[Actu] L’INS Chakra (II)

Sous-marin nucléaire d’attaque de la classe Shchuka-B (Izd.971 code OTAN: Akula) loué à la Marine Indienne pour une période de dix ans, l’INS Chakra (deuxième du nom) a entamé son (dernier?) voyage de retour vers la Russie, et plus précisément vers Bolshoy Kamen et le chantier naval Zvezda où il est arrivé le 19 juin. Ce retour, légèrement prématuré, vu que la location ne venait à échéance qu’à la fin de l’année 2021, marque donc la fin de la carrière des Shchuka-B au sein de la flotte sous-marine indienne.

Cette fin ne sera que temporaire puisque l’Inde a signé en 2019 un contrat portant sur la location d’un autre sous-marin de la classe Shchuka-B, il s’agira normalement du K-391 Bratsk (certaines sources font mention du K-331 Magadan): le navire en question étant actuellement en attente d’entrée en modernisation chez Zvezdochka à Severodvinsk. Alors que la location de l’INS Chakra ne devait arriver à son terme qu’à la fin de l’année 2021 (période de dix ans démarrant début 2012), il semble que des problèmes techniques rencontrés au niveau de bouteilles d’air comprimé ont endommagés (en partie) les coques ce qui aurait poussé les indiens à renvoyer le bâtiment en Russie plus vite que prévu. Ceci n’a pas été confirmé directement, enfin pas tout à fait puisque le journal Tass en a parlé dans un article daté du 9 juin qui sera « rectifié » ensuite: ce « correctif » de l’article pouvant laisser à penser qu’il n’y a pas de fumée sans feu…

Avec ce retrait de service, la Marine Indienne perd donc temporairement son seul sous-marin nucléaire d’attaque: le prochain Shchuka-B n’étant pas attendu avant 2025-2026. La construction navale locale se concentre actuellement sur la construction des SNLE de la classe Arihant (complétés à terme par le projet S5) ainsi que sur la construction des sous-marins d’attaque à propulsion conventionnelle Kalvari (appartenant à la famille des Scorpènes français). A plus long terme, outre la location déjà actée d’un Izd.971 Shchuka-B, l’Inde va lancer la construction de six sous-marins nucléaire d’attaque du Projet 75 Alpha complétés par six sous-marins conventionnels du Projet 75I, mais nous y reviendrons plus loin.

Le K-152 Nerpa

Huitième bâtiment de la classe de sous-marin d’attaque (SNA) Shchuka-B (Izd.971) mis sur cale le 13 avril 1993 au sein du chantier naval de l’Amour (ASZ / Komsomolsk-sur-l’Amour), le futur K-152 Nerpa (numéro de construction 518) devait à terme rejoindre la Flotte du Pacifique une fois sa construction achevée. Les travaux vont traîner en longueur notamment des suites des habituelles questions budgétaires dans la Russie post-communiste. En outre la Marine Russe n’avait guère d’utilité opérationnelle pour ce dernier vu la phase de réduction drastique des effectifs par laquelle elle est passée dans le courant des années 1990, c’est pourquoi les travaux vont se poursuivre pendant quelques années avant d’être interrompus par manque de financements mais également par choix politique.

Lorsque l’URSS disparaît, le nouveau président russe, Boris Eltsine, lança une importante vagues de privatisations et de réduction de la voilure dans le secteur de la production militaire russe: une des conséquences des décisions fut l’arrêt de la production des sous-marins nucléaires au sein du chantier naval de l’Amour (une justification technique fut également mise en avant: le manque de profondeur d’eau à certaines périodes de l’année sur le fleuve Amour qui rendait difficile la sortie des navires de gros tonnage): se posa donc la question de l’avenir des bâtiments en cours de production, le K-152 Nerpa ainsi que l’Irbis (code tactique inconnu) mis sur cale en 1994. C’est le premier ministre russe de l’époque, un certain Vladimir Poutine, qui en 1999 annonça lors d’une visite au chantier naval de l’Amour que le K-152 ainsi que l’Irbis seraient achevés pour rééquiper la Marine Russe: cette annonce ne fut guère suivie d’effets vu le manque flagrant de moyens à disposition pour la construction navale russe et par extension pour les programmes militaires. 

Néanmoins, les travaux vont effectivement reprendre mais dans un autre cadre: en janvier 2004 l’Inde et la Russie vont signer un accord de location d’une durée de dix ans visant à la mise à disposition pour la Marine Indienne du K-152 Nerpa ainsi que de l’Irbis. Le financement indien va donc permettre d’achever les travaux du K-152 Nerpa ce dernier étant finalement lancé en date du 24 juin 2006 soit treize ans après sa mise sur cale; va alors s’ouvrir une très longue période d’achèvement qui – comme de coutume – va traîner en longueur. La première divergence du réacteur du K-152 a probablement du intervenir aux environs de juin-juillet 2008 vu la présence de techniciens du chantier naval SevMash (spécialisé dans le domaine nucléaire); le navire va être transféré à Bolshoy Kamen (chantier naval Zvezda) à la mi-août 2008 avant d’effectuer sa première sortie en mer le 27 octobre (les premières plongées ayant lieu le 31 octobre), cette sortie inaugure également le début des essais constructeur du bâtiment. 

L’INS Chakra en mer. Image@?  

Un début de carrière tragique: l’accident du 8 novembre 2008

Lors de ses essais en mer, le K-152 Nerpa va connaître un accident pour le moins tragique en date du 8 novembre 2008. Pas moins de 208 personnes étaient présentes à bord du bâtiment ce jour-là, ce nombre étant largement plus conséquent qu’un équipage « normal » mais s’expliquant par la campagne d’essais en mer nécessitant la présence d’un nombre important de techniciens et d’ingénieurs en plus d’un équipage militaire réduit; les sources consultées font mention de 81 militaires à bord complété par 127 civils.

Parti pour effectuer un essais de tir de torpilles en mer sur un navire jouant le rôle de cible (l’Admiral Tributs, un BPK de la classe 1155 Fregat/Udaloy); le système d’extinction des incendies (LOKh) a été accidentellement déclenché dans les deux premiers compartiments du navire, ne laissant pas le temps à toutes les personnes présentes de réagir efficacement (absence de masques à portée de main et manque d’entraînement) à son activation. Le système LOKh lorsqu’il est activé, isole les compartiments ciblés tout en déployant le composé R-114B2 (un gaz) pour éteindre les incendies, la diffusion de ce dernier voit le taux d’oxygène des compartiments diminuer drastiquement ceci impactant directement la combustion. Egalement connu sous le nom de Halon 2402 (1,2-dibromo-1,1,2,2-tétrafluoroéthane) ce gaz, lorsqu’il est inhalé, entraîne de graves lésions pulmonaires et finit par asphyxier les victimes. Finalement, ce sont vingt-et-une personnes (trois militaires et dix-sept civils provenant des chantiers navals Zvezda et Amour) qui vont décéder et quarante-et-une qui vont être blessés à des degrés divers. A noter que le navire n’ayant pas été endommagé, il est rentré par ses propres moyens au chantier naval Zvezda de Bolshoy Kamen; les blessés ayant été évacués sur l’Admiral Tributs.

L’Admiral Tributs, un BPK de la classe Fregat (Izd.1155). Image@Vasya21

L’enquête longue et complexe va mettre en évidence de graves manquements dans le suivi et le respect des procédures, une méconnaissance flagrante par le personnel présent à bord du fonctionnement des équipements embarqués, des défectuosités techniques, des procédures de sécurité lacunaires et/ou inexistantes ainsi que la présence d’un nombre beaucoup plus important de personnes à bord par rapport à un équipage normal en conditions opérationnelles. Autre facteur aggravant, la composition du gaz R-114B2 employé s’est révélé beaucoup plus toxique (et donc létal) suite à une fraude de la part du producteur de ce dernier: la composition du produit n’étant pas « conforme » aux prescrits techniques en vigueur, par contre le produit final était moins onéreux à produire…    

Cet accident, qui fût le plus meurtrier en Russie après la catastrophe du K-141 Kursk, a retardé encore un peu plus la mise en service du navire: une partie de l’équipage présent lors de l’accident ne voulant plus – pour d’évidentes raisons – travailler sur ce bâtiment. En outre, la réputation de la construction navale russe qui était déjà pour le moins écornée ne s’est pas améliorée après cet accident. Heureusement (?), les autres systèmes embarqués du bâtiment n’ont pas été trop impactés par cet accident, ceci permettant d’assister à une remise en état rapide (mais pas gratuite pour autant) du navire.  

La remise en état du bâtiment après l’accident du 8 novembre 2008 va coûter 1,9 milliard de Roubles au chantier naval Zvezda, ce dernier se plaignant notamment dans la presse ne pas avoir reçu la somme en question après avoir effectué les travaux de remise en état. Les essais en mer vont reprendre peu après l’accident du 8 novembre; la fin des essais constructeur ainsi que le début des essais étatiques du navire vont avoir lieu en 2009, le navire effectuant notamment une campagne (concluante) de quinze jours en mer entre le 8 et le 23 août 2009. Au final, c’est le 28 décembre 2009 que le K-152 Nerpa est admis au service au sein de la Flotte du Pacifique; cette mise en service va permettre de débuter la formation de l’équipage indien amené à exploiter le navire. 

L’INS Chakra vu de face, on remarque les lignes très épurées du bâtiment. Image@?

Bien que la formation de l’équipage ait bien avancé, des sorties en mer avec ce dernier étant effectués à partir d’octobre 2010, la remise du navire à la Marine Indienne va être repoussée à plusieurs reprises notamment des suites de la découverte de problèmes techniques sur le bâtiment nécessitant un passage au chantier naval, ceci retardant d’autant la validation finale des compétences de l’équipage. Finalement, c’est le 31 décembre 2011 qu’est signé l’acte de transfert du navire à l’Inde, la période de location de dix ans débutant à cette date et la valeur du contrat étant de 900 millions d’USD; la cérémonie officielle de remise officielle du navire à la marine indienne se tiendra le 23 janvier 2012. Lors de cette cérémonie, le navire reçu son nouveau nom devenant le S72 INS Chakra (II): la transition (se déroulant majoritairement en surface) vers sa base d’attache de Visakhapatnam (Commandement Naval de l’Est) étant effective le 4 avril 2012, le navire est considéré actif au sein de la flotte indienne dès cette date. 

Vu l’accroissement des délais, l’explosion des coûts du projet ainsi que suite à l’accident du 8 novembre 2008, l’Inde, qui souhaitait initialement recevoir également l’Irbis (achevé à 42%), va revenir sur sa décision et se limiter finalement à un seul bâtiment. L’Irbis serait toujours actuellement stocké au chantier naval de l’Amour en attente d’une décision définitive sur le sort à réserver à ses composants déjà produits. 

La carrière de l’INS Chakra ne va pas être qu’un long fleuve tranquille; dès décembre 2013, l’Inde se plaignait de la difficulté à obtenir des pièces de rechange critiques, cette problématique n’étant pas une première en ce qui concerne le pays puisque des situations similaires se retrouvent également dans les secteurs aérien et terrestre.

En octobre 2017, le navire va être sérieusement endommagé (dans des circonstances non-détaillées) lors de son retour à la base d’attache de Visakhapatnam: le navire recevant d’importants dommages au niveau du dôme sonar qui vont nécessiter l’immobilisation de ce dernier pour remise en état. Après inspection par des ingénieurs et techniciens russes, ces derniers décidèrent de réparer le navire mais les pièces constitutives pour effectuer la réparation seront produites en Russie et ensuite envoyée en Inde pour installation et non directement produites en Inde comme l’espéraient les décideurs locaux. 

L’INS Chakra est vu à Visakhapatnam. Image@?

Les travaux de réparations vont nécessiter le placement du navire en cale sèche en février 2018 et vont coûter la bagatelle de 20 millions d’USD aux indiens, Après retour au service, l’INS Chakra ainsi que l’INS Kalvari vont être employés à la fin du mois de février 2019 pour la recherche et poursuite du sous-marin d’attaque pakistanais S138 PNS Saad (Classe Khalid / Agosta 90B) que les autorités indiennes pensaient en mer suite aux frappes effectuées dans le cadre du bombardement de Balakot; il semble d’ailleurs que ce fut le dernier engagement « à caractère offensif » de l’INS Chakra

Le PNS Hamza, un des sous-marins de la classe Khalid. Image@Wikipedia

La fin de la période des dix ans de location s’approchant ainsi que, semble-t-il, un problème lié à l’explosion de bouteilles d’air à haute pression nécessitant des réparations au navire ont vu ce dernier entamer son trajet de retour vers la Russie le 27 mai 2021 au départ de son port d’attache de Visakhapatnam avec notamment le passage (en surface) du détroit de Malacca en direction de l’est en direction de l’Extrême-Orient russe et plus particulièrement le chantier naval Zvezda de Bolshoy Kamen. L’arrivée du bâtiment chez Zvezda a eu lieu le 19 juin 2021: depuis lors, il est toujours stationné sur place et ne semble pas encore avoir été pris en charge par le chantier naval. 

La technologie moderne permet de suivre précisément les navires: la preuve avec le site FleetMon qui localise le S72 (l’INS Chakra donc) à Bolshoy Kamen dès le 19 juin 2021. Image@Fleetmon

De manière pour le moins amusante (?), le journal TASS qui avait publié le 9 juin 2021 un article expliquant que le retour de l’INS Chakra était lié à des dommages aux deux coques du navire qui seraient la résultante de l’explosion de bouteilles d’air à haute pression a été « annulé » car « erroné ». Vrai ou faux? Toujours est-il que deux jours après l’arrivée du navire chez Zvezda (soit le 21/06/2021), un appel d’offres était lancé visant à la réparation de vannes d’un système haute pression sur un navire « indéterminé ». De là à y voir un lien de cause à effet: il n’y a qu’un pas. 

L’INS Chakra lors d’un transfert en surface. Image@?

Enfin, il semble qu’outre son utilité opérationnelle en tant que seul SNA dans la flotte indienne: l’INS Chakra a, à l’instar de son prédécesseur, servi avant tout de navire d’entraînement et de formation pour les équipages indiens. leur permettant notamment de se former au fonctionnement d’un sous-marin nucléaire permettant de préparer les équipages à la prise en main du SNLE INS Arihant, navire tête de série de la classe éponyme ainsi que des navires suivants de cette classe. 

Le S71 INS Chakra, le premier du nom

La Marine Indienne ayant exprimé le besoin de disposer de sous-marins d’attaque à propulsion nucléaire bien que ne disposant pas de capacités production propre en Inde: la mise en place d’une capacité indigène de production de sous-marins à propulsion nucléaire étant une œuvre de très longue haleine, le pays décida de se faire assister dans cette tâche. Vu les bonnes relations entretenues avec Moscou et sachant que les options d’assistance étaient des plus limitées: c’est tout naturellement vers l’URSS que va se tourner l’Inde pour acquérir les technologies et les compétences nécessaires pour développer sa flotte ainsi qu’une capacité de production indigène. 

Le S71 INS Chakra, premier du nom. Image@?

Première étape dans ce processus d’acquisition de compétences, la demande formulée à l’URSS en vue d’obtenir un sous-marin nucléaire; cette demande qui rencontra une certaine opposition de la part de responsables militaires et politiciens soviétiques sera finalement approuvée en octobre 1986 par le Politburo sous la direction de Mikhaïl Gorbatchev qui considérait que les bénéfices escomptés sur le long terme dépassaient, de loin, les objections internationales possibles sur le court-terme. L’URSS va proposer au gouvernement indien de lui louer un SSGN (PLARK dans la classification russe) à des fins d’entraînement et de formation, permettant aux équipages de la Marine Indienne de se former à l’exploitation de navires de ce type ainsi qu’en apportant une assistance dans le développement et la construction des installations (base navale de Visakhapatnam) nécessaires pour mettre en œuvre ce type de bâtiments. 

C’est le sous-marin K-43 (mise sur cale le 2 août 1966, admission au service le 5 novembre 1967 et retiré du service actif le 27 décembre 1984) appartenant à la classe Izd.670 Skat / Скат (code OTAN: Charlie) qui va reprendre du service en mars 1985 pour permettre la formation de deux équipages indiens (fort curieusement, les formations débutèrent avant l’officialisation du transfert du navire à l’Inde): l’entraînement des équipages se déroula sur l’année 1986 ainsi qu’une bonne partie de l’année 1987. Les termes du contrat de location entre l’URSS et l’Inde ont été ratifiés le 24 août 1987 dans le cadre du contrat 80/712508415; le navire étant mis à disposition de la marine indienne dès le 1er septembre 1987 mais c’est en date du 5 janvier 1988 que se tiendra la cérémonie de la première levée du drapeau, cette date étant celle de l’entrée en vigueur du délai des trois ans de location.  

Renommé S71 INS Chakra, le navire va être exploité intensivement (plus de 72.000 milles marins parcourus et un réacteur en service sur un total de 430 jours pendant toute la durée de location) par la Marine Indienne: des ingénieurs et techniciens soviétiques prenaient en charge la supervision et l’entretien de la partie nucléaire du bâtiment tandis qu’aucun armement nucléaire (les missiles P-70/4K66 Ametyst ne comportaient que des têtes conventionnelles) n’était présent à bord du navire. Malgré la volonté indienne de prolonger la location du bâtiment: ceci lui sera refusé par l’URSS, poussant les indiens à entamer le voyage de retour vers l’URSS en décembre 1990 avec remise du navire à ses propriétaires en janvier 1991 et ce en accord avec les termes du contrat de location. Peu après son retour en URSS, le navire sera réaffecté à la Flotte du Pacifique où sa carrière sera pour le moins éphémère puisque le navire sera retiré du service définitivement le 30 juillet 1992. 

Vu sous un autre angle avec le drapeau de la marine indienne bien en évidence: le S71 INS Chakra. Image@?

Pour l’anecdote, on peut signaler que la quasi-totalité des officiers deux équipages indiens formés sur l’INS Chakra ont poursuivi leur carrière ensuite pour finir dans les positions les plus élevées de la Marine Indienne; structurant (pour partie) les besoins et projets en matière de sous-marins indiens.  

Le retour de l’INS Chakra marque donc la fin de la carrière des Shchuka-B en Inde, cette fin ne sera que temporaire puisque l’Inde a signé avec la Russie en date du 5 mars 2019 un nouveau contrat de location pour une période de dix ans d’un SNA de la classe Shchuka-B (Izd.971). Le navire concerné, qui devrait en théorie être le K-391 Bratsk, doit d’abord passer par la case modernisation au sein du chantier naval Zvezdochka de Severodvinsk avant d’être remis à la Marine Indienne en 2025-2026. Le contrat d’une valeur totale de trois milliards d’USD (à comparer aux 900 millions d’USD de l’INS Chakra II) comprend le navire ainsi que sa mise à disposition mais également l’entretien, la fourniture des pièces de rechange, la formation de l’équipage ainsi que les infrastructures techniques pour assurer le suivi du bâtiment. Bien que ceci soit encore à confirmer, il semblerait qu’il sera également baptisé INS Chakra (ce qui constituerait donc la troisième navire du nom). 

Le K-391 Bratsk en compagnie du K-295 Samara lors de leur transfert pour modernisation vers le centre de réparation navale Zvezdochka à Severodvinsk. Image@?

L’INS Chakra: quelques différences techniques

La classe de sous-marins d’attaque Shchuka-B (Izd.971) a évolué au fur et à mesure des mises sur cale; plusieurs éléments étant revus en vue d’améliorer la discrétion générale des navires ainsi que l’efficacité des capteurs et armements embarqués. L’INS Chakra (Izd.971I/09719) ne fait pas figure d’exception puisqu’il présente plusieurs différences (externes notamment) avec ses homologues russes. 

Si l’architecture du navire ne change pas fondamentalement: les grandes lignes générales étant communes à toutes les unités de cette classe (double coque, six compartiments internes, un réacteur atomique couplé à une turbine vapeur, une ligne d’arbre entraînant une hélice): l’INS Chakra se distingue de ses prédécesseurs sur plusieurs points, on peut notamment citer: 

  • Absence du système SOKS (équipement de détection des vagues de sillage) devant et sur le kiosque
  • Absence des tubes lance-leurres du système REPS-324 Shlagbaum à la proue du navire
  • Container du sonar à immersion variable de l’ancien modèle (plus volumineux) 
Cette (superbe!) vue de l’INS Chakra lors de son voyage de retour vers la Russie permet de voir: l’absence des antennes du système SOKS, l’absence des tubes du système Shlagbaum et enfin le modèle de container du sonar à immersion variable en haut de la dérive. Image@Piet Sinke

De manière assez intéressante et malgré le fait que le navire soit le « dernier » produit, il semble moins bien équipé que ses prédécesseurs soviétiques. Néanmoins, avec ses quatre tubes lance-torpilles de 533 mm et ses quatre tubes de 650 mm ainsi qu’une dotation totale de trente-six torpilles ou missiles Club-S (variante export du Kalibr-PL), le navire n’en reste pas moins un bâtiment excessivement performant et endurant bien adapté aux longues patrouilles en mer. 

La sous-marinade indienne: une flotte en construction?

Face à la montée en puissance rapide de la marine chinoise (la PLAN, People’s Liberation Army Navy) que ce soit au niveau du tonnage ainsi que du type de navire admis au service, la marine indienne se trouve dans une situation que l’on pourrait qualifier de délicate. Avec une longueur de côtes s’établissant à 7.516,6 Km, une ZEE (Zone Economique Exclusive) d’une superficie de 2,3 millions de Km² ainsi que des relations conflictuelles avec le Pakistan (voisin immédiat et également une puissance nucléaire) tout en étant confrontée à une marine chinoise de plus en plus active; inutile de préciser qu’il est nécessaire à l’Inde de disposer d’une marine forte et disponible pouvant assurer la protection de ses intérêts stratégiques (sachant que 70% de ses approvisionnements énergétiques passent par la voie navale).

Assez étonnement, au vu des intérêts indiens, des zones à couvrir et de la capacité financière du pays, les moyens à disposition au sein de la marine présentent un visage contrasté, ceci concernant principalement la sous-marinade indienne dont une partie des navires sont en outre loin d’être de première jeunesse. Bien que certains programmes de modernisation et rééquipement soient actuellement en cours, il est utile de rappeler que le temps en Inde ne semble pas s’écouler de la même manière qu’ailleurs dans le monde, surtout une fois que l’on aborde les questions relatives aux programmes militaires. Voulant, fort logiquement, créer et faire travailler leurs industries nationales dans le cadre du « Make in India« : la vaste majorité des programmes d’acquisitions indiens voient leur délais de réalisation s’accroître de manière exponentielle, la lourdeur bureaucratique locale ainsi que le respect des équilibres politiques locaux et nationaux impactant très fortement la concrétisation des programmes d’armements.

La flotte sous-marine indienne présente donc en 2021 un visage pour le moins contrasté avec un mélange de sous-marins conventionnels d’attaque appartenant à trois classes différentes et complétés par un premier sous-marin nucléaire lanceur d’engins, les dix-sept navires se répartissant de la façon suivante: 

  • Quatre sous-marins d’attaque (SSK) de la classe Shishumar (Type 209/1500)
  • Huit sous-marins d’attaque (SSK) de la classe Sindhugosh (Izd.877EKM porté au standard Projet 08773)
  • Quatre sous-marins d’attaque (SSK) de la classe Kalvari (Scorpène), plus deux navires en construction
  • Un sous-marin nucléaire lanceur d’engins (SNLE) de la classe Arihant, plus un navire aux essais ainsi que deux autres en construction

On peut voir au vu des chiffres ci-dessus que la flotte de navires d’attaque est vieillissante (les plus vieux Shishumar et Sindhugosh ont déjà atteint l’âge respectable de 35 ans), une partie des navires alignés actuellement étant amenés à quitter le service dans les mois/années à venir et ce malgré des programmes de modernisation en cours pour ces deux classes de navires. 

D’un point de vue historique, la sous-marinade indienne trouve son origine dans la sous-marinade soviétique avec l’admission au service, le 8 décembre 1967, du premier sous-marin indien: le S23 INS Kalvari, dérivé de la classe de sous-marins d’attaque conventionnels (SSK) soviétiques Projet 641 (code OTAN: Foxtrot) et connue localement sous le nom de classe Kalvari. Cette première classe de navires indiens va comporter un total de quatre bâtiments (INS Kalvari, INS Khanderi, INS Kharanj et INS Kursura) qui seront mis en service entre décembre 1967 et décembre 1969. Ils survivront très largement à leurs homologues soviéto-russes puisque ces derniers vont être graduellement retirés du service entre 1989 et 2003. 

Un sous-marin indien de la classe Kalvari. Image@?

L’engagement des Kalvari dans le cadre de la guerre indo-pakistanaise de 1971 et les bons résultats obtenus avec ces derniers a poussé l’Inde à commander une deuxième classe de sous-marins: la classe Vela. Cette classe de sous-marins d’attaque conventionnels (SSK) est également dérivée des Projet 641 (code OTAN: Foxtrot) soviétiques et fut admise au service entre le 31 août 1973 et le 26 décembre 1974. Composée de quatre bâtiments (INS Vela, INS Vagir, INS Vagli et INS Vagsheer); ces derniers seront retirés du service progressivement entre avril 1997 et décembre 2010. 

La flotte sous-marine indienne composée de ces huit bâtiments va rester stable jusqu’au milieu des années 1980. Le pays souhaitant débuter le renouvellement de sa flotte sous-marine (qui devenait techniquement parlant de plus en plus obsolète) tout en accroissant ses capacités: deux classes de sous-marins d’attaque conventionnels (SSK) vont être commandées.

Un premier contrat fut signé le 11 décembre 1981 entre le chantier naval Howaldtswerke-Deutsche Werft (Allemagne de l’Ouest) et l’Inde portant sur l’acquisition de quatre sous-marins d’attaque conventionnels du Type 209 (désignation interne Type 1500) d’où l’usage de la dénomination Type 209/1500. L’accord comportait plusieurs volets dont notamment un transfert de technologie ainsi que l’assemblage local d’une partie des navires. Repris sous le nom de classe Shishumar, les deux premiers navires (INS Shishumar et INS Shankush) furent construits en Allemagne tandis que les deux suivants (INS Shalki et INS Shankul) furent assemblés en Inde au chantier naval Mazagon Dock Shipbuilders Limited (basé à Mazagaon, près de Bombay) sur base de kits fournis par les allemands; l’acquisition de deux navires supplémentaires à construire en Inde fut annoncée en 1984 mais finalement cette annonce ne fut pas suivie d’effets.  Les quatre bâtiments, admis au service entre 1986 et 1994, sont basés à Bombay et la première unité de cette classe, l’INS Shishumar passe actuellement par un carénage couplé à une modernisation (collaboration entre Mazagon et ThyssenKrupp Marine Systems) permettant d’allonger la durée de vie du bâtiment de dix ans. Les travaux font suite à un contrat d’une valeur de 151 millions d’USD signé en septembre 2018 et une fois ces derniers achevés, les autres bâtiments de cette classe devraient subir les mêmes travaux. 

L’INS Shishumar lors de son arrivée au port. Image@?

C’est le fournisseur « historique » soviétique qui va fournir l’autre classe de sous-marins conventionnels acquise par l’Inde dans les années 1980: la classe Sindugosh cache en réalité une variante du « célèbre » sous-marin soviétique du projet 877 Paltus (mieux connue sous le nom de code OTAN: Kilo). Dix navires, repris sous le projet 877EKM (variante export du Paltus soviétique) sont commandés en 1986 dans le cadre d’un contrat entre le MoD indien et l’URSS. Construits au sein des chantiers navals Krasnoye Sormovo (INS Sindhuraj et INS Sindhuratna) et de l’Amirauté (INS Sindhugosh, INS Sindhudhvaj, INS Sinduvir, INS Sindhukesari, INS Sindhukirti, INS Sindhuvijay, INS Sindhurakshak, INS Sindhushastra), les navires vont être admis au service entre 1986 et 1997 et sont répartis entre les bases navales de Bombay et Visakhapatnam. Un premier programme de modernisation va être mis en place chez Zvezdochka à partir de 2001 faisant passer une partie des navires au standard Projet 08773 comprenant notamment l’intégration du missile Club-S (variante export du Kalibr-PL) ainsi que l’installation du nouveau système hydroacoustique USHUS. Les travaux, réalisés en Russie mais également en Inde au chantier naval Hindustan Shipyard Limited (HSL) vont concerner l’ensemble des navires de la flotte. 

Le S62 INS Sindhuvijay. Image@Wikipedia

Néanmoins, la carrière des Sindhugosh au sein de la Marine Indienne ne va pas être de tout repos: plusieurs navires vont connaître des incidents plus ou moins graves, le plus important étant l’explosion et l’incendie à bord du S63 INS Sindhurakshak en date du 14 août 2013 à Bombay qui entraîna la perte du bâtiment et provoqua la mort de dix-huit sous-mariniers. Le navire sera récupéré et servira encore quelques années pour les formations et entraînements avant d’être finalement coulé en juin 2017. La flotte va encore se réduire en mars 2020 avec la donation du S58 INS Sindhuvir à la Marine Birmane où il est devenu l’UMS Minye Theinkhathu, en outre il se confirme que le S56 INS Sindhudhvaj sera retiré du service dans le courant de l’année 2021: au final la flotte devrait se réduire à sept bâtiments en service. 

L’UMS Minye Theinkhathu, premier sous-marin de la marine birmane. Image@myawady.net

Face à l’augmentation de la présence de la force sous-marine chinoise, ainsi que l’augmentation des menaces potentielles pour le pays, la Marine Indienne a présenté en 1998-1999 un plan s’étalant sur trente ans et visant à la constitution d’une flotte de sous-marins conventionnels d’attaque composée de vingt-quatre bâtiments.

Ce plan, approuvé en 2000 par le gouvernement du premier ministre Atal Bihari Vajpayee, et connu localement sous le nom de Projet 75 visait initialement à panacher les achats sur étagères et les constructions locales. Le projet 75 va – comme de coutume en Inde – alterner les phases d’avancements rapides suivies par des périodes d’immobilisme complet, mais ce dernier va connaître un début de concrétisation avec un premier volet comprenant l’acquisition de six sous-marins conventionnels d’attaque de la famille des Scorpènes (Naval Group anciennement DCN / France) qui vont être commandés en date du 6 octobre 2005. Le contrat, d’une valeur estimée à 2,4 milliards d’USD, signé à cette date incluant: l’acquisition de six navires (ainsi qu’une option, non levée, de trois à six autres bâtiments), des transferts de technologies, la production des navires au sein du chantier naval Mazagon Dock Limited ainsi que la fourniture de missiles anti-navires SM39 Exocet. Cette nouvelle classe de sous-marins connue localement sous le nom d’INS Kalvari (deuxième du nom) va voir la mise sur cale d’une première unité le 1er avril 2009 (premières tôles découpées en 2006) suivie par les mises sur cales de cinq navires supplémentaires s’échelonnant entre 2009 et 2015. La première unité, le S21 INS Kalvari, va être lancé le 27 octobre 2015 pour être admise au service deux ans plus tard le 14 décembre 2017; d’autres unités (INS Khanderi, INS Karanj et INS Vela) étant admises au service entre le 28 septembre 2019 et le 25 novembre 2021. 

Le S21 INS Kalvari lors d’essais en mer. Image@?

Enfin, alors que les deux dernières unités produites (INS Vagir et INS Vagsheer) devaient initialement recevoir dès leur sortie d’usine une propulsion anaérobie (AIP) développée localement par le DRDO, il n’en sera rien vu les retards pris dans le développement du module AIP: les bâtiments seront rééquipés lors de leur premier passage en carénage à partir de l’horizon 2023.  

Deuxième volet du Projet 75, le Projet 75I porte sur l’acquisition de six sous-marins d’attaque à propulsion conventionnelle et disposant en outre d’une propulsion anaérobie (AIP) ainsi que de cellules verticales permettant d’emporter le missile anti-navires BrahMos; les bâtiments envisagés présenteront donc un déplacement significativement accru par rapport aux Kalvari (déplaçant 1.775 tonnes en immersion). Une première demande d’informations (RFI) a été publiée en 2008 et après plusieurs péripéties dont l’Inde est coutumière, c’est en juillet 2021 que le ministère de la défense a publié une demande de propositions (RFP) portant sur la construction, en collaboration avec un des deux chantiers navals indiens présélectionné, de six sous-marins dans le cadre d’un partenariat stratégique avec l’Inde. Quatre candidats ont été retenus pour la sélection finale:

  • Naval Group (France) propose une version diesel-électrique du sous-marin nucléaire Barracuda
  • Navantia (Espagne) propose le S-80 Plus
  • Daewoo Shipbuilding and Marine Engineering (Corée du Sud) propose le DSME-3000
  • Holding OSK (Russie) propose l’Amour dérivé du sous-marin Izd.677 Lada

Aucune sélection définitive n’est intervenue tant qu’à présent, chaque modèle ayant ses avantages et désavantages tout comme le niveau de transfert de technologies attendus par les indiens semble être soumis à discussions, mais il est déjà acquis qu’un des deux chantiers navals indiens que sont L&T Shipbuilding ou Mazagon Dock Limited (MDL) participeront à la construction des navires. 

Troisième volet du Projet 75, le Projet 75 Alpha porte cette fois-ci sur la construction de six sous-marins nucléaires d’attaque selon un design développé localement en Inde par le DND (Directorate of Naval Design, rattaché à la Marine Indienne) et devant être assemblés dans le chantier naval de Visakhapatnam. Peu de choses sont actuellement connues au sujet de ce projet, si ce n’est que la propulsion reposera sur un réacteur nucléaire à eau pressurisé de conception locale, le navire afficherait un déplacement tournant dans les 6.000 tonnes, l’armement serait composé de torpilles ainsi que de missiles BrahMos et Nirbhay. La mise sur cale d’une première unité d’un groupe de trois bâtiments (dont la construction a déjà reçu le feu vert) devrait débuter à l’horizon 2023-2024 pour une mise en service d’une première unité à l’horizon 2032, les trois unités suivantes seraient construites plus tard (c-à-d, durant la décennie 2030). Elément positif pour ce projet, l’annonce en mars 2021 par le Marine Indienne de la priorité accordée à la construction de ces six sous-marins qui  voit ces derniers passer devant le projet de troisième porte-avions (INS Vishal) dont la construction est postposée à une date ultérieure.

Sur le plus long terme, l’Inde réfléchit à la création d’un sous-marin conventionnel développé intégralement localement et qui répondrait au nom de Projet 76: six à douze unités étant envisagées, dont une partie des technologies mises en œuvre découleraient des technologies acquises avec les Projet 75 et 75I, mais ceci nous emmène bien au-delà de 2030.  

La problématique décisionnelle indienne est une caractéristique locale récurrente en matière de programmes militaires, le cas du programme ATV (Advanced Technology Vessel) est exemplatif des difficultés indiennes à mettre en place et mener à son terme un programme militaire dans un délai « raisonnable ». Les réflexions préliminaires remontent aux années 1970, lorsque l’Inde initie les travaux de faisabilité d’une propulsion nucléaire navale indigène devant équiper à terme un sous-marin d’attaque à propulsion nucléaire. La location du S71 INS Chakra s’inscrivant également dans l’idée de disposer de sous-marins d’attaque à propulsion nucléaire (SNA) dont l’objectif premier était d’assurer la chasse et la destruction des navires de surface dans l’Océan Indien. Cependant, le programme va évoluer à la fin des années 1980 et le début des années 1990 pour devenir un sous-marin nucléaire lanceur d’engins (SNLE) permettant de venir compléter la triade de la dissuasion nucléaire indienne. C’est le 19 mai 1998 que le ministre de la défense, George Fernandes, confirma l’existence du programme ATV, dans le cadre de ce programme tout ou presque était à développer localement: le réacteur, la coque, les armements et enfin la construction de l’ensemble devait se faire sur place. Première étape importante: le 11 novembre 2003, le prototype du réacteur nucléaire navalisé indien (le S1) atteint l’état critique pour la première fois, il sera déclaré opérationnel le 22 septembre 2006. 

Un des premiers tirs du missile balistique sous-marin indien K-15 Sagarika. Image@?

Un premier navire de la nouvelle classe Arihant (« Destructeur des ennemis » en Sanskrit) est mis sur cale en 2004 au sein du chantier naval de Visakhapatnam: de manière assez surprenante pour un navire de cette catégorie, le S2 INS Arihant présente un « petit » gabarit. Avec un déplacement estimé à 6.000 tonnes, une longueur de 111 m pour un maître-bau de 11 m et un réacteur à eau pressurisée CLWR-B1 (83 MWt) entraînant une seule hélice à sept pales, on comprend mieux que le projet concernait à l’origine un navire d’attaque: évidemment, les dimensions réduites ont un impact direct sur la capacité d’emport du navire. L’armement est composé (au choix) soit de missiles balistiques (SLBM) du type K-15 Sagarika (portée maximale 750 Km) soit de missiles K-4 (portée maximale de 3.500 Km): quatre tubes lance-missiles équipent les deux premiers navires de la classe Arihant: chacun peut emporter un maximum de quatre K-4 ou de 12 K-15, à terme un nouveau missile balistique K-5 (portée maximale de 5.000 Km) dont le développement est en cours équipera également cette classe de bâtiments. Deux navires sont actuellement en service ou aux essais: le S2 INS Arihant est en service, tandis que le S3 INS Arighat (mise sur cale en 2009, lancement le 19/11/2017) effectue actuellement ses essais en mer et devrait être admis au service en août 2022. 

Les indiens gardent le secret autour de la classe Arihant, les images de ces derniers sont très rares et souvent de mauvaise qualité. Image@?

Conscients du nombre restreint de tubes lance-missiles, les deux navires suivants de la classe Arihant, les S4 et S4* (pas de noms de baptême pour l’instant) dont la construction est en cours (le S4 est en phase d’achèvement et son lancement devrait intervenir sous peu) voient le nombre de tubes doublé (passant donc de quatre à huit) permettant aux bâtiments d’emporter soit huit missiles K-4 (et à terme K-5) ou 24 missiles K-15: à cette occasion le navire est rallongé de 15 à 20 m et son déplacement passe à 7.000 tonnes. Les deux navires devraient – en théorie – rejoindre le service en 2023 et 2025 respectivement. 

« A défaut de grives… » Il en va de même pour l’INS Arihant: à défaut de photos « potables », il est nécessaire de se rabattre sur les photos disponibles. Image@?

Les indiens maintiennent fermement le secret autour de la classe Arihant, très peu d’informations filtrent sur ces derniers et le nombre d’images « claires » disponibles se comptent à peine sur les doigts d’une seule main. Néanmoins, on sait que le navire a eu un incident à quai à la fin de l’année 2017 qui a vu de l’eau de mer pénétrer dans certains compartiments internes; suite à cet incident, le navire a du passer en carénage pendant de longs mois pour nettoyer/remplacer les composants et canalisations impactés par l’eau de mer. La première patrouille en mer (d’une durée de vingt jours) de l’INS Arihant s’acheva au début novembre 2018, venant ainsi confirmer l’ajout de cette capacité au sein de la triade nucléaire indienne.

Une vue de l’INS Arihant lors d’essais en mer. Image@?

Une fois les deux derniers navires de la classe Arihant sortis de production l’Inde devrait lancer la construction d’une nouvelle série de SNLE comprenant trois unités: la classe S5 (désignation temporaire). Il s’agirait de navires d’un déplacement estimé à 13.500 tonnes, équipé d’un réacteur CLWR-B2 de 190 MWt et aptes à emporter 12 (ou 16, les sources varient sur ce point) missiles balistiques « mirvés » (à têtes multiples) K-6 d’une portée de 10 à 12.000 kilomètres. 

Contrairement aux russes, les indiens sont beaucoup plus attentifs aux regards indiscrets: l’INS Arihant ainsi que l’INS Arighat disposent d’abris à quai qui sont (en bonne partie) couverts. Le bâtiment couvert au sud des deux navires est le quai d’achèvement employé pour les autres navires de cette classe qui sont en cours de construction. Image@GEarth

La courbe d’apprentissage (très importante) liée à l’acquisition ainsi que la création des briques technologiques nécessaires expliquent pour partie les délais nécessaires pour déboucher sur la mise en service de la classe Arihant mais pas son entièreté, surtout au vu du fait que les « conseillers soviétiques et russes » (sic) n’ont jamais rechigné à apporter une aide précieuse aux ingénieurs et techniciens indiens pour. A ce sujet, il est d’ailleurs intéressant de voir (sur les rares images disponibles) que l’INS Arihant dispose d’un kiosque et d’une pointe avant « très fortement » (sic) inspirés des sous-marins russes de la classe Paltus/Kilo et dans une moindre mesure des Delfin/Delta IV. Evidemment un kiosque et une pointe avant de sous-marin ne font pas tout, mais on retrouve bien le « coup de crayon » des ingénieurs soviéto-russes derrière cette classe, tout comme il en va de même avec plusieurs classes de navires de surface exploités par la Marine Indienne. 

Avec l’arrivée de la classe Arihant, l’Inde rejoint le club « très fermé » des pays capables de développer de A à Z un sous-marin à propulsion nucléaire sur base de composants indigènes ainsi que des pays disposant de sous-marins nucléaires lanceurs d’engins (pour rappel: Chine, Etats-Unis, France, Russie et Royaume-Uni). Cependant, au vu du rythme d’avancement des travaux de construction et de développement des projets en cours ainsi que des lenteurs inhérentes au processus décisionnel indien: il y a de fortes chances que la Marine Indienne se retrouve très largement surclassée dans la décennie à venir face à la Marine Chinoise dont la croissance en taille, format et diversité de matériels admis au service est très largement soutenue par un secteur de la construction navale qui tourne « sous stéroïdes ». Les décideurs indiens en priorisant la construction de sous-marins en lieu et place du troisième porte-avions viennent confirmer qu’ils ont pleinement conscience de la principale menace à laquelle ils risquent d’être confrontés dans un plus-ou-moins proche avenir. 

Quel avenir pour l’INS Chakra?

La seule question qui reste sans réponse porte sur l’avenir de l’INS Chakra. Au moment de rédiger ces lignes, la réponse est simple: il n’y a aucune communication officielle relative au futur (ou l’absence de) de l’INS Chakra. Par conséquent, il est impossible de tirer la moindre conclusion (même provisoire) pour l’instant, néanmoins il y a certains éléments qui donnent une première idée sur la toujours très hypothétique deuxième partie de carrière de ce dernier.

Après presque dix années passées au service de la Marine Indienne, le navire va nécessiter de passer par l’étape de la révision générale décennale (KR / Капитальный Ремонт) qui va consister en un carénage, la révision (et remplacement si nécessaire) des équipements embarqués, le rechargement du réacteur et enfin la remise au type « russe » si le navire vient à reprendre du service au sein de la Marine Russe. Bref, ce sont des travaux qui demanderont du temps (et donc onéreux) tout en mobilisant une partie des capacités du chantier naval Zvezda, ce dernier ayant déjà une lourde charge de travail avec la modernisation en cours (ou à venir) de deux SSGN de la classe Antey (Izd.949A): les K-132 Irkutsk et K-442 Chelyabinsk ainsi que la modernisation en cours du SNA de la classe Shchuka-B (Izd.971), le K-331 Magadan.

L’INS Chakra lors de son transfert vers l’Inde. Image@?

Néanmoins, vu l’âge du bâtiment (à peine douze années de service) et la « perte » du K-391 Bratsk des effectifs de la Flotte du Pacifique vu que de ce dernier va être envoyé en Inde pour une période de dix ans après la fin des travaux de modernisation en cours; il serait parfaitement logique à la fois pour profiter de la « jeunesse » du bâtiment ainsi que pour maintenir les effectifs des SNA de la Flotte du Pacifique (un bâtiment en service, trois en cours de travaux) de (ré)intégrer le K-152 Nerpa dans la dotation de la Marine Russe et de profiter par la même occasion de son passage en révision décennale pour le moderniser. L’option de la réintégration au sein de la Marine Russe semble envisagée sérieusement, la publication de l’appel d’offres abordé plus haut et daté du 21 juin portant sur les réparations à effectuer sur un système de bouteilles d’air comprimés présentes sur un sous-marin étant un excellent indicateur en ce sens.

Peut-on conclure pour autant que le K-152 Nerpa rejoindra à terme les effectifs de la Marine Russe? En l’état actuel des choses, la Russie n’a pas encore communiqué en ce sens. Néanmoins, cette éventualité serait logique et souhaitable, surtout vu l’âge du bâtiment ainsi que les besoins de la flotte: la construction de nouveaux bâtiments étant une opération de longue haleine, la priorité est actuellement accordée aux SSGN Yasen-M (Izd.885M), il n’y a aucun sous-marins d’attaque neufs envisagé pour l’instant et enfin la flotte de Shchuka-B (Izd.971) mériterait largement d’être « rafraîchie » avec l’arrivée d’une unité supplémentaire.

L’INS Chakra en mer. Image@?

Au final, si cette hypothèse d’un retour dans les effectifs de la Marine Russe venait à se confirmer: les russes réaliseraient une excellente opération… à la fois opérationnelle et financière! En remplaçant un navire de trente-et-un an d’âge (le K-391 Bratsk) par un autre d’à peine douze ans (le K-152 Nerpa) avec en bonus un bénéfice découlant de la location à l’Inde!

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