[Actu] Le salon ARMY-2019 (partie terrestre)

Deuxième partie du « triptyque » consacré à la synthèse du salon ARMY-2019; nous allons désormais nous pencher sur les annonces et nouveautés concernant les matériels terrestres. Ce salon étant principalement axé sur la présentation des matériels terrestres russes actuels et à venir, il est évident que cette partie va être – et de loin – la plus riche en contenu.

De manière à rendre la présentation plus claire pour le lecteur, l’article est divisé en trois parties avec d’abord les nouveautés exposées, ensuite un détail des commandes actées et enfin une conclusion en rapport avec ce sujet.

Nouveautés exposées

Pantsir-SM

Dernière version en date du système éponyme, le Pantsir-SM est donc pour la première fois dévoilé au grand public de manière officielle (des images ainsi qu’une courte vidéo du système ont pu être observés auparavant).

Il s’agit donc d’une version profondément modernisée qui se distingue en premier lieu par l’emploi d’une nouvelle plate-forme à roue KAMAZ-53958 Tornado-K dotée d’une cabine blindée visant à protéger les opérateurs des munitions de petits calibres et des shrapnels. L’emploi de ce châssis permet également d’améliorer sensiblement la distance franchissable, qui passe de 500 Km pour le Pantsir-S standard à près de 1 200 Km pour le Pantsir-SM.

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Le Pantsir-SM exposé au salon ARMY-2019. Photo@Said Aminov

Les performances du système anti-aérien ont été grandement améliorées, aussi bien en ce qui concerne la distance de détection des cibles (qui passe à 75 Km au maximum avec l’installation de nouveaux radars de détection et de suivi) ainsi que la portée d’engagement; le nouveau missile (parfois désigné 57E6M) ayant une portée accrue à 40 Km grâce à un étage propulsif de plus grande dimension (l’altitude d’engagement maximale étant toujours de 15 000 m) tandis que sa vitesse serait de l’ordre de 3000 m/s. Par ailleurs, ce missile peut désormais s’en prendre à des cibles dont la vitesse maximale est de 2000 m/s (soit 7200 Km/h ou Mach 5,8, ce qui correspond au début du régime hypersonique).

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Le nouveau missile équipant le Pantsir-SM à gauche et le 57E6E existant à droite. Photo@Said Aminov.

Prenant en compte les ReTex en provenance de Syrie, le Pantsir-SM devrait être à même de pouvoir détecter efficacement les drones de faibles dimensions ainsi que de pouvoir les abattre; sur ce point, le Pantsir-SM pourra bénéficier de silos comprenant quatre missiles de faibles dimensions visant à abattre aussi bien les drones que des projectiles divers (roquettes, obus de mortiers, etc.).

Si le système a déjà passé une série de tests, il faudra tout de même attendre 2021 pour que les tests étatiques le concernant soit achevés, ces derniers devant déboucher par la suite sur une production en série avec potentiellement deux variantes à la clé: outre la version classique, un modèle doté de 24 missiles mais dépourvu des canons 2A38M de 30 mm est également envisagé.

A noter que les tests du Pantsir-S1M -une version export du Pantsir-SM dont les performances semblent être en-deçà du modèle russe, la portée d’engagement ayant été annoncée à 30 Km- devraient quant à eux s’achever au cours du mois de juillet de cette année.

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La maquette du Pantsir-S1M à ARMY-2019. Photo@Said Aminov.

Sosna sur châssis BMP-3

Le système anti-aérien Sosna n’est pas une nouveauté en soi car il a été exposé durant la précédente édition du salon ARMY, ainsi nous ne reviendrons pas sur les détails techniques déjà abordés l’an dernier.

Toutefois le modèle présenté cette année se distingue par la plate-forme employée: il n’est plus question du châssis MT-LB mais désormais d’une caisse de BMP-3, dont le principal intérêt est de pouvoir embarquer des missiles supplémentaires (l’équivalent d’une salve soit douze missiles) dans l’espace servant anciennement à loger les soldats embarqués et donc d’accroître son autonomie sur le champ de bataille.

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Le système anti-aérien Sosna sur châssis de BMP-3. Photo@BMPD.

Il semble par ailleurs que ce système anti-aérien ait désormais retenu l’attention des forces armées russes qui devraient s’en procurer pour remplacer à terme les 9K35 Strela-10M3 actuellement en service (dans un premiers temps les deux systèmes opéreront ensemble), les premières livraisons devant s’effectuer en 2022.

Une version modernisée est également dans les cartons sous la dénomination « Sosna-M« . Bien que peu d’informations soient disponibles à l’heure actuelle, une des modifications viserait à doter les missiles d’un système de guidage actif tandis que d’autres châssis peuvent être envisagés pour l’installation du système (pour rappel une plate-forme de 3,5 tonnes au minimum est nécessaire).

Programme Atlet

Le programme « Atlet« , développé par la compagnie VPK a été évoqué lors du salon ARMY-2018 et porte sur la mise au point d’une version plus « musclée » du 4×4 VPK-233114 Tigr-M: si ce dernier a donné naissance à une multitude de variantes aux usages divers, le véhicule souffrait néanmoins d’une certaine fragilité sur le champ de bataille eu égard au ReTex syrien et plus particulièrement vis-à-vis des IED, le Tigr-M ne pouvant encaisser qu’une charge explosive de 600 grammes…

Et c’est lors du salon ARMY-2019 que les véhicules de ce projet ont été dévoilés. Et la première chose que l’on puisse dire est que ce véhicule blindé se distingue nettement de son prédécesseur sur le plan visuel et tient désormais plus d’un véritable MRAP « léger ».

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L’AMN-2 Atlet exposé au salon ARMY-2019. Photo@Vitaly.V.Kuzmin.

En ce qui concerne ses caractéristiques, il s’agit d’un engin pesant près de 9 tonnes en configuration classique et propulsé par un moteur YaMZ-5347-24 de 240 ch lui permettant d’atteindre une vitesse maximale de 120 Km/h, tout en offrant une autonomie de 1000 Km et possédant une charge utile de 1,6 tonnes (1,2 tonnes pour le Tigr-M). Toutefois, la différence la plus notable concerne la protection puisqu’il est capable cette fois-ci d’encaisser une charge explosive de 6 Kg au maximum -le chiffre de 2 Kg a aussi été avancé auparavant-  protégeant alors au mieux le personnel à bord (composé de deux membres d’équipages et jusqu’à 8 soldats embarqués) tandis que la protection contre les projectiles correspond à la norme OTAN STANAG-4569 au niveau 2 (soit une protection contre les munitions perforantes de 7,62 x 39 mm à 30 m), qui peut être portée au niveau 3 (résistance contre les munitions perforantes de 7,62 x 51 mm à 30 m) avec un surblindage.

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Les caractéristiques de l’AMN-2 « Atlet« . Photo@dva4eev.

Le programme Atlet est actuellement composé de deux véhicules: si l’AMN-2 est censé être la version de base de l’engin (certaines sources indiquent qu’il serait mieux protégé que l’autre modèle), la version ASN-2 est quant à elle conçue pour des missions plus « spécifiques »; concrètement, cette version se distingue par la pose de quatre lance-grenades fumigènes.

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L’ASN-2 « Atlet » lors d’une démonstration dynamique. On peut noter la présence des lance-grenades fumigènes sur le toit de l’engin qui le distingue de l’AMN-2. Photo@milinfolive.

Alors qu’il n’y a aucune annonce concernant son achat par les forces armées russes à l’heure actuelle (l’engin n’ayant probablement pas achevé son développement), toujours est-il qu’il s’agit d’une nette amélioration à tout point de vue par rapport au Tigr-M et permet dans le même temps de se mettre à niveau du 4×4 Rys (une version produite sous licence de l’Iveco Lince italien) également en service au sein des forces russes, ce dernier pouvant déjà résister à une charge explosive de 2 à 6 Kg.

2S41 Drok

Faisant partie du programme Nabrosok visant à développer trois mortiers automoteurs pour le compte des forces russes (avec le 2S40 Floks et le Magnolia), le 2S41 Drok est donc un mortier automoteur basé sur le MRAP KAMAZ-4386 Taïfun-VDV et conçu initialement -comme le nom de la plate-forme le suggère- pour les forces aéroportées et qui a été présenté pour la première fois de manière officielle lors de ce salon.

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Le 2S41 Drok exposé au salon ARMY-2019. Photo@Said Aminov.

Son armement principal consiste en un mortier de 82 mm installé en tourelle avec une dotation de 40 obus, la cadence de tir du mortier étant d’environ 12 coups/minutes et la portée de tir se situe entre 100 m et 6 Km. Un tourelleau équipé d’une mitrailleuse PKTM de 7,62 x 54 mm est également monté pour la défense rapprochée.

Cet engin doit passer par la phase des tests étatiques en 2020 et devrait par la suite être produit en série pour remplacer les mortiers de 82 mm actuellement en service. Toutefois, alors que le Drok a été conçu avant tout pour les VDV dans le but de fournir aux parachutistes un moyen d’appui-feu très mobile (100 Km/h en vitesse de pointe, 1200 Km d’autonomie) et relativement simple à déployer (le système pesant environ 14 tonnes), le vice-ministre de la Défense Dmitri Boulgakov a annoncé au cours du salon que le 2S41 remplacerait l’ensemble des mortiers de 82 au sein de l’ensemble des forces armées russes… ce qui parait « légèrement » (sic) complexe au vu du nombre de matériels à remplacer, d’autant plus qu’un mortier tracté n’est pas sans intérêt (discrétion, plus facile à retrancher, etc.).

2S42 Lotos

Le 2S42 Lotos est également un mortier automoteur conçu spécifiquement pour les VDV devant à terme remplacer les 2S9 Nona-S, dévoilé cette année et donc également présenté pour la première fois au salon ARMY.

Toutefois et contrairement au 2S41, le 2S42 est un engin plus lourd (aux alentours des 18 tonnes) basé sur le châssis du BMD-4M et dont l’armement est désormais un mortier 2A80 de 120 mm en tourelle fourni avec 40 obus et offrant une cadence de tir maximale comprise entre 6 et 8 coups/min, tandis que la portée de tir maximale -à l’heure actuelle- est d’environ 13 Km (le 2S42 est également capable de mettre en oeuvre la munition guidée Kitolov-2 d’une portée comprise entre 12 et 13,5 Km), la mitrailleuse PKTM téléopérée étant toujours présente.

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Le 2S42 Lotos exposé au salon ARMY-2019. Photo@Said Aminov.

Le 2S42 est également doté d’un système de protection passif reposant sur des systèmes de détecteurs d’alerte (probablement de type laser) et des lance-grenades fumigènes AOV-5 placés aux quatre coins de la tourelle visant à couvrir le blindé tout en offrant une capacité de brouillage des ondes IR (on parlerait aussi « d’interférences optoélectroniques »).

Le salon ARMY-2019 a également été l’occasion d’évoquer le développement d’un nouveau projectile utilisable par le 2S42: désigné sous le nom de programme « Glissada« , il s’agirait d’une munition guidée d’une portée estimée à 25 Km (ce qui confirme une annonce précédente à ce sujet) partageant certaines caractéristiques et/ou technologies employées pour la mise au point d’un obus guidé de 152 mm pour le système Koalitsiya (et notamment le 2S35 Koalitsiya-SV). Un tel obus répondrait alors à un double objectif: améliorer sensiblement la portée de tir du 2S42 tout en pouvant toucher une cible avec précision.

Il s’agit ici des principales nouveautés exposées durant le salon, bien évidemment un nombre plus important de matériels inédits et/ou modifiés ont été exposés cette année (T-15 Armata doté du module Kinzhal, une multitude de blindé du génie et de MRAP, les systèmes anti-aériens S-350 Vityaz et Viking…).

Annonces et contrats

Début imminent des tests étatiques pour le K-16 Bumerang

La plate-forme 8×8 Bumerang fait partie des trois programmes de plate-formes blindées visant à renouveler le parc des forces armées russes et présentées en 2015 lors de la parade militaire du 9 mai 2015 sur la Place Rouge et quelques détails ont été divulgués quant au développement de ce châssis.

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Le K-16 Bumerang. Image@mil.ru.

En effet, il a été annoncé dès le 25 juin que les tests préliminaires du K-16 (la version APC doté d’une mitrailleuse Kord de 12,7 x 108 mm) s’achèveraient sous peu (entre la fin du mois de juillet et la fin août) -ce qui se traduira par l’obtention du sigle O et permettra alors le développement de nouvelles variantes sur base de la plate-forme Bumerang (blindé anti-aérien, Self-Propelled Gun, blindé de commandement et autres) -reste à voir si la variante IFV K-17 est concerné dans ces variantes ou si les tests le concernant se dérouleront en parallèle du K-16- tandis que les tests étatiques devraient débuter peu après; si une première annonce parlait du mois de juillet, ce sera alors dans le meilleurs des cas à la toute fin du mois, sinon plus tardivement dans l’été.

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Un K-17 Bumerang lors d’une répétition du défilé militaire de la Victoire du 9 mai 2019. Photo@Vitaly.V.Kuzmin.

Si ces derniers se déroulent avec succès, la production en série pourra alors débuter (les délais et le nombre d’engins concernés dépendra des contrats signés dans le futur).

Contrats entre Uralvagonzavod et le MinDef russe

Si ARMY-2019 a fait la part belle aux contrats concernant l’aviation (voir la partie précédente concernant les aéronefs) et à la marine, les contrats concernant les matériels terrestres ont été cependant plus discrets et d’ampleur moindre.

Concrètement, le groupe Uralvagonzavod se « démarque » avec la signature de trois contrats durant l’événement et dévoilés au cours du 28 juin. Le premier d’entre-eux -et le plus important- porte sur la modernisation de T-90(A) au standard T-90M. A l’heure actuelle, il existe un contrat portant sur 30 exemplaires (10 produits à neuf et 20 T-90A portés à ce standard) dont les premiers exemplaires doivent être livrés cette année et un second contrat de 30 exemplaires supplémentaires est également annoncé bien que non confirmé, et plusieurs annonces indiquent que la Russie cherche à se doter à terme de près de 400 T-90M.

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Un T-90M. Image@TV Zvezda.

Selon le blog BMPD, le contrat porterait sur la modernisation de près de 100 T-90 -un nombre plutôt important par rapport au(x) premier(s) contrat(s) signé(s) concernant ce char-, toutefois il ne serait pas question de moderniser des T-90A mais plutôt une centaine des premiers T-90 produits -parfois désignés T-90 obr. 1992-. Dans tous les cas, cette modernisation tiendra plus de la reconstruction partielle, la tourelle du T-90M étant distincte de celle du T-90A, sans parler de celle du T-90 d’origine…

Le second contrat concerne la production et la livraison de mortiers de 120 mm « sur roues ». Si le type de mortier n’a pas été précisé, deux choix sont possibles: le 2S40 Floks pourrait effectivement répondre aux caractéristiques énoncées puisqu’il s’agit d’un mortier automoteur de 120 mm basé sur une plate-forme à roue.

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Le 2S40 Floks en exposition. Photo@Army Recognition.

Toutefois, ce dernier est encore en développement et sans informations sur les dates et délais de livraisons, difficile de confirmer cette information. Ainsi et en l’état actuel des choses, il est plus probable que le contrat porte sur l’achat de 2S12A Sani, à savoir un mortier de 120 mm 2B11 doté d’un système de chariot de tractage 2L81 couplé avec un camion de transport Ural-43206 en configuration 4×4 (un camion Motovoz-M en configuration 6×6 doté d’une cabine blindée est également employable).

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Le système 2S12A Sani avec un camion Motovoz-M. Image@Burevestnik.

Le dernier contrat est plus flou puisqu’il s’agit d’un contrat à long terme portant sur le développement de complexes d’UGV (Unmanned Ground Vehicle) possiblement armés (on parlera alors d’UCGV). Au vu du peu d’informations sur ce sujet, nous ne développerons pas plus ce dernier pour l’instant.

Enfin, bien que ces brèves n’ont rien à voir avec le groupe UVZ, signalons aussi que des contrats ont également été signés avec la société Novator concernant la production et la livraison de missile de croisière 9M728 pour le système 9K720 Iskander-K ainsi qu’avec la société Tecmash pour la livraison d’engins poseurs de mines.

Contrat de modernisation de T-72B3M pour la Biélorussie

ARMY-2019 a été l’occasion de la signature de plusieurs contrats entre la Russie et la Biélorussie dont notamment un portant sur la modernisation de 11 T-72B supplémentaires au niveau du T-72B3M/obr. 2016 devant être livrés d’ici 2020.

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Des T-72B3 obr.2016 biélorusse lors du défilé de la Fête de l’ « Indépendance » du pays le 3 juillet dernier (en réalité la date correspond à la libération de Minsk en 1944) dotés d’un camouflage trois tons. Photo@Tut.by.

Ce contrat est donc dans la continuité des livraisons de T-72B3 obr.2016 pour la Biélorussie initiées en 2017: actuellement une vingtaine de char a été livré, un lot de 15 blindés sera livré prochainement et une dizaine de char supplémentaires devaient être modernisés (il n’a pas été précisé si la modernisation de ces derniers a été actée ou non), la Biélorussie aura alors entre 46 et 56 T-72B3 obr.2016 en service dans un futur proche.

Renforcement de la protection des IFV et APC russes

Au cours du salon, quelques engins ont été observés avec une protection supplémentaire conçue pour faire face aux roquettes à charge creuse unique ainsi qu’aux balles de gros calibre.

Ainsi, un BMP-3 a été exposé avec une protection renforcé par des plaques en acier sur les flancs de la caisse ainsi qu’un blindage-cage installé sur l’ensemble des côtés de l’engin (caisse et tourelle) ainsi que sur la partie inférieure de l’avant de la caisse: une telle protection peut également être observée sur les BMP-3 commandés par l’Irak. Et désormais les forces terrestres russes semblent intéressées par ce kit de surprotection sur la base des ReTex syriens (bien que le manque de protection des BMP face aux armes anti-char n’est pas une nouveauté en soi…), un contrat étant en voie d’être signé à ce sujet.

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Le BMP-3 exposé au salon ARMY-2019 avec un kit de surprotection. Photo@BMPD.

Un autre véhicule observé avec une suite de protection améliorée est le BTR-82AT (un BTR-82A modernisé avec un viseur thermique TKN-4GA-03) et là encore, le surblindage consiste en un mixte entre blindage-cage et plaques d’acier réparties sur l’ensemble du blindé; relevant le poids total à un peu plus de 17 tonnes, le BTR-82AT perd alors sa capacité amphibie, ce qui peut être résolu en démontant le kit avant une telle opération. Le BTR-82AT subira par ailleurs une batterie de tests dans les mois à venir et sera par la suite livré aux troupes tandis que les BTR-82A(M) déjà en service peuvent facilement être portés à ce standard.

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Le BTR-82AT avec un kit de surblindage à ARMY-2019. Photo@Alexeï Moiseev.

Développement de blindés amphibies

Deux annonces sont tombés concernant le développement de blindés amphibies russes durant ARMY-2019.

En premier lieu, un char léger optimisé pour un emploi amphibie est en cours de développement. Le nouveau blindé sera en grande partie basé sur le blindé anti-char aéroporté 2S25M Sprut-SDM1 également en développement: ainsi il en reprendra la tourelle et le canon 2A75M de 125 mm. Toutefois et par rapport à son cousin aéroporté, ce char léger sera mieux protégé (la contrainte du largage en plein vol ayant désormais disparue) et une partie des éléments mécaniques seront repris du BMP-3, notamment la suspension à barre de torsion en lieu et place de la suspension hydropneumatique.

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Le 2S25M Sprut-SDM1 exposé au salon ARMY-2018. Photo@Vitaly.V.Kuzmin.

Si aucune date clé du développement de cet engin n’a été donnée, ce char léger pourrait tout de même accorder un gain de puissance de feu aux troupes de Marine des VMF tout en pouvant prendre place à l’export, l’Indonésie s’étant montrée intéressée l’année dernière par le 2S25M.

Par ailleurs le directeur industriel du cluster des armements de Rostec, Sergeï Abramov, a indiqué que des blindés amphibies de nouvelles générations sont en cours de développement pour succéder aux BMP-3F et BT-3F -et au BTR-82A dans le cas des forces russes- avec des caractéristiques en forte hausse (notamment pour ce qui est de la vitesse dans l’eau) et offrant des possibilités supérieures.

Ces caractéristiques renvoient au projet BMMP (боевой машине морской пехоты, soit Véhicule de Combat d’Infanterie Naval) dont un diaporama réalisé par Omsktransmash (filiale d’UVZ) en montrait le design général et des caractéristiques. Par ailleurs le 25 décembre dernier l’ancien commandant en chef des VMF Vladimir Korolev avait également parlé du développement de ce blindé qui devrait équiper les troupes d’infanterie de Marine russes « à moyen terme ».

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Une illustration du BMMP par Omsktransmash. Image@Omsktransmash (UVZ).

Conclusion

ARMY-2019 a été l’occasion de pouvoir observer un certain nombre de matériels exposés pour la première fois officiellement (ce qui ne veut pas dire que ces matériels n’aient jamais été vus auparavant), en particulier en ce qui concerne les matériels anti-aériens -principalement le Pantsir-SM mais également le S-350 Vityaz ainsi que le système Viking destiné à l’export- et les MRAP avec en tête le programme Atlet.

Toutefois en ce qui concerne les contrats des matériels roulant, le salon fut moins intéressant et-ce malgré le nombre important de contrats signés avec le Ministère de la Défense russe (46 cette édition, contre 31 l’année dernière): en effet, seul un ou deux d’entre eux attirent réellement l’attention avec la modernisation/reconstruction de T-90 au niveau du T-90M ou la production de mortiers de 120 mm.

Plusieurs annonces sont néanmoins intéressantes à observer et notamment le développement de la plate-forme Bumerang qui se rapproche progressivement vers l’étape de la production en série et de fait vers le renouvellement des blindés 8×8 russes avec également la prise de conscience de la faible protection des BMP et BTR affichée face aux armes anti-char portatives se traduisant pars l’achat de kit de protection supplémentaire qui, sans pour autant remédier à tous les défauts de protection, pourront au moins accorder de meilleures chances de survie à ces blindés et aux soldats embarquées. Enfin on peut noter le développement d’engins spécialement conçus pour les opérations amphibies en offrant des caractéristiques supérieures à leurs prédécesseurs et qui pourront aussi bien être attractif à l’export que pour doter les troupes d’infanterie de Marine de matériels réellement adaptés (si des commandes sont effectivement passées…).

La suite et fin du suivi du salon ARMY-2019 abordera quant à elle les annonces concernant la Marine.