[Dossier] Le Sukhoï Su-30MK2 et l’Ouganda

Faisant suite à des négociations entamées en avril 2010 entre l’Ouganda et Rosoboronexport ayant abouti à la signature d’un contrat signé en mai 2011, la force aérienne ougandaise (Uganda People’s Defence Force) fit l’acquisition de 6 Sukhoï Su-30MK2.

Ce contrat, assez inattendu à première vue, est d’une valeur estimée à 740 millions d’USD. Les appareils ont été livrés en trois lots; en juillet 2011 (2 appareils), en octobre 2011 (2 appareils) et enfin en mai 2012 (2 appareils).

Attardons-nous un peu sur ces appareils méconnus.

Le Su-30MK, l’autre Su-30

Les dénominations des appareils Russes ont ceci d’amusant que derrière une dénomination peut se cacher deux appareils différents. Le Su-30 est l’exemple le plus classique en la matière; en effet il existe deux branches distinctes de Su-30, bien que ces derniers disposent d’une origine commune.

C’est dans le Su-27UB que l’on trouve l’origine du Su-30; cette version d’entraînement du Su-27 Flanker se caractérise par un cockpit modifié avec une nouvelle configuration en tandem permettant de loger un deuxième membre d’équipage. Le prototype du Su-27UB (le T-10U-1) effectua son premier vol en date du 7 mars 1984, le premier appareil de série décollant le 10 septembre 1986 et les livraisons en unité débutant en 1987.

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Le Su-27UB « 20 Rouge » des VMF nous montre bien l’absence de perche de ravitaillement et l’emplacement de l’OLS-27. Photo@airplanepictures.net

Produit à l’usine IAPO (Irkutsk), le Su-27UB disposait de tous les systèmes disponibles à bord du Su-27; ceci lui permettant également d’être employé en mission et pas simplement cantonné à l’entraînement. L’armée de l’air Soviétique comprit rapidement le potentiel dont disposait cet appareil et demanda à l’OKB Sukhoï de produire un intercepteur à long rayon d’action sur base du Su-27UB. Les principales modifications consistèrent à ajouter la possibilité de ravitailler l’appareil en vol ainsi qu’un nouvel affichage de la situation tactique dans le 2ème cockpit: le Su-27PU était né.

Extérieurement, peu de différences entre un Su-27UB et un Su-27PU; excepté la présence de la perche de ravitaillement (rétractable) cette dernière impliquant le déplacement du système de localisation optique OLS-27 placé devant le pare-brise à la droite du pilote en lieu et place de sa position centrale sur le Su-27UB. Le premier prototype codé « 05 Bleu » effectua son vol inaugural le 30 décembre 1989.

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Prototype T-10PU-5 codé 05 Bleu. Ce dernier permet de bien voir la perche de ravitaillement et le déplacement de l’OLS-27. Photo@Sukhoï

Dans le but d’attirer des budgets de développement pour l’appareil en le faisant passer pour un tout nouveau projet, la désignation de ce dernier fut changée: le Su-27PU devint donc le Su-30.

Le premier Su-30 de série décolla le 14 avril 1992 et au final il n’y eut que 5 Su-30 livrés aux VKS entre 1994 et 1996.

Et c’est là que l’histoire se complexifie; en effet dans le courant des années 90: l’Inde cherche une plate-forme lourde pour équiper l’IAF. Après de longues négociations, c’est le Su-30 dans une version lourdement modernisée et améliorée qui sera sélectionné. Le Su-30MKI produit par IAPO à Irkutsk était né. Ce Su-30 se différenciait notamment par le montage d’un nouveau radar plus lourd qui nécessita le passage à la formule à trois plans incluant donc le montage de « canards ».

Comme indiqué auparavant, c’est l’usine IAPO qui se chargeait de la production des Su-27UB et Su-30MK et variantes. Les Su-27 étaient quant à eux produits dans l’usine KnAAZ (Komosomolsk-na-Amur); cette usine étant prévue pour assurer la production de la variante modernisée du Su-27: le Su-27M (alias première version du Su-35).

C’est dans le courant des années 90 que le développement du Su-30 va connaître une suite inattendue. En effet, la Chine cherchait à moderniser sa flotte composée encore majoritairement de variantes locales de MiG-19/MiG-21 et après avoir fait l’acquisition de Su-27SK/UBK; Pékin tournait maintenant son attention sur le Su-30.

En effet, les Su-27SK/UBK n’offrant que des performances air-sol limitées, Pékin pensait que le Su-30 pourrait satisfaire ses besoins et les Chinois annoncèrent officiellement leur intérêt pour le Su-30 à la fin de 1996. Le Premier Ministre Li Peng signa un accord d’une valeur d’1,8 milliard USD concernant l’achat de 38 Su-30.

C’est l’usine KnAAZ qui sera chargée de la mise au point en collaboration avec le bureau d’études de Sukhoï du Su-30MK adapté aux besoins chinois: le Su-30MKK était né. La mise au point de l’appareil se fera sur la période 1997-1998 et le Premier Ministre Zhu Rongji signa l’accord officiel en mars 1999.

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Prototypes du Su-30MKK codés 501 Bleu et 502 Blanc. Photo@?

C’est à partir de ce moment que les destinées du Su-30 se séparèrent: à IAPO revenait la production du Su-30MKI version à trois plans et canards tandis que KnAAZ recevait la production du Su-30MK version conservant la structure du Su-30 « historique ».

La Chine venait donc d’obtenir « sa » version du Su-30 et cette dernière donnera naissance à des variantes « locales » pour d’autres clients notamment la Russie, le Vénézuela, le Viet Nam, l’Indonésie et l’Ouganda.

Mais nous y reviendrons un peu plus loin.

Le Su-30MK d’un point de vue technique

D’un point de vue technique, le Su-30MK est un appareil d’attaque lourd produit à Komsomolsk-na-Amur au sien des usines KnAAZ.

Il reprend la structure du Su-27PU (Su-30) et sa configuration sans canards (à l’inverse du Su-30MKI) mais il récupère une grosse partie du travail qui avait été effectué pour le Su-27M (Su-35). Ainsi l’appareil possède les mêmes dérives (qui ne sont pas biseautées, à l’inverse du celles du Su-30MKI), les mêmes ailes, le même fuselage central, les mêmes entrées d’air et le même train d’atterrissage que le Su-27M.

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Su-30MKK codé 78033. L’appareil nous permet de bien voir les dérives et les entrées d’air. Photo@wikipedia.com

On le voit donc, l’appareil est un « mix » entre Su-27PU et Su-27M.

Du point de vue des dimensions générales, le Su-30MK affiche une envergure de 14,7m, une longueur de 21,935m, une hauteur de 6,4m et une surface alaire de 62,037m². La propulsion est assurée par deux Lyulka AL-31F sans poussée vectorielle d’une puissance de 123 kN chacun.

Le Su-30MK peut atteindre une vitesse maximale de 2.100 Km/h en haute altitude, une vitesse de 1.350 Km/h au niveau de la mer, la limite en G tolérée est de 8,5, l’autonomie maximale en configuration lisse est de 3.000 Km. La course au décollage est de 550 mètres, celle d’atterrissage est de 750 mètres (avec emploi d’un parachute).

Le Su-30MK dispose également d’une structure renforcée qui lui permet d’afficher une masse maximale au décollage de 34,5 tonnes avec la possibilité de monter à 38 tonnes mais avec une limitation à 20 décollages à cette masse.Le Su-30MK peut être ravitaillé en vol et il dispose d’une capacité en carburant interne de 9,720 tonnes. Par contre, il ne lui est pas possible d’embarquer des réservoirs externes.

L’appareil peut embarquer jusqu’à 8 tonnes d’armements sur 10 points externes en plus du traditionnel canon GSh-301 alimentés à raison de 150 obus. Le Su-30MK embarque un système de contrôle de tir SUV-VEP mis au point par NIIP Thikomirov qui inclut un radar N001VEP et un système de ciblage OEPS-27MK EO (dont notamment le système IRST OLS-27M dont nous parlions plus haut). Le système de contrôle de tir permet notamment d’assurer le guidage et le tir de missiles air-sol et air-mer Kh-31P et Kh-31A ainsi que de Kh-29, le tout en plus des traditionnels R-27T/ET/R/ER, RVV-AE et R-73.

Les deux pilotes disposent du système SILS-27M comprenant un afficheur tête haute (HUD) ILS-31 dans le cockpit avant ainsi que de deux écrans LCD multifonctions MFI-10-5 (152 x 203mm) dans chaque cockpit. Les deux pilotes sont assis sur des sièges zéro/zéro Zvezda K-36DM.

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Cockpit avant d’un Su-30M2 (identique à celui du Su-30MKK). Photo@su-27flanker.com

L’appareil dispose pour son auto-défense du système L-150-14 Pastel d’alerte radar et du système L-203I-E Gardenia de brouillage installé dans des pods en extrémité d’ailes. De plus, le système APP-50 (cartouches Chaff/Flares) est monté à bord.

Le Su-30MK et l’Ouganda

La Chine fit l’acquisition de 76 Su-30MKK entre 2000 et 2003 ainsi que 24 Su-30MK2 (une variante modernisée du Su-30MKK). L’Indonésie, le Viet Nam et le Venezuela feront également l’acquisition de Su-30MKK.

Mais c’est en mai 2011 que sera signé la commande la plus inattendue pour le Su-30MK; l’Ouganda faisant l’acquisition de 6 Su-30MK2 (en plus d’autres équipements militaires) pour une valeur totale de 740 millions d’USD. Les appareils étant livrés en trois lots par An-124 entre juin 2011 et juin 2012.

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Détail des Su-30MK2 Ougandais

Les appareils sont tous basés à Entebbe (la capitale du pays) et ils arborent un camouflage brun et vert du plus bel effet. Malgré des négociations ouvertes en 2012 en vue de l’acquisition d’un lot supplémentaire de 6 appareils: cet achat ne se concrétisa pas et vu la fermeture de la chaîne de production chez KnAAZ, inutile de préciser que ce seront les seuls Su-30MK2 livrés en Ouganda.

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Su-30MK2 « AF 015 » de l’UPDF. Photo@wikipédia

Signalons que peu après sa livraison, un Su-30MK2 (supposé être l’AF 015) effectua un atterrissage d’urgence sur le ventre à Entebbe au mois de novembre 2011. L’appareil sera réparé par la suite.

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Le Su-30MK2 « AF 011 » nous permet de mieux apprécier les lignes de l’appareil. Photo@?

Cette commande est relativement surprenante si on regarde la flotte des appareils d’attaque du pays; disposant jusque 2010 d’un petit parc de MiG-23 (5) et de MiG-21 (6-7), l’UPDF a réalisé un bon capacitaire énorme avec cette acquisition.

Les MiG-23 ont été réformés depuis et les MiG-21Bis/UM (6 ou 7 appareils actifs, les sources varient) ne servent que peu; l’arrivée de chasseurs lourds tels que les Su-30MK2 représente là un changement majeur pour cette modeste force aérienne qui n’est pas réputée être la plus pointue au monde.

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MiG-21UM codé 9307 avec son pilote qui est très… « Ougandais ».

De plus, au vu des engagements et des menaces possibles auxquels l’Ouganda pourrait faire face; cette acquisition semble complètement dispendieuse. Il semblerait quand même que les appareils auraient été engagés au Sud-Soudan pour effectuer des frappes au sol.

On est en droit également de se poser la question de l’utilité d’une si petite flotte? Même avec un suivi rigoureux de l’entretien; les taux de disponibilité des appareils ne doivent pas être très brillants et il n’y a pas eu de contrats supplémentaires pour des achats d’équipements consommables (missiles par exemple) qui ont suivi depuis 2012…

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Su-30MK2 « AF 027 ». Photo@?

Il n’est pas dans les habitudes de la maison que de poser ce genre de jugements mais voir une force aérienne aussi modeste employer de tels appareils nous paraît assez « overkill »; les MiG-21 modernisés éventuellement complétés par des appareils légers eurent été une solution techniquement parlant beaucoup plus pertinente mais certainement moins « glorieuse » pour certains potentats locaux…

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