisée du Su-27UB et produit par l’usine KnAAZ de Komosomolsk-na-Amur, a été commandé par les VKS en août 2009 à raison de 4 appareils et à raison de 16 appareils en date du 29 décembre 2012.

Les 20 Su-30M2 en dotation au sein des VKS servent d’appareils d’entraînement pour les pilotes de Su-27SM/SM3 et Su-35S dont la configuration générale est très proche. Dans le cas du Su-35S comme ce dernier est un appareil à un siège sans version d’entraînement dédiée, c’est le Su-30M2 qui assure ce rôle.

Le Su-30M2 trouve son origine dans le Su-30MKK (76 appareils) et Su-30MK2 (24 appareils) achetés par la Chine entre 2000 et 2004. L’appareil étant à la base une variante du Su-27UB dont la cellule a été renforcée pour pouvoir emporter plus de carburant et un emport complet (8 tonnes d’armements) ce qui n’était pas le cas sur le Su-27UB. L’appareil a également été acquis par l’Indonésie, le Vietnam, le Venezuela et enfin l’Ouganda. Les Russes ont profités de l’existence de cet appareil « export » pour ensuite l’adapter à leurs propres besoins: le Su-30M2 était né.

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Su-30M2 « 90 Bleu ». Photo@Russianplanes.net

Signalons quand même que bien qu’étant un appareil d’entraînement, le Su-30M2 est également un intercepteur polyvalent qui dispose d’un système de tir complet; il peut donc parfaitement être engagé en 1ère ligne si le besoin s’en fait sentir. Cependant, ces 20 appareils n’auront pas de descendance, l’usine KnAAPO où l’appareil était produit a en effet fermé la chaîne à la fin de 2016 pour la reconvertir à la production en série du PAK FA.

Passons alors à celui qui est en passe de devenir « LE » chasseur des VKS et des VMF pour les décennies à venir: le Sukhoï Su-30SM. Parce que non, contrairement à ce que l’on pourrait croire: un Su-30 n’est pas l’autre. Le Su-30SM et le Su-30M2 dont nous parlions ci-dessus sont deux appareils différents: que ce soit dans les missions, dans les systèmes, dans l’architecture générale et même dans l’usine de production. Voilà pourquoi il s’agit d’être précis lorsqu’on parle des dénominations des appareils russes…

Les VKS (et les VMF) disposent actuellement de 83 Su-30SM sur un total de 116 commandés et selon les déclarations récentes du ministère russe de la défense, des commandes supplémentaires seront passées pour cet appareil. En réalité, le Su-30SM est en passe de devenir la « bête de somme » de l’armée de l’air russe; capable d’assurer un large éventail de missions et répondant aux besoins des VKS et des VMF.

L’origine du Su-30SM est à trouver encore une fois dans le Su-27UB; la version d’entraînement du Su-27. Le Su-27UB était produit à l’usine IAPO de Irkutsk qui développa une version d’interception à longue distance pouvant servir de « centre de contrôle » pour un groupe de chasseurs; ce fut le Su-27PU qui devient par la suite le Su-30 dont le premier prototype prit l’air en date du 30 décembre 1989.

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Su-30SM « 40 Bleu » des VMF. Photo@Russianplanes.net

Le Su-30SM découle du projet indien de Su-30MKI dont les négociations entre la Russie et l’Inde débutèrent en 1994. C’est en 1996 après de longues discussions qu’IAPO débuta la conception du Su-30MKI; cette variante du Su-30 est profondément retravaillée: disposant d’une cellule repensée dotée de plans canards, d’un cockpit moderne dotés d’écrans LCD, de moteurs AL-31FP avec poussée vectorielle ainsi que d’un radar moderne PESA N011M Bars. Le premier appareil de série effectua son premier vol en date du 26 novembre 2000.

Le Su-30SM est la variante « russe » du Su-30MKI; il s’agit d’un chasseur polyvalent lourd et à long rayon d’action dont la différence principale avec la version indienne est qu’une partie des équipements indiens et israéliens intégrés dans l’appareil ont été remplacés par des équipements russes.

Une première commande de 30 appareils pour les VKS est placée en date du 23 mars 2012, suivie d’une deuxième commande de 30 appareils en date du 12 décembre 2012. De plus, les VMF ont placés trois commandes successives: 5 en décembre 2013, 7 en septembre 2014 et 8 en septembre 2015 portant donc sur un total de 20 appareils, ces derniers ayant pour mission de remplacer les Su-24(M) encore en service au sein de la Marine.

Le Su-30SM effectua son premier vol le 21 septembre 2012 et les 10 premiers appareils de série ont été admis au service actif en novembre et décembre 2013. Depuis cette date, la production de Su-30SM est ininterrompue à Irkutsk et une moyenne de 20 appareils ont été livrés chaque année depuis 2013.

Le Su-30SM représente une option économique et pertinente pour permettre le renouvellement rapide de la flotte aérienne russe; n’étant pas aussi « spécialisé » (et donc coûteux) qu’un Su-34, un Su-35S ou un PAK FA. Le Su-30SM permet d’offrir une alternative crédible, polyvalente, facile à mettre en oeuvre et dont les coûts de développement ont été quasi intégralement payés par le projet de Su-30MKI indien. Chose intéressante, le Su-30SM sert aussi bien à remplacer des MiG-29 au sein des VKS que des Su-24(M) au sein des VMF.

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Su-30SM « 57 Contour ». Photo@Russianplanes.net

De plus, vu la présence d’un deuxième homme dans l’appareil, vu la puissance de son radar et de par ses capacités à travailler en réseau avec les autres appareils: le Su-30SM peut également servir de « mini AWACS » au plus près du champ de bataille en guidant finement les appareils chargés de l’interception/attaque. Des commandes supplémentaires pour aller au-delà des 116 appareils déjà actés sont prévues par le ministère de la défense.

Formant avec le futur PAK FA la partie le plus moderne de l’interception russe: les 58 Su-35S actuellement en service au sein des VKS sont l’ultime évolution du Su-27 Flanker. Le Su-35S est un chasseur/intercepteur à long rayon d’action, il s’agit d’une variante complètement retravaillée du Su-27.

Grâce à l’emploi de composites dans sa structure, d’un nouveau systèmes de commandes de vol électriques quadruplexées, de nouveaux moteurs AL-41F-1S (Izd.117S) plus puissants et dotés de poussée vectorielle, d’un cockpit doté de deux grands écrans LCD multifonctions MFI-35, d’un nouveau système Sh135 comprenant un radar PESA N135 (Irbis) couplé à une suite Khibiny-M et d’une suite de guerre électronique offrant une protection accrue: le Su-35S est un appareil aux capacités décuplées par rapport à ses prédécesseurs.

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Su-35S « 02 Rouge » en livrée Serdyukov. Photo@Russianplanes.net

Prévu pour venir compléter le futur PAK FA, le Su-35S est pensé et conçu pour compléter ce dernier; les cockpits des deux appareils sont en effet quasiment identiques et les radars N135 Irbis et N036 Byelka présentent des caractéristiques techniques similaires.

D’abord commandés en août 2009 à raison de 48 appareils par les VKS, une deuxième commande de 50 appareils a été signée en août 2015. Vu le retard pris par le programme de PAK FA et au vu de son coût; des commandes supplémentaires de Su-35S sont plus que probables. Signalons que le Su-35S, à l’instar d’autres appareils des VKS, a connu son baptême de feu en Syrie et les retours d’expérience à son sujet sont extrêmement positifs.

Et finalement, le Sukhoï T-50 PAK FA. Premier appareil de « 5ème génération » (sans rentrer dans les considérations de marketing qui n’ont pas lieu ici), le T-50 est appelé à devenir le nouvel intercepteur de première ligne des VKS. Doté de caractéristiques de réduction de la détection radar (« furtivité »), de soutes à armements internes, de la fusion des différents senseurs l’équipant ainsi qu’à terme de la supercroisière (une fois équipé du réacteur définitif): l’appareil représente une rupture technologique nette avec la famille des Flankers.

Cependant, le programme qui a vu le premier prototype décoller en date du 29 janvier 2010, a cumulé pas mal de retards avec notamment des difficultés liées à la structure de l’appareil et à la mise au point des nouveaux moteurs Izd.30. Depuis 2015, l’OKB Sukhoï semble avoir mis un coup d’accélérateur au programme, solutionnant plusieurs défauts rencontrés avec les prototypes en service. Au nombre de 9 prototypes dont 2 statiques, ces derniers sont engagés dans un programme de tests complexe avec des appareils présentant différentes configurations d’équipements.

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Sukhoï T-50 PAK FA « 055 Bleu ». Photo@Russianplanes.net

Selon les dernières déclarations du ministre de la défense: l’acquisition d’un premier lot de 12 appareils est prévu pour 2017, ces appareils seront toujours dotés du moteur « temporaire » (Izd.117), le moteur définitif n’ayant débuté ses tests sur banc qu’à la fin de 2016 et sa mise en service n’est pas annoncée avant 2020. Même si le programme a été pas mal retardé, la mise en place actuellement en cours de la chaîne de production du PAK FA au sein de l’usine KnAAPO est une bonne indication de l’avancement du programme.

Les VKS à l’horizon 2025: Perspectives

On l’a vu dans l’état de la flotte russe en 2016; cette dernière est encore constituée d’un mix comprenant des appareils anciens « en l’état », des appareils anciens modernisés et des appareils neufs.

Cependant, il ne faut pas perdre de vue que les chiffres de 2016 concernent également une partie d’appareils dont l’état est inconnu: soit les appareils ne sont plus actifs et ne risquent plus de l’être (MiG-29, Su-27) soit ils sont en attente de révision générale (Su-33) et donc inactifs.

Alors est-ce que l’objectif de 700 chasseurs tel qu’annoncé dans l’article de Lenta.ru est réalisable?

Commençons par regarder les appareils qui seront sortis du parc des VKS/VMF en 2025; les MiG-29 « d’origine », les MiG-31, les Su-27 non-modernisés ainsi que les Su-33 feront partie de la première vague d’appareils retirés du service. A la fois à cause de l’épuisement de leur potentiel en plus de leurs capacités limitées qui les rendent obsolètes en exploitation quotidienne.

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Un MiG-31… espèce en voie de disparition! Photo@Russianplanes.net

A l’inverse, si le deuxième standard de modernisation est bel et bien réalisé et si le remplacement envisagé (PAK DP) ne se concrétise pas avant au moins 10 ans (chose hautement improbable): il est évident que les MiG-31BM seront encore en service en 2025. Bien qu’une partie de ses missions puissent être reprises par les Su-35S; cet appareil conservera encore toute sa pertinence si il est maintenu aux goûts du jour. Ce qui n’est pas encore le cas actuellement.

En ce qui concerne les Su-27SM et Su-27SM3; les appareils approcheront aussi progressivement de leur fin de carrière surtout les Su-27SM. Il reste à voir le nombre d’appareils qui seront portés au standard -SM3 et susceptibles d’encore voler quelques années de plus. En attendant, ils peuvent toujours rester en service sans pour autant être mis en première ligne aux frontières les « plus sollicitées ».

On passerait donc au niveau de la flotte « historique » en moins de 10 ans de 495 appareils à 231 appareils anciens « modernisés » (voir tableau plus bas pour le détail). Ce plongeon semble certes important mais il est cohérent avec le vieillissement de la flotte et la sortie de service des appareils qui auront vécus plus longtemps que prévu initialement.

Au niveau des mises en service, si la flotte d’appareils embarqués (MiG-29K(UB)R) est condamnée à ne pas évoluer pour les raisons exposées plus haut, on peut s’attendre à voir une commande de 36 MiG-35S (à confirmer en 2017) débouchant éventuellement sur une commande supplémentaire. Tout dépendra de la volonté de l’Etat Russe de « donner » du travail ou non à RSK MiG.

Vu l’article de Lenta.ru, il semble assez évident que ce sont les usines IAPO et KnAAPO (KnAAZ) qui vont s’accaparer le gros du travail.

Les grands gagnants potentiels de la modernisation de la flotte des VKS/VMF sont les Su-30SM et Su-35S et dans une moindre mesure le PAK FA. Le Su-30SM est clairement appelé à devenir le chasseur aligné en plus grand nombre par les forces aériennes et la marine. L’acquisition, actée,  d’un système de guerre électronique pointu destiné à équiper l’appareil et les premières discussions sur un standard de modernisation vont dans ce sens… en plus des différentes déclarations du MoD Russe.

Si on se base sur une capacité de production « moyenne » de 20 appareils/année (hors export) on peut aisément envisager de monter à 180-200 appareils (au minimum) d’ici à 2025.

En ce qui concerne le Su-35S, avec déjà 98 appareils commandés et vu la capacité de production actuelle tournant à 15 appareils/année en plus du retard connu par le PAK FA; une cible de 170 appareils d’ici à 2025 est un minimum syndical. Une éventuelle modernisation à mi-vie avec certains systèmes issus du PAK FA (radar AESA notamment) permettrait de booster les capacités de l’appareil lui permettant de rester crédible en première ligne aux côtés du T-50.

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Un escadron russe « typique » de 2025? Photo@Russianplanes.net

En ce qui concerne le PAK FA, c’est là que réside la plus grande inconnue: si une cible de 50 appareils au standard « v2.0 » (nouveaux moteurs et suite électronique de série) est envisageable pour 2025; la différence de prix entre le Su-35S (environ 40 millions USD) et le PAK FA (environ 50 millions d’USD) vont certainement résulter en un certain phagocytage des commandes de l’un au détriment de l’autre.

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T-50 PAK FA « 52 Bleu ». Photo@Russianplanes.net

Il est cependant évident que les VKS/VMF ne pourront pas se reposer ad vitam sur des variantes – même modernisées – du Flanker. Le PAK FA formera à terme l’ossature des VKS et une cible de 50 appareils en 2025 ne sera qu’une première étape; la Russie n’a certainement pas investi entre 8 à 10 milliards d’USD pour ne produire « que » 50 appareils.

Des variantes spécialisées du PAK FA feront certainement leur apparition à terme pour remplacer certaines variantes du Flanker; mais bon ceci relève d’une projection à long-terme.

L’objectif des 700 appareils est en réalité parfaitement réalisable; puisqu’il est déjà réalisé… Comme on peut le voir dans le tableau ci-dessous, les VKS/VMF disposent déjà d’un peu plus de 700 appareils en première ligne; MAIS ce chiffre doit clairement être mis en parallèle avec le point plusieurs fois soulevés sur la disponibilité réelle des appareils.

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En conclusion

En réalité cette déclaration n’est qu’un message politique creux. En effet, les VKS/VMF disposeront d’une flotte supérieure à 700 chasseurs/intercepteurs à l’horizon 2025… mais ce ne sera aucunement une nouveauté; ce chiffre étant déjà une « réalité » actuellement. En fait la grande nouveauté sera le côté moderne et polyvalent de la flotte.

La différence fondamentale est que le gros de la flotte est composé en 2016 d’appareils « historiques » tandis qu’à terme ces derniers ne formeront qu’une minorité dans le parc en première ligne. Il est bien entendu évident que les chiffres ne sont pas d’une précision absolue; ce n’est pas le but de cet article. Le but est de mieux cerner l’enjeu et les évolutions que connaîtront les VKS/VMF d’ici moins de 10 ans.

On remarquera aussi qu’à moins d’un changement de paradigme; le constructeur RSK MiG tel que nous le connaissons est irrémédiablement condamné… A moins d’obtenir des crédits – ce qui semble douteux dans un contexte budgétaire tendu – pour développer un remplaçant au MiG-31; c’est l’OKB Sukhoï et ses usines IAPO/KnAAPO qui emportent définitivement la mise. Ceci ne faisant que confirmer une tendance inexorable touchant l’industrie aéronautique russe: la rationalisation sous l’égide de UAC est en marche et elle va transformer durablement le paysage aéronautique local.

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