[Actu] Premières images des Su-35 égyptiens

Annoncée de longue date bien que jamais officiellement confirmée tant qu’à présent notamment suite à la volonté du client et du vendeur de ne pas apporter de publicité autour de celle-ci, ceci étant fort probablement une volonté d’éviter (ou de limiter) d’éventuelles sanctions américaines dans le cadre des sanctions de la loi CAATSA. La commande pour la force aérienne égyptienne (Al Quwwat Al Jawwiya Il Misriya) « d’au-moins deux dizaines » de Sukhoï Su-35(S?) a cependant déjà fait couler beaucoup d’encre à son sujet et le silence voulu par les autorités autour de cette commande sera pour le moins relatif ceci finissant par créer pas mal de remous (un peu de trop au goût des autorités russes qui ont répondu d’une manière pour le moins « brutale »).

Au niveau du calendrier des informations disponibles sur cette acquisition égyptienne, on peut déterminer plusieurs événements importants:

  • L’annonce le 18 mars 2019 de la commande par le journal Kommersant qui débouchera sur une très rapide disparition de l’article concerné,
  • La confirmation indirecte de la commande trouvée le 14 mai 2020 via la consultation du site officiel des appels d’offres russes (lien ici) qui renvoie vers la référence complète du contrat ainsi que la date de ce dernier: № CAIRO/N/AF/ROSOBORONEXPORT/2018/10 (P/1781811151143) от 19.03.2018г. Sachant que le contrat concerne l’usine KnAAZ, il ne faisait plus aucun doute que ce dernier concernait des Su-35
  • Les premières images supposées des avions trouvées sur Google Earth lors d’une des plus récentes mise à jour (07/05/2020) avec la présence de quatre avions sur un parking de l’usine KnAAZ (Komsomolsk-sur-l’Amour)
  • La mise en inculpation pour « trahison » en juillet 2020 d’un des deux journalistes ayant publié l’information en mars 2019, Ivan Safronov
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Vue GEarth datée du 7 mai 2020 permettant de voir quatre Su-35 destinés à l’Egypte. Image@GEarth / Montage@RS

Finalement, la publication le 22 juillet 2020 sur Internet des premières images claires des Su-35 ne laisse plus aucun doute possible sur le pays destinataire des appareils en question: le camouflage (employant des nuances de gris foncé) employé étant identique à celui des MiG-29M(2) égyptiens. Ce sont pas moins de cinq avions qui ont été photographiés tant qu’à présent lors de leur passage à Novossibirsk; ces derniers faisant probablement relâche pour ravitaillement (la distance entre Novossibirsk et Komsomolsk est d’environ 3.500 Km donc c’est cohérent avec la distance franchissable sur réservoirs des Su-35) en route vers leur destinataire final.

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Le Su-35 codé 9214 destiné à l’Egypte vu à Novossibirsk. Image@Alexey Korshunov

Les premières photos disponibles permettent déjà de constater que les avions présentent la même petite différence (à l’instar de leurs homologues chinois) avec la présence de deux antennes sur le haut de la dérive droite en lieu et place de trois sur les appareils russes. On remarquera également l’absence des points d’armements (absents) ainsi que d’éventuels pods de brouillage complémentaire du système L-265M10-01 Khibiny-M: ces équipements étant transportés séparément (il reste à voir si l’Egypte a commandé – ou non – les Khibiny-M) et installés une fois les appareils livrés. Pour le reste, il ne semble pas y avoir de différences techniques majeures et/ou visibles avec les appareils employés par la Russie (Su-35S) ou la Chine (Su-35): on ne sait pas non plus sous quel type les appareils égyptiens sont classés: Su-35S, Su-35 ou encore une autre dénomination? Ceci sera à préciser par la suite.

Les cinq appareils aperçus à Novossibirsk portent une numérotation à quatre chiffres présente sur les deux dérives, comme de coutume dans la force aérienne égyptienne: à noter cependant que les marquages ne sont pas encore complets puisque les cocardes du pays ainsi que les habituelles marques en arabe sont toujours absente des avions observés. Les Su-35 observés tant qu’à présent portent les numéros 9210, 9211, 9212, 9213 et 9214.

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Le Su-35 codé 9210 vu à l’approche de Novossibirsk. Image@Andrey Neyman

Le nombre d’appareils en commande est également sujet à discussions: l’article de Kommersant ayant révélé l’information parlait de « deux dizaines » de Su-35, d’autres sources évoquent vingt-quatre avions et enfin un dernière source parle même de trente-et-un avions: le tout pour un montant estimé de deux milliards d’USD. Malheureusement, aucun de ces chiffres ne peut être confirmé, il faudra donc attendre et espérer que les photographes russes soient rapides et présents aux bons moments pour avoir un suivi relativement précis des avions produits.

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Le Su-35 codé 9212. Image@NSKPlanes

L’ajout du Su-35 au sein de la force aérienne égyptienne ne va pas sans poser plusieurs questions. Si on fait abstraction des considérations d’ordre politique, l’Egypte ayant clairement fait le choix de la diversification des sources d’approvisionnement pour ses armements tout en profitant des facilités de paiements offertes par plusieurs fournisseurs (couplée à l’aide financière d’origine Saoudienne); la multiplication des appareils de provenances diverses va mettre la chaîne logistique égyptienne sous forte pression. Avec une dotation moderne composée de F-16, Rafale, MiG-29M(2), Su-35 et éventuellement des Typhoon (en cours de discussions): inutile de préciser que la gestion d’une telle flotte (et des armements) va vite se révéler un exercice de haut vol pour les équipes chargées de la maintenance.

Bien qu’étant entrée dans une logique d’accroissement capacitaire avec l’admission au service d’appareils neufs modernes et polyvalents, il reste quand même assez difficile à comprendre (outre pour des considérations politiques) l’intérêt d’aligner à terme dans sa dotation trois appareils similaires voire concurrents (aux niveaux des performances) que sont le Rafale, le Su-35 et le Typhoon, le MiG-29M(2) n’entrant pas dans ce trio vu ses performances générales en retrait par rapport à ces trois plate-formes.

Mais soit, chacun se fera son avis sur la question.

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Un Su-35 inconnu vu lors de son arrivée à Novossibirsk. Image@NSKPlanes

A l’inverse, cette commande vient donc confirmer ce qui était déjà constaté: le retour en grâce de la Russie en tant que fournisseur de premier plan d’armements pour l’Egypte: alors que sous le règne d’Hosni Moubarak les acquisitions de matériels militaires étaient exclusivement occidentales (voire uniquement américaines), son renversement et l’arrivée ensuite de Abdel Fattah al-Sissi ont vu le pays se rapprocher de la Russie et passer plusieurs commandes importantes dont les MiG-29M(2), Ka-52, Su-35, T-90. Bref, l’Egypte redevient un client important pour les exportations russes.

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Cette vue plus éloignée permet de mieux voir le camouflage sur l’extrados de ce Su-35. Image@NSKPlanes

En attendant une suite éventuelle, il y a fort à parier que les appareils aperçus à Novossibirsk ne tarderont pas à rejoindre leur destinataire final et vu le rythme de production chez KnAAZ, il ne faudra pas attendre longtemps avant de voir apparaître les photos de la prochaine fournée de Su-35 destinés à l’Egypte. Néanmoins, il est également pour le moins parfaitement clair que le gouvernement russe et Rosoboronexport n’ont pas du tout appréciés voir la publicité précoce qui fut faite autour de ce contrat et la mise en inculpation d’un des deux journalistes ainsi que des restrictions de plus en plus régulières et apparentes sur le site des avis officiels russes (notamment) ou dans les bilans des sociétés liées à la défense en Russie sont deux messages très clairs envoyés aux curieux qui auraient envie d’un peu trop creuser certains sujets qui sont – pour diverses raisons – considérés comme sensibles.