[Analyse] Premier bilan de l’intervention Russe en Syrie?

A l’heure où le Président Russe, Vladimir Poutine, vient d’annoncer le début du retrait des troupes russes stationnées en Syrie: le moment est venu de tirer un premier bilan – provisoire – de cette intervention militaire.

Nul ne peut ignorer que la Syrie est déchirée depuis mars 2011 par une terrible guerre civile et le gouvernement en place dirigé par Bashar al-Assad a perdu une grande partie du territoire national au détriment d’une mosaïque de groupes et groupuscules d’opposition, certains étant d’obédience islamique radicale (EI) d’autres étant modérés, etc… Le but de cet article n’étant pas de parler politique; nous vous renvoyons vers les sites spécialisés en la matière.

Résumé des faits les plus marquants

Devant les pertes effarantes (militaires et territoriales) connues par le gouvernement en place et suite à une demande officielle d’aide militaire émise par Bashar al-Assad, le président Russe annonça l’intervention de la Russie en soutien du gouvernement syrien en septembre 2015.

Inutile de tourner autour du pot: la Russie ne s’intéresse guère au sort de la population syrienne. Cependant, Damas est historiquement un allié fidèle d’abord de l’URSS puis de la Russie. En outre, la Russie dispose toujours d’un accès permanent à la mer méditerranée grâce au port de Tartous mis à disposition de la Marine Russe ainsi que de la base de Khmeimim (près de Lattaquié) qui sont devenus propriété intégrale de la Russie depuis janvier 2017 et ce pour une durée de 49 ans pouvant être étendue de 25 ans.

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La base de Khmeimim. Photo@Google Maps

L’annonce de l’intervention Russe sera très rapidement suivie d’effets puisque les premières frappes réalisées par les forces aériennes russes auront déjà lieu le 30 septembre 2015. Les appareils déployés étant basés sur la base de Khmeimim, cette dernière ayant connu une remise à niveau rapide et complète de ses équipements fixes ainsi que la mise en place d’installations de protections anti-aériennes.

L’intervention militaire russe va être l’occasion rêvée pour les militaires de tester l’ensemble des nouveaux équipements acquis depuis 2010 et mis en service au sein des unités de première ligne. Les dernières interventions extérieures de l’armée russe ne furent guère brillantes (Tchétchénie et Géorgie) et mirent en lumière les grosses lacunes dans plusieurs domaines (renseignement, entraînement, logistique, coopération interarmes, etc…). Les lacunes observées poussèrent l’état russe à lancer un grand programme de réformes qui devait aboutir sur une armée « dégraissée » mais modernisée grâce à la mise en service d’équipements modernisés ou neufs.

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Cette photo du Su-34 « 22 Rouge » permet de voir l’effacement des marquages nationaux effectué sur les appareils avant leur déploiement. Photo@BBC.co.uk

Les militaires Russes vont rapidement déployer sur la base de Khmeimim un ensemble d’appareils dont principalement des bombardiers tactiques et des appareils d’appui rapproché.

La première dotation aérienne est constituée de:

  • 12 Sukhoï Su-24M
  • 4 Sukhoï Su-34
  • 12 Sukhoï Su-25SM
  • 4 Sukhoï Su-30SM
  • 17 Mi-8AMTSh/-24P

Les Sukhoï Su-30SM furent envoyés sur place pour assurer la protection aérienne des bombardiers tactiques face à d’éventuelles menaces aériennes. Sachant que les troupes rebelles ne disposent presque pas, voire pas du tout de force aérienne; la présence de chasseurs est un moyen d’éviter que les autres pays intervenants en Syrie ne s’en prennent aux appareils russes. De plus, la couverture anti-aérienne de la base de Khmeimim fut assurée par le déploiement d’une batterie de missiles S-300 complétée par plusieurs systèmes Pantsir-S1 pour la couverture rapprochée.

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Système Pantsir S1 tel que celui déployé en Syrie. Photo@Sputnik news

La rapidité du déploiement par les troupes russes fut rendue possible grâce à la présence depuis plusieurs mois d’observateurs et de spécialistes russes sur le terrain, chargés d’informer et d’observer les mouvements de troupes en Syrie. Grâce à une bonne connaissance préalable des zones de combats, les militaires russes purent estimer les besoins en matériels sur place. Outre un appui aérien, l’armée Russe a fourni également des véhicules blindés (MBT T-90), de l’artillerie, des systèmes anti-chars ainsi que des troupes d’infanterie.

Outre les Forces Aériennes, la Marine va également être mise à contribution; le 7 octobre 2015 ce sont pas moins de 4 navires (une frégate de la classe Gepard et trois corvettes de la classe Buyan-M) appartenant à la flottille de la Mer Caspienne qui vont procéder au tir de 26 missiles 3M-14T Kalibr-NK sur 11 cibles situées sur le territoire syrien. Il s’agissait d’ailleurs du premier emploi de ce type de missiles dans des opérations offensives.

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Une corvette de la classe Buyan-M. Photo@Wikipedia.com

Le mois de novembre 2015 et plus précisément en date du 17 fut une date importante dans l’histoire de l’armée russe. En effet, à cette date eurent lieu les premiers raids offensifs réalisés par des Tupolev Tu-160M et Tu-95MSM suivis de peu par des Tu-22M3. Le raid consista à lancer des missiles Kh-101 (Tu-95MS/Tu-160) et des bombes lisses (Tu-22M3) sur des cibles aux mains de l’EI. Il s’agissait donc pour les Tu-95MS et les Tu-160M du premier emploi offensif de ces appareils, les Tu-22M3 avait déjà été engagés en Géorgie notamment. Les Tu-95MS et Tu-160(M) furent déployés au départ de leur base de Engels et escortés par des Su-30SM une fois proche de l’espace aérien Syrien. Tous les missiles tirés n’ont pas atteints leurs cibles mais les forces aériennes russes semblent avoir été satisfaites de cet engagement.

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Tu-160(M) escorté par un Su-30SM de Khmeimim. Photo@?

C’est le 24 novembre 2015 que la Russie va connaître sa première perte importante au cours de l’engagement; à cette date un Sukhoï Su-24M va être abattu par un F-16 de la force aérienne turque au-dessus du territoire syrien mais après que le premier ait violé l’espace aérien turc. Le pilotes et l’officier du système d’armes du Su-24M purent se parachuter mais le pilote fut abattu par les rebelles durant la descente et l’officier du système d’armes fut récupéré. En outre dans le cadre de la récupération du survivant de l’équipage du Su-24M; l’hélicoptère Mi-8AMTSh chargé de la mission CSAR sera également abattu.

Faisant suite à cet évènement et à l’augmentation des tensions entre la Turquie et la Russie (qui ne durèrent pas longtemps, ceci dit…), la Russie décida de modifier le contingent aérien sur place de la manière suivante;

  • 16 Sukhoï Su-24M (dont un remplaçant l’appareil perdu)
  • 8 Sukhoï Su-34
  • 12 Sukhoï Su-25SM
  • 4 Sukhoï Su-30SM
  • 4 Sukhoï Su-35S
  • 17 Mi-8AMTSh/-24P

On le voit donc la réaction des russes fut assez logique: on constate un renforcement des bombardiers tactiques modernes plus à même de se défendre et disposant d’une suite de guerre électronique moderne ainsi qu’un renforcement des capacités de chasse et de supériorité aérienne avec l’arrivée des Su-35S à la fin janvier 2016. Le message envoyé étant très clair pour les autres belligérants.

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Image du Su-24M abattu par le F-16 Turc peu avant son écrasement. Photo@BBC.co.uk

En outre, une batterie de missiles SAM S-400 fut déployée sur l’aéroport de Khmeimim en remplacement de la batterie de S-300 et celle-ci fut complétée par une batterie de S-300F du croiseur Moskva (Izd 1164 Slava) présent en Mer Méditerranée près de la frontière entre la Syrie et la Turquie; le but étant de créer une bulle de protection A2/AD au-dessus de la Syrie et débordant sur les pays limitrophes. De plus, des Tu-22M3 furent repositionnés de leur base de Shaykovka (Oblast de Kaluga) vers la base de Mozdok en Ossétie du Nord.

Toujours durant le mois de novembre et au début de décembre, la Marine Russe a procédé au tir de 18 missiles 3M-14T Kalibr-NK depuis la flottille de la Mer Caspienne (le 20/11) ainsi qu’à celui de missiles 3M-14K Kalibr-PL depuis le sous-marin B-237 Rostov sur le Don (Izd 636.3) appartenant à la flotte de la Mer Noire mais déployé en Mer Méditerranée.

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Le B-237 « Rostov sur le Don ». Photo@?

L’engagement de la Russie aux côtés des troupes loyalistes a permis à ces dernières d’arrêter de perdre du terrain avant de commencer la reconquête du pays; les russes travaillèrent même main dans la main avec l’aviation loyaliste… souvent en délégant à cette dernière l’accomplissement des besognes les moins glorieuses et les moins « élégantes » (pour le dire de manière diplomatique)…

Au début de l’année 2016, deux évènements sont à noter: l’arrivée des 4 premiers Sukhoï Su-35S (provenant de Dzemgi) et dotés des pods de contre-mesures Khibiny implantés aux extrémités des ailes ainsi que le remplacement du croiseur Moskva par le croiseur Varyag. Le premier trimestre 2016 fut « légèrement » plus calme en Syrie notamment suite à la mise en place d’un cessez-le-feu qui fut suivi par l’annonce en date du 14 mars 2016 que les objectifs fixés pour l’armée russe ont été atteints et qu’une grosse partie des troupes allaient être retirées.

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Les quatre premiers Su-35S lors de leur convoyage vers la Syrie. Photo@?

Finalement, il n’en fut rien puisque les combats se poursuivirent et la dotation aéronautique de Khmeimim resta globalement stable. La perte notable suivante fut enregistrée le 8 juillet 2016 avec la chute d’un Mi-35 Russe abattu par un missile BGM-71 qui entraîna les deux pilotes russes dans la mort.

Il ne faudra pas attendre longtemps le crash suivant puisque c’est le 1er août 2016 que l’armée russe perdit un Mi-8AMTSh suite à des tirs provenant du sol: trois membres d’équipage et deux humanitaires perdirent la vie dans ce crash.

Les missions aériennes regagnèrent en intensité à partir de septembre 2016 dans le cadre de l’offensive visant à reprendre la ville d’Alep. Cette ville du nord de la Syrie est d’une importance stratégique pour les forces loyalistes et sa reconquête va être un processus long, complexe et destructeur. Les forces aériennes russes furent sollicitées sans relâche pour déloger les combattants de l’EI infestant la ville.

Mais la nouvelle la plus intéressante est sans conteste le déploiement à partir du 15 octobre 2016 du porte-aéronefs Admiral Kuznetsov (Izd. 1143.5) et de son groupe composé notamment du croiseur de bataille Piotr Velikiy (Izd. 1144.2 classe Kirov), de deux destroyers de la classe Udaloy (Izd.1155) ainsi que d’autres navires auxiliaires donc notamment un remorqueur de haute mer.

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Un Typhoon de la RAF assure la surveillance du Piotr Velikiy et de l’Admiral Kuznetsov durant la traversée de la Manche. Photo@BBC.co.uk

Ce déploiement pour le moins fortement médiatisé fut aussi révélateur de plusieurs problèmes avec le porte-aéronefs. En outre, le déploiement fut marqué par la perte de deux appareils (un Su-33 le 3 décembre et un MiG-29KR le 14 novembre) suite à des problèmes techniques liés aux brins d’arrêt. Finalement, les appareils furent « débarqués » temporairement et basés à Khmeimim le temps pour les techniciens d’effectuer les réparations nécessaires sur le navire. Le déploiement de l’Admiral Kuznetsov s’achèvera d’ailleurs de manière prématurée avec une annonce de son retrait au début janvier 2017. En date du 9 février, l’Admiral Kuznetsov était de retour à sa base d’attache de Severomorsk, avec un premier bilan indiquant qu’en 420 sorties des appareils embarqués environ 1.500 cibles ont été atteintes.

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Le Su-33 « 67 Rouge » qui fut perdu lors du déploiement du Kuznetsov. Photo@russianplanes.net

L’année 2017 ne verra pas de changements fondamentaux par rapport à 2016 au niveau de l’intervention russe et des appareils déployés; au niveau des éléments intéressants, on peut signaler notamment l’arrivée de Su-25SM supplémentaires ainsi que l’arrivée de Su-27SM3 et chose inattendue de plusieurs MiG-29SMT.

Malgré la présence d’une batterie de S-400 sur la base de Khmeimim couvrant la quasi totalité du territoire syrien, la pénétration d’appareils israéliens et la destruction d’une batterie de S-200 de l’armée syrienne poussera la Russie à déployer une deuxième batterie de S-400 sur un ancien site de S-200VE de l’armée syrienne près de Masyaf au sud de Lattaquié: le but recherché étant de disposer d’une couverture radar plus étendue du territoire syrien et des pays limitrophes.

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Le MiG-29SMT « 23 Bleu » au décollage de la base de Khmeimim. Photo@theaviationist

Le 18 juin 2017, un Sukhoï Su-22 de l’armée syrienne est abattu par un F/A-18E Super Hornet près de Raqqa ce qui entraîna une nette hausse de la tension entre la Russie est les forces coalisées dirigées par les USA. La Russie profita de cette occasion pour faire savoir que tout appareil qui prendrait pour cible un avion russe serait considéré comme cible et traité comme tel. Le bon sens prévalu rapidement et une désescalade sera rapidement annoncée (le 27 juin) après discussions entre les USA et la Russie.

Au moins de septembre et début octobre 2017, plusieurs séries de tirs de missiles Kalibr sur des cibles aux mains de l’EI seront également effectués au départ des frégates Admiral Essen et Admiral Grigorovich (Izd. 11356) ainsi qu’au départ des sous-marins B-268 Veliky Novgorod et B-271 Kolpino (Izd. 636.3).

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La frégate Admiral Grigorovich. Photo@?

On pu notamment assister au déploiement d’hélicoptères d’attaque Mi-35M, mieux équipés que les Mi-24P qu’ils remplaçaient, ces derniers travaillant en tandem avec des Mi-24P. L’équipement de protection électronique du Mi-35M assurant la « protection » (toute relative ceci dit) du Mi-24P qui l’accompagnait. Une situation similaire sera rencontrée avec les Tu-22M3: en vue d’obtenir une précision de bombardement plus importante, les raids seront effectués avec au moins un appareil équipé du système Gefest-24. Ce dernier servant de « guide » aux autres appareils, le moment du largage des bombes par le premier appareil indiquant le moment du largage pour les autres. On a vu plus efficace comme méthode…

Au final, si l’on se base sur l’article de Tass et d’autres sources spécialisées: on obtient les chiffres suivants en ce qui concerne l’ensemble des appareils déployées dans le cadre de l’intervention en Syrie, ce chiffre reprenant le nombre maximal (donc sur l’ensemble de la durée des opérations) d’appareils présents en Syrie:

  • 30 Sukhoï Su-24M
  • 12 Sukhoï Su-25SM
  • 4 Sukhoï Su-27SM3
  • Entre 12 et 16 Sukhoï Su-30SM
  • 12 Sukhoï Su-34
  • 10 Sukhoï Su-35S
  • 4 MiG-29SMT
  • 6 Kamov Ka-52
  • 15 Mil Mi-8
  • 15 Mil Mi-24/-35
  • 6 Mil Mi-28N

De plus, pas moins de 6 Tu-160(M), 6 Tu-95MS et entre 12 et 14 Tu-22M3(M/Gefest-24) ont été mobilisés pour assurer des frappes au départ du territoire russe sur des cibles localisées en Syrie. En complément, au moins deux A-50U ont été déployés (pas au même moment), un IL-20M, un Tu-214R et enfin sur la fin du conflit au moins un IL-22PP a été aperçu au-dessus de la Syrie et sur la base de Khmeimim.

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Image satellite de la base de Khmeimim qui permet de voir deux A-50U. Image@ISI

Avec la reprise progressive d’Alepp, de Deir ez-Zor et de Raqqa; le conflit approchait de sa fin en octobre 2017: les forces loyalistes avaient récupérés environ 85% des territoires perdus dans les premiers mois du conflit. La Russie pouvait donc envisager son retrait de Syrie.

L’annonce en date du 11 décembre lors d’une visite surprise du président russe sera – cette fois-ci – suivie rapidement d’effets puisque les MiG-29SMT, A-50U, Su-34, Tu-22M3 sont retournés à leur base de départ quelques heures à peine après l’annonce du retrait des troupes.

Tout n’est pas achevé pour autant, la Russie va déployer des policiers en Syrie pour « stabiliser » la situation et il n’y a encore aucune information sur ce qui va être maintenu sur place pour combien de temps et en quelle quantité. Il faut bien se douter que ce genre d’opérations ne s’achève pas du jour au lendemain sous peine de se retrouver dans des situations telles que l’Afghanistan en a connu à l’époque du retrait soviétique…

Enfin, au niveau du bilan total des pertes en date du 16 décembre 2017; on dispose du relevé suivant:

  • 2 Sukhoï Su-24M
  • 1 Sukhoï Su-33
  • 1 MiG-29KR
  • 2 Mil Mi-8AMTSh
  • 2 Mil Mi-35M
  • 2 Mil Mi-28N

On le voit donc, malgré un nombre important de sorties: les pertes restent globalement limitées. Il est particulièrement intéressant de voir que c’est le groupe aéronaval de l’Admiral Kuznetsov qui a connu le taux de pertes le plus élevé par rapport aux nombres d’appareils embarqués (10 Su-33 et 4 MiG-29K(UB)R).

Quelles leçons tirer de ce déploiement?

Plusieurs éléments intéressants découlent de l’intervention russe en Syrie.

Le premier élément pertinent est le constat que la Russie a réalisé deux gains stratégiques majeurs dans la région: la base navale de Tartous où les russes peuvent stationner jusqu’à 11 navires simultanément (même ceux à propulsion nucléaire) ainsi que la base aérienne de Khmeimim qui sont à disposition exclusive de la Russie et où le droit syrien ne s’applique pas. Et ce pour une durée de 49 ans extensible de 25 ans sauf si un pays fait une demande dans le sens inverse avant l’échéance du délai.

Le deuxième élément est que la Russie dispose maintenant d’une image claire et nette de l’état et des capacités de ses forces. Alors que la mise en service d’appareils modernes s’est accélérée depuis le début de cette décennie, les militaires n’avaient pas encore eu l’occasion de tester l’efficacité au combat de ces derniers.

Российская боевая авиация на аэродроме "Хмеймим" в Сирии

Su-30SM « 29 Rouge » vu ici sur la piste de Khmeimim. On constate la présence des pods Khibiny en extrémités des ailes. Photo@?

Si les médias occidentaux et les gourous du marketing aiment l’expression « combat proven« , on peut dorénavant dire que les MiG-29KR/KUBR, MiG-29SMT, Su-27SM3, Su-30SM, Su-33, Su-34 et Su-35S ont également reçu le précieux (?) sésame. Ceci étant, il est beaucoup plus intéressant de voir que les Russes ont tirés des leçons de ces engagements et notamment le besoin d’améliorer et de modifier certains appareils modernes.

C’est dans cette optique qu’il est notamment apparu nécessaire de :

  • intégrer le missile Kh-35 au sein du système d’armes du Su-35S,
  • installation du système Gefest 24 sur les Su-33 et Tu-22M3
  • installation systématique des pods Khibiny sur les Su-34
  • emploi plus répandu des pods Khibiny sur les Su-35S
  • emploi du système de contre-mesures L370S President-S sur les hélicoptères d’attaque
  • emploi accru de drones et de capacités de renseignements (Tu-214R, IL-20M, A-50U)
  • obligation de disposer de pods de ciblage modernes
  • constituer et employer un stock de munitions guidées

Et c’est de la que va découler le troisième élément : les militaires russes viennent de prendre conscience de l’importance d’employer des moyens de ciblage modernes ainsi que des munitions guidées. Certes, l’emploi du « carpet bombing » est un moyen peu onéreux de traiter une cible (et tout ce qui l’avoisine…) mais au final, il est parfaitement absurde de faire voler des appareils modernes pour lancer des bombes lisses de 250 Kg sur des cibles fixes. Le manque de pod de ciblage se fait ressentir sur des appareils modernes et empêche l’emploi efficace de munitions de précisions. En outre, les stocks desdites munitions étant limités : il semble que l’armée se soit vite retrouvée dans une situation de pénurie. Ceci impliquant donc un recours massifs aux munitions classiques non-guidées.

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Le Su-24M « 26 Blanc » décolle de Khmeimim avec une charge offensive composés de bombes lisses…

Il se confirme donc que pour des raisons de coûts et techniques la Russie ait pris un retard important dans ce domaine et les opérations en Syrie ont mis en lumière cet état de fait. La situation n’est pas une nouveauté en soi puisque le même constat fut posé après l’intervention en Géorgie.

Quatrième élément intéressant, la coopération interarmées : il semble que la réalisation de frappes coordonnées entre la force aérienne, la marine et l’aviation de bombardement stratégique se soit impeccablement déroulée et ce principalement dans le but de maximiser l’impact des frappes tout en minimisant la capacité de réaction en face. Ce fut également un excellent moyen d’entrainer et de tester les capacités des équipages dans le cadre de missions de longue durée.

Cinquième élément pertinent ; la prise de conscience du besoin crucial de disposer de capacités de renseignements, de guerre électronique et de collecte d’informations. Si le déploiement de Beriev A-50U le fut principalement en vue d’assurer le rôle d’aiguilleur du ciel dans un espace aérien restreint et encombre, l’emploi d’IL-20M et de Tu-214R avait principalement pour but de pister les voies de communication et d’information des forces rebelles. Alors que le programme Tu-214R semblait vivoter depuis plusieurs mois dans son programme de tests, il ne fallut que peu de temps à la Russie pour passer commande d’un troisième exemplaire peu après l’engagement de l’appareil au-dessus de la Syrie.

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Cette vue datée du 17/11/2017 permet de voir ce qui ressemble fortement à un IL-22PP et un IL-20M stationnés sur la base de Khmeimim. Photo@Google Maps

Sixième et dernier élément significatif: l’état réel d’une partie de la Marine Russe. Le déploiement de l’Admiral Kuznetsov et de son groupe aéronaval, si il fut largement médiatisé, n’a pas trompé grand monde. Le navire n’était clairement pas prêt à assurer un tel déploiement décidé à la hâte et sans grands préparatifs et la perte de deux appareils en l’espace de quelques semaines n’a certainement pas contribué à redorer le blason de la Marine Russe. Disposer d’un porte-aéronefs c’est une chose, avoir les moyens de s’en servir c’est une autre. L’emploi de Su-33 ne disposant que de capacités air-sol limitées et le nombre restreint de MiG-29KR/-KUBR (ainsi que de pilotes validés sur cet appareil) embarqués n’apportaient absolument rien d’un point de vue opérationnel par rapport aux appareils déjà déployés à Khmeimim.

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Retour du Piotr Velikiy et de l’Admiral Kuznetsov à Severomorsk. Photo@Sputnik news

Le bénéfice médiatique espéré par ce déploiement fut également annihilé par les images que l’on a tous vu d’un navire se trainant à faible vitesse tout en dégageant un imposant panache de fumées. Les problèmes techniques des chaudières du Kuznetsov sont connus et au lieu de déployer le navire, il eût été plus pertinent de lui accorder le carénage dont il a plus que besoin au lieu de le déployer en méditerranée avec les résultats que l’on connaît. La seule conclusion à ce déploiement étant que l’immobilisation suivi du carénage nécessaire du Kuznetsov ont été décidés après son déploiement.

En conclusion

On l’a vu ci-dessus, la Russie n’a pas été faire du tourisme de masse dans la région pour les beaux yeux du peuple syrien. Parfois surnommé avec beaucoup de cynisme comme le « Syrian Airshow », il est indéniable que cette intervention nous apprend beaucoup à la fois sur les capacités des forces aériennes Russes ainsi que sur les points sur lesquels les progrès de celle-ci sont lacunaires.

Il est par contre indiscutable que le gouvernement de Bashar al-Assad doit énormément à son allié russe ; d’une situation généralement considérée comme désespérée on est passé en quelques semaines à un retournement complet de situation où l’armée loyaliste est repartie à la conquête du pays avec les succès que l’on a vu.

Il est cependant inutile de se cacher la vérité : les exactions ont été nombreuses dans chaque camps en présence. L’armée loyaliste est quasiment devenue spécialiste en actions sales et criminelles tel que le gazage de certaines populations… notre but ici n’est pas de faire le procès de cette guerre et de ses belligérants. D’autres le feront mieux que nous mais on ne peut décemment pas parler de cette intervention sans soulever le tas de poussière caché sous le tapis et qu’on ne veut (?) ou ne peut (?) pas voir. Et même si on a appris énormément sur l’armée Russe ces derniers mois, on ne doit pas oublier que la Syrie est un énorme champs de ruine ou tout ou presque est à reconstruire et avec une population disséminée qui cherche à fuir à tous prix.

La force Russe dans ce conflit ne fut pas que militaire, la capacité des dirigeants Russes à communiquer tous azimuts sur leurs réalisations et leurs victoires tout en continuant à accomplir (ou aider à) le sale boulot leur a permis de dégager une image auprès de la population Russe de grandeur militaire retrouvée. Et même lorsque des pertes ont eu lieu avec les crispations politiques qui s’en suivirent (avec la Turquie notamment), il ne fallut pas longtemps pour que la tension redescende et que les intérêts de tout un chacun se remettent à converger dans une même direction. En outre, il s’agit d’une voie royale pour le gouvernement Russe permettant de justifier d’importants investissements dans le secteur militaire et ce dans le cadre d’une économie en récession et où des coupes claires dans les dépenses publiques ont du être effectuées.

Enfin, la Russie essaie également de s’imposer comme acteur majeur au Moyen-Orient et dans ses alentours en se positionnant comme allié capable d’aller mettre les mains dans le cambouis pour dépêtrer une situation a priori inextricable. A l’heure où les USA sont entré en pleine phase de repli sur eux-mêmes abandonnant ainsi (temporairement ?) leur rôle coutumier de leadership régional, l’administration Poutine essaie de reprendre – en partie – ce rôle, la toute récente déclaration du président Russe concernant la victoire de la Russie en Syrie, allant en ce sens. Aucun observateur du conflit ne peut décemment penser que les Russes y sont arrivés seuls, d’autres pays étant également sur place pour défendre leurs intérêts et alliés mais il semble assez évident que la Russie est celle qui s’est investi le plus massivement à tous niveaux pour mettre un terme – définitif ? – à ce conflit.

Le peuple syrien sera le seul apte à juger du bien fondé (ou non) pour lui de cette intervention…

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