[Actu] Lancement du sous-marin nucléaire Perm (Pr.885M Yasen-M)
C’est en date du 27 mars 2025, soit un peu moins de neuf ans après sa mise sur cale, qu’a été lancé au chantier naval SevMash de Severodvinsk sous la supervision du président russe ainsi que du commandant-en-chef de la Marine Russe (VMF), le sous-marin nucléaire Perm (Пермь). Quatrième sous-marin de série (et cinquième bâtiment) de la classe de sous-marins nucléaires lanceurs de missiles de croisière (APKRRK) du Projet 885M/08851 (Yasen-M/Ясень-М), le Perm (numéro tactique encore inconnu) est destiné à rejoindre les effectifs de la Flotte du Pacifique (TOF/ТихоOкеанский Флот ВМФ России) à l’horizon 2026 une fois ses essais constructeurs et étatiques achevés.

Lorsqu’il sera admis au service: le Perm sera le troisième navire d’un groupe de cinq Yasen-M engagés au côté d’un reliquat de sous-marins nucléaires du Projet 949A(M) Antey et du Projet 971(M) Shchuka-B pour former la composante sous-marine d’attaque de la Flotte du Pacifique au sein de la 10 DiPL. Point significatif en ce qui concerne le Perm, ce bâtiment est le premier sous-marin nucléaire de la classe Yasen-M capable – dès sa sortie de chantier – d’emporter et de mettre en œuvre le missile hypersonique 3M22 Tsirkon (Циркон). Par conséquent, une fois son arrivée à Vilyuchinsk (sa base d’attache) effective, il sera le premier sous-marin de la Flotte du Pacifique capable de tirer ce missile.
En effet, même si le missile 3M22 Tsirkon a déjà été tiré au préalable par un sous-marin de la classe Yasen: il s’agissait de tirs effectués (en immersion et en surface) par le K-560 Severodvinsk (Северодвинск) en date du 4 octobre 2021. Premier navire et seul représentant du Projet 885/08850 (Yasen/Ясень), le K-560 Severodvinsk bénéficie d’un statut un peu particulier de navire « d’essais » même si il relève de la 11 DiPL de la Flotte du Nord et à ce titre fait partie intégrante des effectifs actifs de la VMF.
A l’inverse, aucun des quatre navires actuellement en service de la variante modernisée, les sous-marins du Projet 885M/08851 (Yasen-M/Ясень-М), n’est pour l’instant en mesure de tirer le missile 3M22 Tsirkon. L’armement principal des Yasen-M est embarqué dans le système de lancement vertical 3R-14V UKSK (variante dérivée des cellules verticales 3S14 UKSK que l’on retrouve sur les navires de surface) qui comporte huit lanceurs quadruples SM-346 pouvant contenir de trois à quatre missiles (selon le modèle) Oniks et/ou Kalibr: l’emport total variant de vingt-quatre à trente-deux missiles. Aux cellules verticales, une première pour ce type d’équipements dans un sous-marin de design soviéto-russe, viennent s’ajouter dix tubes lance-torpilles de 533 mm implantés latéralement à l’avant du bâtiment et emportant une dotation maximale de trente torpilles.
L’absence du 3M22 Tsirkon dans la dotation « originale » des Yasen-M s’explique par le fait que lors de la mise sur cale de l’unité tête de série, le K-561 Kazan (Казань) en 2009, le missile n’était pas encore en développement (début des travaux en 2011): par conséquent, bien qu’il fut conçu pour être tiré au départ des cellules verticales UKSK, ce dernier n’est pas intégré dans le système de tir et de guidage des Yasen(-M). Les Yasen-M actuellement en service (K-561 Kazan, K-573 Novosibirsk, K-571 Krasnoyarsk et K-562 Arkhangelsk) vont donc devoir passer par un rééquipement chez SevMash pour être en mesure de tirer le missile 3M22 Tsirkon. En vue d’éviter les longues immobilisations inutiles et au vu du nombre limité de navires concernés, ce rééquipement se fera au fur et à mesure des passages en ATM (Arrêts Techniques Majeurs) des bâtiments chez SevMash.
Les premiers essais en vol du missile 3M22 ayant débuté en 2015, ceci expliquerait pourquoi le sous-marin Perm est le premier Yasen-M en mesure d’emporter dès sa sortie d’usine le missile Tsirkon: mis sur cale le 29 juillet 2016, les ingénieurs russes devaient déjà disposer de suffisamment de données que pour intégrer directement le missile dans le système d’armes des Yasen-M ainsi que pour réaliser les modifications techniques qui s’imposent directement durant la construction du navire. Avec le lancement du Perm, les Yasen-M vont donc disposer d’une dotation en missiles plus complète avec la désormais classique capacité d’emport composée du triptyque traditionnel de missiles russes Oniks/Kalibr/Tsirkon. A noter que certaines sources font état que les bâtiments rééquipés pour l’emport du Tsirkon seraient repris sous le standard Projet 885MA/08852 (?), mais rien ne permet – pour l’instant – d’officialiser ce standard.
Les Yasen et Yasen-M: naissance laborieuse ou biais de perception?
La construction navale russe est souvent, à juste titre, dépeinte comme étant particulièrement inefficace et technologiquement complètement dépassée. Si ces affirmations sont avérées en ce qui concerne la construction de navires de surface, elles sont à relativiser en ce qui concerne les sous-marins et plus spécifiquement les sous-marins à propulsion nucléaire. Produits exclusivement au sein du chantier naval SevMash de Severodvinsk qui est le seul à détenir actuellement la licence étatique autorisant la production de sous-marins nucléaires (le chantier naval de l’Amour a perdu celle-ci au début des années 1990 pour des raisons économiques et politiques), les Yasen(-M) ont eu un début de carrière pour le moins complexe d’un point de vue industriel.

Mis sur cale le 21 décembre 1993, soit en plein dans la période économiquement la plus difficile de la Russie post-soviétique, le futur K-329 du Projet 885/08850 Yasen devenu par la suite K-560 Severodvinsk voit sa construction interrompue à plusieurs reprises suite à des problèmes de financements. Il sera finalement lancé le 15 juin 2010 (soit presque dix-sept ans après sa mise sur cale), avant d’être enfin admis au service dans les rangs de la Flotte du Nord (11 DiPL) le 17 juin 2014… Et oui, après quatre années d’essais constructeurs et étatiques et in fine presque vingt-et-un ans après sa mise sur cale: on ne doit pas être loin d’un record absolu en la matière.

Vu le délai écoulé et les évolutions technologiques, une variante retravaillée va être développée: le projet va évoluer pour donner naissance aux sous-marins du Projet 885M/08851 Yasen-M qui se caractérisent notamment par une coque raccourcie ainsi que par des équipements de détection implantés différemment, l’armement restant identique. Premier navire de ce projet, le K-561 Kazan est mis sur cale le 24 juillet 2009 au chantier naval SevMash avant d’être lancé le 31 mars 2017 et enfin admis au service au sein de la Flotte du Nord (11 DiPL) le 7 mai 2021. En ce qui concerne le Kazan, on peut voir que le temps de construction s’est significativement réduit (enfin, il eût été difficile de faire pire…) par rapport au K-560. Un peu moins de huit années se sont écoulées entre la mise sur cale et le lancement auxquelles il faudra ajouter quatre années supplémentaires pour voir le navire rejoindre les rangs de la Flotte du Nord.

Une fois la construction du K-561 Kazan bien entamée (et les processus industriels liés maîtrisés), les mises sur cales vont se succéder à un rythme régulier: un navire est mis sur cale chaque année au chantier naval SevMash entre 2013 et 2017, les prévisions tablant que la série devait comporter un total de sept navires (1+6) à répartir entre les deux flottes principales (du Nord et du Pacifique). Ces projets seront modifiés par la suite, deux unités supplémentaires étant mises simultanément sur cale le 20 juillet 2020 tandis qu’une unité supplémentaire a été annoncée et doit être mise sur cale avant la fin 2025. Des annonces récentes mentionnent des discussions autour de la poursuite de construction des Yasen-M: l’hypothétique futur successeur du Projet 545 Laïka étant encore loin de quitter la table à dessins, cette éventualité est pour le moins crédible. Surtout dans un contexte où le chantier naval SevMash se « vide » progressivement avec les mises en service de bâtiments mis sur cale dans la période couvrant le milieu et la fin des années 2010.
Histoire de creuser plus en avant en ce qui concerne les Yasen-M, le tableau ci-dessus permet de voir et de calculer la période de temps écoulée entre la mise sur cale et le lancement ainsi que la période écoulée entre la mise sur cale et l’admission au service: celles-ci ayant évoluées de manière significative (et ce pour diverses raisons) d’un navire à l’autre.
- K-560 Severodvinsk (Pr.885): 6020 jours entre la mise sur cale et le lancement, 7483 jours entre la mise sur cale et l’admission au service.
- K-561 Kazan (Pr.885M): 2807 jours entre la mise sur cale et le lancement, 4305 jours entre la mise sur cale et l’admission au service.
- K-573 Novosibirsk (Pr.885M): 2343 jours entre la mise sur cale et le lancement, 3070 jours entre la mise sur cale et l’admission au service.
- K-571 Krasnoyarsk (Pr.885M): 2560 jours entre la mise sur cale et le lancement, 3424 jours entre la mise sur cale et l’admission au service.
- K-562 Arkhangelsk (Pr.885M): 3177 jours entre la mise sur cale et le lancement, 3571 jours entre la mise sur cale et l’admission au service.
- K-5xx Perm (Pr.885M): 3163 jours entre la mise sur cale et le lancement, et si on se base sur le navire précédent, on peut s’attendre à une mise en service dans le courant du mois d’avril 2026 soit 3557 jours entre la mise sur cale et l’admission au service.
Exception faite du cas du K-560 qui découle principalement des difficultés économiques et techniques de la dissolution de l’URSS, on peut voir que le temps moyen qui s’est écoulé entre la mise sur cale et le lancement des Yasen-M s’établit à 2810 jours (7 ans, 8 mois et 9 jours) tandis que le temps écoulé entre la mise sur cale et l’admission au service s’établit à 3585 jours (9 ans, 9 mois et 22 jours). Pour les amateurs de statistiques, on voit que les K-573 Novosibirsk et K-571 Krasnoyarsk sont les seuls bâtiments de cette classe a avoir connu des délais significativement inférieurs aux valeurs médianes calculées.

Elément intéressant dans les chiffres disponibles, on peut voir que la tendance va vers une augmentation du délai s’écoulant entre la mise sur cale et le lancement et plus spécifiquement depuis le K-562 Arkhangelsk et à sa suite le Perm. Cette augmentation découle pour partie d’une charge de travail importante chez SevMash (qui construit en parallèle les Yasen-M, Boreï-A ainsi que des sous-marins spéciaux), pour partie de difficultés à trouver de la main d’œuvre spécialisée (les avis de recrutement pour les usines et chantiers navals fleurissent partout en Russie avec de sérieuses revalorisations salariales intervenues depuis le début de la guerre en Ukraine) et enfin font suite aux sanctions occidentales frappant la Russie: celles-ci impactent la capacité d’approvisionnement sur les marchés internationaux pour certains composants entrant dans la fabrication des Yasen-M. Indirectement, cet allongement des temps de production vient corroborer le fait que les sanctions occidentales sont d’une efficacité certaine: même si elles n’ont pas interrompu le fonctionnement de l’outil industriel (militaire) russe qui s’est montré beaucoup plus résilient qu’anticipé, elles ont néanmoins réussi à déstabiliser son fonctionnement immédiat.

Comparaison n’est pas raison, loin s’en faut, néanmoins on peut voir que la construction navale russe qui est notoirement inefficace s’en sort « pas si mal » (on ne va pas pousser le bouchon jusqu’à écrire « bien ») en matière de construction de sous-marins nucléaires. Si l’on prend la peine de se pencher sur les pays capables de construire des sous-marins nucléaires d’attaque (SNA) et/ou lanceurs de missiles de croisière (SSGN), on retrouve un club très « select » composé des Etats-Unis, de la Chine, du Royaume-Uni, de la France et de l’Inde (même si dans le cas Indien, le pays ne produit pas encore de SNA/SSGN).
Dans ce club pour le moins restreint qui dispose et/ou construit actuellement des principales classes de sous-marins nucléaires d’attaque et/ou lanceurs de missiles de croisière (les SNLE sont volontairement exclus de la comparaison), on retrouve les principaux modèles suivants (ne sont considérés que les bâtiments récents et/ou en construction):
- Etats-Unis: Virginia Blk.I-VI
- Chine: Type 09IIIA/B (Shang) / Type 09V (Sui)
- Royaume-Uni: Astute
- France: Suffren
Très clairement, il apparaît que la construction navale chinoise qui pulvérise déjà des records en matière de construction navale de surface est en passe de suivre la même voie en vue de se constituer une composante sous-marine nucléaire forte et pléthorique; même si les données sur les SNA/SSGN du Type 09IIIA et Type 093B sont ultra-lacunaires, on peut voir que la Chine met de plus en plus l’accent sur ces derniers dans le cadre de la construction de sa flotte océanique. En l’absence de données précises, il n’y a pas de point de comparaison possible mais on peut légitimement se douter que la construction navale chinoise n’a de leçons à recevoir de personne en la matière. Et on n’abordera même pas la future génération de SNA: le Type 09V qui doit prendre la suite des Type 09III, la seule information disponible sur cette classe est qu’un premier bâtiment a été mis sur cale.

A l’inverse, on dispose de chiffres plus précis pour les Virginia principale classe de SNA/SSGN de l’US Navy en construction depuis 2000 et dont une soixantaine de bâtiments sont en service/en construction/prévus à terme. Sur les vingt-trois sous-marins actuellement en service, on peut voir qu’il s’écoule en moyenne 3 ans et 4 mois entre la mise sur cale et l’admission au service des bâtiments: certains bâtiments sortant du chantier naval moins de deux ans après leur mise sur cale (cas du SSN-779 New Mexico et du SSN-780 Missouri tous les deux des Virginia Blk.II). La tendance actuelle va vers une augmentation significative des temps de production/mise en service mais la construction des Virginia reste quand très largement en-dessous des délais connus au sein de la construction navale Russe. Autre élément à prendre en ligne de compte: les Virginia et les Yasen-M sont des navires qui sont globalement dans le même « gabarit », avec un déplacement de 10.200 tonnes et une longueur de 140 m pour un Virginia Blk.V tandis qu’un Yasen-M déplace 13.800 tonnes pour une longueur de 129 m.

Le cas des sous-marins d’attaque Astute de la Royal Navy est pour le moins exemplatif lorsqu’on prend la peine de comparer avec la construction navale russe: comprenant à terme sept navires (cinq sont en service, un sixième est attendu pour la fin de l’année 2025 et le dernier pour la fin de l’année 2026), le temps moyen s’écoulant entre la mise sur cale et l’admission au service s’établit à 10 ans et 3 mois. Sachant que les Astute sont des navires compacts déplaçant environ 7.500 tonnes en plongée pour une longueur de 97 m, ces derniers sont donc beaucoup plus longs à produire en moyenne que les Yasen-M et ce pour des navires qui sont de plus petit gabarit que leurs homologues russes.

Dernier cas à envisager, les sous-marins d’attaque Suffren de la Marine Française: cette classe de sous-marins ultra-compacts (5.300 tonnes en plongée et 99 m de longueur) doit à terme compter six bâtiments (trois sont en service actuellement, trois sont attendus dans les années à venir en remplacement des derniers SNA de la classe Rubis). Avec un temps moyen s’écoulant entre la mise sur cale et l’admission au service de 6 ans et 3 mois, la construction est étonnement longue pour un bâtiment de si « petit » gabarit (ce qui n’enlève rien aux performances de ce dernier).

Même si les chiffres doivent être envisagés pour ce qu’ils sont, c-à-d: des chiffres et en excluant le cas chinois vu l’absence de données à disposition, on peut néanmoins constater que les Etats-Unis sont les champions toutes catégories en matière de délai de construction de SNA/SSGN avec une moyenne de 3 ans et 4 mois pour sortir un Virginia, bâtiment moderne déplaçant 10.200 tonnes. La France se place en deuxième position (6 ans et 3 mois de moyenne) avec ses Suffren bien que cette moyenne soit à envisager eu égard au déplacement réduit du bâtiment (par rapport à ses homologues) tandis que la construction navale britannique fait moins bien que les russes avec un délai moyen de 10 ans et 3 mois pour produire un bâtiment de la classe Astute.
Au final chaque lecteur se fera sa propre opinion sur base des chiffres disponibles, néanmoins il apparaît qu’avec un temps moyen de production pour les Yasen-M s’établissant à environ 9 ans et 10 mois par navire neuf et même si ce dernier est loin d’être la panacée, il est loin d’être aussi « mauvais » que ne le présentent certains observateurs de la Marine Russe et ce surtout une fois qu’on commence à mettre plusieurs points de comparaison dans la balance (déplacement, armements, etc…). Sachant que la construction navale russe est soumise à une double peine avec d’un côté des outils de production qui sont notoirement (au mieux) vieillissants et (au pire) complètement obsolètes chacune des deux contraintes étant (in)directement la résultante de choix posés par l’Etat Russe: néanmoins, atteindre de tels délais de construction pour des navires de ce gabarit, de cette complexité ainsi que de ce niveau de technologie peut être évalué comme étant « Bien mais pas top« .

Reste maintenant à voir si malgré les injonctions de l’Etat Russe, le constructeur SevMash sera en mesure de réduire, de neuf à quatorze mois, les temps de production des Yasen-M ou si la tendance constatée allant vers un accroissement du délai entre la mise sur cale et l’entrée en service va se confirmer à l’avenir?
Quelle suite?

La croisière au long cours du K-561 Kazan (Pr.885M) vers Cuba (et plus précisément le port de La Havane) dans le courant du mois de juin 2024 a vu le navire être suivi de (très) près par tous les moyens de lutte anti-sous-marine existants de part et d’autre de l’Océan Atlantique. En effet, réputés avoir d’excellentes qualités en matière de discrétion acoustique tout en disposant d’une gamme d’armements offrant une polyvalence que n’avaient pas ses prédécesseurs du Projet 949A Antey, les Yasen-M malgré des temps de développement et de production longs marquent le passage à une nouvelle génération de sous-marins d’attaque russes. Ce suivi rapproché du K-561 Kazan met surtout en lumière le fait que les marines occidentales envisagent les Yasen-M comme étant une menace crédible et sérieuse, même si cette menace reste à relativiser vu le faible nombre de bâtiments en service.

Même si les Yasen-M semblent donner pleine et entière satisfaction à la Marine Russe, ces derniers continuent d’évoluer, outre l’ajout du missile 3M22 Tsirkon dans la dotation des bâtiments, les prochaines unités à partir du Voronezh vont continuer à évoluer avec rééquipement en tubes lance-torpilles de 650 mm en lieu et place de tubes de 533 mm: ceci en vue de pouvoir tirer le missile Kalibr-M, version retravaillée du Kalibr qui doit voir la portée du missile (disposant d’une double capacité conventionnelle/nucléaire) augmentée à 4.000 Km (et plus). Ce faisant, avec l’ajout du 3M22 Tsirkon ainsi que sur certains bâtiments du Kalibr-M: les Yasen-M renforceront leur rôle de bâtiments assurant des missions de dissuasion non-stratégique, avec une forte capacité de frappe à (très) longue distance… ce qui viendra d’autant atténuer une frontière déjà pour le moins floue entre dissuasion stratégique et dissuasion non-stratégique. Pour l’instant il n’a pas été fait état d’une volonté de refondre les bâtiments déjà construits autour de nouveaux tubes lance-torpilles et il est peu probable que ça se fasse un jour: les travaux à réaliser étant autrement plus conséquents que l’ajout du 3M22 Tsirkon dans la dotation des Yasen-M.

Autre élément à première vue anecdotique bien que significatif en ce qui concerne l’arrivée du Perm dans les effectifs de la Flotte du Pacifique: il s’agira du premier sous-marin capable de déployer le missile 3M22 Tsirkon dans cette Flotte. Même si cette capacité ne va certainement pas changer fondamentalement l’équilibre des forces en présence dans la zone d’action de la Marine Russe, l’allonge offerte par ce missile sur le front Pacifique va permettre au VMF de disposer d’une capacité de frappe non-stratégique à (très) longue portée qui est une nouveauté pour sa composante sous-marine et pour le moins la bienvenue vu les intérêts (souvent en opposition) des différents acteurs présents dans la zone ainsi que les vastes superficies à couvrir. Cette capacité de frappe non-stratégique est par définition sous le seuil nucléaire (la composante stratégique est du ressort des SNLE Pr.955A Boreï-A), bien que le missile 3M22 Tsirkon dispose de la double capacité conventionnelle/nucléaire.

Le lancement du Perm ne doit pas faire oublier que la Russie dispose actuellement de trois autres Yasen-M (Oulianovsk, Voronezh et Vladivostok) en construction, une quatrième unité (Bratsk) doit être mise sur cale d’ici la fin de l’année 2025 chez SevMash. Et ensuite? Même si aucune commande ferme n’a été signée pour l’instant, il se confirme que les décideurs Russes réfléchissent à la prolongation de la série des Yasen-M avec la commande de plusieurs (trois?) bâtiments supplémentaires. Si cette commande venait à se concrétiser, il serait parfaitement envisageable d’avoir à terme une série complète de douze navires standardisés (les neuf Yasen-M déjà en service/en construction ainsi que les trois envisagés) répartis équitablement entre les deux flottes principales (Flotte du Nord et du Pacifique) permettant à la fois d’assurer une permanence à la mer avec deux bâtiments dans chaque flotte. En outre, cette flotte serait subdivisée en « deux variantes » avec six bâtiments équipés en tubes lance-torpilles de 533 mm et six bâtiments équipés en tubes lance-torpilles de 650 mm (pour le Kalibr-M). Accessoirement, si ces projets venaient à se concrétiser, le K-560 Severodvinsk pourrait alors devenir définitivement un sous-marins « d’essais » n’étant pas au même standard d’équipement que les autres navires de série, cette particularité risquant de fortement complexifier à plus long terme son maintien en service.

D’un point de vue industriel, cette éventualité permettrait au chantier naval SevMash de maintenir un plan de charge élevé (produisant en parallèle les Boreï-A) alors que ses halls de montage commencent à se vider inexorablement avec la sortie des navires mis sur cale au milieu/fin des années 2010 tandis que d’un point de vue opérationnel, l’arrivée de Yasen-M supplémentaires permettrait de retirer du service les derniers SSGN du Projet 949A Antey toujours actifs et dont la modernisation se révèle au final beaucoup trop onéreuse et ce pour des navires massifs qui sont notoirement plus bruyants que leurs successeurs. Evidemment ces projections devront prendre en ligne de compte la capacité (ou non) de SevMash à réduire les temps de production des Yasen-M, or en la matière tout est possible.
On parle quand même de la construction navale russe.


