[Actu] Sukhoï Su-57; où en est-on?

On ne présente plus le programme de chasseur de russe de cinquième génération PAK FA, également connu sous les dénominations T-50/Su-57; le sujet a déjà été régulièrement abordé sur le blog. Les actualités relatives à ce projet se sont fait très discrètes ces dernières semaines; il est vrai que la fin de l’année civile en Russie est la période la plus propice pour les livraisons des nouveaux avions et ces arrivées font la une de la presse au détriment du reste.

Néanmoins et contrairement à ce que l’on peut lire parfois; le programme n’en est pas au point mort pour autant – bien au contraire – alors que les essais d’armements embarqués sont toujours en cours (ces derniers se déroulent à Akhtubinsk dans une zone où la présence de photographes est « très peu » tolérée) et avec une première commande portant sur deux appareils actée, on peut écrire sans se tromper que les choses avancent lentement mais sûrement même si il apparaît très clairement que la Russie a fortement renforcé le contrôle sur la communication autour du projet et de son avancement ne distillant les informations qu’au compte-gouttes et suivant un agenda qui lui convient.

Cette accalmie relative vient d’être perturbée par plusieurs annonces pour le moins intéressantes;

  • L’annonce de la prochaine commande portant sur 13 appareils supplémentaires qui devrait être signée (conditionnel bien évidemment toujours de rigueur) en 2020
  • L’arrivée du premier appareil de pré-série en 2019 suivi du deuxième en 2020
  • La sortie de modifications et remise en peinture du prototype T-50-3

Alors que l’on fêtera dans quelques jours le neuvième anniversaire du premier vol du T-50 (pour rappel: le 29/01/2010) et avec l’arrivée d’ici quelques semaines du premier appareil de pré-série; il est temps de faire le point sur l’avancement des travaux sur cet appareil.

Appareils de (pré-)série

Après une première commande signée le 22 août 2018 portant sur l’acquisition des deux premiers appareils de pré-série; la Russie travaille actuellement à la préparation de la commande suivante qui portera normalement sur treize appareils. Cette commande dont la signature est prévue en 2020 verra en outre l’arrivée des premiers appareils équipés des réacteurs Izd.30 et donc présentant – enfin! – leur forme définitive.

Cette annonce permet de déduire plusieurs informations ainsi qu’elle confirme d’autres théories;

  • La chaîne de production à l’usine KnAAZ (Komsomolsk-na-Amur) est achevée ou en voie d’achèvement et il s’agira des premiers appareils de ce type produits sur place
  • La Russie va prendre son temps avant de massifier les commandes; l’arrivée de l’Izd.30 et sa bonne intégration au sein de l’appareil étant les éléments cardinaux pour voir des commandes significatives être signées

Par conséquent, on peut déjà en déduire un certain calendrier (à affiner, bien entendu); avec une arrivée des premiers Su-57 montés sur Izd.30 à l’horizon 2021-2022, le temps de réaliser les tests d’homologation nécessaires avant de les accepter au service; on peut donc estimer que les premières grosses commandes de Su-57 au standard définitif seront signées aux environ de 2024 avec un début des livraisons aux unités en 2025. En outre, ceci serait cohérent avec une (ultime?) commande de Su-35S signée en 2019 et portant sur une cinquantaine d’appareils à livrer sur cinq ans; l’usine conserverait la charge de travail actuelle tout en assurant la transition progressive de sa main d’oeuvre sur la chaîne du Su-57. Enfin, avec un délai de 15 ans entre le premier vol et l’arrivée en unité de première ligne, le timing serait cohérent avec ce qui s’est déroulé auparavant pour le Su-27 (premier vol en 1977, acceptation au service en 1990).

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On le voit sur ces deux prototypes T-50; les ingénieurs russes continuent à peaufiner le design en modifiant certains éléments de l’appareil. Photo@Medvedev

Il est bon de rappeler que la Russie, si elle a bien évidemment l’utilité d’un tel appareil (quel serait l’intérêt de l’investissement consenti sinon?) et des performances que ce dernier offre, n’en est pas pour autant dans une situation d’urgence contrairement à d’autres forces aériennes, et ce grâce à l’existence d’appareils de génération 4++ offrant des performances suffisantes (tant qu’à présent tout du moins) pour la force aérienne russe.

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Le T-50-11 est aisément reconnaissable à sa livrée pixels gris foncé. Photo@Vyacheslav Grushnikov

La première étape importante pour le programme Su-57 sera donc l’arrivée du premier Su-57 en 2019 et du second en 2020; ces deux appareils seront toujours équipés des moteurs Izd.117 et employés pour la formation des instructeurs ainsi que la transformation des pilotes sur cet appareil. Les appareils seront livrés au centre de formation des pilotes situé sur la base de Lipetsk.

Le T-50-3

Le troisième prototype du T-50, le T-50-3 portant le numéro de Bort 053 Bleu (premier vol le 22/11/2011) avait déjà été photographié il y a plusieurs semaines après avoir reçu plusieurs modifications visibles consistant notamment en l’implantation d’antennes supplémentaires à l’utilité inconnue, voilà que la remise en peinture de ce prototype vient apporter un éclairage nouveau sur l’utilité de ce prototype.

Les dix prototypes T-50 remplissent des fonctions diverses et certains ont été spécialisés à des tâches bien spécifiques; le T-50-2 (devenu T-50LL) sert notamment à tester les nouveaux réacteurs Izd.30 et il semble que le T-50-3 a été spécialisé dans un rôle bien précis également.

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Une photo récente du T-50-3 avec le nouveau camouflage et les modifications constatées. Photo@Alexei Karpulev / Montage@RS

Sur base de la photo ci-dessus, on peut constater les modifications suivantes:

  • Montage d’une antenne en arrière du cockpit à l’emplacement du 101KS-O (DIRCM)
  • Montage d’un nouveau capteur sous le fuselage au droit du cockpit à l’emplacement du 101KS-O (DIRCM)
  • Montage d’une antenne sous le cône de queue entre les réacteurs
  • Modification du 101KS-V (IRST)
  • Recouvrement des moteurs avec des caches similaires à ceux employés sur les derniers prototypes
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Le T-50-3 photographié en 2018, l’appareil a déjà reçu les nouvelles antennes mais pas le nouveau camouflage. Photo@Benjamin Ignatievich

Outre ces modifications qui remontent à 2018 (sur base d’une datation à partir de photos), c’est le camouflage arboré par l’appareil qui donne une idée plus précise de l’emploi de ce dernier et de la mission qui semble lui être confié; plus précisément c’est un élément peint sur la dérive qui donne une indication plus précise.

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Gros plan sur la dérive du T-50-3. Photo@Alexei Karpulev

Comme on peut le voir sur la dérive, les techniciens ont peint un Su-57 ainsi qu’un drone lourd Okhotnik stylisé (ce drone étant également une production de Sukhoï). Le choix des appareils ne sont certainement pas un hasard, surtout au vu du fait que l’arrivée du T-50-3 coïncide avec la première image de l’Okhotnik lors d’essais de roulage qui ont eu lieu à la fin du mois de novembre 2018.

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Première image de mauvaise qualité du drone Okhotnik 

De là à tirer la conclusion la plus évidente qui semble s’imposer; il n’y a qu’un pas. La question à laquelle il n’y a pas encore de réponse étant la suivante: est-ce que le T-50-3 va servir à commander à distance l’Okhotnik (ce qui a déjà été envisagé par la Russie: employer le Su-57 pour diriger plusieurs drones durant une mission) ou est-ce que le T-50-3 ne servira qu’à suivre l’appareil durant sa campagne d’essais en vol?

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Le T-50-3 vu sous un autre angle. Photo@Michael Polyakov

Malheureusement, nous ne pouvons pas encore répondre à la question. Ceci étant, vu l’implantation des antennes et leur intégration assez « grossière » sur l’appareil (impactant donc la SER de ce dernier), il est probable que l’on soit face à une campagne de tests pour valider le concept de l’emploi du Su-57 pour guider un/des drones et en cas de succès, l’intégration des antennes se fera de manière plus poussée. L’enlèvement d’une partie des systèmes de défense embarqués et l’installation des capteurs/antennes va dans le sens de l’idée du suivi des tests en vol de l’Okhotnik, mais ceci reste à confirmer.

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Le T-50-3 vu du dessous; on voit bien les caches montés sur les moteurs. Photo@Alexei Karpulev

Une dernière option qui n’a pas été envisagée serait pour les ingénieurs russe de tester l’emploi d’une partie de l’avionique du Su-57 (le T-50-3 serait le premier prototype équipé de l’antenne principale du N036) face à une cible considérée comme furtive. Deux prototypes T-50 ont été brièvement engagés en Syrie notamment pour tester le comportement de l’appareil dans une zone disputée; il ne serait pas impossible que la Russie souhaite peaufiner le comportement de l’avionique face à un appareil conçu pour être le plus discret possible.

En conclusion

On le voit, le programme avance mais à son rythme. Beaucoup d’observateurs comparent régulièrement l’avancement du programme J-20 chinois et celui du Su-57 en mettant en avant le fait que l’un entre en service actuellement au sein des unités de première ligne tandis que l’autre est toujours en phase de tests. Il est indéniable que le programme J-20 est impressionnant sur bien des aspects mais l’adage « comparaison n’est pas raison » prend tout son sens dans le cas d’espèce.

L’armée russe a fait savoir à plusieurs reprises qu’elle ne veut pas acquérir en masse un appareil inachevé; les moteurs Izd.30 actuellement en tests sont la condition sine qua non pour disposer d’un Su-57 achevé, or vu sa capacité de production et les difficultés rencontrées dans la mise au point d’un appareil « moins évolué » tel que le Su-35S, les militaires russes ont pris le parti de jouer la carte de la prudence. Ils préfèrent largement laisser aux ingénieurs le temps d’affiner le Su-57 avant de le produire en quantités, accessoirement, les questions financières sont bien évidement présentes. La Russie n’a pas les moyens financiers de la Chine mais elle n’a pas non plus les mêmes contraintes et buts poursuivis; bref, il est beaucoup moins pressant pour la Russie d’admettre au service le Su-57 qu’il ne l’est pour la Chine d’admettre au service le J-20.

En développant les technologies nécessaires, en testant de nouveaux concepts d’emploi, tout en démarrant la formation des pilotes avec des appareils de pré-série: on ne peut nier que la force aérienne russe a débuté sa lente et longue transition d’une armée structurée autour du Flanker (et variantes) vers une armée structurée autour du Su-57 (et variantes futures). Et il est parfaitement évident même lorsqu’on tient compte des contraintes financières russes contemporaines que l’investissement consenti dans ce programme fait qu’il est illusoire de voir un abandon même partiel de ce dernier. Comme nombre de projets militaires russes, le Su-57 met du temps à naître mais ceci tient du fait que les militaires veulent un appareil bien né et exploitable et non un prototype pas tout à fait achevé dans ses unités de première ligne et cerise sur le gâteau: le temps nécessaire à sa mise au point semble être également mis à profit pour tester de nouveaux concepts d’emplois originaux (à l’échelle russe, tout du moins).

Il ne reste plus qu’à attendre quelques semaines pour voir le premier Su-57 de présérie sortir de la nouvelle chaîne d’assemblage à l’usine KnAAZ.

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