[Actu] Le Tupolev Tu-160M(2)

La présentation faite au président russe le 21 février 2024 de quatre Tu-160M à l’usine KAZ (Kazan) ainsi que le vol effectué par ce dernier à bord d’un Tu-160M le 22 février ont été (très) largement relayés par la presse russe ainsi que par le Kremlin. En soit, ces deux évènements n’ont rien de fondamentalement neuf: le président russe n’en est pas à son coup d’essai en matière de vol à bord d’un Tu-160, ayant déjà eu l’occasion d’en effectuer un en août 2005. De plus, le programme de production/modernisation au standard Tu-160M (anciennement catalogué en tant que « Tu-160M2 ») est loin d’être une nouveauté en soi vu que les travaux sur ce projet sont en cours depuis plusieurs années.

On peut donc légitimement se poser la question de l’intérêt d’un tel battage médiatique alors que cette présentation n’apporte rien de fondamentalement neuf; la tentation est donc grande de cataloguer cette information comme étant de la propagande et rien de plus. Est-ce vrai? Est-ce faux? Impossible à déterminer pour l’instant, surtout vu la propension à la mise en scène gratuite (et tendant à réécrire l’histoire) provenant de Russie et d’ailleurs.

Les quatre Tu-160M lors de leur présentation à l’usine KAZ le 21 février 2024. Image@OAK

Néanmoins, il est intéressant de ne pas (directement, tout du moins) jeter le bébé avec l’eau du bain. Outre le fait que d’un point de vue industriel ainsi qu’opérationnel l’admission au service de quatre Tu-160M constitue un sérieux apport de sang neuf à la flotte de bombardiers stratégiques des DA (l’aviation stratégique russe). Cette livraison est également indicatrice que le projet de relance de la production d’appareils neufs est arrivé à sa conclusion tandis que la modernisation des Tu-160 existants a atteint un certain rythme de croisière qui font que pas moins de sept Tu-160M sont actuellement en service en Russie. Vu d’où les russes partent tout en travaillant dans le contexte de sanctions de plus en plus sévères, il s’agit d’un « quasi-exploit » pour l’industrie locale.

Le Tu-160M baptisé Ilya Mouromets (B/n 06 Rouge) lors du vol de démonstration fait au président russe le 22 février 2024. Image@Дмитрий Азаров

Il est donc utile de se pencher un peu plus en avant sur les progrès récents de ces programmes tout en essayant d’y voir (un peu) plus clair sur leur contenu. Et ce d’autant plus dans le cadre d’une Russie qui aime à communiquer (beaucoup) sur sa dissuasion stratégique ainsi que les vecteurs employés par celle-ci.

Tu-160M(2), un rapide état des lieux

Bombardier supersonique stratégique lourd conçu pour pénétrer les espaces fortement défendus, le Tupolev Tu-160 (Izd.70), repris sous le nom de code OTAN de Blackjack ainsi que sous le nom russe de Cygne Blanc (Белый Лебедь), a vu son développement initié le 28 novembre 1967: les travaux, dirigés par l’ingénieur-en-chef Valentin Ivanovitch Bliznyuk (Валентин Иванович Близнюк), vont s’éterniser puisque les premiers appareils de série ne rejoindront les effectifs qu’à partir de 1987. Les aléas de l’Histoire (avec un grand -H) firent qu’une fraction seulement du nombre d’appareils envisagés vont sortir d’usine (environ 35 appareils sur les 100 planifiés); la production de ce modèle se tenant au sein de l’usine KAZ (Kazan) étant suspendue de facto quelques mois après la fin de l’URSS.

Présentant encore (pour partie) les anciennes couleurs des DA, le Tu-160M (première étape de modernisation) baptisé Aleksandr Novikov porte le numéro de Bort 12 Rouge. Image@Anatoly Burtsev

Histoire de ne rien arranger: seulement six Tu-160 de série étaient présents sur le sol russe à Engels-2 (Энгельс) en décembre 1991, le solde des avions en service, basés à Prylouky (Прилуки) en Ukraine, étant devenus la propriété de la jeune république indépendante lors de la fin de l’URSS. Après plusieurs années de négociations (parfois aux méthodes pour le moins discutables), la Russie récupéra une partie des Tu-160 ukrainiens (qui étaient inemployés vu l’absence de budget, de techniciens et d’équipages pour les exploiter et les entretenir). Les appareils restés en Ukraine furent détruits grâce à une aide budgétaire et technique américaine… Il est d’ailleurs à noter qu’un des Tu-160 détruit en Ukraine comptait moins de cent heures de vol au compteur!

Le dernier Tu-160 présent sur le sol ukrainien est exposé au musée de Poltava. On remarquera le trident ukrainien sur la dérive. Image@Kiba

En combinant les avions présents en Russie, les avions récupérés en Ukraine, tout en achevant en parallèle les cellules « au stade de production le plus avancé »: la flotte de Tu-160 en service au sein des DA (Дальняя Авиация) va se stabiliser à seize appareils actifs (le Tu-160 codé 01 Rouge sera perdu dans un crash le 18 septembre 2003) au milieu des années 2000. Appareils performants bien que techniquement complexes, les Tu-160 vont former le fer de lance de la composante aérienne de la dissuasion nucléaire russe aux côtés des Tupolev Tu-95MS.

Cependant, les décideurs russes bien que conscients des qualités de l’appareil distinguaient quatre problèmes avec leur flotte:

  • Les Tu-160 étant disponibles en nombre réduit, la flotte risque de connaître une usure accélérée si elle est exploitée intensivement
  • La production des moteurs Kouznetsov NK-32 fut interrompue en 1993. Disposant d’un faible stock de moteurs de rechange, une pénurie de moteurs neufs risquait de clouer à terme la flotte au sol
  • A l’instar des moteurs, toute la chaîne logistique de support de l’appareil a disparu en 1991 avec la chute de l’URSS, le replacement des composants embarqués allait rapidement devenir problématique
  • L’électronique soviétique n’était pas réputée être à la pointe de la modernité. Une modernisation des équipements embarqués s’imposait en vue de traiter les obsolescence futures prévisibles
Belle vue du Tu-160M(1) portant le numéro de Bort 04 Rouge et baptisé Ivan Yarygin. L’avion arbore le blason des DA à proximité du cockpit. Image@Andrei Shmatko/Jetphotos

Le risque clairement identifié étant de se retrouver avec une flotte de Tu-160 clouée au sol soit temporairement soit définitivement avec obligation de se reposer exclusivement sur les Tu-95MS qui n’offrent cependant pas les mêmes performances; ces derniers étant construit sur une cellule plus ancienne et offrant des chances de survie « potentielles » réduites. La Russie va donc apporter une réponse multiple à ces problématiques:

  • Lancement des études visant à moderniser les bombardiers stratégiques (Tu-95MS et Tu-160) ainsi que lourds (Tu-22M3): ce qui donnera naissance aux programmes Tu-22M3M et Tu-95MSM.
  • Développement d’un nouveau bombardier stratégique: l’Izd.80 PAK DA dont les travaux préliminaires sont initiés en août 2009.

Les travaux portant sur la modernisation du Tu-160 vont se dérouler en deux phases: dans un premier temps une phase de modernisation « légère », parfois catalogué sous le standard Tu-160M1, qui consiste dans le remplacement de certains équipements embarqués. Suivi dans un deuxième temps par une phase de modernisation lourde, parfois cataloguée sous le standard Tu-160M2, qui passe par le renouvellement complet des équipements embarqués avec (liste non exhaustive): un nouveau radar, un nouveau système d’armes, de nouveaux réacteurs NK-32-02, un cockpit refondu, etc… le tout permettant de revaloriser en profondeur le Tu-160.

Mais la plus grosse surprise date du 29 avril 2015 quand Sergueï Choïgou (Ministre de la Défense) annonce la relance de la production du Tu-160! Cette annonce est complétée en date du 28 mai 2015 par l’agence TASS qui indique que la Russie veut disposer d’une flotte de cinquante Tu-160 (sans préciser pour autant la répartition entre les avions neufs et les avions modernisés): une première commande ferme portant sur dix Tu-160M étant signée en 2018. La dimension des travaux étant dès lors toute autre: on ne parle plus d’une simple modernisation d’appareils existants mais d’un programme concomitant qui voit la flotte d’avions existants revalorisée au standard Tu-160M (les russes ont abandonné les suffixes, vu qu’il n’y a qu’un seul standard « final ») et complétée par des avions neufs dont une première commande ferme de dix avions est actée.

Vu sous cet angle, il est (presque) difficile de déterminer le nombre d’avions présents sur la photo. Image@OAK

Les travaux vont avancer rapidement (pour une fois en Russie!) puisque se reposant (en partie) sur quelques Tu-160 inachevés et intelligemment (!) stockés par des responsables visionnaires qui ont servi de base de travail pour « réamorcer » la production et la (re)mise en place de l’outil industriel permettant d’aboutir indirectement à la présentation le 21 février 2024 des quatre Tu-160M. Il est d’ailleurs à noter que le premier Tu-160M neuf (ou annoncé comme tel) a effectué son premier vol le 12 janvier 2022: baptisé du nom de l’astronaute Valentina Terechkova (Валентина Владимировна Терешкова), ce Tu-160M porte le numéro de série 09-01 indiquant qu’il s’agit du premier appareil du lot de construction numéro neuf. La production des Tu-160M s’inscrit donc dans la directe continuité de l’époque soviétique, les numéros de lots et de construction des appareils produits reprenant là où la production (régulière) s’était arrêtée en 1992.

Le Tu-160M baptisé « Valentina Tereshkova » est le S/n 09-01 (comme l’indique son numéro tactique temporaire 901 Noir présent sur la dérive); il s’agit d’un Tu-160M de construction neuve. Image@Vyacheslav Grushnikov

Sans entrer in extenso dans le détail de l’état de la flotte de Tu-160, celle-ci est actuellement composée d’appareils qui sont pour la majorité passés à différents stades de travaux, il n’y a donc pas encore d’homogénéisation autour d’un standard unique bien que ce soit le but à moyen-terme. La composition de la flotte au moment de rédiger ces lignes est la suivante:

  • Sept Tu-160M (complets)
  • Neuf Tu-160M (incomplets)
  • Trois Tu-160

Dis autrement, de la flotte « historique », il ne reste que trois appareils dans leur état d’origine, le solde ayant soit été porté au standard « incomplet » (ex Tu-160M1) soit au standard « complet » (ex Tu-160M2) et complété par l’arrivée d’appareils neufs issus (pour partie) des stocks de l’usine KAZ. La présentation faite au président russe a permis de voir un équilibre « parfait » entre deux appareils modernisés et deux appareils neufs:

  • Le 06 Rouge, S/n 08-01, registre RF-94105 et baptisé « Ilya Mouromets » (ex Tu-160)
  • Le 07 Rouge, S/n 08-02, registre RF-94106 et baptisé « Alexander Molodchiy » (ex Tu-160)
  • Le 22 Rouge, S/n 09-02, probablement futur « Mintimer Shaimiev » (Tu-160M neuf)
  • Le 23 Rouge, S/n 09-03, registre RF-66017 (Tu-160M neuf)

Bien qu’attendu à l’origine pour la fin de 2023, ces appareils vont venir renforcer les effectifs des DA dans le courant de l’année 2024 et il est fort probable que leur arrivée va permettre aux russes dans un premier temps de conserver un format de flotte disponible identique le temps que les appareils existants passent en modernisation avant d’entamer les travaux relatifs à la création d’une nouvelle unité de Tu-160M qui devrait logiquement être basée en Extrême-Orient. Néanmoins, autre point à souligner: la relative rapidité d’avancement des travaux dans un contexte industriel russe pour le moins délicat est à souligner et indique que la dissuasion nucléaire bénéficie toujours de budgets élevés qui permettent de faire avancer les travaux en cours rapidement.

Le cockpit du Tu-160M(2)

La publication des vidéos et images de cette visite ainsi que de ce vol « présidentiel » ont surtout été l’occasion idéale d’en voir (un peu) plus sur les travaux effectués sur le Tu-160M: le gros des travaux porte sur le renouvellement des équipements embarqués dont le système d’armes, le radar, la suite d’auto-défense, l’installation de nouveaux réacteurs NK-32-02 et enfin la refonte complète du cockpit. Sans entrer dans les détails (le sujet ayant été abordé à plusieurs reprises sur le blog), la question du cockpit commence à être une des mieux documentées surtout pour un avion au sujet duquel aucune vue détaillée de l’intérieur modernisé n’est disponible. Alors que le Tu-160 d’origine dispose d’un cockpit « conventionnel » avec indicateurs analogiques, le Tu-160M passe intégralement à l’ère numérique avec installation d’écrans LCD multifonctions en remplacement des équipements d’origine.

Le cockpit d’origine du Tu-160. Image@Alex Beltyukov

Même si les autorités russes contrôlent l’information en caviardant allègrement les éléments permettant d’effectuer un certain suivi des avions produits (effacement des numéros de Bort et numéros de registre ainsi que des blasons d’identification propres à certaines unités), le contrôle s’est montré pour le moins « perfectible » en matière d’images tournées à l’intérieur de l’avion « présidentiel » où au sein de l’usine. Grâce à cette « légèreté », on peut se faire une idée plus précise de la configuration finale présentée par le tableau de bord du Tu-160M;

  • Deux écrans LCD de taille moyenne à gauche
  • Un écran LCD de grande taille au milieu
  • Deux écrans LCD de taille moyenne à droite
La vidéo publiée par le Kremlin illustrant le vol « présidentiel » permet d’avoir un aperçu de la configuration présentée par le cockpit modernisé du Tu-160M. Image@kremlin.ru

En comparaison avec le cockpit d’origine du Tu-160, c’est le jour et la nuit et le pilotage de l’avion va se retrouver grandement facilité par la même occasion. Le Tu-160 était réputé difficile à atterrir de part le nombre important d’actions à effectuer rapidement lors de la phase finale d’approche, cette situation étant rendue plus complexe par l’ergonomie pour le moins perfectible du cockpit d’origine. La refonte du cockpit s’accompagne également par le remplacement du système d’armes, ce qui permettra à terme d’intégrer de nouvelles munitions (dont le nouveau missile de croisière à longue portée Kh-BD) à bord du Tu-160M avec néanmoins la contrainte principale résidant dans la taille des deux soutes ainsi que la présence des lanceurs rotatifs MKU-6-5U sur lesquels sont montés les armements et qui limitent les dimensions des munitions.

Même si ces derniers ne sont pas visibles, il y a évidemment fort à parier que les postes de travail dédiés à l’officier du système d’armes ainsi qu’au navigateur (positionnés derrière le pilote et son copilote) ont été modernisées de la même manière que le tableau de bord.

Les systèmes d’autodéfenses

Autre constat rendu possible grâce à la publication de photos de bonne qualité et de grandes dimensions, il est maintenant possible de voir que le Tu-160M dispose de détecteurs d’alerte lasers s’intégrant dans sa suite d’autodéfense embarquée. Alors que les premiers avions traités disposaient des emplacements sans les équipements (lentilles obturées), ces derniers sont enfin montés et opérationnels. On peut identifier deux blocs de quatre capteurs disposés au-dessus et en-dessous de la partie avant du fuselage et dirigés vers l’avant ainsi que l’arrière de l’avion: ceci permettant de maximiser la zone de couverture autour de l’avion.

Autre point retravaillé et très certainement un des plus visible: le cône de queue a été redessiné et voit l’implantation des équipements d’auto-défenses significativement revu et corrigé. Dans sa version originale, le cône de queue était pointu et abritait à son extrémité le capteur principal du système d’alerte missile Ogonyok couvrant l’hémisphère arrière de l’avion tandis que vingt-quatre lanceurs triples de leurres thermiques APP-50 sont répartis sous et sur les côtés du cône.

Le cône de queue du Tu-160 dans son état d’origine. Avec le capteur principal de l’Ognyok (encadré rouge) et l’emplacement d’une partie des lance-leurres thermiques (encadré en vert). Image@Aleksandr Filinvideo

Le Tu-160M dispose quant à lui d’un cône de queue plus court et de forme différente (plus arrondie) dont l’extrémité est composée d’un matériel qui semble être radio-transparent, ce qui indique la présence d’une antenne active dans le cône de queue. Cette antenne s’intègre dans le nouveau système défensif Redout-70M qui combine les détecteurs d’alerte lasers et des systèmes de brouillage implantés dans les bords d’attaque des ailes ainsi que dans le cône de queue. Autre modification apparente le déplacement des lance-leurres thermiques qui sont regroupés latéralement sous le cône de queue.

L’extrémité du cône de queue (encadré en rouge) clairement visible sur cette photo permet de voir l’emploi d’un matériel « différent ». Ce qui tend à indiquer la présence d’une antenne active à cet emplacement.

Une présentation qui tombe à point nommé?

De manière fort prévisible, le vol (très) largement médiatisé du président russe à bord d’un bombardier stratégique est un message s’inscrivant dans une logique communicationnelle avec une double visée: à la fois interne dans le cadre des élections présidentielles (qui ne présentaient aucun enjeu particulier) montrant aux russes que l’armée est (toujours) « forte » et qu’elle dispose des moyens d’agir (surtout dans un contexte de perte de crédibilité de l’armée depuis l’engagement en Ukraine) et à la fois internationale avec un signalement stratégique pour indiquer aux ennemis que la dissuasion nucléaire russe est bien « vivante » (et ce même si son niveau d’alerte est resté inchangé depuis le lancement des hostilités en Ukraine) tout en bénéficiant d’investissements réguliers dans son maintien en conditions opérationnelles ainsi que son renouvellement.

Certes, on peut sourire face à ce « signalement » qui peut ressembler à une énième gesticulation russe dans le domaine de la dissuasion néanmoins, il s’agit avant tout d’envoyer un message clair aux ennemis (ou considérés comme tel) qu’on peut résumer en tant que: « Si vous voulez parler nucléaire, sachez que nous avons largement de quoi vous répondre« . Dis autrement, le président russe fait de la dissuasion, sans plus. Le propos n’a rien d’anodin bien qu’il ne soit aucunement exceptionnel. Et ce d’autant plus que l’on se retrouve dans un contexte de « quasi-banalisation » du nucléaire vu le nombre de fois où la Russie a amené le sujet sur la table lors de plusieurs déclarations à la presse ces derniers mois.

Outre les dimensions médiatique et politique calculées évidentes, la présentation des quatre Tu-160M se révèle intéressante à plusieurs niveaux. Premièrement d’un point de vue industriel, le programme de modernisation « complet » a atteint sa pleine maturité et indique que le long cheminement pour arriver à une refonte en profondeur du Tu-160 est achevé. En outre, on peut constater que malgré l’ampleur des travaux, le nombre d’appareils traités est en augmentation, ce qui laisse présager d’une flotte de Tu-160 entièrement revalorisée à court terme. Deuxièmement et toujours d’un point de vue industriel, la sortie concomitante de deux Tu-160M neufs indique également que le cycle de production complet du Blackjack est maîtrisé par les industriels russes. Ceci permet d’envisager l’augmentation de la flotte avec la création à terme d’une deuxième escadrille dont l’affectation probable et déjà discutée serait dans l’Extrême Orient russe. Espérons qu’en ce qui concerne cette base, ils ne feront pas l’économie d’abris en dur…

Constituant le fer de lance de la composante aérienne de la dissuasion nucléaire russe, le retour à l’avant plan du Tu-160 est également un indicateur des investissements constants et continus du gouvernement russe dans cette composante de l’armée. Ceci s’observe au niveau des trois composantes (aérienne, navale et terrestre) de la dissuasion qui constituent le moyen habituel « le plus simple » employé par les russes pour compenser leur faiblesse avérée au niveau des armements conventionnels… faiblesse qui est encore plus flagrante depuis l’attaque sur l’Ukraine. Il n’est d’ailleurs pas anodin de voir que les médias russes communiquent très largement sur les exercices, vols, sorties en mer et autre exercices de tirs qui sont effectués par les trois composantes de la dissuasion russe. Il y a, malgré un contrôle de plus en plus strict de l’information côté russe, une volonté affichée et assumée d’être transparent (dans une certaine limite, bien entendu) sur les activités relatives à la dissuasion et ce même dans le cadre de la guerre en Ukraine.

Néanmoins, une des observations effectuées dans le cadre des opérations en Ukraine montre que les Tu-160 ont été employés à plusieurs reprises pour effectuer des tirs de missiles Kh-101 sur des cibles ukrainiennes. Ce faisant, l’avion généralement présenté dans la presse généraliste comme vecteur nucléaire (ce qu’il est effectivement), il s’agit également d’un rappel utile que le Tu-160M est avant tout une plate-forme lourde et rapide à long rayon d’action employée pour des tirs de missiles de croisière conventionnels. Ceci est d’ailleurs la mission première du Tu-160M. L’intégration de nouveaux armements conventionnels dans sa dotation ne faisant que renforcer cette situation, il est d’ailleurs pour le moins amusant (?) de voir que la presse généraliste pointe avant tout et de manière systématique la capacité nucléaire du Tu-160M alors que ce dernier sert principalement pour des frappes conventionnelles (fort heureusement!). A croire que jouer sur la peur du nucléaire est plus vendeur que de parler d’un « avion lanceur des missiles » (oui directement le propos est moins impressionnant). Mais soit, trêve de sarcasmes.

Le Tu-160 baptisé Boris Veremeï a été employé pendant de longues années par le bureau d’études Tupolev pour développer la modernisation au standard Tu-160M. Cet avion est devenu un Tu-160M qui a rejoint les effectifs des DA avec le numéro de Bort 09 Rouge et le registre RF-94444. Image@Alexander Mishin

A l’inverse, point qui est resté étonnement sous silence durant cette visite présidentielle : l’absence totale de référence faite au programme Izd.80 PAK DA alors que les premiers prototypes sont normalement à un stade de construction avancé au sein de l’usine KAZ. Certaines sources russes faisaient état d’une première présentation de ce dernier dans le courant du mois de février, ce qui aurait bien cadré avec la visite présidentielle russe. Néanmoins aucune information sur une éventuelle présentation (ou non) du futur bombardier stratégique russe n’a filtré. Volonté délibérée de garder une « carte dans sa manche » pour attirer l’attention médiatique au moment opportun? Retards dans le programme? Autres? On ne peut malheureusement pas tirer de conclusions pour l’instant (aucuns éléments matériels pour ce faire) mais il y a fort à parier que la présentation récente du Northrop Grumman B-21 Raider ainsi que la présentation future du Xi’an H-20 vont pousser les russes à sortir du bois avec le Tupolev PAK DA.

4 réflexions sur “ [Actu] Le Tupolev Tu-160M(2)

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