[Dossier] Le 2S19 Msta-S

Développé dès le milieu des années 1970 et produit à partir de la toute fin de l’URSS dans le but de doter l’armée soviétique d’un engin d’artillerie plus moderne, le 2S19 Msta-S forme actuellement le fer de lance de l’artillerie autopropulsée des Сухопутные войска (les forces terrestres russes) et reste toujours en production aussi bien pour répondre aux besoins de ces dernières que pour l’exportation.

Alors que la dernière-née des artilleries automotrices russes, à savoir le 2S35 Koalitsiya-SV, a été présentée en 2015 lors du traditionnel défilé militaire de la Victoire du 9 mai et doit à terme succéder au 2S19, il est encore en phase de développement et il faudra du temps pour qu’un nombre important d’engins soit en service; de fait le 2S19 devrait rester l’un des principaux systèmes d’artillerie russe au cours des 10 à 20 prochaines années et nous allons donc désormais nous intéresser à ce matériel.

Le 2S19 Msta-S: un peu d’histoire 

Au cours de la première moitié des années 1970, l’URSS a commencé à mettre en service toute une gamme d’artilleries automotrices dans le but de doter l’armée soviétique de systèmes d’artilleries mobiles pouvant accompagner aisément la progression des troupes tout en rattrapant son important retard dans ce domaine face à l’OTAN. Ainsi seront notamment mis en service le 2S1 Gvozdika doté du canon 2A31 de 122 mm et 2S3 Akatsiya équipé du canon 2A33 de 152,4 mm long de 34 calibres qui seront les deux principaux modèles en service tandis que le 2S5 Giatsint-S doté du 2A37 de 152,4 mm et long de 52 calibres devait succéder au canon M-46 de 130 mm en tant qu’artillerie de longue portée, sans compter le 2S7 Pion conçu pour s’en prendre à des objectifs et infrastructures à forte valeur ajoutée situés à très longue distance grâce à son canon 2A44 de 203 mm.

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Le 2S1 Gvozdika était le canon automoteur le plus répandu au sein de l’armée soviétique et du PaVa et près de 10 000 exemplaires seront produits jusqu’à la chute de l’URSS, y compris sous licence. Photo@Vitaly.V.Kuzmin.

Toutefois au cours du milieu des années 1970 des réflexions sont lancées avec comme but affiché de réorganiser et moderniser le parc d’artillerie soviétique. En premier lieu est critiqué l’absence de standardisation au sein des pièces en service, à cette époque ce sont pas moins de cinq calibres d’artillerie différents qui sont disponibles, à savoir: le 122 mm, le 130 mm, le 152 mm, le 180 mm (il est vrai assez rare) et le 203 mm. En outre, les munitions (projectiles et charges propulsives) ne sont pas forcément compatibles au sein d’un même calibre, les obus de 152 mm employés par le 2S5 ne peuvent par exemple pas être utilisés par le 2S3 et vice-versa. Ce manque de standardisation à pour conséquence d’alourdir la logistique tout en apportant parfois une redondance superflue concernant l’utilité des différentes pièces.

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Un 2S3 Akatsiya. Si sa production n’a pas atteint les chiffres de son cousin plus léger, il reste toutefois la principale artillerie automotrice soviétique de 152 mm. Photo@Dmitry A. Mottl (Wikipédia).

Par ailleurs durant la décennie 1970, plusieurs pays de l’OTAN ont développé de nouvelles pièces d’artilleries de 155 mm et longs de 39 calibres (longueur totale: 6,045 m) amené à devenir le futur standard de l’artillerie des forces de l’OTAN et dont la portée de tir s’établit à près de 24 Km avec des projectiles standards et à près de 30 Km avec des projectiles à propulsion additionnelle. C’est ainsi que vont voir le jour à la fin de cette décennie les FH70 germano-britannique et M198 américain tandis des canons automoteurs vont également être dotés de cette pièce comme le projet SP70 germano-britannique (resté sans suite), l’AMX AUF1 français ainsi que les modernisations du M109. Les performances atteintes par ces pièces permettent de surpasser la plupart des systèmes d’artilleries soviétiques tout en pouvant frapper plus aisément les arrières des troupes du PaVa (Pacte de Varsovie).

C’est donc en 1976 que le programme concernant la mise au point d’une nouvelle artillerie automotrice, confié à l’Usine d’Ingénierie de Transport de l’Oural (Uraltransmash) située à Ekaterinbourg, est lancé et doit alors répondre à plusieurs points cités plus haut à savoir:

  • Amélioration de la portée de tir pour ne pas se laisser distancer face au renforcement qualitatif de l’artillerie des forces de l’OTAN
  • Mise en œuvre une pièce de 152 mm pouvant employer les munitions standards déjà en service pour faciliter la logistique
  • Création d’une version tractée qui doit également être dotée du canon employé sur le futur engin d’artillerie.

Alors que l’équipe principale menée par Yury Vasilyevich Tomashov, alors concepteur général d’Uraltransmash, va mettre au point l’Объект 316, une autre équipe menée par N. S. Tupitsyn va également proposer son propre prototype en parallèle.

En effet ce dernier va alors développer l’Объект 327 basé sur un châssis de char de combat T-72 modifié et qui possédait une configuration plutôt originale: en effet, l’équipage composé de quatre hommes était situé dans un compartiment isolé dans la caisse de l’engin, tandis que l’armement, le 2A33 de 152,4 mm long de 34 calibres pour le premier prototype et le 2A37 de 152,4 mm long de 52 calibres pour le second prototype, était installé dans un module télé-opéré à l’air libre, couplé à un système de rechargement automatique; l’Объект 327 possédait alors un haut degré d’automatisation et le canon placé à l’extérieur du blindé résolvait le problème de concentration des gaz consécutifs aux tirs dans le compartiment de l’équipage. Par ailleurs avec une masse affichée de 41 tonnes il s’avère un peu plus léger que son concurrent de près d’une tonne.

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Le second prototype de l’Объект 327 équipé du canon 2A37 de 152,4 mm. Photo@dizel153624.

Toutefois, suite à un coût élevé et un manque de fiabilité (ainsi que probablement du fait que les deux canons employés ne respectent pas les caractéristiques requises, le premier n’étant pas assez performant tandis que le second emploie une gamme de munitions non standardisée avec le reste de la gamme de projectile de 152 mm existante), ce dernier fut rapidement abandonné au profit de son concurrent et le projet fut définitivement enterré au milieu des années 1980.  

Mais revenons-en au projet principal. L’équipe de Tomashov travaille donc quant à elle sur l’Объект 316, une artillerie automotrice à l’agencement plus conventionnel équipée d’une nouvelle pièce, à savoir le canon 2A64 de 152,4 mm long de 47 calibres qui est la version embarquée du 2A65 Msta-B, tous deux développés par l’OKB-2 (Bureau d’Etudes Expérimental-2) de l’usine « Barrikad » depuis 1976, qui est installée dans une tourelle entièrement close. Si l’emploi d’une nouvelle pièce peut sembler contraire à un objectif de standardisation, elle peut toutefois employer les mêmes projectiles que ceux tirés par le canon 2A33 équipant le 2S3 ainsi que sa version tractée D-20; l’un des projectiles employés, le 3OF25, est d’ailleurs compatible avec le vénérable ML-20 produit à partir de la seconde moitié des années 1930 et ayant servi durant la Seconde Guerre mondiale… 

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Le premier prototype de l’Объект 316. Si on reconnait la silhouette du futur 2S19, la tourelle et son intégration sur la caisse sont toutefois distincts du modèle de série; à noter les galets de roulements propre au T-80. Image@Abeif Collection.

C’est à la fin de l’année 1983 que les deux premiers prototypes voient le jour pour ensuite subir une première batterie de tests en décembre de la même année avant de passer par un polygone de tir en 1984. S’il est souvent avancé que les premiers prototypes ont été construits sur une plate-forme modifiée de T-72 et qu’il s’est avérée que celle-ci posait un problème important d’oscillations lors des tirs grevant les performances de l’artillerie, les images de ces derniers montrent qu’ils possédaient déjà le train de roulement typique du T-80; toutefois la tourelle va quant à elle effectivement connaître des modifications concernant son design et son installation sur le châssis. Par la suite, six autres prototypes seront construits entre 1985 (quatre exemplaires) et 1986 (les deux derniers exemplaires).

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Un autre « prototype » du 2S19 (il s’agirait en fait d’un hybride entre la caisse du second prototype et de la tourelle du septième) exposé à la « Maison des officiers » de Iekaterinbourg. Photo@Nikolaï Poutine (Wikipédia).

Après les tests de ces nouveaux prototypes et le lancement de la production en série du 2A65 en 1987, la production en série de Объект 316 va alors débuter à partir de 1988. C’est finalement le 17 mai 1989 que ce dernier va être officiellement adopté au sein de l’armée soviétique sous sa désignation actuelle 2S19 « Msta-S« .

Les variantes

  • 2S19M

Le projet 2S19M est particulièrement flou et peu d’informations existent à ce sujet; le nom même du programme est sujet à caution car si la désignation 2S19M semble être la plus probable, d’autres dénominations sont avancées telles que le 2S30 Iset ou le 2S33 Msta-SM.

Toujours est-il qu’en se basant sur les renseignements disponibles l’objectif du programme était de développer une artillerie automotrice dérivée du 2S19 et dotée de performances en nette hausse et en particulier en ce qui concerne la portée de tir grâce à un nouveau canon -qui serait là encore dérivé du 2A64- si on se base sur les quelques caractéristiques attendues:

  • Portée de tir maximale avec un obus HE: au moins 30 Km (on parle d’une portée supérieure à 40 Km avec des obus à propulsion additionnelle). 
  • Cadence de tir maximale: plus de 10 coups/minutes (on parle également d’une augmentation de 40%, ce qui donnerait une valeur de 11 coups/minutes)
  • Élévation verticale du canon: -3°/+70° 

Plusieurs innovations auraient par ailleurs été intégrées dans ce nouvel engin par rapport au 2S19, comme la possibilité de démonter le canon et son berceau sans devoir démonter la tourelle, ce qui aurait faciliter les opérations de maintenance et de réparation. Par ailleurs l’emploi des matières premières lors de la fabrication devait être optimisé avec un gain de 10% sur l’emploi des métaux.

Si les premières réflexions au sujet de ce 2S19M ont débuté entre le courant des années 1990 et le tout début des années 2000, le projet a été rapidement stoppé sans qu’il n’y ait eu de grandes avancées au profit d’un autre programme, à savoir le 2S35.

  • 2S19M1

Le 2S19M1 va donc être la première variante du Msta-S a véritablement connaître le jour et découle des lacunes rencontrées par le modèle original lors des conflits ayant eu lieu en Tchétchénie.

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Un 2S19M1 en démonstration lors du salon ARMY-2016; on peut noter la présence de l’antenne satellite située à l’arrière de la tourelle. Photo@Vitaly.V.Kuzmin.

En effet si le 2S19 présente un gain d’efficacité nettement supérieur par rapport à ses prédécesseurs, la conduite de tir n’est toutefois pas jugée suffisamment efficace et ne permet pas de bénéficier d’une précision convenable en situation de combat réelle et c’est pourquoi à partir de la fin des années 1990 des travaux vont être menés pour doter le 2S19 d’une conduite de tir plus perfectionnée de type АСУНО (Автоматизированная Система Управления Наведением и Огнем, soit Système de Guidage et de Contrôle de Tir Automatisé) désignée Uspekh-S; extérieurement, le 2S19M1 se distingue par la présence d’une antenne de navigation satellite GLONASS/GPS à l’arrière de la tourelle. Le moteur est également changé au profit d’une version modernisée. L’engin serait également légèrement plus lourd avec 42,5 tonnes sur la balance.

Si l’engin a été dévoilé dès 2000 et que les tests du 2S19M1 ont été finalisés en 2001, il faudra toutefois attendre la période 2007/2008 pour que les premiers exemplaires soient livrés aux forces russes, l’engin étant également disponible à l’exportation (comme nous le verrons ultérieurement). A noter qu’en 2009, un 2S19M1 fut présenté avec le filet de camouflage Nakidka permettant de réduire la signature thermique du blindé.

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Un 2S19M1 en démonstration doté du filet de camouflage Nakidka. Photo@otvaga2004.narod.ru.
  • 2S19M1-155

En parallèle du développement du 2S19M1, une version spécifiquement destinée à l’exportation a été développée: outre l’absence d’une conduite de tir efficace, la plupart des clients potentiels cherchent désormais à se doter de canons de 155 mm aux performances supérieures (notamment avec le 155 long de 52 calibres) alors que le 2S19 est quelque peu à la traîne dans ce domaine.

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Un 2S19M1-155 en démonstration. Photo@otvaga2004.narod.ru.

C’est pourquoi outre une amélioration du système de contrôle de tir basé sur la version M1, cette nouvelle variante dévoilée pour la première fois en 2000 au côté de la version 152 mm -désignée en toute logique 2S19M1-155– troque son canon 2A64 au profit du MZ-158 de 155 mm long de 52 calibres (longueur du canon seul: 8,06 m, la longueur totale de l’engin passant alors à 12,42 mètres) couplé avec un frein de bouche doté de deux fentes capable de pouvoir employer des munitions de 155 mm au standard OTAN et dont le volume de la chambre de combustion est de 23 litres. Avec cette nouvelle pièce, installée dans une tourelle redessinée, la portée de tir est sensiblement améliorée puisqu’un un obus HE L15A1 porte à près de 30 Km tandis qu’un obus à propulsion additionnelle peut espérer atteindre une distance de 41 Km; l’emploi des munitions K155 Krasnopol et K155M Krasnopol-M2 (voir plus bas dans la section Puissance de feu et conduite de tir) d’une portée respective de 20 et 25 Km est également possible. 

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Un schéma du canon MZ-158. Image@Uralvagonzavod

Le canon connaît par ailleurs une légère amélioration de son élévation maximale avec +70° tandis que la cadence de tir est identique à celle du 2S19M1. Toutefois, le nombre de munitions embarquées est légèrement inférieur avec un nombre compris entre 42 et 45 obus au maximum (31 dans le râtelier de la tourelle, 8 dans le convoyeur mécanisé et 3 du côté droit de la partie inférieure de la tourelle, trois Krasnopol-M/M2 peuvent également être embarqués). Le 2S19M1-155 connaît également un léger accroissement de la masse avec désormais 43 tonnes sur la balance.

Par la suite, le 2S19M1-155 va subir un certain nombre de modifications pour améliorer son efficacité et tenter de faciliter son exportation, notamment pour ce qui est le cas de l’Inde mais nous y reviendrons par la suite. En premier lieu, le montage du moteur V-92S2 doté d’une puissance poussée à 1000 ch -et standardisé avec les T-90 Bhishma indiens- semble être désormais possible. 

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Un 2S19M1-155 amélioré lors de tests en Inde. Photo@Rosboronexport.

En ce qui concerne les composants additionnels, on peut citer l’ajout d’un système de climatisation permettant d’améliorer le confort de l’équipage dans le compartiment de la tourelle, une conduite de tir visiblement améliorée (entre autres avec l’ajout de certains composants en provenance du 2S19M2), la possibilité d’ajouter un viseur thermique panoramique pour le chef d’engin ainsi qu’une station balistique placée à la base du canon permettant de mesurer la vitesse initiale des projectiles. Enfin, les garde-boues latéraux sont identiques à ceux du 2S19M2. 

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Le viseur thermique panoramique installable sur le 2S19M1-155. Image@Uralvagonzavod.

A l’heure actuelle, il n’y a aucun utilisateur de cette variante.

  • 2S19M2

Parfois désigné à tort 2S33 (y-compris par les services de presse du Ministère de la Défense russe…), le 2S19M2 -répondant également au nom de projet « Dilemma« – est la dernière version en date du Msta-S, la production ayant en effet débutée en 2012 avec les premiers exemplaires livrés en 2013 pour le compte des forces russes. 

Si extérieurement cette variante se distingue par des garde-boues latéraux recouvrant la quasi-totalité du train de roulement ainsi que par des « poignées » installées sur le système d’amortissement de recul hydraulique du canon, elle présente toutefois un certain nombre d’améliorations par rapport au 2S19 et 2S19M1 (la plupart seront abordées au sein de la partie Caractéristiques techniques).

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Un 2S19M2 en démonstration lors du salon ARMY-2019. Photo@Vitaly.V.Kuzmin.

Le canon est ainsi changé au profit d’une variante modernisée 2A64M2 qui voit une amélioration de la cadence de tir avec 10 coups tirés par minute au maximum, la conduite de tir connait une nouvelle modernisation permettant de mettre en œuvre une fonction MRSI (Multiple Rounds Simultaneous Impact), ce qui signifie que plusieurs obus peuvent être tirés sur une même cible sous différents angles pour que les projectiles atteignent l’objectif en même temps, tandis que de nouveaux systèmes de communication sont installés. Par ailleurs la masse connaît une augmentation, passant à 43,24 tonnes.

  • 2S21 Msta-K

Plus qu’une variante, le 2S21 Msta-K était un projet développé en parallèle du Msta-S par l’Institut Central de Recherche « Burevestnik«  et devant aboutir à un canon automoteur basé sur une plate-forme à roue, là où les artilleries automotrices soviétiques développées jusque-là étaient créées sur des châssis chenillés: le châssis à roue devant  alors apporter un déploiement plus souple ainsi qu’un gain de mobilité opérationnelle, l’autonomie de l’engin atteignant les près de 1000 Km tandis que la vitesse maximale est de l’ordre des 80-85 Km/h.

Dès le début des années 1980 -et avant le lancement officiel du projet-, un premier démonstrateur fut mis au point sur la base d’un Ural-5323 (probablement un prototype, ce camion étant encore en développement durant cette période) doté d’un canon 2A67, un dérivé du 2A65 conçu spécialement pour être installé sur une plate-forme à roue.

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Un 2S21 Msta-K sur châssis Ural-5323. Image@?

Toutefois et avec le lancement officiel du programme en date de 1985, une autre plate-forme va être testée à savoir le nouveau KrAZ-CR-3210, renommé par la suite KrAZ-6316 après modifications.

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Le 2S21 Msta-K sur châssis KrAZ-6316. Image@Burevestnik.

Cependant, ces châssis devaient subir d’importantes modifications pour répondre au cahier des charges imposé et devant l’impossibilité de convaincre le Ministère de l’Industrie Automobile (Минавтопром) de la bonne mise au point de ces châssis, le projet fut tout simplement abandonné en septembre 1987.

Le 1K17 « Szhatie« : un dérivé pour le moins atypique

La base du 2S19 a également servi au développement d’un blindé particulièrement singulier: le 1K17 Szhatie.

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Le 1K17 Szhatie exposé au Musée technique militaire de Noginsk. Photo@Vitaly.V.Kuzmin.

Succédant aux projets 1K11 Stilet et Sangvin, le 1K17 est en effet un blindé dont « l’armement » principal est un système de faisceaux lasers installé dans une tourelle de 2S19 modifiée devant perturber et aveugler les systèmes optiques des matériels adverses (notamment des aéronefs).

Pour cela, le système met en œuvre un laser à état solide (Solid-state laser); s’il est parfois fait mention d’un rubis artificiel dont le poids avoisinerait les 10 à 30 Kg en tant que milieu amplificateur pour le laser, il semble toutefois plus probable que le milieu amplificateur employé soit en réalité un grenat d’aluminium et d’yttrium dopé au néodyme (Neodymium-doped Yttrium Aluminium Garnet ou Nd-YAG) alimentant douze canaux optiques indépendants, permet ainsi de viser différentes cibles. 

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Une vue rapprochée du « système d’arme » du 1K17. Photo@Vitaly.V.Kuzmin.

Au centre du système se trouve quatre autres canaux; les deux canaux situés du côté droit sont la sonde laser (petit canal) et le canal de réception du système de guidage automatique (grand canal), tandis que les deux canaux de gauches sont les systèmes optiques avec le système optique de jour (petit canal) et le système de vision nocturne (grand canal).

La mitrailleuse anti-aérienne NSVT de 12,7×108 mm est toujours présente et permet également la défense rapprochée du blindé, ainsi que six lance-grenades fumigènes 902V Tucha.

Alors que le premier prototype a été créé en 1990 et que l’engin a été adopté en service en 1992, la chute de l’URSS et des budgets qui en découlaient ainsi que le prix de l’engin jugé prohibitif au vu du contexte ont mis un terme au projet et aujourd’hui seul reste un exemplaire conservé dans un musée à proximité de Moscou.

Caractéristiques techniques

Agencement général et systèmes annexes

Pour commencer, voici les dimensions et la masse de l’engin:

  • Longueur: 11,91 mètres dont 6,04 mètres pour la caisse seule
  • Largeur: 3,38 mètres
  • Hauteur: 3,35 mètres
  • Garde au sol: entre 43 et 47 centimètres
  • Masse: entre 42 et 43,24 tonnes suivant la variante

Le 2S19 Msta-S est une artillerie automotrice dont l’architecture est plutôt conventionnelle avec l’armement qui est monté dans une tourelle pouvant tourner sur 360° en acier soudé elle-même montée sur un châssis modifié de T-80, conçue pour résister aux armes de petit calibre, notamment contre les balles perforantes de 7,62×51 et 7,62×54 mm (l’épaisseur du blindage serait de 15 mm). Sur la partie frontale de celle-ci sont placés six lance-pots fumigènes 902V Tucha permettant de masquer le blindé (y-compris face aux optiques IR et aux lasers avec les grenades 3D17) si celui-ci se trouvait en mauvaise posture. Du côté droit de la tourelle se trouve un ou deux panier(s) destiné(s) au transport des chargeurs supplémentaires pour la mitrailleuse lourde. Aussi deux unités de filtration d’air sont installées dans la tourelle, les conduits externes étant visibles sur les côtés de celle-ci, pour évacuer les gaz consécutifs aux tirs.

Enfin trois épiscopes TNPO-115 sont installés sur les côtés de la tourelle (deux du côté gauche et un du côté droit) pour permettre aux chargeurs ainsi qu’au tireur de pouvoir observer les alentours immédiats.

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Une synthèse des optiques présents sur le 2S19: en rouge le viseur panoramique du tireur pour les tirs indirect 1P22, en orange l’optique pour les tirs directs 1P23, en jaune les deux épiscopes TNPO-115 du tireur et du chargeur de gauche (le chargeur de droite possède aussi son épiscope), en rose les trois épiscopes TNPO-160 et en bleu le TKN-3V installé sur le tourelleau (le TNPO-160 du tourelleau se trouve à droite du TKN-3V ). Photo@V.Demyanchenko, modifications@Benoît.C.

Le blindé est mis en œuvre par un équipage de cinq hommes, à savoir:

  • Le conducteur qui se trouve de manière conventionnelle à l’avant de la caisse en position centrale. Pour se diriger, il possède trois épiscopes TNPO-160 ainsi qu’un optique de vision nocturne TVNE-4B; la version 2S19M2 voit également l’installation d’un système d’affichage numérique des informations concernant le moteur et la vitesse de l’engin sur sa gauche
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Le poste de pilotage d’un 2S19M2. On peut remarquer à gauche le panneau de contrôle et d’affichage numérique. Photo@?
  • Le chef d’engin placé à l’avant droit de la tourelle (là où se trouve la mitrailleuse anti-aérienne) et peut observer son environnement via un tourelleau équipé d’un optique jour/nuit TKN-3V et d’un épiscope TNPO-160; un projecteur infrarouge OU-3GKUM est également présent sur le support du tourelleau 
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Le poste du chef d’engin d’un 2S19M1. Photo@kolesa.ru
  • Le tireur est quant à lui positionné à l’avant gauche de la tourelle
  • Deux chargeurs prennent place derrière le tireur et le chef d’engin; deux autres pourvoyeurs de munitions sont nécessaires si le chargement des munitions s’opère depuis l’extérieur sur une position aménagée
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Le poste du tireur et celui d’un des deux chargeurs sur un 2S19M2. Photo@Vitaly.V.Kuzmin.

Les communications sont initialement assurées sur le 2S19 grâce à une radio R-173 d’une portée maximale de 20 Km. Toutefois, ce modèle est aujourd’hui totalement obsolète sur le plan des cryptages des informations, ce qui va alors entraîner le remplacement de cette dernière sur les 2S19M1 et 2S19M2 par la R-168-25UE-2 -couplée avec le système de contrôle AVSKU-E– permettant des communications de l’échelon de la compagnie jusqu’au régiment tout en offrant un plus haut degré de cryptage. L’équipage communique quant à lui en interne grâce à un interphone 1V116 assurant des communications pour un maximum de sept personnes. Le 2S19M2 est également équipé d’un système de communication 1V180-1.30.00.000, sans précision toutefois sur les caractéristiques du système.

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La radio R-168-25UE-2. Image@sozvezdie.su.

A partir du 2S19M1, une antenne satellite GLONASS/GPS est installée à l’arrière de la tourelle permettant au blindé de pouvoir déterminer sa position.

Pour permettre le fonctionnement des systèmes électriques sans que le moteur ne soit allumé, une unité de puissance auxiliaire (ou APU en anglais) AP-18D(M) fournissant une puissance de 16 kW et dotée d’une autonomie de 8 heures est montée à l’arrière droit de la tourelle.

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Une unité de puissance auxiliaire AP-18DM, montée sur les versions modernisées du 2S19. Photo@A.V.Karpenko.

Sur la partie supérieure de la caisse se trouve un support déployable permettant de soutenir la volée du canon lors des déplacements tandis que sur la partie inférieure de celle-ci se trouve une lame de déblayage permettant au 2S19 de pouvoir préparer une position aménagée de manière autonome. Deux phares sont également montés, à savoir un FG-125 à droite avec filtre IR et un FG-127 à gauche, pour les déplacements de nuit.

La lutte contre les incendies est réalisée par le système 3ETs11-2, composé de 15 capteurs thermiques TD-1 placé dans l’ensemble du blindé, un panneau de contrôle P11-5 dans le compartiment du pilote fonctionnant à l’aide de voyant lumineux ainsi que trois extincteurs actionnables via le panneau de contrôle; un extincteur manuel de type OU-2 est également employable par le conducteur. Si le 2S19M2 (et M1?) est potentiellement équipé d’une version modernisée 3ETs-11-3 équipée en supplément d’une unité d’automatisation B11-5-2S1 et d’un boîtier de contrôle de la ventilation KUV-11-6-1S, il est toutefois étonnant que des systèmes plus récents ne soient pas employés tel le 3ETs13, qui est notamment doté de capteurs optiques OD1-1S plus sensible que les TD-1. 

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Un capteur thermique TD-1 intégré au système 3ETs11-2. Image@?

Recouvert par des garde-boues de plus ou moins grandes tailles suivant la variante, le train de roulement, dont les suspensions sont de type barre à torsion, est composé de six galets de roulement et de cinq rouleaux porteurs; toutefois et contrairement au T-80 duquel il est dérivé et où les galets sont disposés par « paires », sur le 2S19 les trois galets avants sont espacés de manière irrégulière avec un écartement plus important entre le deuxième et le troisième galet, un espace de moindre importance sépare le troisième et le quatrième galet tandis que les trois galets arrières sont placés côte-à-côte. Les premiers, deuxièmes et sixièmes galets sont par ailleurs associés avec un amortisseur hydropneumatique.

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Une vue de dessous du train de roulement d’un 2S19M2 au sein de l’usine d’Uraltransmash. Image@TV Zvezda.

Et de manière traditionnelle, le compartiment moteur se trouve à l’arrière de l’engin tandis que le moteur et la transmission sont dissociés.

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Un schéma de l’agencement interne du 2S19. Image@?

Puissance de feu et conduite de tir

Au cœur du 2S19 se trouve le canon 2A64 de 152,4 mm et long de 47 calibres (longueur du tube seul: 7,16 m) équipé d’un frein de bouche à trois fentes, d’un système d’amortissement de recul hydraulique distinguable avec les deux cylindres situés à la base du canon ainsi que d’un extracteur de fumées dont le volume de la chambre de combustion est de 16 litres; il s’agit de la variante embarquée du canon tracté 2A65 Msta-B.

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Un canon 2A64 présenté lors d’une exposition. Photo@Alexey Khlopotov.

Doté d’un système de chargement « automatique » couplé avec un système de contrôle 6ETs19; si l’opération est effectivement automatique dans le cas des projectiles (bien que l’opération puisse également être réalisée avec l’assistance d’un des deux chargeurs), le chargement des charges propulsives est cependant semi-automatique, le 2A64 peut alors assurer une cadence de tir maximale d’environ 8 coups par minute -valeur qui tombe entre 6 et 7 lorsque les projectiles sont chargés depuis l’extérieur du blindé à partir du convoyeur rétractable situé à l’arrière de la tourelle-; le 2S19M2 connait une augmentation de la cadence de tir avec 10 coups par minute au maximum grâce à l’installation du 2A64M2 modernisé ainsi que par l’amélioration du système de rechargement, notamment avec le remplacement du 6ETs19 par le 1V180-1.40.00.000 géré numériquement et permettant de charger automatiquement le type de projectile voulu.

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Le convoyeur de munition externe d’un 2S19M2 déployé, ici testé avec une réplique d’un obus de 152 mm lors de tests en usine. Image@Rossiya1.

Pour ce qui est de la dotation en munitions, c’est un maximum de 50 projectiles qui peuvent être embarqués au sein d’un râtelier mécanisé à l’arrière de la tourelle avec leur charge propulsive. Une fois le projectile tiré, la douille de cette dernière est évacuée à l’avant de l’engin par une trappe située au-dessous du canon.

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Une vue du râtelier mécanisé d’un 2S19M2. Photo@Vitaly.V.Kuzmin.

Possédant un débattement vertical compris entre -4° et +68°, ce canon possède une portée maximale de 24,7 Km avec des obus basiques et 29 Km avec l’utilisation d’un obus à propulsion additionnelle; toutefois la portée maximale dépend du projectile ainsi que de la charge propulsive employée -la Zh-546U est ainsi utilisée pour des portées d’engagements comprises  entre 8 et 14,37 Km, les ZH-546 et Zh-38 pour une engagement maximal de 20 Km et enfin la Zh-61 permet d’atteindre les portées maximales de 24,7 et 29 Km- .

Le 2S19 est apte à l’emploi d’une grande panoplie de projectiles (dont la masse varie entre 42,8 et 57,9 Kg) suivant l’objectif à traiter et la portée d’engagement. Sans faire une liste complète des projectiles disponibles, il est tout de même possible de montrer les caractéristiques de certains d’entre-eux:   

Projectiles explosifs:

  • Le 3OF25 (charge explosive de 6,8 Kg, portée maximale comprise entre 13,4 et 17 Km)
  • Le 3OF45 (charge explosive de 7,65 Kg, portée maximale comprise entre 14,37 et 24,7 Km)
  • Le 3OF64 (charge explosive de 7,8 Kg, portée maximale comprise entre 14,37 et 24,7 Km)
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Un projectile 3OF64 au côté de charges propulsives. Image@nimi.su
  • Le 3OF61 à propulsion additionnelle (charge explosive de 7,8 Kg, portée maximale de 29 Km).
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Le projectile 3OF61 et sa charge propulsive. Image@nimi.su

Obus à sous-munitions:

  • Les 3VO13 et 3VO14 dotés d’un projectile 3-O-13 (8 sous-munitions de 1,4 Kg dont 230 gr de charge explosive, portée maximale respective de 14,5 et 11 Km)
  • Les 3VO28, 3VO29 et 3VO30 dotés d’un projectile 3-O-23 (40 sous-munitions de 360 gr chacune dont 42 gr de charge explosive, portée maximale comprise entre 14 et 21 Km).
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La fiche technique du projectile 3-O-23. Image@VLAS.

Projectiles spéciaux:

  • Le projectile fumigène 3VDTS8 (pour indiquer la position d’un objectif notamment)
  • Les obus 3VBR36, 3VBR37 et 3VBR38 dotées d’un projectile 3RB30 conçues pour brouiller les longueurs de fréquences comprises entre 1,5 et 120 MHz (portée maximale respective de 13,5, 18 et 22 Km); elles semblent avoir été développées en collaboration avec la Bulgarie. 
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Un projectile 3RB30 au côté des trois charges propulsives employable. Image@?

Le 2S19 est également apte à l’emploi du système de munition guidée 2K25 Krasnopol, développé par la société KBP et aujourd’hui produit par la holding Kalashnikov, composé de différents éléments:

  • Un projectile 3OF39 Krasnopol doté d’un autodirecteur à guidage laser semi-actif 9E421 produit en Russie par la JSC LOMO (et également en Ukraine par la société NPK Progress), d’un empennage arrière constitué de quatre ailettes plus quatre autres ailettes situées au milieu du projectile, le tout déployable une fois le projectile tiré, et enfin d’une charge propulsive Zh-546 de moyenne portée ou Zh-546U de courte portée; la munition complète sera alors respectivement désignée 3VOF64 et 3VOF93 dont la portée maximale respective est de 20 et 8 Km (la portée minimale étant de 3 Km).  

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  • Une source de désignation laser, que ce soit un désignateur laser basé au sol comme les 1D15/20/22/26, le LTSD-4 et ses variantes, le système de contrôle automatisé pour les unités d’artilleries KM-15 Malakhit ainsi que des systèmes étrangers ou via l’utilisation d’un drone.
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L’ensemble des composants du système KM-15 Malakhit. Image@kbp tula.
  • Un système de synchronisation de tir 1A35 visant à confirmer le tir du projectile ainsi qu’un système radio pour la communication entre l’équipe d’observation avancée et la batterie d’artillerie (auparavant une radio R-159M, aujourd’hui une radio de type R-168).

Pour ce qui est de la séquence de tir, l’équipe d’observation avancée ou le drone détermine dans un premier temps les coordonnées de la cible. Une fois les coordonnées de la cible indiquées à la batterie d’artillerie, un ou plusieurs 2S19 vont alors tirer un projectile 3OF39 en direction de la cible, le système 1A35 permettant de confirmer à l’équipe d’observation avancée que le projectile a été tiré et vont alors « marquer » l’objectif avec le désignateur laser (pour les systèmes basés au sol, leur portée pour une cible de type char de combat s’établit entre 5 et 7 Km de jour et environ 4 Km de nuit); cette dernière étape pouvant également être réalisé avec un drone et de fait rendant inutile le système de synchronisation de tir.

Alors que le guidage du projectile se fait dans un premier temps par guidage inertiel, la tête optique prend le relais lors de la dernière partie du vol (le capuchon de protection de la tête se détache alors en vol) et l’empennage de l’obus se déploie pour assurer la correction de la trajectoire jusqu’à l’impact, le Krasnopol affichant ainsi une probabilité d’impact estimé entre 70 et 80% (bien que cela puisse varier suivant les conditions météorologiques et l’objectif ciblé) et est capable de toucher une cible en mouvement se déplaçant à 36 Km/h au maximum.

Un projectile 3OF39M Krasnopol-M aux dimensions plus réduites (95,5 cm de long et 43 Kg contre 1,305 m et 50,8 Kg pour la version classique) et à la portée maximale de 17 Km semble également avoir été développé pour pouvoir être pleinement compatible avec le système d’assistance au chargement du 2S19; le 3OF39 d’origine reste toutefois employable par ce dernier, d’autant plus que le Krasnopol-M n’a pour l’heure jamais été observé au sein des forces russes.

Toutefois, le système Krasnopol a aussi été adapté pour les canons de 155 mm avec deux versions: en premier lieu, une version « classique » désignée KM-1 Krasnopol a été directement extrapolée du Krasnopol: ainsi les dimensions de l’obus K155 sont peu ou prou identiques (seul la masse connaît une légère variation avec une masse totale augmentée à 51,3 Kg et une charge militaire réduite à 20,3 Kg dont 6,3 Kg d’explosifs) tandis que les performances sont identiques, les chances de succès étant de 80 à 90% sur une distance inférieure à 12 Km et de 60 à 70% entre 12 et 20 Km.

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Un projectile K155 du système KM-1 Krasnopol. Photo@Vitaly.V.Kuzmin.

La seconde variante est quant à elle désignée KM-1M Krasnopol-M2 et se différencie sur plusieurs points: alors que le projectile K155M est plus court avec 1,2 m de long, il s’avère toutefois plus lourd avec 54 Kg au compteur dont 26,5 Kg de charge militaire (11 Kg d’explosifs). La portée maximale a par ailleurs été poussée à près de 25 Km tandis que le projectile se distingue également par son empennage arrière composé désormais de six ailettes.

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Le projectile K155M du système KM-1M Krasnopol-M2. Photo@Vitaly.V.Kuzmin.

Par ailleurs une nouvelle variante du Krasnopol -désignée Krasnopol-D– est en cours de développement à l’heure actuelle. Ce projectile posséderait un système de guidage par satellite complémentaire au guidage inertiel durant la première partie du temps de vol (le guidage terminal étant toujours réalisé par guidage laser) et aurait une portée poussée à près de 43 Km; toutefois et au vu de cette performance particulièrement élevée, il n’est pas certain que le 2S19 Msta-S soit en mesure de l’employer et serait alors destiné à son successeur, le 2S35 Koalitsiya-SV

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Un tableau comparant les caractéristiques (supposées) du Krasnopol-D par rapport au Krasnopol-M2. Tableau@Andreï BT.

Pour mettre en œuvre le canon, le tireur possède à sa disposition le complexe de conduite de tir 1V124 lui-même composé de différents éléments à savoir un viseur 1P22 placé en configuration panoramique destiné au tir indirect doté d’un grossissement de 3,7 utilisable sur une plage d’élévation du canon comprise entre -4 et +50° et doté d’un angle de vue de 10,5°, un équipement de réception et de transfert d’informations 1V122 ainsi que le système électrique 2E46 destiné au pointage de la tourelle en azimut et du canon en élévation. Par ailleurs le 2S19 est également apte aux tirs directs grâce à un optique 1P23 placé dans une fente à gauche de la partie frontale de la tourelle et qui est directement intégré au 1P22, possédant un grossissement de 5,5 ainsi qu’un angle de vue de 11°.

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Le seul complexe 1V124 s’est toutefois montré obsolète assez rapidement et comme dit plus haut, la mise en service du 2S19M1 va s’accompagner d’une nouvelle conduite de tir plus récente de type АСУНО qui est donc désignée 1V168 « Uspekh-S » intégrant les systèmes suivants:

  • Un ordinateur de bord
  • Un système de guidage gyroscopique
  • Un panneau d’affichage (le commandant en possède également un)
  • Un indicateur d’informations pour le tireur
  • Des indicateurs d’informations pour les chargeurs
  • Un odomètre
  • Un capteur numérique pour mesurer l’angle d’élévation du canon.
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Une synthèse des composants intégrés au sein du système Uspekh-S. Image@?

Par ailleurs, le système de pointage a été modernisé au niveau 2E46M; le résultat final devant apporter un gain de précision plus important ainsi qu’une réduction du temps de préparation au tir (on parlerait d’un temps réduit à trois minutes au maximum entre le début du déploiement sur une position non préparée et le premier tir et une possibilité de faire feu sur un objectif nouvellement désigné en l’espace de 10 à 15 secondes).

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Le 2S19M2 va encore connaître une amélioration dans ce domaine avec l’installation du complexe de conduite de tir 1V169-1 qui voit notamment l’apparition d’une dernière modification du système de pointage désigné en toute logique 2E46M2; le commandant serait par ailleurs doté d’une carte numérique en couleur. Comme dit plus haut dans la section Variantes, le 1V169-1 offre au 2S19M2 la faculté de pouvoir toucher une cible avec plusieurs projectiles tirés sous différents angles de manière à atteindre l’objectif en simultané.

Pour assurer sa défense rapprochée dans le cas où la batterie d’artillerie serait engagée à courte portée, le 2S19 est doté d’une mitrailleuse lourde 6P17 NSVT de 12,7×108 mm placée en configuration anti-aérienne et opérée par le chef d’engin depuis l’intérieur du blindé grâce au viseur PZU-5 et au système de guidage électrique 1ETs20.

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Le support de la mitrailleuse lourde sur un 2S19M1. Le viseur PZU-5 est ici visible à proximité du projecteur infrarouge OU-3GKUM. Photo@kolesa.ru

Dotée de 300 munitions (cinq chargeurs de 60 cartouches chacun), la NSVT possède une cadence de tir comprise entre 700 et 800 coups par minutes et possède une portée de tir maximale comprise entre 1500 et 2000 m suivant le type de cible; dans les faits la portée pratique maximale s’établit aux alentours des 800 m. Sur les modèles plus récents en production ou passant par une phase de modernisation, la NSVT laisse sa place à une 6P49 Kord de même calibre mais étant plus récente et plus précise et produite sur le sol national alors que les sites de production de la NSVT se trouvent au sein d’anciennes républiques soviétiques (notamment le Kazakhstan).  

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Une mitrailleuse lourde 6P49 Kord. Image@Rosoboronexport

Enfin et bien que ceci ne concerne pas directement le 2S19, ce dernier est également équipé d’armements d’infanterie destinés à l’équipage pour son autoprotection à savoir 5 fusils d’assauts AKS-74 (d’autres modèles plus récents peuvent probablement être employés comme l’AK-74M) fournis avec 900 cartouches et un pistolet de détresse avec 18 fusées en stock (il est également parfois fait mention de grenades défensives F-1).

Mobilité

Pour pouvoir déplacer les 42 tonnes du 2S19, ce dernier se voit équipé du moteur diesel V-84A (dérivé du V-84 équipant le T-72) conçu par l’Usine de tracteur de Chelyabinsk (aujourd’hui Chtz-Uraltrak) de 12 cylindres en V dont la fréquence de rotation est comprise entre 1600 et 1900 tours/minutes et fournissant 780 ch, permettant au Msta-S d’atteindre un rapport chevaux/tonnes de 18,57; le montage du V-46-6 de même puissance est également possible, de même que le V-84-1 dont la puissance a été poussée à 840 ch.

Les 2S19M1 et 2S19M2 sont quant à eux équipés d’une version modernisée du V-84 désignée V-84AMS: alors que la puissance motrice est sujette à caution, les valeurs de 780 et 840 ch étant toutes deux données, les améliorations vont ici porter sur la pose de soufflets sur les collecteurs d’échappements devant à la fois éliminer un défaut de surchauffe de ces derniers et améliorer légèrement la signature thermique de l’engin. Avec un poids désormais porté à 43,2 tonnes, le rapport chevaux/tonnes de cette variante diminue légèrement avec une valeur de 18,05 (19,44 si la puissance de 840 ch est confirmée).

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Le moteur V-84MS. Le V-84AMS équipant les 2S19M1 et M2 en est un dérivé. Image@chtz.ru.

Par ailleurs, et il s’agit d’une caractéristique partagée par bon nombre de blindés soviétiques et russes, le moteur est capable de produire un écran de fumée par injection supplémentaire de carburant pour masquer l’engin à la vue de l’ennemi, toutefois et contrairement au 902V Tucha doté de grenades spécifiques, cet écran de fumée ne masque par le blindé des optiques IR.

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Un 2S19M2 faisant une démonstration de sa capacité à générer un écran de fumée via le moteur. Image@TV Zvezda.

La transmission, similaire à celle du T-72 et dérivés, est de type manuelle avec une assistance hydraulique associée à une boîte de vitesse possédant 7 rapports avant et 1 rapport arrière.

Avec ces composants, la vitesse maximale du 2S19 Msta-S est de 60 Km/h dans de bonnes conditions tandis que la vitesse en marche arrière est de l’ordre de 5 Km/h, correspondant à bon nombre de blindés lourds soviétiques et russes jusqu’à récemment. Pour ce qui est des performances dynamiques, le 2S19 peut franchir un fossé d’une largeur comprise entre 2,6 et 2,8 mètres, surmonter un obstacle d’une hauteur de 50 cm au maximum et gravir des pentes d’une inclinaison maximale de 25°, il peut également franchir une coupure humide de 1,5 mètres, valeur pouvant être poussée à 5 mètres avec l’utilisation d’un snorkel sur une distance maximale de 1 Km. 

L’autonomie du blindé est de l’ordre de 500 Km, une valeur correspondant à la majorité du parc de blindés lourds en service au sein des forces russes, grâce à une capacité en carburant interne d’environ 1250-1300 litres.

Le 2S19 au sein des forces armées russes

La carrière du 2S19 commence au sein de l’armée soviétique au cours des toutes dernières années de l’URSS: pour rappel, la production en série du Msta-S débute en 1988 tandis qu’il est officiellement adopté au sein des forces en 1989. A la chute de l’Union soviétique en 1991, ce sont 231 de ces engins qui ont alors été produits en se basant sur les chiffres de production du canon 2A64.

Et alors que le chaos des années 1990 a mis fin à bon nombre de programmes militaires en Russie tout en ralentissant fortement la production des matériels, le 2S19 va au contraire connaître une hausse notable de la production dans un premier temps, probablement dû à l’inertie de la production pour éviter de mettre au chômage un nombre important de personnels dans cette période de crise, avec un pic de 202 Msta-S atteint en 1991 suivi de 169 engins en 1992 et 86 exemplaires en 1993. 1994 et 1995 vont connaître une stabilisation de la production avec respectivement 51 et 50 exemplaires avant de connaître une chute drastique en 1996 avec les six « dernières » unités livrées: ainsi au cours de la période 1991-1996 ce seront 564 2S19 supplémentaires qui seront produits (sur un total de 795 exemplaires donc)… et il faudra alors attendre près de treize années pour que la production soit relancée.

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Deux 2S19 en cours de réparation/modernisation (?) au sein des locaux d’Uraltransmash. Image@gosrf.ru.

En effet, si une maigre quantité de canons 2A64 sera produite dans la période 1997-2007 (11 canons au total, probablement pour des questions de réparations), les années 2008 et 2009 vont voir une légère hausse de la production avec respectivement 8 et 12 pièces produites, amorçant ainsi la reprise de la production du Msta-S sous la variante 2S19M1 (bien que les chiffres varient suivant les années avec 51 unités en 2010, 9 en 2011, 39 en 2012 et 41 en 2013, soit un total de 152 exemplaires dans la période 2009-2013). Selon un article posté sur le blog Altyn73, près de 200 2S19M1 aurait été livrés durant la période 2007-2011, ce qui signifierait qu’une part importante des engins soit en fait des 2S19 modernisés à ce standard.

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Deux 2S19 lors d’un entraînement au tir. Image@1HD.

L’année 2013 voit la mise en service du premier lot de 2S19M2 pour le compte des forces russes avec près de 35 exemplaires à destination du district militaire du Sud. Et avec près de 30 à 40 exemplaires livrés annuellement durant la période 2013-aujourd’hui, il est possible d’établir une estimation grossière de 230 à 250 2S19M2 livrés aux forces russes, aussi bien aux unités actives que pour les unités d’entraînement.

Toutefois la mise en service des 2S19M1 n’en n’est pas pour autant oubliée, en effet plusieurs lots de cette variante ont été livré, notamment 36 exemplaires en 2014, 24 exemplaires en 2015, potentiellement une vingtaine en 2017 et enfin un lot d’une dizaine de canons automoteurs en février de cette année à destination de la 244ème Brigade d’artillerie basée dans l’oblast de Kaliningrad.

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Une batterie de 2S19M1 appartenant à la 227ème Brigade d’artillerie (district militaire du Sud). Photo@mil.ru.

A l’heure actuelle, ce sont près de 730 2S19 toutes variantes confondues sur les plus de 1100 exemplaires produits au total qui sont en service au sein des forces armées russes dont près de 500 exemplaires modernisés au standard 2S19M1 et 2S19M2 (environ 260-270 engins seraient donc stockés en réserve et peuvent potentiellement être modernisés à l’avenir), ce qui en fait l’un des systèmes d’artillerie les plus répandus au sein des forces russes et leur permet ainsi d’aligner un matériel globalement moderne -mais pas sans défauts comme nous le verrons plus tard dans cette partie- équipant près de 21 brigades et divisions blindées, de fusiliers motorisés ou d’artillerie à raison de deux bataillons de 18 2S19 chacun -soit trois batteries de 6 canons automoteurs par bataillon- ; certaines unités n’ayant pour l’heure qu’un seul bataillon doté de 2S19 tandis que la 385ème Brigade d’artillerie du district militaire Oriental possède quatre bataillons, ainsi que quatre centres de formation à raison de six automoteurs par centre.

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Des 2S19M2 lors d’un exercice au sein du district militaire du Sud. Photo@mil.ru

Toutefois si le 2S19 s’avère être dans l’ensemble un bon système d’artillerie avec des caractéristiques très honorables -et comme signalé brièvement ci-dessus-, il n’est pas sans défauts et pêche sérieusement dans un domaine qui n’est pas anodin: la portée de tir. En effet avec des portées affichées de 24,7 Km avec des munitions classiques et 29 Km au maximum avec l’obus à propulsion additionnelle, le 2S19 ne possède pas une marge de manœuvre très importante face à d’autres canons automoteurs récents: si cela n’affecte pas directement la capacité du 2S19 à assurer un soutien efficace aux forces (d’autant plus si l’adversaire ne possède pas de moyens pour répliquer), il n’est toutefois pas en mesure de se mesurer face à des canons automoteurs à la portée de tir plus importante -en tête les canons automoteurs équipés d’un canon de 155 L/52 dont la portée dépasse les 30 voire 40 Km suivant les projectiles- et s’expose lui-même à de potentiels tirs de contre-batterie. Ce défaut explique en partie les travaux de développement concernant des canons automoteurs plus moderne aux performances accrues dès les années 90 et qui aboutiront finalement au 2S35 Koalitsya-SV

Cependant, il semblerait que ceci ne remette pas en cause le développement du Msta-S, en effet plusieurs informations indiquent que le 2S19 pourrait connaître une nouvelle phase de modernisation et bénéficiera d’améliorations visant à renforcer son efficacité.

Tout d’abord une brève de l’agence Rossiskaya Gazeta concernant un obus à propulsion additionnelle de 152 mm qui sera employé par le 2S35 faisait également mention du 2A65 ainsi que du 2S19 comme potentiel utilisateur. Ledit projectile -dont les travaux semblent avoir commencé en 2014 et dont un démonstrateur a été présenté au salon ARMY-2017- voit ainsi sa portée nettement accrue (il serait le « détenteur » des 70 à 80 Km de portée annoncé pour le Koalitsiya-SV) par l’installation d’un statoréacteur sur la partie avant du projectile sur le démonstrateur exposé; toutefois il ne s’agirait pas d’une configuration optimisant au mieux l’allonge de tir par rapport à un réacteur installé directement dans le corps du projectile.

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Le démonstrateur de l’obus à propulsion additionnelle (notez le statoréacteur sur la partie avant du projectile) de 152 mm exposé à ARMY-2017. Photo@Alexei Moiseev.

S’il n’y a pour l’heure aucune confirmation fiable indiquant que le Msta-S puisse effectivement employer ce projectile à l’avenir, ce dernier pourrait tout de même contribuer à améliorer sensiblement les performances du 2S19 en ce qui concerne la distance de tir -cependant les 70 à 80 Km affichés par le 2S35 ne seront clairement pas atteints, celui-ci ayant plusieurs caractéristiques (telles la longueur du canon, l’emploi de charges propulsives de dimensions plus importantes et autres) qui lui sont propres-.

Les premiers renseignements concernant une nouvelle phase de modernisation pour le 2S19 sont apparus à la fin de 2017 puis au tout début de 2019. Si la dernière annonce était alors extrêmement brève et laissait dubitative -elle n’apportait pas beaucoup d’éléments concrets-, elle mentionnait tout de même la possibilité d’installer un nouveau bloc optique et, plus surprenant, d’un nouveau canon: les options concernant ce dernier sont des plus restreints puisque hormis le 2A88 monté sur le 2S35 et un hypothétique montage du 2A37 (clairement peu probable au vu de l’âge du canon), il n’existe aucun canon de 152 mm en Russie doté de performances accrues.

Il faudra alors attendre le début du mois de juillet 2019 pour avoir -à défaut d’informations plus concrètes- une réelle confirmation au sujet d’une nouvelle modernisation du 2S19 Msta-S. En effet et comme à chaque début de mois de juillet le rapport annuel (lien direct pour les informations les plus importantes) du groupe Uralvagonzavod (dont Uraltransmash en est une filiale) est disponible pour le public. Et il s’avère qu’en ce qui concerne les développements réalisés par le groupe durant l’année accomplie, on peut lire l’extrait suivant:

« ОКР по глубокой модернизации СГ 2С19М2 (Мста-С). Целью работы
является создание 152 мм самоходной гаубицы с тактико-техническими
характеристиками, соответствующими лучшим мировым образцам. »

Soit en français:

« Projet de développement d’une profonde modernisation du canon automoteur 2S19M2 (Msta-S). L’objectif du projet est de créer un canon automoteur de 152 mm avec des caractéristiques techniques et tactiques correspondant aux meilleurs modèles étrangers. »

Il est effectivement confirmé que des travaux concernant le développement d’une modernisation supplémentaire du 2S19 -un hypothétique « 2S19M3 »- sont en cours visant à améliorer sensiblement les performances du Msta-S, sans que l’on sache toutefois quels sont les caractéristiques qui seront modifiées: si la pose d’une nouvelle conduite de tir plus moderne serait logique, l’installation d’un nouveau canon (reste à savoir lequel si tel était le cas) ou l’emploi de projectiles à la portée étendue ne seraient alors pas superflus dans le cadre d’une modernisation en profondeur.

Indépendamment de cette dernière information, le 2S19 sera de toute évidence la principale artillerie automotrice des forces russes pour la prochaine décennie à venir, voire la décennie 2030: cela dépendra de la date réelle du lancement de la production en série du 2S35 ainsi que les quantités livrés annuellement. D’ailleurs la cohabitation semble déjà actée si on se base sur un article de l’agence de presse TASS en date de novembre 2017: ainsi alors que le 2S35 équipera en priorité les brigades d’artilleries, les 2S19 seront pour leur part en dotations au sein des unités de fusiliers motorisés et blindées, les régiments d’artilleries ainsi que les divisions indépendantes. 

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Un 2S35 Koalitsiya-SV et trois 2S19M2 lors d’une répétition du défilé militaire de la Victoire (année non spécifiée). Ce binôme devra former l’ossature de l’artillerie russe au cours des prochaines décennies. Photo@Sergey Bobylev.

Le 2S19 au sein des forces armées étrangères 

Si le 2S19 et ses versions modernisées sont présents en quantité importante au sein des forces armées russes, l’engin n’a toutefois pas connu une carrière à l’export aussi brillante. 

Tout d’abord quelques pays de l’ex-URSS ont pu conserver un certain nombre de 2S19 à la suite de la dislocation de l’Union soviétique, ce qui est notamment le cas de la Biélorussie avec 12 exemplaires et de l’Ukraine avec 40 véhicules. Concernant cette dernière, plusieurs engins ont été perdus lors du conflit dans l’Est du pays ayant débuté en 2014 face aux séparatistes pro-russes, faisant baisser le nombre d’engins en service à 35; quatre engins ayant été répertoriés comme étant détruit sur le site Lost Armour (dont deux par incident) tandis qu’un exemplaire a été capturé par les séparatistes, ces derniers ayant également perdus un exemplaire -en toute logique d’origine russe-. La Géorgie aurait également un exemplaire en réserve, bien que cette information soit sujette à caution.

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Un 2S19 de l’armée ukrainienne lors d’un exercice en août 2018. Photo@Ministry of Defence of Ukraine.

Le premier client export du 2S19 à proprement dit est l’Ethiopie qui s’est procuré environ 10 exemplaires (certaines sources font mentions de 12 engins) directement en provenance des stocks de l’armée russe en 1999 dans le cadre du conflit armé opposant l’Ethiopie et l’Erythrée ayant débuté le 6 mai 1998.

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Un 2S19 éthiopien en date de 2006. Photo@RTimson / scalemodels.ru.

Toutefois, le principal utilisateur du 2S19 à l’étranger à l’heure actuelle est le Venezuela. Si les informations à ce sujet sont assez vagues, il semblerait que la commande de 48 2S19M1 ait eu lieu au cours de l’année 2009 dans le cadre d’une série de contrats visant à moderniser le parc d’artillerie des forces terrestres vénézuéliennes, la livraison des premiers engins s’étant déroulée en 2011 qui ont été mis en service au sein de la 41ème Brigade blindée (elle-même intégrée au sein de la 4ème Division blindée).   

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Un 2S19M1 de l’armée vénézuélienne. Photo@fav-club.com.

Dernier client en date du Msta-S, l’Azerbaïdjan a en effet passé commande, là encore dans le cadre d’une importante série de contrat avec la Russie signés durant la période 2011-2012, de 18 2S19M1 qui ont été livrés au printemps 2013, ces derniers ayant pu défiler pour la première fois au cours de la Journée des forces armées d’Azerbaïdjan le 26 avril 2013. 

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Un 2S19M1 azerbaïdjanais lors de la parade de la Journée des forces armées du 26 avril 2013. Photo@Rorsah-photo(Wikipédia).

Ainsi ce sont près de 130 2S19 et 2S19M1 Msta-S qui sont aujourd’hui en service hors des frontières de la Fédération de Russie, ce qui représente à peine 10% de la production totale estimée des systèmes Msta-S, et parmi-eux seuls 78 exemplaires (dont 64 produits à neuf) ont été véritablement livrés dans le cadre d’un contrat d’exportation. 

Le 2S19 a également été proposé à l’Inde dans le cadre d’un appel d’offre en date de janvier 2011 portant sur l’achat de 100 canons automoteurs équipés d’un canon de 155 mm long de 52 calibres, avec une option pour 50 exemplaires supplémentaires (les besoins indiens dans ce domaine étant alors jugés à près de 250 artilleries automotrices, d’autres contrats pouvant suivre le contrat initial).

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Un 2S19M1-155 lors d’une session de test de tir en Inde. Photo@Rosoboronexport.

Ce sont quatre sociétés qui vont initialement répondre à l’appel d’offre, cependant seul le binôme Larsen et Toubro et Samsung Techwin (aujourd’hui Hanwha Techwin) qui va proposer le K9 Vajra-T (une version produite sous licence en Inde et modifié pour les besoins des forces armées indiennes) d’un côté et l’organisme Rosoboronexport associé à la structure étatique indienne Ordnance Factory Board -qui va donc mettre en avant le 2S19M1-155- de l’autre vont rester en lice lors des tests des engins au cours de la période 2013-2014. En septembre 2015, l’Inde va annoncer officiellement le choix du vainqueur de la compétition… à savoir le K9 Vajra-T: le 2S19M1-155 se serait en effet montré moins performant sur différents points et notamment en ce qui concerne la cadence de tir, la précision ainsi que la mobilité. Il faudra tout de même attendre le printemps 2017 pour que le contrat soit officiellement signé, les premiers exemplaires ayant été livré à la fin de 2018. 

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Un K9 Vajra-T de l’armée indienne. Photo@PTI Photo.

Conclusion

Conçu pour répondre à un double objectif de fournir aux forces soviétiques une artillerie automotrice « dernier cri » pour faire face à l’arrivé du 155 mm L/39 au sein des armées de l’OTAN ainsi que pour tenter de rationaliser un parc d’artilleries relativement vaste tant au niveau des pièces que des munitions employées, le 2S19 Msta-S va commencer à faire son apparition à  partir de la fin des années 1980 et permet effectivement à l’artillerie soviétique de (commencer à) se doter d’un engin effectivement moderne; en ce qui concerne l’objectif de la rationalisation s’il peut employer les projectiles standard de 152 mm, tant le Msta-S que le Msta-B ne seront clairement pas assez nombreux pour mettre en place une standardisation plus poussée.  

Avec la chute de l’URSS en 1991, l’avenir du 2S19 aurait pu être compromis: avec seulement près de 230 engins produits à cette date, ce dernier ne forme en effet qu’une goutte d’eau parmi les canons automoteurs disponibles et suite à la chute massive des crédits durant la décennie 1990, il n’aurait pas été impossible que la production cesse brutalement. Cependant et de manière « inattendue », la production va continuer quelques années supplémentaires jusqu’en 1996 avec un nombre d’engins produits non négligeable; sans être massivement répandu, le 2S19 n’est toutefois plus aussi rare qu’avant, surtout compte tenu de la réduction de la quantité de matériels en service qui à suivi cette période.

A partir de la seconde moitié des années 2000, la carrière du 2S19 va alors pouvoir reprendre un second souffle avec la modernisation des 2S19 au standard 2S19M1 tant pour les forces russes que pour l’exportation puis, à partir de 2012, le lancement de la production en série du 2S19M2. Ce faisant, ce sont plus de 700 2S19, M1 et M2 qui équipent l’artillerie russe contemporaine, permettant à cette dernière d’aligner un matériel nettement plus efficace que les 2S1 et 2S3 qu’il est (et était) censé remplacer en grande partie; si le nombre de 2S3 en service dans les forces russes est peu ou prou comparable à celui des 2S19 avec des estimations entre 600 et 800 engins (pour rappel la production totale de l’Akatsiya est près de quatre fois supérieure à celle du Msta-S aujourd’hui), le 2S1 est dans les faits pratiquement remplacé avec une estimation d’environ 150 exemplaires (une grosse centaine d’entre eux sont toutefois encore en service au sein des troupes de marine).

Toutefois, si le 2S19 est dans l’ensemble un bon matériel loin d’être obsolète, il possède néanmoins une portée de tir assez courte par rapport aux canons d’artilleries les plus récents et comme dit précédemment dans le dossier, si cela n’empêche pas le 2S19 d’apporter un soutien efficace aux troupes, il pourrait connaître des difficultés lors de duels d’artilleries face à ces canons -155 mm L/52 en tête-. Pour combler ce défaut tout en alignant un matériel des plus récents, la Russie a développé le 2S35 Koalitsiya-SV qui doit commencer à entrer en service au cours de la décennie 2020.

Ce nouveau venu ne signe cependant en aucun cas la fin du 2S19, en effet outre la production qui est toujours en cours, il semble désormais confirmé qu’une nouvelle modernisation du Msta-S soit dans les cartons pour améliorer l’engin sur des points tels que la conduite de tir et surtout remédier à la problématique du manque d’allonge de tir, ce qui passera par l’installation d’un nouveau canon ou la mise au point de nouveaux projectiles à la portée étendue. De fait, le 2S19 sera sans conteste la principale artillerie automotrice de la prochaine décennie, voire des 20 prochaines années suivant le rythme de production de son successeur.

 


Pour plus d’informations sur l’identification des unités équipées de 2S19 au sein de l’armée russe, voir l’excellent article du blog d’Altyn73 disponible ici.