[Actu] Les patrouilleurs arctiques de la classe 23350

Lancé en grandes pompes en date du 25 octobre au sein du chantier naval de l’Amirauté (Адмиралтейские верфи / Saint-Pétersbourg) où se construction s’est déroulée, l’Ivan Papanin (Иван Папанин) est le navire tête de série d’une nouvelle classe de patrouilleurs arctiques repris sous le code projet Izd.23350. Commandé initialement à deux exemplaires pour la Marine Russe (VMF), deux unités supplémentaires dans une forme légèrement modifiée ont été commandées pour le département de contrôle et surveillance des frontières du Service fédéral de sécurité de la fédération de Russie (FSB); ces deux bâtiments seront  construits au sein du chantier naval Vyborg.

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On voit bien le gabarit imposant ainsi que l’étrave caractéristique d’un navire destiné à être employé dans des zones arctiques. Image@АО Адмиралтейские верфи

C’est en date du 5 avril 2016 que le ministère russe de la défense a signé un contrat portant sur l’acquisition de deux nouveaux patrouilleurs universels arctiques; l’acquisition de ces navires se faisant dans le cadre du GPV 2011-2020. Ces navires sont dit universels car conçus pour être aptes à effectuer plusieurs types de missions en plus des missions de patrouilles:

  • Remorqueur
  • Brise-glaces
  • Escorte et accompagnement de navires
  • Arraisonnement de navires
  • Missions de secours en mer
  • Assurer une présence armée sur zone

Bien que n’étant pas des navires offensifs à proprement parler; les patrouilleurs de la classe 23350 sont pour le moins bien armés.

Un canon de 76 mm du type AK-176MA est installé dans une tourelle à la proue (les projets initiaux envisageaient le montage d’un canon de 100 mm du type A-190 mais ceci semble avoir été abandonné), ils disposent également de la capacité d’emporter des systèmes de missiles Club-K installés sur une plate-forme à la poupe. Le système Club-K consiste en des containers standards (donc difficilement identifiables) de 40 pieds pouvant déployer jusqu’à 4 missiles Kalibr et les équipements nécessaires pour mettre ces derniers en oeuvre (système de tir, équipements radars et alimentation électrique): les sources consultées parlent d’un minimum de deux containers avec la possibilité d’en installer un troisième. Un hovercraft léger de la classe Manul (Izd.23321) pourra être embarqué à bord ainsi que deux navires d’attaque rapides de la classe Raptor (Izd.03160). Enfin, le navire peut embarquer un hélicoptère du type Ka-27 (ou des drones), ces derniers étant abrités dans un hangar interne installé à l’arrière du navire.

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Cette illustration d’un patrouilleur de la classe 23350 permet de voir le canon en plage avant, les navires stockés latéralement ainsi que les Club-K en position de tir en plage arrière. Image@eng.mil.ru

On le voit, le navire sera parfaitement apte à assurer sa défense rapprochée ainsi qu’à assurer une présence armée non-négligeable sur zone, surtout dans le cas de l’emport de missiles Kalibr à bord.

D’un point de vue technique, les données générales suivantes sont disponibles:

  • Longueur: 114 m
  • Largeur: 18 m
  • Hauteur: ?
  • Tirant d’eau: 6 m
  • Déplacement: 6.800 tonnes (normal) / 8.500 tonnes (maximum)
  • Vitesse: 16 nœuds
  • Endurance: 60 jours / 6.000 miles marins
  • Equipage: 49 membres + 47 membres supplémentaires si besoin
  • Classification arctique: Arc6

La chaîne cinématique du navire envisagée à l’origine devait être constituée de deux pods de propulsion Azipod Vi1600L pouvant être orientés à 360° qui disposent chacun d’une hélice complétés par deux propulseurs d’étrave du type Schottel STT2 d’une capacité d’environ 500 kW.

Finalement, la propulsion sera intégralement repensée avec l’installation de quatre groupes diesel-électriques Kolomna 28-9DG produisant chacun 3.500 kW (donc un total de 14 kW) ces groupes étant composés de moteurs diesel 10D49 alimentant des alternateurs; le tout entraînant deux lignes d’arbre comportant chacune une hélice et un gouvernail. Deux génératrices diesel d’appoint supplémentaires de chez Kolomna ainsi que deux propulseurs d’étraves sont installés.

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L’Ivan Papanin à quai après son lancement. Image@АО Адмиралтейские верфи

Outre les aspects militaires, les navires de la classe 23350 sont catalogués selon la norme russe Arc6: ce qui signifie qu’il ne s’agit pas d’un brise-glaces (ces derniers sont classifiés dans les catégories – logiques – de Icebreaker 6 à Icebreaker 9 selon les capacités techniques) mais de navires disposant d’une coque renforcée leur permettant de naviguer dans tous les types de mers ainsi que dans des zones de glaces d’une épaisseur allant jusqu’à 1,3 m d’épaisseur (art.2.2.3.3.2 du système de classification des navires russes).

De plus, les navires sont capables d’assurer les fonctions de remorquage de navires en détresse ou de navires ayant été arraisonnés; grâce à la présence d’un câble de remorquage d’une force de 80 tonnes ainsi que de deux grues hydrauliques d’une capacité de levage de 28 tonnes chacune.

C’est le bureau de design TsMKB Almaz qui a dessiné et mis au point le navire dont la construction a été confiée au chantier naval de l’Amirauté (Saint-Pétersbourg) bien que les premières estimations envisageaient de confier la construction au chantier naval Pella. Les premières annonces par rapport à cette nouvelle classe remontent au mois d’avril 2015 et il faudra attendre une année supplémentaire pour assister à la signature du bon de commande. Les travaux vont démarrer rapidement avec une mise sur cale de la tête de série, nommée Ivan Papanin le 19 avril 2017 mais ces travaux vont être interrompus pendant plusieurs mois suite à un différent relatif à des questions financières et la mise en service prévue initialement pour 2020 va être reculée à 2023-2024.

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L’Ivan Papanin lors de son lancement. Image@АО Адмиралтейские верфи

Un autre cause des retards rencontrés par le navire peut certainement être trouvée dans la modification de la chaîne cinématique avec le remplacement des pods propulsifs ainsi que des propulseurs d’étraves importés d’Occident qui seront remplacés par une configuration plus classique sur base de composants russes. Toujours est-il que même si le chantier naval n’a pas précisé la cause sous-jacente du problème d’origine financière, ce changement de propulsion serait une cause parfaitement logique. Une fois les travaux relancés, ces derniers vont avancer rapidement, débouchant sur le lancement de l’Ivan Papanin en date du 25 octobre. Vu qu’il reste encore à effectuer les travaux d’aménagements intérieures du navire, l’admission au service n’est pas attendue avant l’horizon 2023, ce dernier devant rejoindre la Flotte du Nord.

Le deuxième navire de cette classe, baptisé du nom de Nikolay Zubov (Николай Зубов) qui aurait du être mis sur cale en 2018, ne le sera qu’en 2020, peu de temps après que l’Ivan Papanin ait été lancé; libérant la place nécessaire sur la cale de construction du chantier naval de l’Amirauté. Les travaux devraient en toute théorie progresser rapidement puisqu’une partie des blocs de structure sont déjà prêts à être assemblés; la fin des travaux du deuxième bâtiment est attendue pour 2024.

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Une vue de l’Ivan Papanin en construction. Image@Xorinsk / airbase.ru

Classe de navires que l’on peut qualifier d’hybride vu les différentes possibilités d’emploi offertes par ces derniers, les patrouilleurs universels de la classe 23350 marquent, aux côtés des brise-glaces conventionnels et nucléaires, l’intérêt croissant manifesté par la Russie pour la zone arctique ainsi que la Route du Nord. L’ajout d’une capacité offensive non-négligeable sur un navire de ce type indique également que la Marine Russe souhaite pouvoir intervenir dans des mers difficiles avec une plus grande latitude qu’un bâtiment de guerre conventionnel. L’intérêt a été bien compris par le FSB dont les attributions l’amènent à intervenir dans les mêmes zones que la Marine Russe, il sera intéressant de voir quelles modifications les deux navires commandés de cette classe recevront pour être en accord avec les exigences du FSB.

Nous aurons donc l’occasion de revenir sur ces navires à terme.