[Actu] Les SNA Shchuka-B (Izd.971)

Parfois représentés comme étant l’aboutissement réussi de très longues années de travaux par les ingénieurs soviétiques en matière de discrétion, de performances et d’automatisation, les sous-marins d’attaque (SNA) dits de troisième génération de la classe Izd.971/09710 Shchuka-B / Щука-Б (code OTAN: Akula I à III et Improved Akula) forment toujours l’ossature de la flotte de sous-marins nucléaire d’attaque russes.

Navires appréciés et redoutés pour leur grande discrétion (surtout en comparaison avec leurs prédécesseurs dont la discrétion n’était certainement pas la principale qualité), les SNA de la classe Shchuka-B, dont les mises sur cales se sont déroulées entre 1983 et 1993, ont pris de plein fouet les restrictions post-chute de l’URSS, ceci débouchant sur une flotte dont l’état actuel est pour le moins contrasté. La construction, bien qu’à un stade avancé, de plusieurs bâtiments à un standard modernisé (Izd.971M) sera interrompue, certains éléments déjà produits étant récupérés pour construire les premiers SNLE Boreï (Izd.09551) tandis que d’autres bâtiments seront loués par la Russie à l’Inde qui les exploitera sous le nom d’INS Chakra; ceci impactera d’autant plus la disponibilité de la Flotte russe qui n’atteindra pas le nombre envisagé initialement de vingt bâtiments.

Répartis au sein des deux flottes principales de la Marine Russe que sont la Flotte du Nord et la Flotte du Pacifique, les sous-marins d’attaque Shchuka-B ont été regroupés au sein de deux divisions dont la célèbre 24 DPL de la Flotte du Nord (réputée pour sa grande disponibilité à l’époque soviétique) ainsi qu’au sein de la 10 DPL de la Flotte du Pacifique. N’étant actuellement plus que l’ombre d’elle-même suite aux retards connus dans les révisions générales obligatoires ainsi que dans les programmes de modernisation; la flotte de Shchuka-B est appelée à effectuer d’ici quatre ans son retour progressif sur l’avant de la scène sous-marine russe. Que ce soit en ce qui concerne les navires qui attendent depuis très (trop) longtemps une révision générale, ceux dont la carrière a été écourtée ou ceux dont la modernisation s’éternise; les annonces récentes ainsi que les contrats en cours permettent de voir « la lumière au bout du tunnel » pour ces sous-marins nucléaires d’attaque dont la flotte russe a grandement besoin pour assurer notamment la protection de ses sous-marins nucléaires lanceurs d’engins (SNLE), composante navale de la triade nucléaire russe.

Sans revenir en détails (ceci fera l’objet d’un dossier ultérieur); la flotte de Shchuka-B russes s’est stabilisée à dix bâtiments dont seulement trois (!) sont actuellement en service (jusque très récemment, ils n’étaient que deux).

Passons en revue ces bâtiments ainsi que leur futur.

La classe Shchuka-B, un bref aperçu technique

Catalogués en tant que SNA, c-à-d: Sous-marins à propulsion Nucléaire d’Attaque (classification russe: ПЛА(K) – PLA(K) / Подводная Лодка Атомная), les Izd.971/09710 sont des navires divisés en six compartiments (avec un maximum de quatre ponts dans le compartiment principal) et disposant d’une double coque intégrale en acier; constitué d’une coque intérieure sous pression en acier à haute résistance et d’une coque externe plus légère en acier également. La coque externe est recouverte de tuiles anéchoïques en caoutchouc permettant de réduire le niveau général de bruit généré par le bâtiment.

Le K-335 Gepard en compagnie du K-461 Volk. Image@?

Les six compartiments du navire se décomposent de la manière suivante;

  • Premier compartiment: sonar en dessous et tubes lance-torpilles au-dessus
  • Deuxième compartiment: compartiment principal divisé en quatre ponts, abrite le poste de commandement et de pilotage, les lieux de vie, les installations médicales et une partie des équipements techniques
  • Troisième compartiment: mécanismes et équipements dont un groupe de générateurs diesel (10 heures d’autonomie), compresseurs ainsi que les différents mâts et équipements liés
  • Quatrième compartiment: le réacteur
  • Cinquième compartiment: la turbine vapeur, les génératrices électriques ainsi que des équipements de refroidissement
  • Sixième compartiment: équipements auxiliaires liés à la propulsion du bâtiment
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Ecorché montrant les principaux équipements et leur répartition dans un Izd.971. Image@I.Apalkov

Les Shchuka-B ont bénéficié d’un important travail sur la discrétion acoustique (notamment via le montage systématique des équipements embarqués sur des absorbeurs de chocs) ainsi que sur l’automatisation permettant de réduire la taille de l’équipage, leur arrivée a fortement surpris les observateurs occidentaux principalement au vu de la différence de performances entre cette nouvelle génération de bâtiments et leurs prédécesseurs qui étaient notoirement très bruyants. La silhouette des navires est très effilée bien que classique avec un massif implanté au milieu du bâtiment, ce dernier se caractérisant par des lignes bien intégrées au sein de la coque, cette intégration étant également observable au niveau des surfaces de contrôles du navire.

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Illustration d’un Izd.971 détaillant les éléments les plus visibles. Image@Robert Whiston (https://rwhiston.wordpress.com/2011/10/17/10/)

Pas moins de quinze Shchuka-B vont être construits au sein de deux chantiers navals: le chantier naval de l’Amour (Komsomolsk-sur-l’Amour) pour les bâtiments destinés à la Flotte du Pacifique et le chantier naval SevMash (Severodvinsk) pour les navires destinés à la Flotte du Nord. A noter qu’en ce qui concerne le chantier naval de l’Amour il s’agira des derniers sous-marins produits au sein de ce chantier naval; la production ayant été arrêtée fin 2011.

Deux prédateurs sur la même photo: un Shchuka-B et un Orque. Qui a copié qui? Image@Olga Gokoeva

En tant que navires dits de « troisième génération », les Shchuka-B bénéficient d’une chaîne cinématique unifiée avec les autres modèles en construction à la même époque en URSS (notamment les Izd.949A Antey): la propulsion est assurée par un réacteur OK-650M.01 (exception faite du K-284 Akula qui disposait d’un bloc OK-650V) développant 190 MWt couplé à une turbine vapeur OK-9VM de 50.000 Cv le tout entraînant une ligne d’arbre sur laquelle se trouve une hélice à pas fixe comportant sept pales courbées présentant une forme de cimeterre. Outre la propulsion principale, les Shchuka-B disposent également de deux propulseurs (thrusters) électriques auxiliaires rétractables développant environ 400 Cv chacun et pouvant propulser le navire à une vitesse maximale de 5 noeuds (en immersion).

La génération d’électricité à bord des bâtiments est assurée par: deux turbo-génératrices OK-2 de 3.200 kW chacune générant du courant alternatif, deux commutatrices réversibles, un ou deux générateur(s) diesel(s) DG-300/ASDG-1000 (le type précis varie selon les sources et selon les sous-variantes de navires d’où les réserves de rigueur) disposant d’une réserve de carburant permettant de tenir environ 10 jours et enfin de deux groupes de batteries acide-plomb.

Le scandale Toshiba-Kongsberg

Comme indiqué un peu plus haut, les Shchuka-B ont bénéficié d’un important travail portant sur la discrétion acoustique des bâtiments; cependant il est un point qui prime sur les autres en matière d’architecture navale sous-marine: l’hélice. En vue d’obtenir une hélice présentant d’excellentes qualités acoustiques, il est nécessaire de disposer de machines-outils (fraiseuses) permettant un usinage d’une très grande précision: hors, l’URSS était dans l’incapacité d’arriver à de tels niveaux de précision avec les équipements dont elle disposait, ceci ayant un impact non-négligeable sur la discrétion de ses bâtiments sous-marins.

Vu que les ingénieurs soviétiques se sont concentrés sur la discrétion des Shchuka-B, les décideurs vont se retrouver face à un épineux problème en ce qui concerne l’hélice et les équipements nécessaires pour produire cette dernière: soit développer in situ ses propres capacités (donc nécessitant beaucoup de temps et d’argent) soit acquérir les technologies à l’étranger (gain de temps). L’URSS va finalement se tourner vers les fournisseurs d’équipements étrangers et plus particulièrement vers le Japon dont la société Toshiba Machine Corporation disposait de fraiseuses modèle MBP-110 capables d’usiner avec une très grande précision des pièces de larges dimensions (jusqu’à 11 m de diamètre) telles que des hélices de sous-marins. Cependant, suite à l’existence du Coordinating Committee for Multilateral Export Controls (CoCom) visant à restreindre les exportations de technologies occidentales avancées vers l’URSS et la Chine pour ne pas que ses dernières les emploient à des fins militaires; cette vente n’était en théorie pas réalisable.

Néanmoins, les soviétiques vont tenter leur chance et employer des moyens détournés pour arriver à leurs fins; c’est l’organisation chargée du commerce extérieur Tekhmashimport (avec l’aide de l’omniprésent KGB, bien entendu) qui va prendre contact avec une société japonaise ayant pignon sur rue et basée à Moscou, la Wako Koeki trading company cette dernière ayant pour principale activité de faire commerce entre le Japon et les pays du COMECON: c’est cette société et notamment un de ses employés qui s’appelle Hitori Kumagai qui va se charger d’assurer le relais entre l’URSS et Toshiba. En effet, malgré les interdictions en vigueur, la Wako Koeki sentant qu’il y avait de généreux bénéfices à se faire dans cette vente potentielle (et certainement quelques bakchichs à grappiller), va se dépêcher de contacter Toshiba à Tokyo pour leur indiquer l’intérêt manifesté par les soviétiques pour les fraiseuses MBP-110.

Fort étonnement, le management de Toshiba ne va pas se poser trop de questions éthiques par rapport au fait de fournir ce type de matériels aux soviétiques: l’usage des fraiseuses pour résoudre une problématique d’ordre militaire n’étant bien évidemment pas précisé, le souhait exprimé par les soviétiques étant de pouvoir disposer « d’un robot qui fabrique des hélices pour les grands navires« . Pour ce faire, l’URSS souhaitait acquérir quatre MBP-110 aptes à travailler sur neuf axes dont la commande (valeur: 17,4 millions USD) va être signée le 24 avril 1981 ainsi que quatre autres machines (valeur: 10,72 millions USD) aptes à travailler sur cinq axes commandées le 1er avril 1983. Outre les machines en tant que telles, les soviétiques vont avoir besoin de logiciels de commandes informatisés pour ces dernières: c’est le norvégien Kongsberg Våpenfabrikk (devenu Kongsberg Gruppen ASA depuis) qui va fournir les boîtiers NC2000 contenant les logiciels de commande numériques.

Les premières machines vont être transportées par voie maritime le long de la Route du Nord avec comme destination le chantier naval de la Baltique à Léningrad; les deux premières machines étant assemblées par des techniciens japonais sur place en décembre 1983, les dernières l’étant en décembre 1984. Bien évidemment, les agents chargés de vérifier le matériel entrant sur le territoire soviétique se contentèrent de lire les documents qui leurs furent montrés (falsifiés, inutile de le préciser, les véritables documents étant ailleurs) sans chercher à vérifier si le contenu des caisses correspondait avec le la liste établie sur les documents.

Bref, tout ce petit monde s’y retrouvait. Cependant, l’histoire va rebondir peu après lorsque Hitori Kumagai (l’employé dont il est fait mention plus haut) se vit refuser une promotion par la Wako Koeki, ce dernier décida donc de claquer la porte: il décida de révéler toute l’histoire, sa proposition d’acheter son silence ayant été refusée par les deux sociétés impliquées. Initialement, c’est au Japon qu’il lança l’information de l’aide illégale apportée à l’URSS: peu ou pas de réactions de la part des autorités japonaises (ceci se comprend aisément vu le poids de Toshiba au niveau économique et politique local), ce sont donc les autorités américaines qui vont être informées ensuite: ces dernières demandant des explications de Tokyo… qui se contenta de nier. Bien que la CIA fut au courant de certaines transactions, c’est à partir du moment où ils vont frapper à la porte du gouvernement norvégien (l’intégrité des scandinaves n’est pas qu’une légende urbaine) qui va demander des comptes à Kongsberg Våpenfabrikk: ces derniers fournissant les documents et éléments de preuves nécessaire pour tomber sur le pot aux roses et mettre à jour la complaisance des capitaines d’industries japonais ainsi que des politiques locaux.

L’affaire Toshiba-Kongsberg était née.

Et elle aura un impact non-négligeable; entraînant la démission du président du groupe (Sugiichiro Watari) ainsi que du président du directoire (Seichi Saba) de Toshiba, neuf personnes vont être inculpées mais la grande majorité sera relâchée. En outre, les USA vont imposer des pénalités économiques et des restrictions d’accès au marché US aux deux entreprises concernées: les norvégiens vont réagir rapidement en démantelant (vente au secteur privé) le groupe Kongsberg et ne conservant qu’une partie des actifs militaires (donc stratégiques) de ce dernier. En outre, cette affaire a permis aux USA de mettre à jour (en partie), grâce aux documents fournis par Hitori Kumagai, l’ampleur de la collaboration « indélicate » entre certains pays (dont le Japon) et l’URSS malgré l’existence du CoCom.

Et Hitori Kumagai? Aux dernières nouvelles, il profite d’une retraite tranquille au Japon.

Bien que ce ne soit pas confirmé, il semblerait que ce soit une des fraiseuses MBP-110. Image@?

Les surfaces de contrôles sont réparties en deux zones; premièrement on trouve à la poupe des surfaces de contrôles selon une plan d’installation en croix composé de deux gouvernails implantés perpendiculairement par rapport à l’axe de l’hélice complété par deux plans horizontaux installés perpendiculairement sur les flancs de la coque. Deuxièmement, deux barres de plongées rétractables sont implantées latéralement à la proue du navire en aval du compartiment du sonar.

Au niveau des dimensions générales des Izd.971 (à noter que les Izd.971U sont légèrement plus grands), les chiffres suivants sont disponibles;

  • Longueur: 110,3 m / 113,3 m (Izd.971U)
  • Largeur maximale: 13,6 m
  • Diamètre maximal de la coque interne: 10,9 m
  • Tirant d’eau: 9,7 m
  • Déplacement: 8.140 tonnes (en surface) / 12.770 tonnes (en plongée)
  • Déplacement (Izd.971U): 8.500 tonnes (en surface) / 13.500 tonnes (en plongée)
  • Vitesse maximale: 11,6 noeuds (en surface) / 33 noeuds (en plongée)
  • Immersion maximale: 600 m
  • Autonomie: 100 jours
  • Equipage: 73 personnes

L’armement principal se compose de quatre tubes lance-torpilles de 650 mm auxquels s’ajoutent quatre tubes lance-torpilles de 533 mm l’ensemble étant installé à la proue du navire, le rechargement s’effectue via une trappe frontale installée au-dessus des tubes; la dotation totale en torpilles étant de quarante unités avec douze torpilles/missiles de 650 mm et vingt-huit torpilles/missiles de 533 mm.

Le K-295 Samara est vu ici avec ses trappes de rechargement ouvertes. Image@?

Les tubes lance-torpilles de 650 mm permettent de mettre en oeuvre les armements suivants:

  • Torpilles 65-76
  • Missiles anti-navires du système RPK-7 Veter

Les tubes lance-torpilles de 533 mm permettent de mettre en oeuvre les armements suivants:

  • Torpilles UGST
  • Torpilles 53-65K
  • Torpilles USET-80
  • Torpilles M-5 Shkval
  • Missiles RPK-6 Vodopad
  • Missiles S-10 Granat

En outre, les Shchuka-B (à partir du K-391 Bratsk) disposent de six tubes de 533 mm permettant de mettre en oeuvre le système de contre-mesures REPS-324 Shlagbaum (barrière) destiné à contrer les sonars des bâtiments ennemis ainsi que de protection contre les torpilles ennemies en servant de leurre embarqué. Ce système utilise les leurres MG-104 et MG-114 approvisionnées à raison de six unités sur les Shchuka-B.

La répartition des tubes sur un Izd.971: en vert, les tubes du système REPS-324 Shlagbaum, en rouge et en orange les tubes lance-torpilles (650/533 mm). Image@?

Enfin pour la couverture anti-aérienne rapprochée, trois lanceurs portatifs du système 9K38 Igla sont embarqués avec une dotation totale de douze missiles.

Les Shchuka-B disposent d’un système de gestion des informations de combat (en russe, on emploie l’acronyme BIUS) connu sous le nom de MVU-132 Omnibus (Омнибус), le K-335 Gepard dispose d’une version améliorée: l’Omnibus-U, cette version étant également installée sur les navires qui passent en modernisation. Le capteur principal étant un sonar circulaire MGK-540 Skat-3(M) monté à la proue du navire complété par deux antennes latérales implantées à la proue sur les flancs du bâtiment ainsi qu’un sonar traîné UPV-1-3 installé au sommet de la dérive du navire dans un container effilé qui donne au navire une silhouette facilement identifiable. On peut également ajouter que le dernier navire produit pour la marine russe, le K-335 Gepard, dispose d’un container pour sonar implanté au-dessus de la dérive qui est redessiné, rendant ce dernier facilement identifiable. Un radar MRKP-58 Radian (code OTAN: Snoop Pair) ou un MRKP-59 Radian-U (ceci varie selon les navires) servant à la navigation ainsi qu’à la recherche de surface est installé sur un mât rétractable; ce dernier dispose d’une capacité de détection maximale de 46 Km.

Cette vue comportant à gauche le Gepard et à droite le Leopard permet de voir la différence entre les modèles de containers abritant le sonar traîné. Image@?

Un des équipements intéressants de cette classe de sous-marins est le SOKS / СОКС (Система Обнаружения Кильватерного Следа) repris sous le type MNK-200-1 Tukan (certains bâtiments ont reçu le MNK-200-2 Tukan-2) dont la mission est de détecter les navires ennemis via leur sillage (d’où le nom: système de détection de vagues de sillage). Il s’agit d’antennes installées sur le front du massif ainsi que sur un petit mât implanté en amont du massif et qui sont en mesure de mesurer le passage d’un navire (de surface ou sous-marin) plusieurs dizaines de minutes (voire des heures) après son passage. Le fonctionnement supposé, puisque les russes n’ont jamais communiqué en détails sur ce dernier, consisterait en un ensemble de capteurs pouvant mesurer les radionucléides présents dans l’eau, les hausses de températures, les traînées de bulles laissées derrière les navires, etc… Le système SOKS étant un système non-acoustique et passif, il permettrait d’assurer (dans une certaine mesure) le suivi à une distance respectable des sous-marins ennemis sans attirer l’attention sur soi en faisant usage de moyens actifs (et donc détectables).

Les deux encadrés en rouge permettent de voir les deux emplacements du système SOKS Tukan(-U) sur le K-154 Tigr. Image@?
Une partie des antennes du système SOKS. Image@?

Vu les temps de développement et de construction de cette classe de sous-marins ainsi que les évolutions rapides des technologies, les ingénieurs soviétiques vont poursuivre le développement des Shchuka-B durant leur construction, en travaillant notamment sur la discrétion acoustique des navires ainsi que l’amélioration des capacités offensives. Plusieurs variantes du Shchuka-B vont apparaître avec, outre la variante de base qu’est l’Izd.971/09710 (Akula), l’arrivée des: Izd.971 (Improved Akula), Izd.971U (Akula-II) et enfin l’Izd.971M (?) (Akula-III). Sans rentrer dans les détails précis relatifs à chaque bâtiment, signalons que les modifications entre variantes débouchèrent sur des navires un peu plus long (environ 3 mètres de plus à partir de l’Izd.971U) et disposant d’un agencement interne revu et corrigé. Même si les russes ont toujours été peu loquaces sur les différences concernant les bâtiments de cette série, il est quand même possible d’obtenir une idée relativement précise des différents standards et navires concernés:

  • Izd.971/09710 « Akula » (de base): K-284 Akula (tête de série) et K-263 Barnaul (navire de série)
  • Izd.971/09710 « Akula » (discrétion augmentée): K-317 Pantera, K-322 Kashalot, K-331 Magadan, K-391 Bratsk, K-480 Ak Bars
  • Izd.971 « Improved Akula« : K-154 Tigr, K-295 Samara, K-328 Leopard, K-419 Kuzbass, K-461 Volk
  • Izd.971U « Akula II« : K-157 Vepr
  • Izd.971(M) « Akula III« : K-335 Gepard (A noter que le code projet n’a jamais été confirmé)

L’Izd.971I, le Shchuka-B indien

La Marine Indienne souhaitant disposer de sous-marins d’attaque à propulsion nucléaire et ne disposant pas de capacités production propre en Inde, le pays s’est fort logiquement tourné vers l’URSS et à sa suite la Russie pour acquérir les bâtiments lui permettant d’acquérir les technologies et compétences dont elle ne disposait pas en interne.

C’est en 1986 que l’URSS (à l’époque dirigée par M.Gorbatchev) va proposer au gouvernement indien (dirigé par R.Gandhi) de lui transférer un SSGN (PLARK dans la classification russe) de la classe Izd.670 Skat / Скат (code OTAN: Charlie) à des fins d’entraînement et de formation, permettant aux équipages de la Marine Indienne de se former à l’exploitation de navires de ce type ainsi qu’en apportant une assistance dans le développement des installations nécessaires pour mettre en oeuvre ce type de bâtiments. Bien que certains politiciens soviétiques ne furent pas très emballés à l’idée de fournir un sous-marin de ce type ainsi qu’une aide matérielle à l’Inde, le Politburo passa outre leurs objections et c’est le K-43 (mis sur cale le 2 août 1966, admis au service le 5 novembre 1967 et retiré du service actif le 27 décembre 1984) qui sera loué à l’Inde avec admission au service en date du 1er septembre 1987 mais il ne sera transféré en Inde qu’en février 1988.

Renommé S-71 Chakra, le navire sera exploité par la Marine Indienne (des ingénieurs et techniciens soviétiques prenaient en charge la supervision et l’entretien de la partie nucléaire du bâtiment) jusqu’en janvier 1991 après quoi il sera retourné en URSS où il sera finalement retiré définitivement du service le 30 juillet 1992 et vendu pour destruction. A noter que bien qu’exploité par la Marine Indienne, le S-71 Chakra était exploité (en partie) par des marins soviétiques: ces derniers gardant le contrôle sur la zone nucléaire ainsi que sur la zone des missiles P-70 Ametist néanmoins, cette location permit à l’Inde de développer les installations de la base sous-marine de Visakhapatnam ainsi qu’acquérir une expérience utile dans ce domaine.

Le retour au bercail du K-43 ne va pas signifier pour autant la fin de la collaboration sous-marine soviéto-indienne; cependant il faudra attendre près de quinze années supplémentaires pour assister à la signature d’un contrat de location similaire entre la Russie et l’Inde. Mis sur cale au sein du chantier naval de l’Amour (donc destiné à la Flotte du Pacifique) dans le courant de l’année 1993, le futur K-152 Nerpa (Нерпа) va voir sa construction traîner en longueur notamment des suites des habituelles questions budgétaires dans la Russie post-communiste. En outre la Marine Russe n’avait guère d’utilité opérationnelle pour ce dernier vu la phase de réduction drastique des effectifs qu’elle connu dans le courant des années 1990, c’est pourquoi les travaux vont se poursuivre pendant quelques années avant d’être interrompus par manque de financements mais également par choix politique.

Lorsque l’URSS disparaît, le nouveau président russe, B.Eltsine lança une importante vagues de privatisations et de réduction de la voilure dans le secteur de la production militaire russe: une des conséquences des décisions fut l’arrêt de la production des sous-marins nucléaires au sein du chantier naval de l’Amour (une raison technique est également sous-jacente: le manque de profondeur d’eau à certaines périodes de l’année sur le fleuve Amour qui rendait difficile la sortie des navires de gros tonnage): se posa donc la question des bâtiments en cours de production, le K-152 Nerpa ainsi que l’Irbis mis sur cale en 1994. C’est le premier ministre russe de l’époque, un certain V.Poutine, qui en 1999 annonça lors d’une visite au chantier naval de l’Amour que le K-152 ainsi que l’Irbis seraient achevés pour rééquiper la Marine Russe.

Les travaux vont effectivement reprendre mais dans un autre cadre, en janvier 2004 l’Inde et la Russie vont signer un accord de location d’une durée de dix ans visant à la mise à disposition pour la Marine Indienne du K-152 Nerpa ainsi que de l’Irbis. Le K-152 va finalement être lancé en date du 24 juin 2006 mais ses essais et son achèvement vont – comme de coutume – traîner en longueur et les coûts vont augmenter significativement. En outre, l’Inde qui souhaitait recevoir également l’Irbis (achevé à 42%) va revenir sur sa décision et se limiter à un seul bâtiment.

Histoire de ne rien arranger, un terrible accident va se produire durant des essais à la mer du K-152 Nerpa en date du 8 novembre 2008 avec l’activation accidentelle du système anti-incendie (à base de fréon) qui va tuer 20 personnes (3 militaires et 17 spécialistes provenant du chantier naval) sur les 208 présentes à bord du bâtiment: l’enquête longue et complexe va mettre en évidence de graves manquements dans le suivi et le respect des procédures, une mauvaise connaissance des connaissance du fonctionnement des équipements par le personnel présent à bord ainsi que dans la composition du fréon (emploi de perchloroéthylène comme solvant) qui pour des raisons de fraude de la part du producteur est beaucoup plus létal et toxique (mais moins onéreux) qu’un produit « conforme » aux prescrits techniques en vigueur.

Cet accident, qui fût le plus meurtrier en Russie après la catastrophe du Kursk, a retardé encore un peu plus la mise en service du navire: ce dernier nécessitant des réparations suite aux dommages aux équipements causés par le perchloroéthylène. Finalement, le K-152 Nerpa sera livré le 29 décembre 2009 à la Flotte du Pacifique avant de rejoindre la Marine Indienne en date du 23 janvier 2012; la location du navire prenant cours à cette date et portant sur une durée de 10 ans, la valeur totale du contrat étant de 900 millions d’USD.

Affecté à la base navale de Visakhapatnam, le K-152 est devenu l’INS Chakra (II) au sein de la Marine Indienne: le navire ayant été construit et équipé selon les desiderata locaux (à titre d’exemple, le système SOKS ainsi que le Shlagbaum sont absents du navire): il est repris sous le type Izd.971I/09719. La location du navire arrive doucement à sa fin et il est déjà fort probable que la Marine Indienne prolonge ce dernier de plusieurs années, de plus, un deuxième bâtiment a été acquis de façon similaire (accord de location d’une valeur de 2 milliards d’USD signé en 2018) et verrait la mise à disposition (toujours à confirmer) du K-295 Samara issu de la Flotte du Pacifique modernisé au même standard que l’INS Chakra.

L’INS Chakra (II) de la Marine Indienne, on remarque l’absence du système SOKS ainsi que des tubes pour le Shlagbaum. Image@Indian Navy

Un programme de modernisation (standard Izd.971M ?) visant à traiter les principales obsolescences du navire va être mis en place avec remplacement d’une bonne partie de l’électronique embarquée, le remplacement du système de gestion des informations de combat ainsi que l’ajout du système Kalibr-PL qui permet via les tubes de 533 mm de déployer les missiles de la famille Kalibr avec notamment les missiles 3M54, 3M14 et 91R1, ceux-ci pouvant engager des cibles terrestres, maritimes ou sous-marines. L’ajout d’un tel système permet donc aux navires de prendre en charge non plus uniquement la lutte anti-sous-marine mais d’assurer (dans une certaine mesure) des frappes au sol avec des missiles Kalibr. Sur base des annonces et des contrats disponibles, pas moins de sept Shchuka-B doivent passer en modernisation, avec la possibilité à moyen-terme que l’ensemble de la flotte passe à ce standard.  

Trois chantiers navals travaillent sur les révisions générales et modernisations des Shchuka-B; il s’agit des chantiers navals Zvezdochka de Severodvinsk (Flotte du Nord), Nerpa de Snezhnogorsk (Flotte du Nord) qui est une filiale de Zvezdochka et enfin Zvezda de Bolshoy Kamen (Flotte du Pacifique).

Les Shchuka-B au sein de la Flotte du Nord, la division « bestiale »

Basés à Gadzhiyevo (baie de Yagelnaya) et appartenant à la division 24 DPL (fondée le 30/10/1985) de la Flotte du Nord, cette division est également connue sous le nom de division bestiale (ceci en rapport avec les noms des bâtiments qui sont systématiquement celui d’un animal). Comportant à l’origine sept Izd.971 (et variantes), ce nombre s’est réduit à six depuis le placement en réserve du K-480 Ak Bars en 1998 avant son retrait de service définitif le 1er octobre 2002 (à noter qu’une partie de la coque interne de ce dernier a été réemployée dans la construction du troisième sous-marin Izd.955 Boreï, le Vladimir Monomakh).

En outre, deux autres navires supplémentaires (K-337 Kuguar et K-333 Rys) en cours de construction au sein du chantier naval SevMash (mis sur cale en 1992 et 1993) et destinés à la 24 DPL n’ont pas été achevés et leurs coques réemployées pour construire deux SNLE Izd.955 Boreï: l’Aleksander Nevsky et le Yuri Dolgorukiy.

(Les deux vidéos insérées dans cet article sont tournées par TV Zvezda dans le cadre son émission « Voennaya Priemka » et permet de voir des Shchuka-B de plus près. Il est nécessaire d’indiquer que certaines images ne sont pas tournées à bord de navires de la classe Izd.971)

Les restrictions budgétaires des années 1990 ainsi que des difficultés d’ordre industriel du début des années 2000 se prolongeant longuement jusqu’au milieu des années 2010, ont vu la flotte de Shchuka-B se réduire comme peau de chagrin tombant finalement à un seul navire en service (!) au sein de la 24 DPL, le K-335 Gepard, jusqu’au mois d’août 2020. Le retour en service en date du 5 août 2020, du K-157 Vepr, marque donc le doublement des effectifs de la 24 DPL avec deux navires en service, permettant de ramener un peu de vie dans une division aux capacités somme toute plus théoriques que concrètes tant qu’à présent.

  • K-154 Tigr

Mis sur cale le 10 mai 1989 au sein du chantier naval SevMash et admis au service le 29 décembre 1993, le K-154 Tigr (Тигр); le navire est arrêté entre 1998 et 2002 chez SevMash pour procéder au remplacement d’urgence d’une turbine vapeur défectueuse du bâtiment.

A droite, le K-317 Pantera et à gauche le K-154 Tigr. Deux navires sont en attente de révision générale. Image@?

Revenu au service le 6 janvier 2002, le Tigr est arrêté depuis 2017 et transféré au chantier naval Nerpa: un contrat étatique (référence: 1923187302721432209022585) a été signé entre le ministère de la défense et le chantier naval Nerpa le 28/03/2019 portant sur « Projet 971, sous-marin nucléaire de croisière, N° d’usine 833 de la flotte du Nord – réparations en fonction de l’état technique avec prolongation des délais de révision (livraison en 2023)« . Les travaux en question n’ont pas encore été entamé, le navire étant toujours en attente chez Nerpa mais son entrée dans le hall technique du chantier naval devrait avoir lieu avant la fin de l’année (ce dernier prendrait la place occupée jusque récemment par le Vepr) ce qui permettra de lancer les travaux de révision générale.

Le K-154 Tigr. Image@?

Si les délais sont respectés, le navire doit contractuellement être remis en service à la fin de 2023 au plus tard.

Statut actuel: Hors service. En attente de révision générale au chantier naval Nerpa, retour au service à l’horizon 2023 (?)

  • K-157 Vepr

Mis sur cale le 13 juillet 1990 au sein du chantier naval SevMash et admis au service le 25 novembre 1995, le K-157 Vepr (Вепрь) est tristement célèbre depuis le 10 septembre 1998 lorsqu’un marin russe, Sergei Kuzminykh, a été pris d’un coup de folie et ouvrit le feu à l’arme automatique sur une partie de l’équipage du sous-marin (en réalité une partie de l’équipage du K-461 Volk qui était affecté sur le K-157 Vepr) tuant huit personnes avant de s’enfermer dans la salle des torpilles menaçant de les faire exploser. Le FSB est intervenu et devant l’impossibilité de négocier, il finira par être abattu; cet épisode mettant en lumière le manque cruel de protection entourant des bâtiments présentant un risque face à la menace d’une attaque terroriste.

Le K-157 Vepr vu avant son entrée en révision générale. Image@twower.livejournal.com

Arrivé en août 2012 au chantier naval Nerpa pour révision générale avec extension de la durée de vie de 3,5 ans; la fin des travaux va être sans cesse reportée (d’abord en 2014 pour au final en arriver à 2019), ces derniers ne débutant qu’en 2014, il faudra attendre 2020 pour voir le navire sortir du chantier naval et effectuer ses essais post-révision générale. Il semble que plusieurs raisons justifient un tel délai pour expliquer une telle durée des travaux; le chantier naval Nerpa n’avait plus assuré de révision générale de navires de ce type depuis de très longues années, le personnel disponible étant restreint et ces derniers travaillaient également sur d’autres projets prioritaires, le tout se faisant au détriment du Vepr. A noter que contrairement à ce que certaines sources russes indiquent, le Vepr n’a pas été modernisé: les travaux effectués portaient uniquement sur une remise en état et extension de la durée de vie du navire.

Le K-157 Vepr lors d’une visite de courtoisie dans le port de Brest (France) en 2004. Image@

Finalement, le navire a débuté les essais du constructeur le 19 mars 2020 avant d’être réadmis au service le 5 août 2020.

Statut actuel: En service au sein de la Flotte du Nord, basé à Gadzhiyevo/Yagelnaya.

  • K-317 Pantera

Mis sur cale le 6 novembre 1986 au sein du chantier naval SevMash et admis au service le 27 décembre 1990 sous le numéro K-317 Pantera (Пантера), ce bâtiment bien que considéré en service n’est en réalité plus sorti à la mer depuis le mois de mars 2015; ce dernier stationne actuellement à sa base d’attache de Gadzhievo et est en attente d’une révision générale qui devrait en toute théorie débuter normalement en 2021 ou 2022.

En date du 2 novembre 2006, le Pantera qui était en révision générale (cette dernière s’étant déroulée entre 2006 et 2008), un incendie s’est déclaré dans le troisième compartiment durant des travaux de soudure; heureusement ce dernier n’a pas fait de victimes et il pu être rapidement circonscrit néanmoins les dégâts ont vu la durée d’immobilisation du navire prolongée plus que prévu initialement.

Le K-317 Pantera. Image@?

Remis en service depuis le 28 janvier 2008, le navire est exploité par la Flotte du Nord et a depuis largement dépassé le délai entre deux cycles d’entretien approfondi ceci expliquant pourquoi le navire n’est plus sorti en mer depuis mars 2015. Vu la durée moyenne d’une révision générale ainsi que l’absence de capacités disponibles pour l’instant au sein des chantiers navals, il est illusoire de voir le navire reprendre la mer avant au bas mot 2024-2025 soit à l’âge (respectable) de 34-35 ans.

Statut actuel: Hors service. Stocké à Gadzhiyevo/Yagelnaya.

  • K-328 Leopard

Mis sur cale le 26 octobre 1988 au sein du chantier naval SevMash et admis au service le 29 décembre 1993, le K-328 Leopard (Леопард) a été employé de manière ininterrompue jusqu’en 2006, il passera en révision intermédiaire chez SevMash sur la période 2006-2007 avant d’être retourné au service.

Le K-328 Léopard. Image@?

Arrêté depuis le premier semestre 2011, le Leopard a été transféré au chantier naval Zvezdochka de Severodvinsk en juin 2011 avec pour but de le moderniser au standard Izd.971M. Cependant, tout ne va pas se dérouler comme prévu: le navire a été installé dans les bâtiments de l’atelier n°15 du chantier naval en avril/mai 2012 ce qui permit de commencer le démontage des équipements à remplacer mais les travaux vont traîner en longueur des suites du retard dans la réception de la documentation technique provenant du bureau d’études chargé de développer la modernisation ainsi que des difficultés pour obtenir les équipements réparés et/ou neufs par les sous-traitants.

Les travaux de modernisation sont toujours en cours et selon certaines sources, son retour au service est attendu pour 2021. Si cette date se confirme, le Leopard aura donc été immobilisé pas moins de dix ans pour bénéficier d’une modernisation de ses équipements.

Statut actuel: Hors service. En cours de révision et modernisation (Izd.971M) chez Zvezdochka, retour au service attendu pour 2021 (?)

  • K-335 Gepard

Mis sur cale le 23 septembre 1991 au sein du chantier naval SevMash et admis au service le 3 décembre 2001, le K-335 Gepard (Гепард) est le seul Izd.971 « Akula III » produit et mis en service par la Marine Russe; deux autres navires au même standard de production ont été mis sur cales mais jamais achevés et finalement détruits au chantier naval.

Arrêté en 2013 pour révision générale au sein du chantier naval Nerpa, le navire en est sorti en novembre 2015 et a encore bénéficié de travaux mineurs en 2017 et 2018. Navire le plus récent de la classe Shchuka-B, le Gepard est le seul navire qui n’a jamais été arrêté pour de longues périodes en attente de révision générale; raison pour laquelle il fut le seul Izd.971(U) réellement en service au sein de la Flotte du Nord jusqu’au retour récent au service du K-159 Vepr.

Le K-335 Gepard. Image@?

La modernisation du Gepard n’est pas encore actée mais au vu du potentiel de ce dernier (standard modernisé par rapport aux autres navires) ainsi que sa durée de vie résiduelle: il ne fait guère de doutes que ce navire sera également concerné par le passage en modernisation.

Statut actuel: En service au sein de la Flotte du Nord, basé à Gadzhiyevo/Yagelnaya.

  • K-461 Volk

Mis sur cale le 14 novembre 1987 au sein du chantier naval SevMash et admis au service le 29 décembre 1991, le K-461 Volk (Волк) sera employé jusqu’en mai 2005 lorsque le navire connaîtra son premier arrêt pour révision intermédiaire au sein du chantier naval SevMash d’où il sortira en décembre 2006 reprenant du service jusqu’en 2014. En août 2014, il est arrêté et envoyé au chantier naval Zvezdochka de Severodvinsk pour révision générale et modernisation au standard Izd.971M, cependant il n’entrera dans l’atelier n°15 du chantier naval qu’en novembre 2015.

Le K-461 Volk. Image@Vepr157

A l’instar du K-328 Leopard, les travaux vont prendre beaucoup de retard soulevant même des interrogations par rapport à la poursuite de ces derniers, les causes principales étant à trouver dans les difficultés rencontrées par les sous-traitants pouvant fournir les équipements nécessaires ainsi que par les retards au niveau de la réception des documents techniques nécessaires pour mener les travaux à bien. La publication d’un appel d’offres visant notamment le système radar R-43-0971 avec une échéance à la date du 29 janvier 2020 permet de déterminer que les travaux se poursuivent bel et bien mais les travaux du K-328 Leopard sont prioritaires sur ceux du K-461 Volk; par conséquent il est illusoire d’espérer voir ce dernier sortir sous peu, un différence de deux ans semble être la norme contractuelle prescrite par rapport aux travaux en cours sur les deux navires.

En toute logique, si le K-328 Leopard sort de Zvezdochka en 2021, on peut s’attendre à voir le K-461 Volk sortir de modernisation en 2023.

Statut actuel: Hors service. En cours de révision et modernisation chez Zvezdochka, retour au service attendu pour 2023 (?)

Les Shchuka-B au sein de la Flotte du Pacifique, une division « décorative »?

Composé initialement de sept unités, la 10 DPL de la Flotte du Pacifique est basée à Vilyuchinsk (Kamchatka) et a vu ses effectifs d’Izd.971 Shchuka-B se réduire progressivement avec le retrait de service du K-284 Akula en 2002, du K-263 Barnaul en 2013 et du K-322 Kashalot en 2019 (en réalité arrêté en 2003), la flotte se stabilisant à quatre unités dont actuellement une seule est en service; le K-419 Kuzbass. Les trois autres unités que sont le K-295 Samara, le K-391 Bratsk et le K-331 Magadan étant en cours (ou en attente) de modernisation au sein des chantiers navals Zvezdochka et Zvezda. En toute logique une des trois unités en attente de remise en service sera modernisée avant d’être envoyée en Inde pour compléter les effectifs de la Marine Indienne venant épauler l’INS Chakra II (il s’agira fort probablement du K-295 Samara) dans le cadre d’un contrat de location signé en 2018.

Au sein de la Marine Russe, la Flotte du Pacifique est probablement celle qui a connu le plus important repli capacitaire après la chute de l’URSS; la sous-marinade n’étant pas exemptée puisque sa flotte de SNLE, SSGN et SNA va se réduire très vite et ce mouvement ne sera interrompu que bien après la fin des restrictions budgétaires impactant les autres flottes. La remontée en puissance affichée de la Flotte du Pacifique avec notamment une augmentation du nombre de SNLE (arrivée de Izd.09552 Boreï-A), l’arrivée annoncée de SSGN supplémentaires (Izd.08851 Yasen-M) ainsi que le retour en service d’Izd.949A modernisés sera complétée par la remise en service après modernisation des deux Izd.971 actuellement arrêtés.

Le K-419 Kuzbass dans la baie d’Avatcha avec le volcan Vilyutchik en arrière-plan. Image@Yuri Smityuk

D’un point de vue plus anecdotique, alors que les sous-marins soviétiques ne portaient généralement qu’un code tactique composé d’une lettre et de deux (ou trois) chiffres pour les identifier, la Marine Russe a ajouté un nom à ses bâtiments. Les Shchuka-B de la Flotte du Nord reçurent des noms d’animaux et la Flotte du Pacifique suivit le même mouvement avec notamment les Akula (Requin), Kit (Baleine), Kashalot (Cachalot), Drakon (Dragon), Delfin (Dauphin), Morj (Morse) et Narval (Narval) néanmoins ce mouvement ne sera pas poursuivi et les navires seront progressivement renommés à partir de 1997-2000 avec des noms de villes russes.

  • K-295 Samara

Mis sur cale le 7 novembre 1993 au sein du chantier naval de l’Amour et admis au service le 17 juillet 1995 sous le nom de K-295, il est baptisé Drakon (Дракон) en date du 29 décembre 1995 avant d’être rebaptisé officiellement le 30 août 1999 sous le nom de K-295 Samara (Самара), nom qu’il porte toujours actuellement.

Le navire est arrêté depuis 2011-2012 en attente de révision générale et d’une modernisation qui tarde à se concrétiser. Devant initialement être pris en charge par le chantier naval Zvezda, le Samara va finalement être transporté (08/08/2014 – 26/09/2014) du Kamchatka vers Severodvinsk (emprunt de la Route du Nord) en compagnie du K-391 Bratsk à bord du navire Transshelf. Le but étant de faire passer les navires en modernisation chez Zvezdochka; ces travaux devant – en toute théorie – se dérouler plus rapidement que chez Zvezda.

Le navire Transshelf lors du transport des K-295 Samara et K-391 Bratsk. Image@Zvezdochka

La réalité va vite rattraper la Russie puisque les travaux n’ont toujours pas débuté (le navire est stocké à quai à Severodvinsk dans les installations de Zvezdochka) selon les dernières informations disponibles, les travaux de modernisation devraient débuter à l’automne 2020 pour un achèvement à l’horizon 2023. En outre, l’Inde aurait signé un accord en 2018 portant sur la location d’un deuxième Shchuka-B et il semble que le choix des indiens se soit porté sur le K-295 Samara: vu l’âge du navire, son potentiel ainsi que son faible usage depuis sa mise en service: le choix de ce dernier est plausible.

Le K-295 Samara et le K-391 Bratsk en attente de modernisation/révision générale. Image@?

L’information est toujours à confirmer néanmoins cette location réduira encore un peu plus la flotte de Shchuka-B dans la Flotte du Pacifique.

Statut actuel: Hors service. En attente de révision et modernisation chez Zvezdochka avant envoi en Inde (?).

  • K-331 Magadan

Mis sur cale le 28 décembre 1989 au sein du chantier naval de l’Amour et admis au service le 31 décembre 1990, le K-331 reçoit le nom de baptême Narval (Нарвал) en date du 13 avril 1993 avant de voir ce dernier remplacé sur ordre du commandant de la Flotte du Pacifique par le nom Magadan (Магадан) à partir du 24 janvier 2001.

Après avoir bénéficié d’une première révision en 2007-2008 au sein du chantier naval Zvezda, le K-331 Magadan est arrêté depuis 2012 en attente de révision générale et modernisation chez Zvezda; cependant, comme de « coutume », les travaux vont traîner en longueur et il faudra attendre plusieurs années pour voir le navire connaître le début des travaux proprement dits. Ces derniers sont actuellement en cours et la sortie du navire est envisagée pour 2022.

Le K-331 Magadan. Image@?

A noter qu’il fut un moment question du retrait de service éventuel du K-331 Magadan, le nom de ce dernier ayant également été attribué au sous-marin conventionnel B-602 (Izd.636.3 Varshavyanka); vu les habitudes russes de ne pas avoir deux bâtiments portant le même nom (cette règle a néanmoins connu des exceptions), il est probable qu’un des deux sous-marins sera rebaptisé à terme.

Statut actuel: Hors service. En cours de révision et modernisation chez Zvezda, retour au service pour 2022 (?)

  • K-391 Bratsk

Mis sur cale le 23 février 1988 au sein du chantier naval de l’Amour et admis au service le 31 décembre 1990, le K-391 a été baptisé du nom de Kit (Кит) en date du 13 avril 1993 et rebaptisé sous le nom de Bratsk (Братск) en date du 10 septembre 1997.

Arrêté depuis la fin des années 1990, le K-391 Bratsk a d’abord été envoyé en octobre 2003 au chantier naval SVRTs (Vilyuchinsk) pour révision générale et modernisation, le navire n’étant installé dans le dock flottant PD-71 qu’en 2008 (soit cinq ans plus tard!). Face à l’incapacité du chantier naval d’assurer les travaux voulus, le K-391 Bratsk va être envoyé au chantier naval Zvezdochka de Severodvinsk via le navire Transshelf (Cfr: K-295 Samara).

Le K-391 Bratsk à l’époque où il était encore actif. Image@?

A l’image du K-295 Samara envoyé à Severodvinsk pour les mêmes raisons, les travaux de modernisation du K-391 Bratsk n’ont pas encore débuté et ces derniers devraient logiquement débuter avant la fin de l’année 2020 de manière concomitante à ceux du K-295 Samara. Les travaux devant – en toute théorie –  durer entre trois et cinq ans, le retour en service du navire n’est donc pas à espérer avant 2025.

Le K-391 Bratsk en compagnie du K-295 Samara durant leur transfert vers Severodvinsk. Image@?

Statut actuel: Hors service. En attente de révision et modernisation chez Zvezdochka, retour au service attendu pour 2025.

  • K-419 Kuzbass

Mis sur cale le 28 juillet 1991 au sein du chantier naval Amour et admis au service le 31 décembre 1992, le K-419 a été baptisé Morj (Морж) en date du 13 avril 1993 avant d’être rebaptisé Kuzbass (Кузбасс) le 27 février 1998. Le Kuzbass a bénéficié d’une première campagne de révision au sein du chantier naval SVRTs de Vilyuchinsk en 2001, il reprit le service à la fin de la même année.

Le K-419 Kuzbass à sa base d’attache de Vilyuchinsk. Image@Vl.ru

Arrêté pour révision générale en 2009, le navire va être pris en charge par le chantier naval Zvezda mais les travaux vont se prolonger jusqu’en décembre 2015 soit plus de six années pour assurer la révision d’un seul bâtiment. Finalement, le K-419 Kuzbass a été remis en service en date du 19 mars 2016 et il est actuellement le seul représentant de cette classe en service au sein de la Flotte du Pacifique. Aucune modernisation du bâtiment n’est annoncée pour l’instant mas vu qu’il sera à terme le seul représentant de sa classe en état d’origine dans la Flotte du Pacifique, il est fort probable qu’il bénéficie de ce programme également dont les travaux seraient couplés à son prochain passage en révision générale.

Statut actuel: En service au sein de la Flotte du Pacifique, basé à Vilyuchinsk.

En conclusion

L’histoire de cette classe de SNA prometteuse pour la Marine Soviétique a été interrompu par la chute de l’URSS et les sévères restrictions budgétaires qui s’ensuivirent, des quinze navires qui furent finalement construits, la flotte va progressivement se réduire avec le retrait de service de quatre unités (dont les trois plus anciennes qui étaient moins discrètes que les navires suivants), la location pour une période de dix ans d’une unité à la Marine Indienne (le K-152 Nerpa devenu INS Chakra II), la préparation à la location d’un deuxième bâtiment étant en cours de travaux; le tout fait que la flotte russe s’est réduite à dix unités, ce chiffre devant encore se réduire vu qu’un Shchuka-B de la Flotte du Pacifique va passer en modernisation avant de partir en Inde.

De ce groupe de dix bâtiments, la Flotte du Nord dispose de six unités tandis que la Flotte du Pacifique en aligne quatre; pour ne rien arranger – au moment de rédiger ces lignes – seulement trois navires sont en service: deux au sein de la Flotte du Nord et un au sein de la Flotte du Pacifique. C’est dire si la flotte de Shchuka-B parfois présentée comme étant une menace crédible, est à très sérieusement relativiser. Non pas que ces derniers ne soient pas des sous-marins efficaces et crédibles (la réaction de l’US Navy lorsqu’elle découvrit l’existence de ces derniers fut des plus éloquente) mais le fait de ne pouvoir aligner que trois bâtiments répartis sur deux flottes ne permet pas de faire de ces derniers une menace crédible; et ce sans même aborder les questions de disponibilité des navires et de permanence à la mer.

Un Shchuka-B en compagnie d’un Antey à Vilyuchinsk (Flotte du Pacifique). Image@?

Néanmoins, comme nous l’avons vu avec les péripéties liées au scandale Toshiba-Kongsberg, la classe de SNA Shchuka-B a été importante pour la Marine Soviétique en venant réduire significativement l’écart technologique en matière de discrétion acoustique avec les bâtiments occidentaux: ceci étant la résultante pour partie de l’acquisition des fraiseuses Toshiba mais ce n’est très clairement pas la seule raison. Appliquant des normes de tolérance plus strictes, recouvrant les bâtiments de tuiles anéchoïques, systématisant le montage des équipements internes sur absorbeurs de vibrations, travaillant finement sur l’hydrodynamique: les travaux réalisés visaient à proposer un navire répondant aux besoins opérationnels de la Marine Soviétique, celle-ci étant confrontée à la mise au point et au déploiement de moyens de détections plus performants pour les Occidentaux. Et en la matière, il semble que les ingénieurs soviétiques soient arrivés à leurs fins: les observateurs occidentaux qui suivaient de près les évolutions de la Marine Soviétique s’attendaient à voir l’écart technologique entre les deux marines se réduire mais pas de manière aussi rapide et drastique.

Victimes des atermoiements décisionnels et financiers russes ainsi que de la lenteur chronique de sa construction navale, la Marine Russe n’a pas eu d’autres choix que de donner un sérieux coup d’accélérateur dans le programme des révisions générales et modernisations des Shchuka-B notamment pour pallier aux retards connus par le programme Yasen(-M) ainsi que les sous-marins de nouvelle génération. Si les décisions ont tardé à tomber avec les conséquences que ceci entraîne, il en va de même dans les capacités industrielles des chantiers navals (Zvezda et Zvezdochka/Nerpa) qui n’ont guère brillé par leur capacité à respecter des délais et un programme établi dans le maintien en condition opérationnelle des navires pris en charge ainsi que dans le déroulement des travaux de modernisation (ces derniers étant également tributaires de sous-traitants qui sont loin d’avoir été à la hauteur des attentes). Ceci a pesé très lourdement sur la flotte d’Izd.971 et sa disponibilité: plusieurs navires sont arrêtés depuis de très longues années en attente d’une prise en charge pour révision générale ou d’une modernisation, le retour du K-157 Vepr depuis le 5 août 2020 est un premier signe allant dans le bon sens. La reprise des travaux (confirmée par l’attribution de plusieurs contrats par Zvezdochka ainsi que Zvezda) sur les navires immobilisés permet d’envisager une amélioration substantielle de l’état de la flotte à l’horizon 2023-2024: si les délais sont « respectés » (il est bon de rappeler que l’on parle de la construction navale russe), la flotte de Shchuka-B devrait remonter à sept bâtiments (cinq au sein de la Flotte du Nord et deux au sein de la Flotte du Pacifique) d’ici à 2024 avec de fortes chances de voir neuf bâtiments existants actifs et entièrement modernisés à l’horizon 2026-2027 (soit pour la fin de l’actuel GPV).

Bien que les navires ne soient pas de première jeunesse en nombre d’années, ils ont été pour une bonne partie d’entre-eux peu exploités et disposent donc encore d’un potentiel important: le seul problème se trouvant dans les équipements embarqués qui sont loin d’être à la pointe de la modernité, la modernisation confirmée de sept navires au standard Izd.971M couplée à l’emport du système Kalibr-PL viendra corriger ce défaut et accroître les capacités de frappe des navires modernisés. Il n’empêche qu’à l’horizon 2030, le navire le plus ancien (le K-391 Bratsk) aura atteint l’âge respectable de 41 ans et son remplacement s’imposera rapidement; celui-ci devrait logiquement prendre la forme de la classe Laïka/Husky (Izd.545) dont le développement est en cours au sein du bureau d’études Malakhit et qui devrait (si les décisions nécessaires sont prises et les budgets débloqués) déboucher sur la mise sur cale d’un premier navire à l’horizon 2027.


Pour les amateurs de sous-marins et plus spécialement de cette classe de bâtiments, je ne puis que conseiller de consulter l’excellent site: http://militaryrussia.ru/blog/topic-273.html

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